Déclaration de Mme Marie-George Buffet, ministre de la jeunesse et des sports et secrétaire nationale du PCF, sur la situation internationale, les femmes, la construction européenne et les axes de la campagne présidentielle de Robert Hue, Paris le 16 janvier 2002. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Marie-George Buffet, ministre de la jeunesse et des sports et secrétaire nationale du PCF, sur la situation internationale, les femmes, la construction européenne et les axes de la campagne présidentielle de Robert Hue, Paris le 16 janvier 2002.

Personnalité, fonction : BUFFET Marie-George.

FRANCE. Ministre de la jeunesse et des sports;FRANCE. PCF, secrétaire nationale

Circonstances : Voeux à la presse, à Paris, le 16 janvier 2002

ti : Mesdames, Messieurs,

C'est avec beaucoup de plaisir que je vous présente mes v¿ux. Avec Robert Hue et l'ensemble des communistes, je vous souhaite beaucoup de bonheur pour vous, vos proches. Permettez-moi également des souhaits de réussite dans votre métier, des souhaits pour votre profession.

La liberté de l'information, le droit d'être informé sont des conquêtes essentielles de la démocratie.

C'est plus vrai que jamais, Quand la vie de chacune, de chacun est à ce point liée à celles des autres, dans sa commune ou sa cité, son pays, et jusqu'au monde entier. La mondialisation fait naître l'exigence d'un droit à l'information plus large, ouvert à chaque citoyen ou citoyenne du monde. Beaucoup est à conquérir dans ce sens si l'on songe aux peuples qui n'en bénéficient pas encore ; où aux circonstances qui s'accompagnent, au nom d'une conception dangereuse de l'efficacité ou de la raison d'Etat, d'une suspension de l'exercice de ces droits.

Votre profession a payé encore l'an dernier un lourd tribu au combat incessant pour préserver et élargir ce droit à l'information.

Répondre à cette exigence implique un combat politique pour développer la résistance à des logiques mercantiles qui tendent à uniformiser l'information ou à créer des péages à l'accès à celle-ci. Je le vois de plus en plus à travers ce que vivent vos collègues, journalistes sportifs. Cette résistance, les politiques, les gouvernements, en sont comptables. Je m'en sens comptable.

Il fut un temps où l'actualité parvenais au rythme des voyageurs, aujourd'hui nous vivons l'événement en temps réel.

Je crois à qu'un véritable droit à l'information demande également de dégager le temps de l'analyse, au-delà de la dictature de l'immédiateté. Cela dépend de nous tous, de notre appétit de comprendre.


C'est la deuxième fois cette année que je présente mes v¿ux à la presse.

Ce fait est la conséquence d'une situation provisoire liée à mon souhait d'assumer jusqu'au bout mes responsabilités ministérielles.

Ceci dit, je ne risque pas de me répéter car je n'envisage pas aujourd'hui de vous parler de sport, d'éducation populaire ou du conseil national de la jeunesse.

Pourtant, je n'ai pas l'impression de changer de monde ou " de casquette " car toutes ces activités humaines sont quelque part dépendantes d'orientations que fondent des choix politiques : respect de l'individu ou trafic de l'individu - marchandise, diktat de l'argent ou partage dans le développement, rapport de force ou recherche de coopération pour faire face ensemble.

Cette période transitoire de cumul ne devrait pas trop m'empêcher d'être disponible à vos sollicitations, afin de contribuer pour la part qui peut être la mienne, au développement d'un débat d'idées qui, de nouveau je crois, fait envie à beaucoup d'hommes et de femmes.

Droit à l'information, liberté d'information sont constitutifs d'une république démocratique moderne. Tout appel à la citoyenneté n'incluant pas ce droit et cette liberté est, (pour une part), inaudible. Je pense ainsi à la citoyenneté dans l'entreprise et au procès fait aux syndicalistes de l'EADS et aux journalistes de l'Agéfi, je pense également à l'accès, sans discrimination, des jeunes aux nouvelles technologies de l'information.


Mesdames, Messieurs,

La période des v¿ux fait partie de ces rares moments où l'on croit pouvoir faire un arrêt sur image, sur soi comme sur le monde.

