Déclaration de M. Jack Lang, ministre de l'éducation nationale, sur le Plan Arts et Culture dans l'enseignement supérieur, le rôle des IUFM dans la généralisation de l'éducation artistique et culturelle et les partenariats entre les universités, les collectivités territoriales et les professionnels des arts et de la culture, Paris le 14 janvier 2002. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Jack Lang, ministre de l'éducation nationale, sur le Plan Arts et Culture dans l'enseignement supérieur, le rôle des IUFM dans la généralisation de l'éducation artistique et culturelle et les partenariats entre les universités, les collectivités territoriales et les professionnels des arts et de la culture, Paris le 14 janvier 2002.

Personnalité, fonction : LANG Jack.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale

ti : Introduction

Ce 2ème volet du plan Arts et Culture pour les enseignements supérieurs complète le premier volet du Plan pour les Arts à l'Ecole présenté le 14 décembre 2000. Une nouvelle étape est franchie pour le développement des arts et de la culture, que les établissements d'enseignement supérieur auront à mettre en ¿uvre dans le cadre de leur autonomie.

C'est un enjeu essentiel pour :
- l'avenir de nos étudiants,
- la qualité et le dynamisme de la vie culturelle et artistique de notre pays,
- sa place dans l'Europe des enseignements et de la culture.

En premier lieu, nous avons à répondre à l'engouement des étudiants qui cherchent dans les arts et la culture un espace d'expression personnelle, des repères et des valeurs. Cet engouement s'exprime par le foisonnement d'initiatives étudiantes, une forte demande d'activités culturelles et un accroissement continu (+ 17 %) des effectifs dans les filières artistiques et culturelles.

Les étudiants qui ont choisi de s'orienter dans le domaine des arts et de la culture doivent le faire dans le cadre de cursus lisibles. Les disciplines artistiques, encore jeunes au regard de la tradition universitaire, ont contribué à renouveler la pédagogie et la réflexion sur l'art.

Ces enseignements sont dispensés dans des établissements relevant du ministère de l'Education nationale et d'autres du ministère de la Culture, avec des méthodes et des objectifs différents : c'est une richesse que nous devons mieux exploiter.

Ces évolutions exigent une action résolue, concertée et prospective. La loi de 1984 avait ouvert la voie à de multiples collaborations entre différentes institutions relevant de nos deux ministères. Le Protocole de coopération que nous signons marque un tournant décisif et trace de nouvelles perspectives : il approfondit la concertation avec le ministère de la Culture pour que les étudiants et les enseignants participent pleinement à la construction de l'espace européen de l'enseignement supérieur et de la culture.

Je me félicite particulièrement de la mobilisation des présidents d'université et je salue l'engagement résolu de Bernard Alluin et de Francine Demichel, directrice de l'enseignement supérieur, qui ont permis cette avancée significative. Je rends hommage enfin à l'équipe de la Mission de l'éducation artistique et de l'action culturelle qui a tant fait depuis un an autour de Claude Mollard.

Le plan de développement des arts et de la culture dans l'enseignement supérieur répond à trois objectifs :

- Adapter les formations aux évolutions du monde des arts et de la culture et aux attentes nouvelles des étudiants,
- Mieux structurer et développer la formation des enseignants et des formateurs pour accompagner le 1er volet du Plan,
- Accroître le rayonnement intellectuel, culturel et artistique de nos établissements d'enseignement supérieur.

Je parlerai d'abord des formations, puis de la vie artistique et culturelle des établissements.


Les formations artistiques et culturelles

L'offre actuelle de formation, qui est de grande qualité, doit être mieux répartie sur l'ensemble du territoire et se nourrir de la diversité de nos établissements et de nos étudiants.

Je tiens d'abord à souligner que les disciplines artistiques sont des sciences de l'expérimentation qui articulent théorie et pratique. Elles nécessitent donc - comme les sciences de la matière - ateliers, laboratoires et, de plus en plus, technologies de pointe. Il n'y a, dans ce domaine, ni formation ni recherche dignes de ce nom sans une pédagogie et une technologie de la création.

