Déclaration de M. Hubert Védrine, ministre des affaires étrangères, sur le dialogue euro-méditerranéen, l'apport et les limites du processus de Barcelone et du Forum méditerranéen, la question de la sécurité en Méditerranée, notamment la question du Proche-Orient, Paris le 31 janvier 2002. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Hubert Védrine, ministre des affaires étrangères, sur le dialogue euro-méditerranéen, l'apport et les limites du processus de Barcelone et du Forum méditerranéen, la question de la sécurité en Méditerranée, notamment la question du Proche-Orient, Paris le 31 janvier 2002.

Personnalité, fonction : , , VEDRINE Hubert.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères

Circonstances : Discours d'ouverture de M. Védrine à la Conférence de l'IFRI "Europe et Méditerranée" (conférence Euro-Mesco) à Paris le 31 janvier 2002

ti : Je suis venu participer à votre réflexion sur "Europe et Méditerranée", je remercie Thierry de Montbrial et l'IFRI de cette invitation à cette conférence Euro-Mesco.

Je trouve très important qu'il y ait un travail d'experts, de spécialistes qui s'inscrive dans la durée, où l'on puisse se rencontrer pour surmonter la fragmentation qui est l'un des risques du sujet sur la Méditerranée.

Pour asseoir une politique, on a besoin d'un vrai travail approfondi et, à cet égard, je crains que la France, depuis vingt ou trente ans, ait trop délaissé sa capacité d'expertise, d'analyse, de connaissance. Les gens qui travaillent sont tous excellents, mais ils ne sont pas assez nombreux par rapport à d'autres époques. Ceci comporte un risque pour la France qui est de vivre sur des idées reçues, un peu dépassées, parce que nous sommes dans l'idée d'une familiarité avec un certain nombre de pays de la rive Sud de la Méditerranée et c'est souvent faux. Ce sont des pays complexes qui évoluent plus vite qu'on ne le croit.

En tant que ministre, j'ai accordé une grande importance à cette région, je m'y suis rendu une trentaine de fois, j'ai participé à toutes les réunions euro-méditerranéennes de Barcelone ou du Forum méditerranéen.

Votre conférence annuelle est organisée autour de quelques thèmes clefs : le partenariat, la coopération, l'intégration, la sécurité, lieu des perceptions réciproques, le rôle des sociétés civiles.

A partir de là, comment avoir une réflexion qui ne soit pas simplement académique, avec des réflexions juxtaposées.

L'une des idées à laquelle je tiens beaucoup, comme lorsque l'on parle des dialogues des cultures ou des civilisations, c'est que si l'on souhaite avoir un vrai dialogue, il faut qu'il soit franc. Sur ce sujet en particulier, il ne sert à rien de raconter des histoires sur le dialogue des cultures. Ce n'est pas vrai historiquement, la Méditerranée est autant opposée que réunie. Il y a une sorte de nostalgie qui se rattache à je ne sais quoi, on ne sait pas non plus si le concept est culturel ou océanographique et en réalité, il y a toujours, autour de la Méditerranée, un extraordinaire rassemblement de conflits, d'antagonismes et de difficultés.

Si le dialogue doit avoir un sens, il faut commenter les questions de fond. Dire que la Méditerranée, parce qu'elle est le berceau des trois monothéismes est par nature un espace de confiance, est un contresens total : c'est peut-être même l'inverse. Il existe des origines communes, de racines identiques, mais c'est une fausse proximité, c'est une proximité de tensions. C'est vrai encore aujourd'hui et cela a toujours été ainsi. Je ne sais pas à quand il faut remonter pour voir la Méditerranée représenter un espace d'unité géopolitique, sans doute à l'empire romain.

D'autre part, je pense que l'on ne peut pas ramener toutes les questions du sud de la Méditerranée et toutes les questions de dialogue Europe/Méditerranée aux questions que l'on se pose aujourd'hui sur l'Islam. Là aussi, compte tenu du contexte international, il y a un risque de globalisation, négatif, auquel nous avons tous résisté naturellement, et de même qu'un risque d'amalgame dangereux.

Toutes les questions du sud de la Méditerranée ne ramènent pas uniquement à une question musulmane globale. Il faut une meilleure connaissance de la dynamique propre de chaque pays.