L'an dernier, nous formulions des souhaits pour le millénaire débutant. Il y eut le 11 septembre. Nous savons aujourd'hui que la recherche d'issues ne peut plus être seulement nationale ou continentale, qu'elle ne peut être orientale ou occidentale.

Si nous savons que les solutions se trouvent d'abord dans des relations de proximité et procèdent pour beaucoup de la cohérence des représentations nationales, le rapport que nous avons au monde ne peut plus relever de "la politique étrangère". L'ordre ou plutôt le désordre mondial actuel appelle des réponses nouvelles.

Ces réponses, nécessairement humaines et universelles, butent sur d'angoissantes carences démocratiques. L'espace international prend de plus en plus d'importance. Mais il est le lieu où, faute de construction politique neuve, dominent, et sans véritable contre-pouvoir, les forces du marché et dans trop de régions l'obscurantisme et le fanatisme.

Permettez-moi de parler des femmes si souvent premières victimes de tous les reculs de civilisation, à ces femmes d'Argentine contraintes au pillage; à celles du Nigeria menacées du fouet ou de la lapidation pour avoir donné la vie ; à ces femmes afghanes qui n'osent pas encore enlever le chadri, et dont je rêve ou plutôt aujourd'hui je crois que certaines seront avec des hommes au JO d'Athènes en 2004.

Ce désordre mondial, nous voulons contribuer à y remédier.

Nous souhaitons participer aux efforts de toutes celles et tous ceux qui cherchent à construire un monde de justice, de coopération et de paix. Nous avons pris des initiatives fortes pour contribuer à arrêter l'engrenage meurtrier au Moyen-Orient.

Nous allons ainsi contribuer à la réussite du " Forum pour un autre monde " qui se tiendra les 15, 16 et 17 février ; je serai, nous serons présents à Porto Allègre ; Robert Hue se rendra dans les semaines qui viennent en Amérique latine et en Afrique. Partout, nous interviendrons avec une détermination renouvelée en ayant à l'esprit toutes les luttes à mener pour faire valoir les valeurs humanistes, universalistes que nous avons en partage.

Mais, j'ai envie de dire que toutes les blessures dont souffre notre planète appellent dans l'urgence mieux et plus d'Europe.

Cela demande que les gouvernants ne se servent plus de la commission et des directives comme des paravents et qu'ils assument leurs choix politiques dans la construction européenne. Cela demande à celles et ceux, aux forces qui en contestent les objectifs actuels, de ne pas se replier mais de s'investir résolument dans l'espace européen.

C'est le choix que nous faisons.

Quelque part, " l'accueil fait à l'euro " traduit une envie d'appartenir à cet ensemble, à cette mise en commun unique au monde, à cette exigence de respect des différences qui font la personnalité et l'apport de chaque peuple. Cette envie doit enfin être entendue.

Avec toutes les forces démocratiques et sociales qui y travaillent, nous voulons oeuvrer à une nouvelle orientation, à la démocratisation de la construction européenne.

Demain, 25 pays, après demain plus encore : l'Europe peut devenir une force utile, prête à partager ses ressources et ses connaissances, capable de nouer des coopérations de plus en plus intimes, apte à faire vivre son propre modèle social et culturel. Elle pourra ainsi agir sur la scène internationale, dans le sens d'un développement solidaire et durable.

Pour contribuer à cette Europe utile aux peuples qui la composent et au monde, nous allons nous attacher à prendre les contacts nécessaires pour créer un espace ouvert à toutes les forces européennes de transformation sociale.

C'est l'un des quatre axes de campagne de Robert Hue : dire "citoyen et citoyenne de France", c'est dire "citoyen et citoyenne d'Europe", "citoyen et citoyenne du monde".

Oui, en parlant d'Europe, je ne m'éloigne pas des échéances nationales.

L'actualité en témoigne, loin du " tous pareils " ou d'une réponse technocratiques, il y a bien deux approches de la société, de l'entreprise, de la place de l'individu qui s'opposent.

Oui, il y a ceux qui affirment que la liberté d'entreprendre s'oppose au droit à l'emploi, que la richesse de quelques groupes justifie le pillage et l'exploitation des individus, et il y a ceux et celles qui pensent que, peut-être, nous pouvons vivre ensemble dans une société où chacun, chacune compte pour un, où le développement de chacun et chacune peut bénéficier à toutes et tous.