Le travail remarquable conduit par Claude Laugénie sur les normes San Remo va permettre à terme une revalorisation sans précédent de la dotation théorique des filières à composante artistique et littéraire. J'ai voulu que les premiers effets de ce nouveau système de répartition se fassent sentir dès 2002. C'est là une mesure d'équité trop longtemps différée. C'est l'opportunité de donner à ces filières la capacité de se développer dans des conditions favorables.

Je demande aux présidents d'université et directeurs d'établissement de s'attacher plus particulièrement aux 4 priorités suivantes :

- adapter les formations et la recherche,
- affirmer la dimension professionnelle des enseignements artistiques,
- favoriser les complémentarités entre les établissements sous tutelle de nos ministères,
- développer la formation des professeurs dans les disciplines culturelles.

Adapter les cursus s'impose au regard des évolutions culturelles et des attentes des étudiants

Les croisements entre les arts qui marquent la création contemporaine rendent d'autant plus nécessaire d'ouvrir nos disciplines, pour éviter une spécialisation excessive.

Je demande aux universités, dans le cadre du nouveau système de crédits, de mettre en place des cursus pré-licence bi ou pluridisciplinaires . Certaines universités ont déjà pris en compte des convergences nouvelles entre disciplines : langues ou lettres-théâtre, histoire et lettres classiques-histoire des arts, musique-informatique, cinéma-nouvelles technologies¿ A partir d'un socle solide de connaissances générales, les étudiants pourront ainsi diversifier leur parcours.

J'encourage donc les universitaires à imaginer des cursus qui offrent aux étudiants des perspectives plus larges.

Ainsi, la filière histoire de l'art doit s'adapter à une vision moderne des cultures du monde et préparer les étudiants à différentes orientations dans le domaine du patrimoine.
- La double formation histoire de l'art et droit, mise en place par l'université Paris I, me paraît un excellent exemple.
- Parallèlement, la Direction de l'enseignement supérieur travaille avec l'Ecole nationale du Patrimoine à organiser, dans certaines universités, des préparations aux concours de conservateurs.

Plus largement, je souhaite que l'histoire de l'art s'intègre dans la formation des professeurs de l'enseignement secondaire.

Dans ce but, deux chemins seront empruntés :
- l'intégration de l'histoire de l'art dans un CAPES ou une agrégation. Je demande au Haut Comité de suivi des concours présidé par Marc Fort, d'étudier cette possibilité et de me faire des propositions précises d'ici la fin du mois d'avril ;
- la création d'une certification complémentaire en histoire de l'art qui, après le CAPES théorique, pourra être validée au cours de la 2ème année d'IUFM. Je rappelle par ailleurs que l'enseignement de spécialité et l'option histoire des Arts, que j'ai mis en place en 1993, ont connu un développement spectaculaire et sont appelés à progresser encore. J'en fais une priorité - au même titre que les " Itinéraires de découverte " au collège - dans la prochaine circulaire de rentrée.

Dans le même esprit, j'ai créé, dans les classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE) littéraires, des options en cinéma, théâtre et histoire des arts, comme elles existent déjà en arts plastiques et en musique. Les étudiants littéraires seront préparés aussi bien aux concours des ENS, aux concours des écoles supérieures du ministère de la Culture, qu'aux concours de professeurs.

Ces nouvelles options démarreront dès la rentrée prochaine dans certains lycées où existent déjà ces options en Terminale ou en STS.

Pour la recherche, la coopération engagée avec le ministère de la Culture en architecture et en histoire de l'art doit maintenant s'étendre à l'ensemble des secteurs culturels, depuis l'archéologie préventive - qui constitue un enjeu historique et scientifique essentiel -jusqu'aux technologies les plus sophistiquées.
- Le site achemenet.com, développé par le professeur Pierre BRIANT du Collège de France qui nous accueille aujourd'hui, offre ainsi aux chercheurs du monde entier un instrument scientifique unique, que chacun de nous peut aisément consulter.

