Déclaration de M. Jack Lang, ministre de l'éducation nationale, sur la diffusion du "Manuel lycéen contre la violence", la mobilisation pour la prévention des violences scolaires et leur signalement systématique, Paris le 10 janvier 2002. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Jack Lang, ministre de l'éducation nationale, sur la diffusion du "Manuel lycéen contre la violence", la mobilisation pour la prévention des violences scolaires et leur signalement systématique, Paris le 10 janvier 2002.

Personnalité, fonction : LANG Jack.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale

Circonstances : Présentation, avec le président du Conseil régional, du " Manuel lycéen contre la violence ", au Lycée Verlomme, Paris 15ème le 10 janvier 2002

ti : Les jeunes nous montrent l'exemple : aidons-les

Depuis mon arrivée au ministère de l'Education nationale, j'appelle de mes v¿ux une participation des jeunes eux-mêmes aux actions que nous engageons pour prévenir les actes d'agressivité et de violence à l'école.

C'est pour cette raison que j'ai immédiatement encouragé et aidé le projet des lycéens d'Ile-de-France, projet qui aboutit aujourd'hui à la présentation de ce " manuel lycéen contre la violence ".

Un remarquable travail collectif

Aux côtés du Conseil régional et de son Président, le Ministère de l'Education nationale s'est mobilisé sans réserve pour apporter son soutien à ce travail.

Le Comité national de lutte contre la violence à l'école a su répondre à la demande des élèves et prodiguer des conseils utiles.

Le résultat de cette mobilisation collective, c'est ce remarquable ouvrage, très bien conçu, qui vise certes à sensibiliser les élèves, mais qui va bien au-delà :
- Ce " manuel " fournit aux lycéens des informations concrètes sur la conduite à tenir face à la violence,
- Il explique le rôle de chacun, sans démagogie et dans le respect des personnes et des compétences,
- Il donne des coordonnées utiles au moyen de fiches techniques rigoureusement organisées.

C'est donc un outil qui porte bien son nom de " manuel " avec, comme auteurs, des lycéens qui s'adressent à d'autres lycéens.

C'est pourquoi, avec Jean-Luc MELENCHON, je souhaite à présent que, dans chaque lycée et dans chaque lycée professionnel d'Ile-de-France, les chefs d'établissement puissent organiser des discussions autour du contenu de ce manuel, qui va être diffusé à plus de 400000 exemplaires, en y associant, bien entendu, les conseils de la vie lycéenne.

Une mobilisation exceptionnelle des jeunes de notre pays

Je veux insister sur le caractère tout à fait exceptionnel de cette initiative. Pour la première fois, un document, réalisé par les lycéens eux-mêmes, est distribué à chacun d'entre eux. Que cela se produise sur le thème de la violence, montre une esprit de responsabilité, un engagement, qui font honneur à la jeunesse de notre pays et qui pourraient d'ailleurs servir d'exemple à bien des adultes.

Au lieu de nous complaire dans le fatalisme et le catastrophisme, prenons donc exemple sur la jeunesse de notre pays et unissons-nous pour l'encourager, comme j'ai moi-même encouragé de nombreuses autres initiatives :
- Par exemple, les jeunes collégiens de Choisy le Roi qui sont les auteurs d'un magnifique "manifeste contre la violence" que j'ai décidé d'adresser à tous les collégiens de sixième à la dernière rentrée.
- Par exemple encore, les lycéens du Conseil National de la vie lycéenne qui ont lancé une campagne de mobilisation de tous les lycéens sur un concours de scénario.
- Par exemple aussi, tous les élèves et leurs enseignants qui ont participé depuis plusieurs mois à la campagne nationale " pour une école du respect " afin de donner aux élèves des repères en matière de comportement, de droits et de devoirs, de respect de la loi.
- Par exemple, enfin, les caravanes civiques, initiatives de " civisme et démocratie "(CIDEM), en faveur de l'inscription des jeunes sur les listes électorales. J'ai vivement soutenu et parrainé cette action qui a vu, tout au long du mois de décembre, des jeunes responsables associatifs sillonner la France pour convaincre, de réunion en réunion, dans les lycées, les universités et les quartiers, les jeunes non encore inscrits sur les listes électorales de le faire avant le 31 décembre. Cette campagne a été une réussite, d'abord parce que ce sont des jeunes qui, là encore, se sont adressés à d'autres jeunes et qu'ils ont trouvé les mots et les arguments que les campagnes officielles ne trouvent pas toujours.

Une initiative qui s'inscrit parfaitement dans l'ensemble des mesures prises pour combattre ce fléau qu'est la violence à l'école

Ces initiatives sont d'autant plus efficaces qu'elles s'inscrivent parfaitement dans l'ensemble des mesures prises pour combattre ce fléau qu'est la violence.

Ces mesures, qui correspondent à un travail patient, déterminé et collectif, sont mises en ¿uvre progressivement, conformément aux engagements que j'avais pris dès mon arrivée dans ce ministère.

Pour mieux prévenir les actes d'agressivité :
- nous avons renforcé les équipes de la vie scolaire auprès des recteurs ;
- nous avons stabilisé les équipes de direction et les équipes enseignantes dans plus d'une centaine de collèges d'Ile-de-France ;
- nous avons mis en place, avec Jean-Luc MELENCHON, un dispositif spécifique pour les lycées professionnels ;
- nous avons adressé à tous les établissements un texte de recommandations pour mieux se mobiliser contre la violence ;
- nous avons renforcé le cadre de coopération entre les services de l'Etat, sous l'autorité des préfets et des recteurs.

