Interview de M. Antoine Waechter, président du Mouvement écologiste indépendant et candidat à l'élection présidentielle de 2002, dans "Combat Nature" de février 2002, sur les questions clés de son programme "pour une politique plus écologique". | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Antoine Waechter, président du Mouvement écologiste indépendant et candidat à l'élection présidentielle de 2002, dans "Combat Nature" de février 2002, sur les questions clés de son programme "pour une politique plus écologique".

Personnalité, fonction : WAECHTER Antoine.

FRANCE. Mouvement écologiste indépendant, président;FRANCE. Candidat à l'élection présidentielle de 2002

ti : Questions pour une politique plus écologique


1 - Combat Nature :
La croissance qui nous guide actuellement c'est l'augmentation indéfinie des productions, de la consommation et des activités qui ne tient aucun compte du qualitatif, ni des pollutions. Par exemple, les morts et les accidentés de la route augmentent la croissance.

Pensez-vous que la France, puis l'Europe, pourraient prendre l'initiative d'un nouveau mode de calcul afin de définir une croissance débarrassée de ses éléments négatifs, dont les pollutions et les dommages causés à la santé humaine ?

Antoine Waechter :
Les politiques sociales et économiques doivent se libérer de la croissance.

Tant que l'emploi, le financement de l'assurance maladie et les ressources des collectivités ne seront pas partiellement déconnectés de l'évolution du produit intérieur brut, les investissements générateurs de travail et de recettes fiscales l'emporteront sur les considérations qualitatives. Favoriser les petites entreprises, où se loge plus de 60 % de l'emploi en France, sur des secteurs d'activités non concurrencés par les multinationales, réduire la distance qui sépare les consommateurs des producteurs, cesser la fuite en avant budgétaire de l'Etat et des collectivités.., voici quelques éléments d'une stratégie économique, dont l'essentiel reste à inventer.

L'effort doit aussi porter sur une dématérialisation de la croissance. Il n'y a pas de raison que celle-ci se traduise par une augmentation des consommations d'énergie, de matières premières et d'espace. Il n'y a pas davantage de raison qu'elle s'accompagne de toujours plus de pollutions. Il s'agit, par exemple, de privilégier les activités de service et d'économiser les ressources à tous les niveaux.

2 - Combat Nature :
Le pétrole sera épuisé dans un avenir proche. Si rien n'est fait, nous serons plongés dans un chaos économique et humain. Dès à présent, il serait nécessaire d'expliquer et de faire comprendre à l'ensemble des populations, en France et en Europe, la nécessité de modifier progressivement et radicalement nos comportements, ainsi que nos habitudes de consommation et de gaspillage. En augmentant régulièrement le prix des carburants.

Notamment celui du carburant diesel qui est le plus polluant. En affectant ces ressources nouvelles au financement massif des transports collectifs, du chemin de fer et autres moyens de transports non polluants pouvant limiter le plus possible le transport routier existant actuellement. Ainsi que la commercialisation de nouveaux moteurs automobiles n'utilisant plus le pétrole, dont le moteur à hydrogène? Quelles mesures pouvez-vous préconiser ?


Antoine Waechter :
Je ne crois pas à une taxation accrue de l'automobile : les taxes sont déjà très lourdes et elles n'ont guère d'incidence sur les comportements. La fiscalité n'est incitative qu'en présence d'une alternative : or, l'organisation du temps de travail et l'aménagement de l'espace se sont adaptés à l'automobile et ne laissent guère de choix à l'usager.

800 millions de véhicules sont à l'origine de 30 % des gaz à effet de serre, aujourd'hui. Les prévisionnistes annoncent un parc motorisé de 2,2 milliards d'engins d'ici 2050 à l'échelle du globe. Le défi est considérable.

La réponse doit être à la dimension des enjeux : arrêt du programme autoroutier, accompagné d'une optimisation d'usage du réseau existant (suppression des péages et remplacement par une vignette, comme en Suisse), modernisation du réseau et du parc ferroviaires, abandon de toute subvention au transport aérien sur les lignes intérieures, transformation des tunnels transalpins et transpyrénéens en tunnels ferroviaires, conception d'un développement urbain facilitant l'accès au transport collectif et réduisant les obligations de déplacement. La réduction des circuits économiques contribuera aussi de manière déterminante à l'abaissement des consommations de transport.

3 - Combat Nature :
La culture de plantes génétiquement modifiées peut contaminer toutes les autres plantations alentours. Cela peut-il être évité ? Ces OGM comportent, par exemple, des antibiotiques pouvant neutraliser et rendre inefficaces les médicaments actuels d'antibiotiques. Ne serait-il pas raisonnable d'interdire en France et en Europe ces plantations tant qu'une certitude absolue d'innocuité ne sera pas déterminée ?