Seule une recherche universitaire de pointe, qui s'appuie sur nos domaines d'excellence dans le champ du patrimoine et de la création, donnera à nos institutions leur pleine reconnaissance internationale.

C'est l'objectif de l'Institut National d'Histoire de l'Art, dont le décret constitutif vient d'être publié 20 ans après le rapport Chastel : François Mitterrand avait alors décidé l'implantation de la BNF sur 2 sites, Tolbiac et Richelieu pour les collections anciennes ; l'INHA concrétise aujourd'hui cette ambition autour de fonds documentaires exceptionnels. Cet établissement a pour vocation :

- de constituer et d'animer un réseau d'établissements au niveau national et international,
- d'accompagner le travail de recherche d'étudiants avancés et de jeunes docteurs,
- de favoriser les échanges scientifiques entre les universitaires et les conservateurs et, notamment, l'Ecole Nationale du Patrimoine qui sera associée à des formations doctorales.

J'ai demandé à Claude Mollard de créer à la Villa Hériot, mise à la disposition du CNDP par la ville de Venise, un site destiné à accueillir des historiens d'art, en collaboration avec la Fondation Cini et l'Institut d'Architecture de Venise.

Par ailleurs, le projet de la Villa Finaly à Florence devrait progresser avec l'appui des Présidents des universités parisiennes.

La synergie entre la richesse du patrimoine, les sciences et la technologie me paraît essentielle pour l'avenir.

- La Maison des sciences de l'homme de Paris-Nord ( universités Paris VIII et Paris XIII) ouvrira de nouvelles perspectives de recherche interdisciplinaire autour des arts et des industries culturelles.

- Un projet original d'Institut international de gestion du Patrimoine fluvial est proposé par l'université de Tours et des collectivités territoriales du Val de Loire classé " patrimoine mondial de l'humanité " par l'UNESCO. Je propose que le ministère de la Culture soit associé à ce projet.

Le ministère de l'Education nationale soutiendra les projets de recherche développés par les universités avec des écoles supérieures du ministère de la Culture.
Aujourd'hui plus que jamais, l'université tire sa force de l'interaction constante entre la recherche et les enseignements à vocation professionnelle.

Affirmer la dimension professionnelle dans les formations artistiques

Alors que la demande des étudiants se dirige de plus en plus vers les filières des arts et de la culture, ces professions évoluent et exigent des formations ciblées.

Dans tous les cas, le choix professionnel se construit à partir d'une culture universitaire et d'une spécialisation dans un domaine artistique ou culturel ouvert, mais cohérent.

Ainsi, je pense que les formations à la médiation, la gestion, l'ingénierie culturelles constituent une spécialisation pour des jeunes gens déjà dotés d'un solide bagage culturel et artistique et d'une bonne connaissance de la réalité professionnelle.
La concertation régulière entre nos deux ministères vise à anticiper ces besoins nouveaux en formation et à concevoir, avec les milieux professionnels, les enseignements qui y répondront.

Il importe en effet de proposer des formations adaptées à des métiers précis aux deux niveaux privilégiés par l'architecture européenne des diplômes.
Notre responsabilité première est de nourrir un vivier de jeunes professeurs d'arts plastiques et de musique qui renouvelleront l'approche des arts chez les enfants en faisant appel à d'autres pratiques, qu'il s'agisse de chant choral ou de création numérique.
Dans tous les domaines culturels, les licences professionnelles offrent aux étudiants des débouchés clairement identifiés. Les exemples sont multiples : en danse, dans les secteurs du livre, du multimédia, en design.

Une filière universitaire en Design est en train de se constituer dans les différents types d'établissements (universités, IUT et écoles d'ingénieurs) en liaison avec des écoles d'art du ministère de la Culture et des professionnels .
- Je pense en particulier à l'Ecole des ingénieurs textile de Mulhouse qui a mis sur pied une option très originale de création en collaboration avec le magnifique Musée des Impressions sur étoffes.
Cette interaction entre les arts et les techniques fonde aussi le projet de création de l'Institut des hautes études du design, des arts et de la culture à Fontenay-aux-Roses qui développera des formations de 3ème cycle, au sein de l'université de Versailles Saint-Quentin.
L'Institut comprendra une deuxième entité destinée, sous la tutelle du CNDP, à fédérer une trentaine de pôles de ressources initiés par les deux ministères sur l'ensemble du territoire, regroupant les compétences des IUFM, des CRDP et des structures culturelles en matière de formation, de documentation et de mise en réseau des " personnes ressources ".