Dans une réflexion comme celle-là, il ne faut pas être que géopolitique, il ne faut pas penser qu'aux rapports entre les gouvernements. Vous parlez de sociétés civiles, je ne sais toujours pas trop ce que c'est, mais on sent bien ce à quoi les gens pensent lorsqu'ils emploient ce terme. On ne peut pas parler seulement des rapports entre les gouvernements ou entre les administrations. Il faut réfléchir sur les sociétés, la situation des familles, la situation de l'éducation. On rejoint un élément intéressant du dialogue des cultures ou de ses difficultés, parce que s'il y a un élément de différence et d'incompréhension entre le monde occidental et le monde arabo-musulman, c'est souvent sur ces questions et avec des jugements sévères portés d'un côté sur l'autre à propos de la situation des femmes, du statut des familles, du rapport à l'individualisme. Là aussi, cela suppose de dépasser les connaissances superficielles, les slogans. A nouveau, je plaide pour qu'il y ait, de la part de la France mais je pourrais dire de la part des pays d'Europe, un vrai travail, une vraie connaissance, une vraie approche et non pas des slogans politico-diplomatiques superficiels.

Il y a quelques temps, surtout après les attentats du 11 septembre, j'ai lancé l'idée à Agadir, qu'au lieu de faire dialoguer des gens qui sont, par courtoisie, toujours d'accord sur tout, qui s'encensent mutuellement, la seule chose intéressante serait de débattre avec des gens qui ne sont pas d'accord du tout. Je trouverai cela plus utile.

Je citerai un exemple précis : le jugement porté par les occidentaux sur le statut des femmes dans le monde arabo-musulman, le jugement porté par le monde arabo-musulman sur l'état de la famille dans le monde occidental.

Si l'on en parle, il se passe quelque chose, cela vaut mieux que d'encenser l'autre.

Cette idée a été reprise par la présidence grecque du Forum euro-méditerrannéen qui a convoqué une réunion à Delphes en mars. Chaque ministre membre du forum doit venir avec deux intellectuels. Quels seront-ils ? Je n'ai pas encore choisi...

Le ministre turc a également pris une très bonne initiative puisqu'il a organisé dans quelques jours, une rencontre Union européenne-Organisation de la Conférence islamique pour débattre de ces questions. Ceci nous ramène à la Méditerranée, même si cela ne concerne pas seulement la Méditerranée.

Je disais, il y a un instant, que ce type de dialogue ne peut pas concerner que les gouvernements, l'administration etc... Il faut partir des réalités, des sociétés, de l'économie et de la sécurité. Concernant la société, il s'agit évidemment de toutes les questions réelles du mouvement de population, et c'est une forme d'affrontement. On le traite le mieux possible mais on voit bien qu'il y a une pression migratoire très forte d'un côté et une Europe qui tente de s'organiser pour la maîtriser, pour canaliser, à des conditions assez ouvertes. Personne ne peut défendre la thèse de la fermeture complète et personne ne peut non plus défendre la thèse de l'ouverture complète. On tâtonne sur cette question car personne n'a envie d'être celui qui doit contrôler pour l'ensemble des autres pays. Il y a là un vrai sujet. Peut-on imaginer, dans un colloque de ce type, une situation où ces problèmes ne seraient plus l'objet d'une lutte sourde mais réussiraient à être conçus dans un partenariat à moyen et long terme. On ne sortira jamais de cette situation où les pays européens, pour des raisons d'équilibre social et politique, sont obligés de réguler.

Les pays de la rive Sud y consentent en principe, mais en réalité, cela leur pose des problèmes. Ils sont obligés de laisser filer les gens qui veulent partir car cela fait un effet de soupape. On contrôle jusqu'à un certain point mais pas complètement et ils ne sont pas équipés pour contrôler complètement.

Les pays européens essaient de renvoyer ceux qui sont là de façon irrégulière, mais les renvois ne se font pas, c'est très difficile. C'est quelque chose qui envenime les relations en permanence alors que nous devrions aboutir à une situation qui soit gérable, dans des conditions juridiquement et politiquement acceptables et économiquement bénéfiques. Ce qui nous ramène à la question de l'économie.

