Interviews de M. Jean-Marie Le Pen, président du Front national et candidat à l'élection présidentielle 2002, dans "Français d'abord!" et à "France 2" le 17 janvier 2002, sur le bilan de la politique gouvernementale et les propositions du FN, notamment sur la Corse, l'euro, l'immigration, l'insécurité, la politique économique et sociale. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interviews de M. Jean-Marie Le Pen, président du Front national et candidat à l'élection présidentielle 2002, dans "Français d'abord!" et à "France 2" le 17 janvier 2002, sur le bilan de la politique gouvernementale et les propositions du FN, notamment sur la Corse, l'euro, l'immigration, l'insécurité, la politique économique et sociale.

Personnalité, fonction : LE PEN Jean-Marie, FONTANGES Bernard, MAZEROLLE Olivier.

FRANCE. Front national pour l'unité française, président;FRANCE. Candidat à l'élection présidentielle de 2002

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Quels événements retenez-vous de l'année qui vient de s'écouler ?

JMLP : Il est difficile de faire la recension de tous les événements graves qui se sont passés pendant cette période. Mais il y en a un certain nombre qui sont, à mon avis, significatifs et déterminants.

Bien sûr, le principal d'entre eux a été, sur le plan international, l'attentat contre les Twin Towers à New York et contre le Pentagone, révélant ainsi une nouvelle méthode de terrorisme tragiquement efficace et spectaculaire.

Cette attaque a provoqué l'intervention des Etats-Unis en Afghanistan, c'est-à-dire dans une région du monde extrêmement sensible. On se rend compte, aujourd'hui, que les ébranlements consécutifs à cette situation interfèrent avec le conflit latent qui existe entre le Pakistan et l'Inde, deux puissances nucléaires, ce qui représente un danger considérable.

Il y a la permanence et la recrudescence du conflit israélo-palestinien avec l'application de la politique du général Sharon qui consiste à détruire méthodiquement les bases matérielles de ce qui aurait pu être un Etat palestinien. Là aussi, les conséquences peuvent entraîner des affrontements dans le monde entier, compte tenu du fait que ce conflit oppose Israël et ses alliés, principalement les Etats-Unis d'Amérique, à la mouvance arabo-musulmane.

Sur le plan intérieur, il me semble que le phénomène le plus grave, c'est la montée continue, rapide et brutale de l'insécurité qui atteint maintenant des niveaux qui permettent de la ranger dans la catégorie des fléaux, qu'il faut à tout prix maîtriser.

Les manifestations des policiers et, surtout, des gendarmes en uniforme, constituent beaucoup plus, et même autre chose, qu'une manifestation syndicale comme on a semblé, dans les allées du pouvoir, le considérer.

Il s'agit d'un solennel avertissement des forces de l'ordre mises objectivement dans une situation d'impuissance. L'élection présidentielle devrait permettre de clarifier ce que les uns et les autres ont à assumer comme responsabilités, Chirac, Jospin, Chevènement, et les rares qui proposent des solutions à la fois de lucidité et de courage.

La campagne pour l'élection présidentielle bat son plein. A quelle place situez-vous le candidat Le Pen, au soir du premier tour ?

JMLP : Objectivement, et sans se pousser du col, je crois raisonnable d'espérer que je sois au second tour, et cela à partir d'une observation conjoncturelle. Je constate qu'avec 10 % d'intentions de vote, en moyenne, au mois de décembre 2001, je suis au-dessus des intentions de vote exprimées, au même moment, lors des élections présidentielles de 1988 et 1995. On peut donc espérer, d'ores et déjà, obtenir un résultat qui soit d'un ou deux voire trois points supérieurs à celui que j'avais obtenu et qui était de 15 %. J'obtiens ce résultat dans les sondages, pratiquement à égalité avec Chevènement. Et j'en dispose à un moment où celui-ci a bénéficié d'une énorme campagne de promotion médiatique depuis trois ou quatre mois.