A cet effet, la Direction de l'enseignement supérieur apporte un premier crédit de 5 MF.

Au niveau du 3ème cycle, il faut également offrir des formations plus larges dans les DESS à vocation culturelle afin de faciliter l'adaptation des étudiants à des métiers évolutifs.
Le système européen des crédits permet de concilier un enseignement universitaire de haut niveau et, éventuellement, un stage plus long ou un séjour dans une université ou une entreprise culturelle à l'étranger.
- Le DESS de valorisation du patrimoine cinématographique de Paris 8 en partenariat avec plusieurs universités européennes et qui organise des stages dans des institutions cinématographiques de plusieurs pays anticipe cette démarche.
Dans tous les cas, l'expérience professionnelle s'avère fondamentale et je remercie le ministère de la Culture de ses propositions dans ce sens.

Je propose à Catherine Tasca de réunir, dès le mois prochain, un groupe de travail pour examiner les modalités d'attribution du grade de mastaire aux diplômes délivrés à ce niveau par les établissements d'enseignement supérieur qui sont sous sa tutelle.

Favoriser les complémentarités entre établissements relevant des deux ministères au plan national et européen

Depuis cette année, l'accès aux concours de recrutement de professeurs est ouvert aux étudiants des écoles supérieures du ministère de la Culture, par les textes officiels,

- par exemple pour les diplômés de l'Ecole du Louvre.
- A l'inverse, nos étudiants passent avec succès les concours, également très difficiles, des "grandes écoles" du ministère de la Culture .

Mais il faut approfondir ces complémentarités pour faciliter les échanges et les parcours croisés, adaptés à des itinéraires singuliers, et la mobilité des étudiants en Europe.

Je souhaite, d'abord, favoriser les passerelles entre les filières artistiques et culturelles des universités et les établissements d'enseignement supérieur du ministère de la Culture. Des échanges ont déjà lieu entre établissements, dont les modalités sont fixées par convention, avec en général une année d'adaptation pour les étudiants.
Nous pouvons désormais aller plus loin :
- grâce au système des crédits transférables (ECTS)
- et au dispositif de validation des études et des acquis de l'expérience, prévu par la loi de modernisation sociale.
Les étudiants peuvent aujourd'hui se réorienter, prolonger ou reprendre des études. C'est un progrès considérable pour l'accès à la connaissance et à une meilleure qualification.

Dans cette perspective, j'incite les universités et les écoles d'ingénieurs à se rapprocher des écoles supérieures du ministère de la Culture pour imaginer des cursus originaux, des aménagements d'horaires, voire des enseignements communs.
Je pense par exemple :
- au double cursus mis en place à Lyon par les universités et le Centre National de la Danse,
- à la licence de musique d'Evry entre l'université et le conservatoire, cursus ouverts à de jeunes professionnels.
D'autres convergences sont possibles, dès le premier cycle, notamment entre les départements de théâtre et les conservatoires ou les institutions de création.
Les établissements peuvent aussi s'associer pour construire en partenariat, des diplômes de 3ème cycle qui répondent à des besoins professionnels.
C'est le cas du projet de formation à la dramaturgie et la mise en scène, sur lequel travaillent le département d'Etudes Théâtrales de l'université de Nanterre et Jean-Louis Martinelli, directeur du théâtre des Amandiers.