A ce sujet, nous nous sommes lancés avec le Processus de Barcelone, dans une espérance géopolitiquemement et stratégiquement, économiquement très juste peut-être un peu utopique, avec la zone de libre-échange généralisée à l'horizon 2010. C'est un bon levier, je ne sais pas si l'objectif peut être atteint et je ne sais pas si nous avons pris toute la mesure de cet enjeu. On n'a pas l'impression que les réformes induites par cet échange libre et généralisé en 2010 soient tout à fait réalisables parce qu'il y a des blocages socio-politiques énormes que chacun connaît. Je pense qu'il faut se poser la question : quel est l'objectif économique à la fois ambitieux et réaliste pour cet ensemble de Barcelone jusqu'en 2020 ? Il faut en parler, ce ne sont pas les gouvernements qui peuvent répondre seuls à cette question, il faut y associer l'ensemble des acteurs économiques et sociaux et savoir quelles sont les adaptations du système politique qui rendraient réactifs les territoires économiques de pays si proches.

Il faut parler des questions d'asymétrie, de l'ouverture des marchés aux produits méditerranéens, notamment les produits agricoles. Avec le Processus de Barcelone, nous avons eu une très bonne idée : les nouvelles négociations sont ensuite un peu fragmentées, Accord d'association par Accord d'association, et nous "tournons un peu en rond".

Il y a un autre problème qui est la question politique. Je parlais de l'irréalité économique des objectifs pourtant diablement nécessaires, le deuxième problème est que le Processus de Barcelone est pris en otage du fait de la question du Proche-Orient. Nous retrouvons l'inconvénient d'avoir une conception globale. Tout cela avait été lancé dans une perspective d'espérance, de projets au processus de paix et nous sommes dans la situation inverse, dans la pire situation depuis des décennies, avec la destruction méthodique et délibérée, je crois, de tout ce qui correspond aux acquis d'Oslo et de Madrid.

L'une des conséquences sur l'affaire dont nous parlons ce matin, c'est qu'il devient presque impossible de travailler utilement avec l'ensemble de l'entité "Barcelone" car cette question du Proche-Orient fait que le travail est impossible dans le contexte actuel entre Israël et les pays arabes. Nous sommes revenus à une situation de blocage. Du coup, ces questions sont prises en otage alors que nous aurions besoin de progresser, soit dans les régions particulières de la zone Méditerranée, soit sur des thèmes particuliers.

Je trouve que la méthode du Processus de Barcelone est trop lourde, qu'il faut garder le défi stratégique, mais il faut aussi introduire de la souplesse pour traiter de sujets particuliers, avec certains des participants. Un peu comme au sein de l'Europe où nous avons introduit dans le Traité de Nice, les coopérations renforcées. Ce qui permet à un groupe de pays moins nombreux d'avoir des projets particuliers. Et la réflexion sur la souplesse d'actions à l'intérieur de l'Union européenne va forcément se poursuivre avec l'élargissement. Cela va entraîner mécaniquement, une recherche de souplesse pour que des pays puissent travailler sur des sujets plus précis ou avancer plus vite que d'autres.

Je pense qu'il faut introduire cette question dans le Processus de Barcelone d'une façon ou d'une autre, sinon, nous resterons bloqués, la méthode est trop lourde. C'est trop global. La stratégie peut être globale mais la mise en oeuvre est trop globale.


Le processus de Barcelone est excellent stratégiquement, mais il y a des initiatives à prendre pour repenser toute la mise en oeuvre, toute la méthodologie fondée sur une analyse réelle pour tenir compte de l'état des économies, des rapports des pays et les peuples. Il faut replacer la question migratoire dans les priorités d'actions car elle est fondamentale. Elle peut être une formidable source de richesse, d'enrichissement mutuel, de connaissances, mais elle peut aussi être une source d'affrontements sans fin, de durcissement des sociétés, de mécanisme de rejet...

Il faut vraiment avoir une pensée politique sur 20 ou 30 ans, en sachant que nous serons toujours les uns près des autres, que nos différences culturelles et de conceptions de sociétés perdureront. Il y aura encore un décalage économique mais peut-être moins fort. Il faut avoir une vraie politique par rapport à cela. Ce sont des idées pour pourraient émaner de la France mais qui peuvent émaner de l'Italie, de l'Espagne, du Portugal, de tous les pays ensemble, cela mobilisant l'Union européenne dans une action plus vaste et plus maîtrisée. Il y a quelque chose à repenser globalement et peut-être qu'aujourd'hui, dans vos discussions, vous aurez des idées sur la forme que cela pourrait prendre.

