Conférence de presse de M. François Bayrou, président de l'UDF, ancien ministre de l'éducation nationale et candidat à l'élection présidentielle, sur ses propositions pour l'école, notamment la lutte contre la violence et contre l'illettrisme, l'enseignement de la loi et de la morale civique, la carrière des enseignants, Paris le 18 février 2002. | vie-publique.fr | Discours publics

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Conférence de presse de M. François Bayrou, président de l'UDF, ancien ministre de l'éducation nationale et candidat à l'élection présidentielle, sur ses propositions pour l'école, notamment la lutte contre la violence et contre l'illettrisme, l'enseignement de la loi et de la morale civique, la carrière des enseignants, Paris le 18 février 2002.

Personnalité, fonction : BAYROU François.

FRANCE. UDF, président;FRANCE. Candidat à l'élection présidentielle de 2002

ti : " Tout commence à l'école "


La société française connaît des crises très profondes. L'école est la seule arme qui permet de corriger les inégalités. C'est dans la salle de classe que se forme le futur citoyen, que se forge une sensibilité, que se construit le savoir élémentaire qui servira de bagage pour toute la vie.

Je connais bien le métier d'enseignant. Je l'ai pratiqué pendant plus de dix ans. J'ai beaucoup aimé le regard des élèves, attentifs, curieux, quelquefois perplexes. Je connais bien le sentiment du des professeurs lorsqu'ils rencontrent ces instants de victoire, la classe ne formant plus qu'un seul être, plongé dans la concentration, vibrant à la parole du maître. Mais je connais aussi comme tout professeur le moment où les copies sont mauvaises, la leçon ne passe pas, lorsque le silence ne s'impose pas. Un enseignant, c'est quelqu'un qui est tous les jours remis en question. C'est pourquoi il est si important de le soutenir, de l'aider dans sa mission.

A l'école on apprend, on doit apprendre : le sens de l'effort, l'expérience de l'échec, de la réussite, mais aussi la fierté, l'estime de soi, on y découvre et on y construit le sens critique, la liberté de l'esprit. On y apprend, ou on devrait y apprendre à comprendre et à juger le monde dans lequel on vit.

J'ai dit à Amiens, lors de notre congrès national, quelques unes de mes priorités pour l'éducation. Je veux aborder aujourd'hui, avec plus de détails, ce sujet qui me touche, qui me tient à c¿ur, car comme beaucoup de Français c'est à l'école de la République que je dois tout.

Mais je veux auparavant revenir en quelques mots sur les quatre années que j'ai passées au ministère de l'éducation nationale.

Bilan de quatre années

J'ai suivi une méthode, qui résumable en deux phrases : la réforme est un effort continu, et pas une succession de brutalités. La réforme doit engager le terrain autant que le sommet. Elle impose donc de convaincre et de rechercher l'accord du plus grand nombre.

Cette méthode repose sur une idée et une conviction.

L'idée, c'est qu'il n'est pas besoin de tout démolir pour tout reconstruire. Il faut arrêter de faire des " réformes " tous les quatre matins, des circulaires nouvelles tous les jours, un activisme qui déstabilise le système. L'école, le collège, le lycée ont besoin de calme et de long terme. Les enseignants et les parents ont besoin de stabilité dans le système, de " repères stables " pour le juger et l'améliorer.

D'autant que, en dépit des critiques outrancières, l'éducation nationale française est bien l'une des meilleures du monde. Si l'on compare notre éducation nationale au système éducatif primaire et secondaire américain, britannique, allemand, on constate que chacun d'entre eux sont en crise profonde, et bien loin, les uns et les autres, d'obtenir des résultats semblables aux nôtres en qualité. Il suffit de remarquer le nombre très important des jeunes Français qui sont réclamés par des entreprises, des laboratoires de recherche, des pays étrangers pour juger de la qualité de notre enseignement.

Et ma conviction, c'est qu'en dépit des critiques outrancières, les enseignants français apparaissent comme les mieux formés des pays qui nous entourent.