Des pistes fécondes restent à explorer, au carrefour des enseignements, de la recherche et de la création.
- Ainsi, à Tourcoing, l'université Lille III et l'école d'art, non seulement disposent d'une bibliothèque commune, mais organisent pour leurs étudiants des passerelles d'un cursus à l'autre au sein d'un " pôle Arts plastiques ".
Cette initiative de mise en réseau préfigure une démarche qu'il convient d'encourager. Une réflexion plus globale devrait s'ouvrir sur ce sujet dans la région Nord Pas-de-Calais.
Nos étudiants ont tout à gagner des échanges de compétences entre chercheurs, créateurs et professionnels de la culture dans le cadre de " pôles conjoints de formation supérieure " autour des arts et de la culture.
Je souhaite donc que les recteurs se rapprochent des DRAC et des collectivités territoriales, pour proposer des projets de développement conjoint.

J'invite les directeurs d'IUFM à jouer un rôle actif dans cette coopération entre établissements d'enseignement supérieur, notamment pour la formation de professionnels qui souhaitent initier des enfants à la pratique de leur art.
Les IUFM ont en effet vocation à organiser, en réseau avec les autres établissements d'enseignement supérieur, des formations pour les professeurs et les personnels concernés dans les deux ministères.
- Ainsi, à l'université de Nanterre, les départements de Lettres et Arts du spectacle et le pôle Métiers du livre ont imaginé " Le Carrefour des écritures " : des ateliers conduits par des écrivains sont proposés aux étudiants comme aux enseignants en formation initiale ou continue des 3 IUFM d'Ile de France. Voilà une belle initiative de ces établissements.
- D'autres projets sont en chantier pour la littérature et la poésie (à Paris XIII et Clermont-Ferrand), le patrimoine (à Orléans), le spectacle vivant (en région Provence Alpes Côte d'Azur) ¿
Il convient de répartir ces actions de manière harmonieuse sur l'ensemble du territoire, en liaison avec le ministère de la Culture et les collectivités territoriales.

Les professionnels qui souhaitent s'investir dans l'éducation artistique peuvent compléter leur parcours personnel à l'université.
C'est l'objectif de plusieurs licences professionnelles en partenariat :
- sur l'analyse du mouvement dansé, organisée par l'université Paris VIII et le Centre National de la Danse,
- sur la transmission théâtrale à l'université Paris III,
- ou pour les pratiques chorales collectives à l'université de Toulouse, afin d'accompagner le plan de développement des arts à l'école.
La collaboration entre les universités, les IUFM, les écoles et grandes institutions de la Culture est un atout majeur, en particulier pour la formation des artistes et des professeurs.

Développer la formation des professeurs dans les disciplines culturelles

Les IUFM constituent la clé de voûte de la généralisation de l'éducation artistique et culturelle.

Je leur demande de s'attacher à 3 objectifs prioritaires :
- la mise en place des " dominantes Arts et Culture " en formation initiale,
- une formation obligatoire aux arts et à la culture pendant la scolarité à l'IUFM,
- le développement de la formation continue des formateurs qui permettra de démultiplier rapidement les expériences les plus abouties.

Forts de leur expérience, plus des trois-quarts des IUFM ont ouvert, dès la rentrée, des formations à dominante dans les différents secteurs des arts et de la culture.
Je me réjouis de l'engagement qu'ont ainsi manifesté les directeurs d'IUFM.

Certains ont pris l'initiative d'aller plus loin et d'organiser des formations spécifiques :
- formations au partenariat et à l'environnement culturel qu'il faudrait généraliser en liaison avec les classes à " projet artistique et culturel " ;
- approfondissement dans tel ou tel champ disciplinaire :
- à Lille sur le chant choral ;
- à l'IUFM de Bretagne, une option cinéma/audiovisuel en partenariat avec l'université, la DRAC et les collectivités territoriales. La méthode me semble excellente.
- à Lyon, une formation dans le domaine de la littérature de création.
La Direction de l'enseignement supérieur accompagnera le développement de ces projets dans le cadre des contrats ou éventuellement par avenant.

