Interview de Mme Corinne Lepage, présidente de Cap 21 et candidate à l'élection présidentielle, à "LaPolitique.com" le 11 février 2002, sur son parcours professionnel, les raisons de sa candidature et sur la stratégie de Cap 21 pour les élections à venir. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Corinne Lepage, présidente de Cap 21 et candidate à l'élection présidentielle, à "LaPolitique.com" le 11 février 2002, sur son parcours professionnel, les raisons de sa candidature et sur la stratégie de Cap 21 pour les élections à venir.

Personnalité, fonction : LEPAGE Corinne, BALLOT Nicolas.

FRANCE. Présidente de Cap 21;FRANCE. Candidate à l'élection présidentielle de 2002

ti : LaPolitique.com : Madame Lepage bonjour. Avocate spécialisée dans le droit de l'environnement et ancienne ministre d'Alain Juppé, vous êtes candidate à l'élection présidentielle. Pourriez-vous pour commencer cet entretien nous rappeler rapidement votre parcours ?

Corinne Lepage : Je suis mariée, j'ai 50 ans et je suis mère de deux enfants. Je suis avocate et j'ai défendu de grandes causes dans le domaine de l'environnement depuis 25 ans.

LPC : Auriez-vous quelques exemples marquants à nous donner ?

CL : Je me suis occupée de l'Amoco Cadix ,du Pont de l'Ile de Ré ou encore de nombreuses affaires de centrales nucléaires, des OGM, maintenant bien sûr de l'Erika. Je pense donc avoir une vraie légitimité dans ce domaine.

Quasiment tous les grands procès de l'environnement en France, j'y ai pris part.

Je suis également prof, j'enseigne depuis1975. A l'IEP Paris, j'ai une chaire de développement durable depuis 1997.

Au niveau politique, pendant 12 ans, j'ai été maire-adjointe de Cabourg et enfin j'ai été ministre de l'Environnement dans les gouvernements d'Alain Juppé de 1995 à 1997. Ce fut au titre de la société civile puisque je n'ai jamais appartenu à aucun parti politique excepté Génération Ecologie très peu de temps à sa création et maintenant CAP 21.

J'ai également de nombreuses activités associatives. Jusqu'à il y a quelques semaines, je présidais cinq associations dans des domaines très différents .J'ai aussi beaucoup écrit, huit livres et des centaines d'articles. Je pense être quelqu'un qui s'intéresse à beaucoup de choses. Et pour finir je dirais que ma caractéristique principale est une totale liberté d'esprit. Et être une femme libre aujourd'hui est quelque chose de rare et de difficile.

LPC : A ce propos, CAP 21 est un parti jeune et encore peu connu, pourriez-vous nous en dire quelques mots ?

CL : CAP 21 est né en 1996. C'était au départ un club de réflexion politique et il s'est transformé en mouvement politique en 2000. CAP signifie Citoyenneté, Action et Participation, et 21 est un clin d'¿il au nouveau siècle, ainsi qu'à l'Agenda 21. Nous comptons aujourd'hui environ un millier de membres répartis sur toute la France. Cela devrait nous permettre de présenter une centaine de candidats lors des prochaines élections législatives.

LPC : Vous vous présentez donc à l'élection présidentielle. Donc première question, pourquoi une telle candidature ?

CL : Je me présente parce que je crois profondément que les grands enjeux du 21ème siècle sont ceux qui touchent à l'environnement, à la santé, à l'intégrité des personnes. La question de la gestion du progrès scientifique est donc absolument fondamentale et c'est maintenant là que se joue la démocratie. Je suis de ce fait assez ulcérée par la manière dont les Verts ont géré la question environnementale depuis leur entrée au gouvernement en1997, c'est-à-dire en en ayant fait un instrument au service d'une politique politicienne et de conquête du pouvoir pour eux-mêmes au sein de la majorité plurielle, en se moquant royalement des besoins dans ce domaine. Je pense donc que j'ai une réelle légitimité à montrer aux gens qu'il existe une autre voie qui repose à la fois sur la lucidité du constat et sur un esprit constructif.

Une autre raison importante, c'est que je viens de la société civile et non du sérail politique. C'est dommage de voir la politique complètement confisquée par les fonctionnaires. Par conséquent, il ne me semble pas du tout inintéressant que quelqu'un ayant fait sa vie professionnelle complètement dans le privé et qui a monté une PME puisse montrer sa façon de voir les choses.

Enfin, je suis une femme. Sur ce point, sans être une féministe au sens MLF du terme, je suis convaincue de ce que les valeurs féminines sont susceptibles d'apporter des solutions aux problèmes contemporains.

C'est donc la réunion de ces trois raisons qui fait que je suis candidate dans un contexte très difficile.

LPC : Difficile dans quel sens ?

