Interview de M. Jack Lang, ministre de l'éducation nationale, à RTL le 2 janvier 2002, sur le passage à l'euro, la validation en France des diplômes européens, la campagne pour l'inscription sur les listes électorales, la défense de l'exception culturelle et le soutien à la candidature de L. Jospin à l'élection présidentielle. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jack Lang, ministre de l'éducation nationale, à RTL le 2 janvier 2002, sur le passage à l'euro, la validation en France des diplômes européens, la campagne pour l'inscription sur les listes électorales, la défense de l'exception culturelle et le soutien à la candidature de L. Jospin à l'élection présidentielle.

Personnalité, fonction : LANG Jack, ARZT Richard.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale

ti : R. ArztLe passage du franc à l'euro semble avoir bien démarré hier. En tant que membre du Gouvernement, êtes-vous satisfait du comportement des Français face à ce changement de monnaie ?

- "C'est à l'évidence une sorte de plébiscite. Les Français ont, à juste titre, le sentiment de vivre un événement historique. Personnellement, j'en ressens un grand bonheur. C'est la preuve de la maturité politique des Français, de leur confiance dans le futur. En même temps, je dirais que ce "oui" franc et massif en faveur de l'euro est une invitation adressée aux dirigeants de l'Europe à aller de l'avant et à ne pas s'en tenir là. Si, comme je l'espère et je le crois, L. Jospin est élu président de la République, il redonnera à l'Europe l'élan constructeur qui lui manque parfois et inventera un projet neuf qui répondra à l'attente des nouvelles générations. Je crois que le succès de l'euro nous invite à conquérir de nouvelles frontières en faveur de l'Europe."

Vous parlez de L. Jospin. J. Chirac a parlé de l'euro dans ses voeux. A. Duhamel le rappelait tout à l'heure. Quand il dit qu'il y a six ans, au prix d'un effort considérable des Français pour réduire les déficits publics, nous nous sommes mis en situation d'être qualifiés pour l'euro", c'est surtout un hommage rendu à A. Juppé.

- "J'ai ressenti l'intervention du président de la République comme une sorte d'hommage indirect à ses inventeurs, à ceux qui se sont battus pour le faire exister et notamment F. Mitterand et J. Delors ou à ses réalisateurs actuels auxquels on peut ajouter, en effet, d'autres gouvernements mais je pense notamment à L. Jospin et à L. Fabius. Chacun y a apporté sa pierre et en particulier, comme je suis ministre de l'Education nationale, je peux dire que les professeurs, depuis des mois et des mois, ont aidé les élèves à se familiariser avec la monnaie nouvelle. L'euro a fait partie pleinement des enseignements en mathématiques, en histoire, en géographie."

Ils doivent continuer ce genre d'actions ?

- "Ils vont continuer dans les prochaines semaines. Les lycéens vont eux-mêmes être les messagers de l'euro et aller à la rencontre de personnes plus âgées qui peuvent rencontrer des difficultés, d'artisans et de commerçants pour expliquer et expliquer encore pour qu'en effet l'euro soit pleinement intégré dans notre système. Je dirais que, puisqu'on parle d'éducation et d'Europe, l'Europe de l'éducation, l'Europe des étudiants c'est un des grands défis du futur."

Je prends un exemple précis : où en est la possibilité pour un étudiant français de faire valider un diplôme d'études supérieures obtenu ailleurs qu'en France ?

- "C'est décidé. A partir d'un texte que j'ai fait adopter, à l'avenir les universités pourront valider les études réalisées hors de France. En même temps, nous allons encourager, par la création de 12 000 bourses de mobilité, l'envoi d'étudiants dans d'autres universités. Mon souhait c'est que, dans le futur, tout lycéen, tout étudiant ait la chance d'aller passer quelques semaines ou quelques mois dans un autre lycée ou une autre université. Par ailleurs, il y a le plan pour les langues vivantes qui place la France en tête des pays qui se battent pour le plurilinguisme, l'introduction obligatoire d'une langue vivante à l'école primaire. Tout cela va changer profondément la mentalité collective."

Puisqu'on parle des jeunes, il y a eu, jusqu'à la semaine dernière, une campagne pour l'inscription des jeunes sur les listes électorales. Le ministère de l'Education nationale y a participé très activement. Est-ce qu'il y a eu beaucoup d'inscriptions ? Suffisamment selon vous ?

- "On ne peut pas aujourd'hui l'évaluer exactement. Mais je peux vous dire qu'il y a eu un engouement, un relatif enthousiasme. Je voudrais préciser aussi - on ne le sait pas très bien - que les jeunes qui auront 18 ans entre le 1er janvier et l'élection présidentielle pourront, eux, s'inscrire. Les listes seront ré-ouvertes."

Ce n'est pas terminé alors ?