C'est important car, pour ma part, je suis toujours dans la situation qui a été décrite et enregistrée par le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel, à savoir que j'ai eu 0,2 % du temps d'antenne depuis dix-huit mois. Je pense qu'à partir de là on peut imaginer qu'avec des moyens égaux, je ferai bien mieux que ce candidat-là.

Chevènement va partager les voix socialistes avec Jospin, étant entendu que les candidats de la gauche plurielle représentent, eux, plus de 20 % des voix. Dans cette perspective, il est tout à fait possible, et même probable que le candidat national soit au second tour. Ce qui constituerait une novation fondamentale dans la politique française et le grain de sable capable de bloquer le glissement de la France vers une décadence mortelle.

Pour être présent au second tour, il faut d'abord être au premier, et pour cela avoir recueilli les 500 parrainages nécessaires à la candidature. Où en êtes-vous ?

JMLP : Dans la quête aux signatures, il y a une difficulté supplémentaire pour nous, parce qu'à l'inverse des grands partis institutionnels de l'établissement, le Front National n'a pas d'implantation municipale. De plus, il semble que les élus qui doivent donner ce parrainage, qui est un parrainage de simple garantie de sérieux, ont peur et refusent de s'engager dans cette procédure incontournable pourtant, et ce parce que leurs noms vont être publiés au Journal Officiel.

Il y a là une contradiction formelle avec les principes généraux de notre droit public qui veulent que les scrutins soient secrets. Nous ne sommes pas tout à fait dans le cadre d'un scrutin, je veux bien l'admettre, mais c'est tout de même ressenti comme tel dans l'opinion. Par conséquent, le parrainage devrait être secret. Le fait de le rendre public est, à mon avis, pervers et vicieux. Dans les mois qui viennent, les maires vont se rendre compte de la nécessité morale d'assumer les responsabilités que la loi leur a confiées, pour permettre aux candidats sérieux, dont je suis, de participer à l'élection présidentielle.

J'ajouterai que le travail fait sur le terrain par nos élus et nos militants va nous permettre de franchir la barre, en temps utile, et d'être présents dans ce grand débat fondamental qui est le dernier à se dérouler dans le cadre de la République française. Les Français n'en sont pas très conscients, mais il faut savoir qu'au regard des concessions qui ont été consenties à l'Europe, nous n'aurons plus aucune capacité d'indépendance.

Cette campagne présidentielle risque d'être polluée par le déballage "d'affaires" réelles ou supposées. Déjà l'on parle de rançon détournée. Quel est votre sentiment ?

JMLP : Il y a un certain nombre d'affaires scandaleuses qui sont révélées. On peut s'étonner qu'elles soient révélées, comme par hasard, en ce début de campagne électorale officielle. Mais ce qu'on a pu apprendre sur le rôle qu'auraient joué Mitterrand et Chirac dans les affaires des otages du Liban, prouve tout de même une instrumentalisation cynique de la détresse des otages et de leurs familles.

On assiste aussi à une détérioration du climat social. Après les policiers et les gendarmes, c'est au tour des médecins de descendre dans la rue. Est-ce simplement une agitation liée à la campagne électorale, ou une grave crise de société ?

JMLP : Malheureusement, nous assistons à un phénomène de désagrégation de l'Etat, ce qui peut se comprendre quand on sait que les dirigeants de droite et de gauche ont cessé de croire en la Nation française et ont abandonné les prérogatives principales de l'Etat à l'Europe fédérale. Comment, dans ce cadre disloqué, conserver une notion fondamentale de solidarité nationale, s'il n'y a plus de nation ! Alors la récession mondiale aidant, on va assister à une dégradation progressive de la situation économique et sociale de la France, qu'aggrave, bien évidemment, l'adoption de l'euro, monnaie unique européenne qui détruit les fondements de notre indépendance politique, économique et sociale.

Risque-t-on de se retrouver, un jour, dans une situation comparable à celle de l'Argentine ?