J'ajoute un mot sur la question de la sécurité pour contribuer à dissiper un malentendu que j'ai constaté plusieurs fois dans les réunions dont j'ai parlé tout à l'heure : les efforts faits par les membres de l'Union européenne ne sont absolument pas agressifs envers qui que ce soit. On décrit souvent la Méditerranée comme étant une zone où il y a des évolutions inquiétantes. Du point de vue européen, c'est simple, c'est l'idée qu'au stade de développement de l'Union européenne, il est logique qu'elle veuille se doter de sa propre capacité, de défense. En fait, ce n'est pas pour défendre l'Europe qui d'ailleurs n'est pas menacée et parfaitement défendue. Ce que nous définissons par défense européenne, c'est la capacité européenne de participation à des opérations de maintien de la paix à la périphérie de l'Europe et c'est centré sur la question des Balkans. C'est une réaction à la relative dispersion, la faible capacité dont les Européens avaient fait preuve, il y a une dizaine d'années, face au début de la désintégration de la Yougoslavie, avec tout ce que cela a entraîné.

C'est par le biais du Sommet de Saint-Malo et du rapprochement entre la Grande Bretagne et l'Union européenne qu'a été entamé ce mouvement très positif.

Il n'y a rien d'agressif dans tout cela, envers personne et évidemment pas envers le sud de la Méditerranée et, au sein des instances européennes, personne ne s'oppose sur ce sujet. Comme il y a eu des plans sur les situations de crise au sud de la Méditerranée. Cela a été interprété par une partie de l'opinion publique au sud, comme la création par l'Europe de nouveaux corps expéditionnaires pour aller faire on ne sait quoi. Cela n'a rien à voir avec cela, nous tentons de faire l'Europe. Elle développe sa capacité à participer à la sécurisation de Kaboul et de ses environs pour l'instant. Aujourd'hui, il s'agit de plusieurs pays importants et non pas d'un mécanisme européen en tant que tel car il vient juste d'être déclaré opérationnel. Et, sur un plan pratique, il faut encore un peu de temps.

Ce sont des choses positives et il faut l'expliquer sans fin car il est absurde que cela ait créé une inquiétude au sud de la Méditerranée. J'en parle aussi car à chaque réunion du Forum, ces questions ont été posées sous un angle politique : qu'est-ce que l'Europe est en train de tramer ? Que fait l'OTAN ?

Je voudrais ici être le plus rassurant possible. Il n'y a pas de risque.

Il reste une question de sécurité en Méditerranée car c'est une zone de tensions, de fractures, d'affrontements possibles, mais je suis obligé malheureusement d'arriver à la conclusion que l'on ne peut pas apporter de réponse globale à la question de la sécurité dans le cadre de Barcelone, notamment à travers la charte sur laquelle nous avons beaucoup travaillé, notamment au Quai d'Orsay. Il y a ici des gens qui s'y sont engagés avec beaucoup de conviction mais, comme vous le savez, dans ces problèmes de sécurité, nous ne pouvons pas conclure tant que la question du Proche-Orient n'est pas résolue.

Les besoins demeurent, l'idée est forte. Il faudra rentrer dans un processus de paix au Proche-Orient pour avancer sur ce point.

Nous allons au mois d'avril, à Valence, faire une réunion, avec la présidence espagnole, sur le Processus de Barcelone où nous aborderons toutes ces questions. Cela aura un relief et un sens particulier.

Un mot sur le Proche-Orient. Il est bien d'avoir une réflexion sans être focalisé sur ce problème et de toute façon, il est présent tout le temps.

Ce qui se passe au Proche-Orient est absolument désolant, c'est malheureusement une déconstruction méthodique de tous les acquis d'Oslo et de Madrid. Vous avez pu constater que les Quinze tiennent bon, qu'au Conseil européen de Laeken et au Conseil Affaires générales du 28 janvier, les Quinze ont rappelé leurs convictions. Les Quinze ne se laissent pas impressionner par toute une série d'actes et de déclarations. Ils redisent fermement et clairement qu'Israël a besoin d'un partenaire pour faire la paix, que la solution, c'est un Etat palestinien, viable, pacifique, démocratique, obtenu par la négociation. Cela suppose un partenaire, ce partenaire c'est l'Autorité palestinienne et donc Yasser Arafat. Les Israéliens ne peuvent pas plus choisir qui dirige les Palestiniens que les Palestiniens ne peuvent choisir qui dirige les Israéliens.