L'introduction de certifications complémentaires
Sous des apparences modestes, une évolution considérable de la formation des enseignants est en cours. Sa mise en ¿uvre institutionnelle est en marche. J'en ai déjà parlé plus haut à propos de l'enseignement de l'histoire de l'art, mais j'y reviens parce que l'enjeu est d'importance.
Il s'agit d'acter un principe de bon sens : faire en sorte que tout enseignant qui cultive une compétence particulière dans un domaine non couvert par les disciplines scolaires classiques, puisse voir cette compétence reconnue. Cette compétence n'est pas " accrochée " à une discipline particulière. Elle ne créera aucun droit et sera librement utilisée. Les domaines concernés sont divers, mais les arts forment les gros bataillons : l'histoire de l'art, mais aussi le théâtre, le cinéma, la danse ¿ etc.
? Sans dévoiler totalement ce que les directions concernées sont en train de construire, le dispositif envisagé sera original pour prendre en compte la pluralité des qualités et des talents. La préparation de cette certification complémentaire se fera à l'université. Sa validation relèvera d'un jury spécialisé mis en place à la fin de la formation en IUFM. Bien entendu, les professeurs actuellement en activité pourront bénéficier de cette validation.

Par ailleurs, beaucoup d'artistes éminents m'ont fait part de leur désir de transmettre leur expérience du métier de créateur aux futurs professeurs. Je les en remercie chaleureusement.
Ils pourront compter sur l'appui de la Mission de l'éducation artistique et de l'action culturelle qui les aidera à organiser des actions de formation ou des résidences d'artistes dans les IUFM.
La mobilisation de tous les talents est une source de richesse pour la généralisation de l'éducation artistique.
La vie artistique et culturelle dans les établissements

De nombreux établissements ont développé depuis plusieurs années une politique culturelle active et inventive.

Que les Présidents me pardonnent de ne pas citer toutes les universités qui oeuvrent dans ce sens. Un document sera prochainement disponible, qui recensera l'ensemble de ces actions.

Nous devons amplifier ces initiatives par une mobilisation accrue de l'ensemble de la communauté universitaire (étudiants, enseignants, personnels) et de ses partenaires, les DRAC, les CROUS, et les collectivités territoriales.

Je souhaite que chaque établissement d'enseignement supérieur inscrive au c¿ur de son projet, une politique culturelle cohérente et ambitieuse :
- articulée à la formation et à la recherche propres à l'identité de l'établissement,
- en prise directe sur son environnement, dans une logique territoriale.

Dans le cadre des contrats quadriennaux que l'Etat passe avec les établissements, le ministère de l'Education nationale contribuera à part égale aux crédits consacrés par les universités à leurs projets culturels.

Pour marquer cette volonté dont je fais une priorité, j'ai prévu l'inscription de mesures nouvelles dans le budget 2002 :
- 12 MF sur le volet culturel des contrats des universités, pour soutenir les initiatives des étudiants et les projets culturels (ateliers, résidences d'artistes, manifestations, cartes culture¿).
Cette augmentation représentera à terme une hausse de 48 millions de francs pour l'ensemble des établissements.
- Certains projets particuliers des établissements hors-contrat pourraient bénéficier d'un soutien spécifique dès 2002.
Par ailleurs, le CNDP, dans le cadre de ses nouvelles missions, réservera une enveloppe de 5 MF pour des manifestations culturelles et des résidences d'artistes.
- Cet effort budgétaire sans précédent doit permettre aux Présidents et Directeurs d'établissement de renforcer leur service culturel. C'est un outil indispensable pour favoriser les décloisonnements à l'intérieur de l'université et l'ouvrir sur son environnement.
- Un certain nombre d'universités ont institué une " commission culturelle ". Ce lieu d'échanges et de propositions permet aux différents acteurs de la communauté universitaire et à leurs partenaires privilégiés de construire ensemble la politique culturelle de l'établissement.

3 priorités se dégagent :

- Développer les pratiques artistiques et culturelles,
- Inscrire l'université dans la vie artistique et culturelle de la cité,
- Construire une architecture universitaire adaptée aux pratiques artistiques et culturelles.

Développer les pratiques artistiques et culturelles des étudiants
C'est une condition essentielle du dynamisme de la vie culturelle de l'établissement.