Les réactions à la décision du Conseil constitutionnel sur la loi de modernisation sociale témoignent bien sûr de l'existence bien réelle d'une gauche et d'une droite mais témoignent également du besoin au sein de la gauche, de la présence renforcée d'une composante qui assume les réformes nécessaires pour répondre à celles et ceux qui en France pensent progrès, humanité, solidarité.

C'est tout le sens de la candidature de Robert Hue : faire beaucoup mieux à gauche, une autre politique à gauche pour faire reculer, éradiquer des souffrances, et répondre aux aspirations, à un appétit de neuf.

L'utilité du vote communiste trouve sa source dans les propositions du candidat, dans sa démarche d'un réel contrat passé entre les électeurs et les électrices et lui-même, dans la portée de ce vote pour battre la droite et pour, dès aujourd'hui et pour demain, répondre aux attentes.

Dès aujourd'hui, car la démarche et les propositions du candidat communiste peuvent être source de mobilisation et d'avancées. Il est ainsi encore possible que la représentation nationale débatte en urgence sur la loi de modernisation sociale.

Il est encore temps de répondre aux appels des professions de la santé ou d'accélérer et de conforter les mesures pour pérenniser les emplois-jeunes.

Il est encore temps faire reculer les discriminations dont les jeunes sont victimes. Il est encore temps de créer les conditions d'une application efficace de la loi sur la présomption d'innocence sans remettre en cause les grandes avancées démocratiques qu'elle contient.

La candidature de Robert Hue est utile maintenant pour agir et agir à gauche.
Utile maintenant pour battre la droite en redonnant des couleurs, à la gauche.
Et c'est bien ce qu'appelle le regard que chacun et chacune peut porter sur ce qui s'est passé depuis bientôt cinq ans.

D'importants chantiers ont été engagés par la gauche plurielle. Les communistes, leurs parlementaires, leurs ministres y ont contribué et cela dans tous les domaines.

Mais par rapport aux difficultés qui demeurent, et aux exigences actuelles, ce bilan a un goût d'inachevé. En disant cela, je ne trace pas deux colonnes : positif, négatif. Je veux simplement souligner Il y a dans ce pays beaucoup de femmes et d'hommes qui ne veulent vraiment pas d'un retour de la droite, mais qui pensent, que le compte n'y est pas. Ces femmes et ces hommes attendent de la gauche qu'elle soit porteuse d'une détermination sociale et politique engagement fort crédible, répondant aux questions profondes, qu'ils et elles se posent.

Je suis persuadée que beaucoup de ces hommes et de ces femmes peuvent se saisir du vote communiste , que quelque chose va se passer à gauche avec la campagne de Robert. Une rencontre est possible entre une nouvelle envie de politique qui commence à s'exprimer, notamment chez des jeunes et la démarche, les propositions de notre candidat.

Les communistes rassemblés, les élus, les candidates et candidats aux élections législatives, qui seront à parité, sont engagés dans cette campagne.


Enfin, je veux terminer mes propos en vous disant l'ambition des hommes et des femmes qui forment le collectif communiste.

Toutes ces dernières années, les communistes ont beaucoup travaillé. Ils ont regardé comme nul autre avec lucidité leur passé, ils ont réfléchi, inventé, expérimenté. Lors du dernier congrès, ils se sont dotés de formes de vie renouvelées pour faire vivre une visée communiste moderne et généreuse.

Dans une époque lourde de défis, marquée de mouvements sociaux, citoyens qui cherchent une véritable alternative à un ordre capitaliste trop insupportable, l'engagement politique retrouve sa portée.
Avec d'autres, nous faisons le choix par notre engagement communiste de contribuer à la rencontre de toutes les révoltes, de toutes les constructions et utopies, de travailler à la mise en commun des intelligences et des passions pour transformer la société et le monde.

L'aventure n'est pas simple, mais elle est passionnante.
Et les communistes ont envie d'en être, d'y aller.

Mes v¿ux pour l'année 2002 sont des v¿ux de confiance.

Je vous remercie.


(Source http://www.pcf.fr, le 5 février 2002)

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