Pour mieux réagir quand survient un incident :
- nous venons de mettre au point, grâce au Comité national de lutte contre la violence, un "vade-mecum pour gérer les situations de crise", qui va être accessible prochainement sur le site internet du ministère, à tous les chefs d'établissement, inspecteurs de l'éducation nationale chargés de circonscription et directeurs d'école.
Ce document se présente sous forme de conseils et de recommandations concernant les différentes mesures à prendre lorsqu'une crise éclate. Il apporte des réponses à des questions telles que : comment réagir dans l'urgence ? comment avertir les familles ? comment canaliser et apaiser les émotions ? comment accompagner les victimes mais aussi les auteurs ? comment informer et communiquer ? etc¿
Bien entendu, les réponses apportées dans ce document ne doivent pas être considérées comme des recettes, aucune situation de crise ne ressemblant jamais exactement à une autre.

Les exemples donnés sont révélateurs des capacités de mobilisation et d'initiative des chefs d'établissement, des directeurs d'école et de leurs équipes et je tiens à leur en rendre hommage.

Pour mieux connaître les phénomènes d'agressivité et de violence
Il ne peut y avoir de politique de prévention et de lutte contre la violence vraiment efficace que si la connaissance que l'on a du phénomène est la plus juste possible.
Jusqu'à aujourd'hui, nous n'avions pas cette connaissance.
C'est pourquoi, un nouveau logiciel est utilisé depuis la rentrée scolaire pour mieux recenser les incidents, y compris dans les écoles.
La France est le seul pays au monde à disposer d'un tel outil statistique.
Le logiciel " SIGNA ", qui permet le signalement, par tous les établissements et par toutes les circonscriptions du premier degré, des actes graves de violence, a été mis en place comme prévu à la rentrée de septembre 2001.
Le taux de réponse du premier recueil d'information est satisfaisant et sera encore amélioré lors du prochain recensement.
L'examen attentif des premières informations recueillies est en cours, et seront disponibles à la fin du mois de janvier.

Le nouvel outil statistique rend compte des faits les plus graves alors que, dans le système précédent, était recensés tous les actes, y compris ceux qui trouvaient normalement une réponse interne à l'école ou à l'établissement et qui étaient, à tort, comptabilisés parmi les actes de violence.

Il conviendra donc d'être très prudent sur l'interprétation que l'on peut faire des premiers résultats car les informations fournies par ce nouveau logiciel ne sont pas comparables avec les éléments recensés dans l'ancien dispositif.

De plus, il est à présent demandé aux établissements et aux circonscriptions de répondre systématiquement, y compris lorsque aucun acte de violence n'est à signaler.

En tout état de cause, nous allons enfin avoir une vision de la violence à l'école qui sera plus juste.

Je souhaite, à cet égard, que l'on sache raison garder sur un sujet aussi important.

Je crois avoir montré que je prenais très au sérieux le problème de la violence à l'école. Les mesures que je viens de rappeler rapidement, et qui ont été prises dés mon arrivée et en complément des actions de mes prédécesseurs, en sont la preuve.

Je suis d'autant plus à l'aise pour dire, aujourd'hui, que le terme de violence ne doit pas être employé à tort et à travers, comme c'est malheureusement le cas de temps en temps.

Une agressivité ou " bagarre " dans un cour de récréation, c'est un problème de discipline comme il en existe depuis qu'il y a des élèves, et depuis qu'il existe des cours de récréation. Il faut certes prendre ce problème de discipline au sérieux mais, le plus souvent et heureusement, on trouve une solution grâce à l'action des professionnels de l'éducation nationale, au besoin avec le recours du règlement intérieur.

Ce que je veux dire, c'est que, dans ce cas, il s'agit rarement d'une " violence " qui relève du pénal. Qu'on ne compte donc pas sur moi pour stigmatiser les enfants d'école maternelle et faire entrer les policiers et les juges dans nos cours de récréation !

Mais on sait qu'on peut compter sur moi pour engager toutes mes forces et mobiliser toutes les compétences afin d'éradiquer ce fléau qu'est cette violence qui empêche les enseignants de transmettre les connaissances et les élèves d'apprendre.

Eléments de conclusion

L'école, grâce au travail admirable de ses acteurs et aux importants moyens engagés, se donne donc les moyens de maîtriser la violence des élèves. L'école est même souvent un rempart contre la violence de l'extérieur et, malheureusement, contre les mauvais exemples que notre société produit chaque jour.

On voit bien qu'en engageant le combat pour prévenir et combattre la violence à l'école, nous touchons en fait

La lutte contre la violence ne peut, à l'évidence, être isolée du travail patient que nous effectuons par ailleurs sur le contexte pédagogique, social et éducatif de l'école.

Les lycéens d'Ile de France ont bien compris, et c'est aussi le sens de leur " manuel ", que c'est en réalisant des progrès dans tous ces domaines que nous parviendrons à faire reculer la violence au sein de nos établissements.

Je l'ai déjà dit à maintes reprises, mon v¿u le plus cher est que, le plus vite possible, on cesse d'être sur la défensive, et que l'on parle moins de " lutte contre la violence " et davantage " d'efforts pour mieux vivre ensemble ".

C'est tout le sens de l'action de la République en faveur de son école, et ce dès son origine.

Plus que jamais, écoutons Paul Bert et sa lumineuse mise en garde prononcée à l'occasion du débat sur l'obligation scolaire et la laïcité de l'école en 1880 :

" Nous savons bien que l'instruction n'est pas, par elle-même, une cause de moralisation ; nous savons bien que l'instruction est seulement une augmentation des forces que porte en lui l'individu et que, cette augmentation de forces, il peut l'appliquer au bien comme au mal ".

A nous tous de faire en sorte que, par notre action collective, cette augmentation des forces s'applique exclusivement au bien.

Les lycéens d'Ile de France nous montrent aujourd'hui la voie, aidons-les.


(source http://www.education.gouv.fr, le 11 janvier 2002)

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