Nous le redisons à chaque fois, même s'il y a une pression énorme en sens inverse pour délégitimer l'Autorité palestinienne et peut-être pour en arriver à la situation où certains pourraient dire qu'il n'y a pas d'interlocuteurs et donc pas de négociations possibles. C'est malheureusement peut-être cela qui est recherché. Les Européens ne marchent pas dans cette interprétation des choses. Nous maintenons notre conception, nous sommes exigeants évidemment, y compris par rapport à l'Autorité palestinienne à qui on demande de faire plus pour lutter contre le terrorisme. Nous savons que, pour qu'elle puisse faire plus, il faut lui donner les moyens et non pas les détruire. Il faut renforcer sa capacité et non pas la réduire, lui redonner de l'espace politique au lieu de l'en priver. Mais nous sommes exigeants sur ce point car nous ne pouvons pas être ambigüs sur cette question de la lutte contre le terrorisme. Nous sommes très exigeants par rapport au gouvernement israélien à qui nous demandons une série de choses connues concernant le retrait des Territoires palestiniens et le gel de la colonisation pour commencer, avant même la négociation. Toutes sortes de choses qui sont le contraire de ce qui est fait.

Voilà la situation, je ne peux pas dire que la dignité dans cette affaire soit de nature à modifier le rapport de forces que chacun connaît, un rapport de forces réel, un rapport de forces politiques ou électorales. Je suis heureux de voir que l'Europe a cette cohérence et ce n'est pas parce que la France s'acharne à convaincre les autres d'adopter ces textes. Il y a eu un rôle moteur de la France dans cette prise de conscience, rôle d'ailleurs ancien puisque la France recommande un Etat palestinien comme solution depuis mars 1982 avec le discours de François Mitterrand à la Knesset. Ce n'est qu'en 1999 que les autres Européens ont adopté cette idée et lorsque le président Bush en novembre a parlé d'un Etat palestinien, il y a eu un moment d'espoir.

Nous nous étions dit qu'il y avait là un objectif commun sur lequel on pourrait travailler ensemble. Nous avons été déçus.

Comme il faut quand même réfléchir et tenter de trouver une issue, j'ajouterai que nous venons, il y a quelques jours, de proposer à nos partenaires européens de réfléchir sur deux idées :

- la première est de prendre au sérieux les idées de Shimon Peres et d'Abou Ala avec une reconnaissance de l'Etat palestinien au début du processus et non pas à l'arrivée. Ce qui a des avantages et des inconvénients bien sûr et pour tout le monde. Mais là où les inconvénients sont les plus importants, c'est le statu quo. Il faut donc réfléchir.

- la seconde idée porte sur des élections générales dans les Territoires palestiniens pour répondre à la question de la démocratie, pour refaire de ce peuple palestinien, un acteur de son propre destin et non pas une voix passive soumise aux engrenages et aux enchaînements.

C'est une idée forte, difficile à contester dans son principe. Elle sera difficile à organiser mais le débat politique peut s'engager. Ce n'est pas une initiative au sens traditionnel et médiatique du terme. Ce n'est pas pour le plaisir de faire des plans en plusieurs points, c'est vraiment une contribution à la réflexion qui a d'ailleurs commencé discrètement. J'ai commencé d'en parler car nos papiers ont trop circulé, c'est la seule raison, sinon, j'aurais été content de disposer de trois ou quatre semaines de plus pour en parler avec les principaux partenaires et interlocuteurs. Nous avons apporté cette idée car nous ne pouvons pas rester dans cette situation, c'est trop insupportable, aussi bien pour le peuple israélien qui est constamment inquiet et terrorisé sur le plan de sa sécurité, que pour le peuple palestinien que l'on fait vivre dans des conditions abominables.

Nous ne pouvons pas rester ainsi, nous continuerons donc ce travail.

La question du Proche-Orient nous tient à coeur mais je souhaite beaucoup que des assemblées de ce type puissent sortir une approche qui soit décapante sur la question de la Méditerranée et qui contribue, comme nous cherchons à le faire, à dégager, au-delà des mots faussement consensuels et des formules toutes faites, ce que peuvent réellement faire les riverains de la Méditerranée ensemble, compte tenu de leur situation réelle et en ayant une conscience lucide des éléments dont elle dispose et des éléments de difficulté ou de contradiction.

Si vous parvenez à en parler, si vous parvenez à les traiter, à faire des propositions, je crois que vous pouvez aider beaucoup la marche des choses pour que cette Méditerranée redevienne un lieu de concorde et de synthèse des cultures.

(Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 7 février 2002)

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