Antoine Waechter :
J'accepte les manipulations génétiques à des fins médicales si elles restent dans l'univers confiné des laboratoires.

Par contre, les cultures de plantes génétiquement modifiées et la libération dans la nature d'animaux ayant subi les mêmes manipulations doivent être interdites. La pollution génétique d'organismes sauvages et l'introduction dans la nature d'espèces nouvelles (une espèce génétiquement modifiée doit être considérée comme une espèce différente de celle qui lui a donné naissance) constituent une menace pour la stabilité des écosystèmes, la santé des consommateurs et la liberté des producteurs.

Le Mouvemement Ecologiste Indépendant est particulièrement actif dans ce domaine.

4 - Combat Nature :
Soixante milliards de francs (9,15 milliards d'euros) sont distribués chaque année aux agriculteurs français au titre de la Politique Agricole Commune européenne sans contrepartie environnementale. Une solution serait d'affecter une part notable de ces crédits à l'agriculture biologique qui n'est pas polluante et favorise des exploitations à taille humaine.

Antoine Waechter :
Il faut cesser de subventionner la production de matières premières pour l'industrie (maïs...). Les fonds publics doivent rémunérer le service rendu à la collectivité par les agriculteurs : entretien et animation des paysages, production d'une alimentation saine, création d'un patrimoine naturel (prairies de fauche, pâturages secs...). Les subventions sont ainsi à attribuer contractuellement au prorata des efforts faits dans ce sens. Les Contrats Territoriaux d'Exploitation (CTE) constituent une bonne amorce, mais leur caractère facultatif et les modalités de leur mise en oeuvre en réduisent considérablement la portée. La signature d'un CTE pourrait devenir le passage obligé de l'accès aux subventions et le moyen privilégié de développer une agriculture écologique.

5 - Combat Nature :
L'énergie nucléaire pose des problèmes de sécurité, dont celui des déchets qui n'est pas résolu. Peut-on envisager d'autres moyens de production d'électricité non polluants centrales thermiques, centrales au gaz, cogénération ?

Antoine Waechter :
Je plaide depuis de nombreuses années pour une sortie du nucléaire et la mise en place d'une programmation énergétique qui permette d'assurer la transition en une quinzaine d'années. Les économies d'énergie constituent, encore aujourd'hui, un élément central d'une telle programmation. Toutes les énergies, sauf l'atome, le fuel et le charbon, sont à mobiliser : l'hydraulique déjà installée, le gaz, la géothermie, le solaire, le bois (en milieu rural)...

6 - Combat Nature :
Tous les sites de montagne skiables ont été équipés de remontées mécaniques et urbanisés souvent jusqu'à deux mille mètres d'altitude. Il serait raisonnable de protéger définitivement les sites vierges qui subsistent en refusant de nouveaux aménagements au-delà de mille cinq cents mètres d'altitude. De même, le littoral encore naturel devrait être définitivement protégé de toute urbanisation ainsi que des excès actuels de la fréquentation touristique. Le Conservatoire devrait assurer cette mission avec de nouveaux moyens financiers et sous le contrôle de structures comportant au moins la moitié de personnes qualifiées indépendantes et de représentants des associations.

Antoine Waechter :
Je partage tout à fait cette opinion : les sites vierges du littoral et de la montagne doivent être conservés dans leur virginité. Robert Hainard affirmait que le degré de civilisation se mesure à la place qu'une communauté laisse à la nature libre. La France a, plus que tout autre pays d'Europe occidentale, les moyens d'une telle démarche. Elle a dès lors une responsabilité toute particulière vis-à-vis de la communauté internationale, en métropole certes, mais aussi en Guyane où notre pays contribue malheureusement au pillage de la forêt amazonienne.

7 - Combat Nature :
La Commission Nationale du Débat Public instaurée par la loi du 2 février 1995 n'est pas saisie de certains problèmes sous prétexte d'urgences. Comme par exemple le tunnel du Mont-Blanc et la route de l'Airbus A380. Pensez-vous que cette commission puisse être saisie d'une façon plus démocratique ?

Antoine Waechter :
La Commission Nationale du Débat Public est une bonne institution, mais il ne faut pas attendre d'elle plus qu'elle ne peut donner. La meilleure manière d'introduire un peu plus de démocratie dans les procédures de décision est d'instituer le référendum d'initiative populaire. Son instauration a été promise par Jacques Chirac et par François Mitterrand pendant la campagne présidentielle de 1981 et par Giscard d'Estaing dès 1974. La promesse est allée au panier, comme tant d'autres.

Le débat public organisé par la Commission Nationale deviendrait ainsi un moment de la procédure référendaire.


(source http://www.mei-fr.org, le 11 février 2002)

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