Je souhaite, en premier lieu, susciter les initiatives des étudiants et accompagner leurs projets.
- Le fonds d'aide à la vie étudiante doit sans doute, plus encore que par le passé, contribuer à valoriser les initiatives des étudiants.
- Aujourd'hui, 25 % environ des établissements prennent en compte, de différentes manières, les pratiques artistiques et culturelles des étudiants.
L'intégration de ces activités dans les cursus sous forme d'unités d'enseignement libres ou de découverte les inscrit au c¿ur du parcours de formation.

Les professionnels des arts et de la culture doivent être largement associés à la vie culturelle des établissements, notamment dans le cadre de résidences d'artistes.
Il est en effet indispensable de faciliter leur présence aux côtés des étudiants et des équipes enseignantes pour accompagner les pratiques amateurs ou conduire des ateliers et des expériences de création inscrites dans les formations.

Le ministère de l'Education nationale étudie donc comment modifier les textes qui régissent les modalités de leur recrutement afin de définir des règles plus claires qui seraient applicables dès la rentrée prochaine.

Je voudrais souligner ici l'immensité du travail accompli dans ce sens depuis 12 ans par l'Académie Expérimentale des Théâtres dirigée par Michelle Kokosowski. Cette année, les "Arts de la scène à l'Université" ont ouvert un espace de réflexion et d'échanges entre le monde du théâtre et les universités. Le dépôt à l'IMEC (Institut Mémoires de l'Edition Contemporaine) d'archives inédites offrira aux étudiants, aux chercheurs et, plus largement, aux amateurs de théâtre l'accès à toute cette expérience et cette mémoire vivantes du théâtre contemporain.

Un nombre croissant d'établissements organisent des manifestations de grande qualité et même des semaines consacrées aux arts, à la culture, à la science, au Printemps des poètes ¿ à Orsay, à Rennes, à l'IUFM de Besançon¿
J'invite les établissements à réaliser des projets inter-universitaires qui rayonnent plus largement dans leur région - comme viennent de le faire les 4 universités nouvelles d'Ile-de-France sous le signe du cirque - ou nationalement - comme l'opération " Campus Euro(pe) art " qui va démarrer au début de l'année 2002.

Inscrire l'université dans la vie culturelle et artistique de la cité
Il s'agit d'impulser un double mouvement :
- faciliter l'accès des étudiants aux lieux culturels,
- ouvrir l'université à un public plus large.

Pour favoriser la fréquentation régulière des lieux d'art et de culture, il faut généraliser le système des " cartes culture ", adopté par un certain nombre d'universités. Leur efficacité n'est plus à prouver. J'invite les établissements à imaginer des formules adaptées avec leurs partenaires culturels et les collectivités territoriales. C'est l'une des priorités du volet culturel des contrats.

Dans un sens inverse, il faut ouvrir l'université à des usagers autres que les seuls étudiants. L'université appartient à tous les citoyens : " l'université de tous les savoirs ", les universités inter-âge, attestent de la curiosité intellectuelle d'un large public pour les derniers résultats de la recherche dans tous les domaines : sciences, histoire, arts.
En ce début de XXI ème siècle, l'éducation tout au long de la vie est un défi majeur que nous avons à relever.

Certains établissements sont riches de collections d'¿uvres d'art, d'objets de culture, voire de véritables musées. Leur mission muséographique de conservation et d'animation sera encouragée au service de la culture de tous. Des projets sont à l'étude : le musée du Corps Humain à l'université Paris V, le très beau projet du professeur René Frydman, la Cité des Naissances et des Enfances, dont j'ai confié à Claude Mollard le soin de tracer les perspectives.

Les universités vont s'adresser de plus en plus aux citoyens par le biais de la télévision numérique.
Je souhaite que le recours aux nouvelles technologies pour diffuser les connaissances se généralise. C'est la vocation de la chaîne Canal U alimentée en programmes par les universités, des sites Internet à vocation scientifique et culturelle, en particulier du CERIMES (Centre de ressources et d'information sur les multimédias pour l'enseignement supérieur). La direction de la technologie prévoit la création d'une chaîne culturelle.