JMLP : Oui tout à fait ! l'Argentine est un exemple assez brillant, si j'ose dire, de l'adoption d'une monnaie unique avec celle des Etats-Unis. L'Argentine a fait ce choix dans les années 90. On constate, aujourd'hui, que cela a abouti au désastre.

Les militaires français, envoyés par le couple Chirac-Jospin, en Afghanistan sont relégués à des tâches domestiques par les Américains : déminage, nettoyage des aéroports. N'est-ce pas un signe d'affaiblissement de notre politique diplomatique et militaire ?

JMLP : De toute évidence ! Mais dans les opérations qui se sont déroulées aussi bien en Irak qu'en Yougoslavie, et plus encore maintenant en Afghanistan, l'armée française apparaît comme uniquement capable de fournir les unités de supplétifs et encore dans des tâches subalternes, c'est-à-dire prenant tous les risques politiques, sans, d'ailleurs, jamais être admis à la table de négociations quand il s'agit de tirer les conséquences des conflits qui se terminent.
L'un des griefs principaux qu'on pourra faire à Chirac, président de la République, chef des Armées, c'est d'avoir présidé à la désintégration de l'armée française.

Comment jugez-vous l'absence de Chirac et de Jospin aux funérailles de Léopold Senghor ?

JMLP : Quand on sait le goût qu'ont nos édiles pour les caméras de télévision, quand on sait l'importance de la personnalité francophone et francophile qu'était Léopold Senghor, on peut en effet s'étonner de l'absence de nos plus éminents représentants lors des obsèques de cette haute personnalité africaine. J'ai une notion parfaitement inverse de cela. La France et l'Afrique doivent coopérer étroitement pour défendre leurs identités respectives, leur prospérité, et, aussi, assurer ensemble la défense de la paix.

Vous vous êtes toujours prononcé pour l'immunité d'un président de la République pendant l'exercice de son mandat. Mais que penser du cas Chirac, mis en cause dans plusieurs affaires, et qui risque d'échapper encore pour cinq ans aux questions de la justice ?

JMLP : L'immunité du président de la République est une exigence de son indépendance. Mais je suis choqué par le fait que le président Chirac puisse se croire dispensé de rendre des comptes avant de se présenter à nouveau à l'élection présidentielle, et, peut-être, sauter d'un mandat dans l'autre en esquivant les questions qui lui sont posées sur le plan judiciaire. Tout cela me paraît scandaleux.

Actuellement, on assiste à un dysfonctionnement total de la justice : libérations, entre autres, d'assassins, de trafiquants de drogue, de pédophiles. Que faire pour remédier à cette situation ?

JMLP : Je crois que la justice ne dispose plus des moyens moraux (parce qu'elle est disqualifiée par sa politisation), et matériels (parce que le nombre des magistrats est insuffisant) de sa mission. Les moyens du ministère de la Justice ne sont pas adaptés à la taille du pays, à l'évolution de sa population et à l'aggravation des dysfonctionnements sociaux. L'administration pénitentiaire ne dispose pas des locaux suffisants pour tenir hors d'état de nuire les auteurs des seize millions de crimes et délits recensés par l'INSEE pour l'an 2001. Il y a bien sûr pour assumer l'obligation fondamentale de sécurité, qui est la première des libertés des citoyens, une profonde réforme dans toute une série de domaines : la prévention, avec le rétablissement des notions d'autorité, de discipline, de responsabilité, tant dans la famille qu'à l'école. Mais aussi des moyens de coercition en durcissant les lois pénales, y compris avec la peine de mort pour les crimes les plus graves.

Les 16 et 17 février prochain, à Lyon, va se tenir une grande Convention présidentielle autour de vous. Qu'en attendez-vous ?

JMLP : J'attends une grande démonstration de force et d'attachement patriotique. C'est pour cela que je souhaite que le plus grand nombre possible de nos amis puissent participer à ces deux jours qui doivent être le lancement d'un cri d'espoir à notre pays, et l'ouverture du sprint final entre les candidats.


(source http://www.lepen.tv, le 4 février 2002)

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