CL : Il n'y a aucune égalité entre les différents candidats, à aucun point de vue, ni en termes médiatiques, ni en termes financiers, ni en termes de moyens en général. Par dessus le marché, les " grands candidats ", mais qui se refusent à se dire candidats, captent complètement le débat politique pour en faire un instrument de lancer de seaux de cochonneries à la figure, alors que le pays est en face de très grandes difficultés.

Les vrais sujets importants pour une société comme la nôtre en pleine mutation ne sont donc pas abordés et je trouve cela ulcérant.

LPC : Ne pensez-vous pas qu'il y a aujourd'hui trop de candidats se revendiquant de l'écologie dans cette élection?

CL : A mes yeux, le seul candidat écologiste en dehors de moi, c'est Noël Mamère. Brice Lalonde et Antoine Waechter n'iront pas au bout et je ne pense pas sérieux qu'ils continuent à maintenir leurs candidatures. Cependant je souhaite trouver des accords avec leurs deux mouvements pour les législatives afin de ne présenter qu'un seul candidat écologiste par circonscription.

Et pour revenir à Noël Mamère, ce n'est pas un vrai candidat écologiste. C'est un candidat politicien au plus mauvais sens du terme. C'est une " jeune pousse verte ", moi j'accepte d'être une " vieille branche de l'écologie " à côté de lui¿.

Il est passé partout, il a commencé dans les basques de Jacques Chaban-Delmas, puis dans celles de la famille Mitterrand, puis il a fait un saut chez Génération Ecologie avant de finir chez les Verts après avoir été un élu " tapiste ". C'est donc un homme politique au sens de la 3ème République. L'environnement pour lui est un instrument de pouvoir. Par exemple je pense qu'Alain Lipietz est plus un homme de convictions que lui. Bref, Noël Mamère se fiche complètement de l'environnement, seul l'intéresse son positionnement politicien.

Je vais donc être la seule vraie candidate qui défende les idées écologistes dans cette campagne.

LPC : Au second tour, pour qui allez-vous appeler à voter ?

CL : Je n'appellerai évidemment pas à voter Jospin, cela va de soi. Ceci étant cela ne signifie pas obligatoirement que j'appellerai à voter Chirac. Autrement dit, je suis une femme qui se bat pour des convictions et des idées. Si j'ai alors le sentiment que ces idées ne seront pas reprises alors je ne proposerai aucun choix à mes électeurs, mais certainement pas celui de donner des voix à Lionel Jospin parce que ce n'est pas un choix acceptable pour la France.

LPC : Votre expérience de ministre d'Alain Juppé vous classe tout de même à droite ?

CL : Nous sommes dans un pays dans lequel il faut mettre les gens dans des boîtes, par conséquent, moi j'entre dans la boîte étiquetée " droite " ¿ Soit, je ne me sens pas une femme de droite mais je ne renie en aucune manière ma participation aux gouvernements d'Alain Juppé.

J'estime de plus y avoir fait du très bon travail dans des conditions très difficiles en me battant beaucoup. Quand je regarde la politique de l'environnement menée depuis 5 ans par un gouvernement de gauche, je me dis que la droite a fait nettement mieux.

LPC : Après l'élection présidentielle se profilent les élections législatives, quelle sera alors la stratégie de CAP 21 ?

CL : CAP 21 un mouvement qui existe bel et bien et qui est entré dans un processus tout à fait classique et démocratique pour un parti politique. Par conséquent nous préparons les échéances électorales futures. Pas seulement les législatives, mais également les régionales et les européennes.

Nous avons des gens venus d'horizons très différents, avec une grosse expérience de la société civile mais peu d'expérience en politique, et qui sont donc très représentatifs de la société française d'aujourd'hui au-delà du clivage gauche-droite. Sur ce point je pense que nous sommes un peu en avance.

LPC : Un peu trop en avance peut être ?

CL : Oui nous sommes en avance sur notre temps. Mais je vis un peu cela depuis 25 ans. En 1975, quand j'ai commencé à me préoccuper d'environnement j'étais déjà largement en avance, quand j'ai commencé les audits environnementaux avec les entreprises en 1985-1986, même chose, j'étais en avance de 15 ou 20 ans. Pareil lors de mon début de lutte contre les OGM.

C'est pas forcement facile ni agréable à vivre comme position, cependant je pense qu'il faut des gens comme moi dans une société. Et de toute façon ça doit être mon destin d'être comme cela.

LPC : A propos d'avenir, que répondez-vous à ceux qui affirment qu'un parti écologiste n'est pas en mesure de régler des problèmes comme le chômage ou l'insécurité ?