- "C'est clos pour la plupart des jeunes : ceux qui avaient 18 ans avant le 31 décembre. Et ils ont répondu massivement aux appels qui ont été lancés, notamment encore une fois par les professeurs, les recteurs et par des jeunes qui, appuyés par nous-même, ont sillonné la France pour parler à d'autres jeunes et les convaincre de s'inscrire."

L. Jospin a plusieurs fois indiqué qu'il serait Premier ministre jusqu'au bout, jusqu'à l'élection présidentielle. Cela veut dire que pour vous, les membres du Gouvernement, vous allez continuer à gérer vos dossiers dans le trimestre qui vient, comme s'il n'y avait pas de campagne électorale ?

- "Je dirais même plus que jamais. Plus que jamais, nous devons être un gouvernement d'action, d'innovation, de transformation. Si je prends le domaine dont je m'occupe, dans les prochaines semaines, je vais présenter ce que sera la rentrée 2002 pour l'école, pour le collège et pour l'université. Et croyez-moi : il y aura beaucoup de transformations profondes et réelles."

Vous enjambez l'élection alors ?

- "Bien sûr. Dans le même temps, nous allons mettre à disposition de l'Education des moyens tout à fait nouveaux. En deux ans, 30 % de recrutements supplémentaires de professeurs de l'enseignement secondaire, 20 % de recrutements de professeurs de l'enseignement primaire et les concours auront lieu au mois de mars prochain. Je crois que ce sera un point important de la campagne : "nous ne nous arrêtons pas au milieu du guet, pourrons-nous dire aux Français. Nous sommes sur un élan, sur un mouvement, sur une dynamique.""

Cela devient un argument ?

- "C'est d'abord une conviction et en même temps c'est une nécessité pour le pays. Je crois que le moment venu, la question claire sera posée : "voulez-vous revenir en arrière ? Par exemple, dans le domaine de l'éducation : voulez-vous revenir à une époque où on supprimait des postes d'enseignants ? Ou voulez-vous, au contraire, que la dynamique enclenchée s'amplifie et se poursuive ? Souhaitez-vous que nous accomplissions ensemble de nouveaux bonds en avant ?"

Quels sont les atouts principaux de L. Jospin, candidat probable, le jour où il se déclarera ?

- "Moi, personnellement j'ai confiance dans les chances de L. Jospin et en effet il a de nombreux atouts pour réussir. D'abord les actes accomplis, le moment venu le projet. Mais aussi, au-delà de tout, un rapport tout à fait neuf avec la société. L. Jospin et l'ensemble de ceux qui travaillent avec lui ont voulu profondément changer la politique et nous continuerons à changer la relation avec le pays. Et, en particulier, cette règle d'or essentielle qui trop souvent a été violée par les hommes politiques : "respecter ses engagements." On pourra faire tous les procès que l'on veut à l'actuel Premier ministre, on ne pourra pas en tout cas lui reprocher d'avoir tenu ses engagements. Ce qui veut dire que le jour venu, lorsqu'il présentera son programme, lui et peut-être lui seul, pourra dire : "vous pouvez me croire, puisque dans le passé j'ai accompli mes promesses.""

Vous voulez dire implicitement qu'on ne peut pas dire la même chose de J. Chirac, selon vous ?

- "Interprétez-le comme vous le sentez."

Vous avez dit la semaine dernière dans le journal Le Monde votre désaccord avec la phrase de J.-M. Messier annonçant la mort de l'exception culturelle française. Est-ce qu'il existe aussi une exception éducative propre à la France ?

- "Il faut d'abord savoir de quoi on parle quand on évoque l'exception culturelle. C'est une expression que j'avais inventée dans les années 1981. Il s'agit de dire que tout ce qui touche à l'esprit - l'éducation, la recherche, la culture - ne peut pas être soumis dans un pays comme le nôtre, et dans d'autres pays je le crois, à la loi du profit immédiat. Par conséquent, dans ces domaines, il faut des politiques publiques fortes et puissantes, dans le domaine de la culture comme dans le domaine de l'éducation. A la différence de ce qui se passe par exemple en Italie, aujourd'hui, où Berlusconi, après avoir mis en péril le cinéma italien, s'apprête à marchandiser l'éducation en Italie."

Alors qu'en France, il faut que les pouvoirs publics insistent là-dessus ?

- "Je le répète, là encore plus que jamais, il nous faut des politiques publiques fortes et puissantes qui permettent précisément d'encourager la recherche, l'éducation, la culture. C'est un capital intellectuel et moral très important. C'est un gisement pour l'économie. Notre principale richesse est là, dans les esprits, dans notre culture, dans notre savoir, dans nos recherches. Sur ce plan, il faut, si j'ose dire, continuer à "mettre le paquet" comme nous l'avons fait depuis de nombreuses années. Je crois que nous devons poursuivre cet effort dans les prochains temps."

(Source http://Sig.premier-ministre.gouv.fr, le 2 janvier 2002)

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