Construire une architecture universitaire adaptée aux pratiques artistiques et culturelles
Tout cela bien sûr exige des locaux adaptés. Certes les étudiants déploient des trésors d'imagination pour investir des lieux inhabituels qui peuvent susciter l'émergence de nouvelles formes d'art et de convivialité.
Nos universités disposent de trop peu d'espaces pour la vie culturelle des étudiants,
en comparaison de nombreuses universités européennes.

Il s'agit de favoriser les initiatives d'architecture culturelle dans les universités.
La construction d'équipements est encadrée par les schémas U3M et les contrats de plan Etat / Région (CPER).
- Des opérations sont en cours : ainsi, l'université de Montpellier 3 va inaugurer un superbe théâtre.
- L'université de Marne-la-Vallée vient d'achever le bâtiment de l'Institut Charles-Cros.

Néanmoins, trop de locaux sont inconfortables ou inadaptés . Aussi je demande que la révision des contrats Etat/Région contribue de manière décisive, dès 2003, à la construction ou à l'aménagement de lieux culturels.

- Cela permettrait par exemple d'améliorer les locaux du département d'Arts à l'université d'Aix-Marseille,
- ou de restaurer enfin le très beau théâtre de Nice.
Au-delà de la construction, il est essentiel de prévoir aussi le recrutement de personnels expérimentés et les conditions de fonctionnement nécessaires pour faire vivre ces lieux.

Les universités devraient se saisir plus largement de la procédure du 1 % affecté aux commandes d'¿uvres d'art dans le cadre des marchés publics.
- C'est ce que font avec une très grande réussite les universités du campus grenoblois.

D'un commun accord entre nos ministères, une mission a été confiée à M. Norbert Duffort, conseiller pour les arts plastiques au sein de la DRAC des Pays de Loire, sur ce sujet.

Evidemment, de telles initiatives s'enrichissent de la collaboration étroite entre nos ministères et les collectivités territoriales, partenaires essentiels du développement culturel.


Conclusion

Le Plan Arts et Culture que nous avons annoncé, il y a un an, pour les écoles, les collèges et les lycées trouve aujourd'hui son aboutissement dans l'enseignement supérieur.

Les établissements d'enseignement supérieur, foyers actifs de transmission des savoirs, mais aussi de recherche, de création et de rayonnement culturel, ont un rôle essentiel à jouer pour :

- la qualité de la vie culturelle, professionnelle et personnelle des étudiants,
- la construction d'un espace européen où l'accès à la connaissance, aux arts et à la culture soit une réalité pour chacun tout au long de la vie

Je profite de cette occasion pour vous annoncer que le Salon des Arts à l'école, qui se tiendra du 13 au 17 mars à Montreuil, illustrera la cohérence de cette politique de la maternelle à l'université. Il présentera sur un premier plateau les outils pédagogiques des éditeurs privés et ceux du réseau CNDP-CRDP, réseau qui prendra prochainement le nom de SCEREN dans le cadre de la réforme entreprise par Claude MOLLARD : SCEREN, comme Service Culture, Editions, Ressources de l'Education Nationale. Un service public ouvert non seulement à la documentation pédagogique mais aussi à l'action culturelle, aux éditions multimédia et au développement des ressources les plus diverses. Il interviendra non seulement dans l'enseignement scolaire mais aussi dans l'enseignement supérieur.

Le salon offrira aussi un deuxième plateau consacré aux actions conduites dans les classes et réparties entre les douze domaines des arts et de la culture. Ce nouveau salon sera une nouvelle occasion de collaboration entre les deux ministères de la Culture et de l'Education nationale.

Le salon des arts à l'école montrera la cohérence qui unit le plan des arts à l'école et le plan des arts à l'université : ne serait-ce que pour assurer que les enseignants du premier et du second degré recevront de plus en plus à l'université des formations ouvertes sur les arts et la culture. Telle est notre ambition.


(source http://www.education.gouv.fr, le 16 janvier 2002)

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