CL : C'est complètement inexact !!! Un parti comme CAP 21, dont je ne sais pas d'ailleurs s'il faut dire que c'est un parti écologiste, propose une vision globale de la société à partir de l'environnement, mais pas uniquement centrée sur l'environnement. Autrement dit, à partir de la vision que nous avons des rapports entre l'Homme et le monde dans lequel il vit, nous sommes en mesure de proposer toute une série de solutions ou de réformes touchant à tous les secteurs : la réforme de l'Etat, la fiscalité, la comptabilité publique, la recherche publique, la sécurité. Sur ce dernier point, le risque concerne la personne depuis son assiette jusqu'au terrorisme.

Agir pour le développement durable nous fait intervenir dans tous les domaines, y compris l'économie : il s'agit d'asseoir un développement économique sur un secteur dont nous avons tous besoin.

Prenons l'exemple du changement climatique, nous sommes tous en train de discuter sur le point de savoir si oui ou non il faut faire des permis négociables, moi je suis pour depuis 1997, mais, ce qui est intéressant, c'est de savoir quelles sont les technologies que nous allons mettre clairement en place pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Dire qu'on va réduire le transport, c'est bien, mais l'important est de savoir comment faire des transports plus propres, comment faire de l'écologie industrielle pour réduire la nécessité du transport etc... Bref le développement durable couvre très vite absolument tous les domaines.

LPC : Avec de telles idées, n'avez-vous pas peur de ne pas parvenir à faire entendre votre voix ?

CL : C'est bien sûr un gros risque. D'autant plus que l'on ne peut pas dire que les médias me sont particulièrement ouverts. Les règles de l'équité ne sont pas respectées : les "deux grands" monopolisent la campagne d'une part et, d'autre part, Noël Mamère, ancien journaliste, compte beaucoup d'amis dans la presse ¿

Or, quand on sait l'importance des médias dans une campagne comme celle-là c'est très préoccupant bien au-delà de mon propre cas. Par exemple, la manière dont est traité François Bayrou est une honte. C'est un véritable acharnement. Nous sommes actuellement dans une espèce de " fascisme mou ", c'est à dire une pensée unique qui lamine sur son passage tous ceux qui n'entrent pas dans le moule.

LPC : Passons maintenant à l'actualité. Pourquoi n'étiez-vous pas présente au Forum social de Porto Alegre ?

CL : Porto Alegre est quelque chose de très important parce que je crois à l'irruption de la société civile. Mais je n'y suis pas allée par dégoût de tous les récupérateurs en tous genres qui ont fait le voyage en venant de France, pour faire campagne et essayer de s'approprier le Forum et des idées qu'ils combattent violemment quand ils sont en France.

Si je prends l'exemple des OGM contre lesquels je lutte ici en France depuis des années, et bien mes adversaires sur ce point sont tous à Porto Alegre ¿ est-ce bien normal ?

LPC : A propos des OGM, en tant qu'écologiste d'une part et avocate d'autre part, quelle est votre réaction à la confirmation par la Cour de cassation de la peine de prison ferme contre José Bové ?

CL : Je ne connais pas José Bové, je ne vais donc pas porter de jugement de valeur sur le personnage. De plus je ne suis pas non plus suffisamment opportuniste pour, comme d'autres, faire la danse du ventre devant lui pour le récupérer.

Mais je suis légaliste, je trouve que nous vivons dans un pays dans lequel nous nous asseyons trop souvent joyeusement sur la loi. Je ne vais donc pas pousser des grands cris parce que quelqu'un qui détruit est condamné. En revanche, la question que je me pose sincèrement dans ce cas d'espèce est celle de la légitime défense. Ce que le gouvernement est en train de faire au niveau des OGM en obligeant les Français et le territoire à supporter leur culture alors que nous sommes une immense majorité à être contre, est totalement illégitime. C'est légal mais totalement illégitime. Dans ce cas, la question du droit de légitime défense se pose. C'est dans ces termes là que je pose la question.

LPC : Vous participez à de nombreux " chats " depuis le début de cette campagne présidentielle. Internet est-il devenu à vos yeux indispensable à la communication politique ?

CL : Oui bien entendu !!! J'irais même plus loin en disant que sans Internet je n'aurais même pas pu envisager de faire une campagne présidentielle. Son rôle est primordial dans cette campagne au travers de mon site, http://www.corinne-lepage.com. Nous avons été les premiers par exemple à mettre en ligne des " cafés.com " pour que je puisse dialoguer avec les internautes sur un sujet déterminé pendant deux heures.

De plus, Internet s'inscrit dans ma philosophie politique, à savoir celle du dialogue avec les citoyens. Pour une fois que nous avons un média qui permet aux gens d'avoir une information ouverte et horizontale c'est fondamental de continuer

LPC : Nous vous remercions d'avoir répondu à nos questions.


Propos recueillis par Nicolas Ballot


(source http://www.corinne-lepage.com, le 11 février 2002)

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