Déclaration de M. Jack Lang, ministre de l'éducation nationale, sur la valorisation de l'enseignement de l'écriture manuscrite à l'école, Paris le 23 janvier 2002. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Déclaration de M. Jack Lang, ministre de l'éducation nationale, sur la valorisation de l'enseignement de l'écriture manuscrite à l'école, Paris le 23 janvier 2002.

Personnalité, fonction : LANG Jack.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale

ti : Pourquoi faut-il à nouveau valoriser l'écriture manuscrite à l'école ?


L'enseignement de l'écriture fait partie des apprentissages de base de l'école primaire. Sans doute n'y a-t-on pas porté, au cours des trois décennies écoulées, toute l'attention collective nécessaire.

Il est d'autant plus impérieux de remettre à l'honneur l'écriture cursive, qu'elle est un volet déterminant de l'appropriation, par tous les élèves, quelle que soit leur origine, de la langue nationale.

Priorité absolue, colonne vertébrale, objectif central de notre enseignement, la maîtrise de la langue française conjugue l'oral et l'écrit, les pratiques langagières, de lecture et d'écriture.

Le développement de l'informatique ne dispense pas l'École de s'interroger de nouveau sur la nécessité de développer vigoureusement, chez tous les enfants, le geste graphique et l'écriture manuscrite.

Dès les premières années de la vie, l'enfant éprouve le plaisir de laisser une trace sur une feuille. Dessiner puis écrire avec un instrument qui prolonge la main est, à bien y regarder, une manière fondamentale et particulièrement émouvante d'accès à l'humanité et, par suite, au meilleur de ce qu'elle a pu produire.

Chaque enfant acquiert l'écriture manuscrite par l'observation et la maîtrise progressive du geste graphique. L'écriture est à la fois contrôle de la motricité et du geste, apprentissage d'un code, expression de soi par le sens de ce que l'on écrit et par la forme même des lettres que l'on trace, la graphie que l'on adopte.

Alors, apprendre à écrire à l'école, c'est en même temps maîtriser son corps et exprimer une sensibilité, affirmer son originalité dans la manière de communiquer un message et former son goût esthétique.

A partir d'une forte contrainte pour apprendre à dessiner des lettres selon un modèle choisi par d'autres, avec un instrument plus ou moins rudimentaire, l'enfant arrive petit à petit jusqu'à l'âge adulte, à dépasser l'imitation d'un modèle pour affirmer ce qu'il est dans sa façon d'écrire.

Pour ce faire, il choisit un instrument (stylo bille, feutre, crayon, stylo à plume), une couleur d'encre, une forme de lettres et une manière d'occuper l'espace d'une feuille blanche ; bref, il donne à son écriture une fonction de représentation.

Il faut donc accompagner l'enfant dans l'accès à une personnalisation de son écriture, accorder, à l'école, une grande importance à l'acte d'écrire et au sens calligraphique. Un exercice régulier de copie d'un modèle est indispensable.

L'École fait de plus en plus fréquemment le constat que de très nombreux enfants, droitiers ou gauchers, éprouvent de réelles difficultés
o à écrire en formant des caractères réguliers et lisibles,
o à tenir correctement un crayon, un stylo,
o à accéder à une écriture cursive suffisamment rapide pour permettre la copie ou la prise de note.

Les élèves qui écrivent trop lentement ou de façon peu lisible rencontrent des difficultés grandissantes au fil de leur scolarité. De la même manière que la possession d'un vocabulaire plus ou moins étendu, à l'entrée de l'école élémentaire, conditionne grandement la réussite scolaire des écoliers, la maîtrise de l'écriture (lisibilité, fluidité, rapidité dans la prise de notes) est un atout décisif dans la poursuite d'une bonne scolarité au collège et au lycée.

C'est ainsi que j'ai décidé de redonner toutes ses lettres de noblesse à l'activité d'écriture à l'école. A cette fin, le ministère de l'Education nationale a organisé un " Concours public pour la création de modèles d'écriture cursive ".

Ce concours s'adressait aussi bien à des professionnels (graphistes, enseignants¿) qu'à des amateurs. L'objectif en était de proposer aux enseignants des écoles maternelles et élémentaires plusieurs modèles d'écriture dont le traçage serait parfaitement explicité.

Le jury, composé de douze personnalités, enseignants, enseignants - chercheurs spécialistes de l'écriture ou de l'activité graphique, formateurs de l'Education nationale et graphistes professionnels, s'est réuni le 17 décembre 2001 ; il a désigné deux lauréats parmi plus d'une centaine de candidats :

Mesdames Héloïse TISSOT, graphiste, et Laurence BEDOIN-COLLARD, professeur d'arts appliqués en lycée professionnel, qui concouraient ensemble,

Madame Marion ANDREWS, graphiste.

Chacune des lauréates recevra un prix de 12 200 ¿. Les modèles qu'elles ont réalisés, complétés par une notice explicative, seront reproduits et diffusés dans les écoles. Ils seront également numérisés, sous la responsabilité du ministère de l'Education nationale, afin de pouvoir être utilisés dans les logiciels de traitement de textes.

Les programmes pour l'école primaire, en cours de publication, mettent l'accent sur l'apprentissage du geste graphique et présentent une progression qui permettra aux élèves de passer d'une activité graphique spontanée à une activité intentionnelle d'écriture.

Bien que le clavier, et peut-être demain la voix, s'imposent comme interface entre l'homme et l'ordinateur, l'écriture manuscrite demeure un outil privilégié de structuration de la pensée et d'aide à la conceptualisation dans les différentes disciplines scolaires.

L'utilisation du traitement de texte, non plus que la banalisation de la photocopie, ne doivent dispenser de la conquête d'une pratique aisée de l'écriture. Il s'agit là, encore et toujours, d'une fonction essentielle de l'école. La technique doit venir en appui, compléter et enrichir l'action de l'école, non, bien sûr, s'y substituer.

Les activités d'écriture occupent une place grandissante dans les pratiques culturelles personnelles des Français, les ateliers de calligraphie se multiplient. Dans le cadre du développement de l'éducation artistique et des pratiques culturelles à l'école, nous avons vivement encouragé la création graphique à l'école.

Apprendre la technique et le goût d'écrire à l'encre, c'est offrir aux élèves une liberté, une capacité simple, essentielle, irremplaçable d'exprimer leur intelligence et leur sensibilité.

L'école doit se donner ou se redonner cette exigence.

D'ores et déjà, je demande à mes collaborateurs et au directeur de l'enseignement scolaire de prévoir l'organisation pour l'année prochaine, d'un concours de la belle écriture ouvert à tous les élèves des écoles, collèges, lycées professionnels et lycées d'enseignement général de notre pays. Un jury devra en décerner les prix dans chaque catégorie. Les meilleurs travaux feront l'objet d'une exposition.

Dans le même ordre d'idée, je souhaite que l'on réfléchisse rapidement à la possibilité de créer - en Ile de France peut-être ? - une maison de la calligraphie. Ce lieu pourrait accueillir des classes de découverte et des stages de calligraphie pour enfants et adultes, une exposition permanente sur les différents types d'écriture dans le monde et des expositions temporaires.

(source http://www.education.gouv.fr, le 25 janvier 2002)

Rechercher