Ils sont donc légitimes, comme les parents, comme les étudiants, comme les politiques à s'exprimer sur l'école, encore plus sur leur métier, sur leur avenir, sur leurs difficultés et leurs attentes.

Et c'est pourquoi chaque fois qu'il a fallu refondre les programmes, repenser le collège ou l'université, j'ai pris le parti de la participation directe des enseignants, comme des étudiants ou des parents.

C'est non pas de la co-gestion, mais l'exercice de la co-responsabilité nécessaire dans la société française et encore plus dans l'éducation nationale.

C'est ainsi que de 1993 à 1997, les programmes de l'école primaire et du collège ont été réécrits et simplifiés, recentrés sur l'essentiel. Les langues vivantes ont été introduites à l'école primaire. L'éducation civique a été mise au premier plan.

Au collège, pour sortir des pièges du collège unique, j'y reviendrai, j'ai créé des parcours diversifiés, reposant sur des options accessibles dès la classe de 5e, notamment pour les langues anciennes, les langues vivantes et la technologie. J'ai renforcé l'apprentissage du français en classe de 6e. J'ai mis en place pour la première fois des études dirigées où les élèves de 6e et de 5e, en petit nombre, ont été accompagnés dans leurs devoirs par les professeurs qui expliquent la méthode et prennent le temps d'aider les plus faibles. Ces études ont porté leurs fruits en particulier pour ceux dont les conditions sociales interdisent tout travail personnel à la maison.

Au lycée, c'est moi qui ai défini les bacs nouveaux, que nous avons aujourd'hui, L, S, Es et obtenu en deux ans un meilleur équilibre entre les différentes voies de formation.
J'ai réformé les classes préparatoires aux grandes écoles, nouvelle organisation, nouveaux programmes scientifiques.

Surtout, pour la première fois depuis plus de trente ans, une réforme globale de l'université a pu être menée à bien, a pu être acceptée sans accident, et a été très largement approuvée.

La méthode que j'ai suivie qui a emmené tout les partenaires du système éducatif et de l'université française à se mettre d'accord d'abord sur les questions qui se posent, plus sur des principes et enfin sur des réponses, a permis d'obtenir des résultats inespérés, je vais vous rappeler.

L'entrée à l'université a été profondément changée par la création d'un semestre initial d'orientation permettant à chaque étudiant de vérifier la justesse de son choix et éventuellement de se réorienter.

Le temps universitaire a été réorganisé en semestres, comme dans tous les autres pays européens.

La préoccupation professionnelle a pu être prise en compte tout au long des études, en créant notamment une unité de première expérience professionnelle en second cycle.

Le principe de création des universités technologiques, pour la première fois les universités technologiques ont été crées en France, nous avons autorisé ou permis la validation des acquis, en prenant en compte dans le cursus universitaires des expériences acquises à l'extérieur de l'université.

Nous avons valorisé la recherche universitaire, en promouvant les unités mixtes CNRS-Universités.

Et nous avons créé en deux ans, 7000 postes d'enseignants chercheurs.

Enfin, j'ai fait admettre par tous le principe hélas ! abandonné depuis, que tout diplôme du deuxième cycle universitaire devait intégrer un semestre dans une autre université européenne pour valoriser la mobilité des étudiants dans ce grand ensemble que nous sommes en train de former. Du point de vue de la gestion, nous avons conduit l'allègement de l'administration centrale et la déconcentration à titre d'exemple, nominations des enseignants du secondaire étaient déconcentrées dans les rectorats pour la moitié d'entre eux, lorsqu'en 1997 à la suite de la dissolution le gouvernement a changé.

Et Monsieur Allègre n'a fait que poursuivre jusqu'à son terme cette déconcentration des nominations.

Je voudrais dire un mot du climat et des résultats comme ils étaient appréciés par l'opinion publique en cet instant : lorsque j'ai quitté le ministère de l'éducation, le sondage habituel fait par le journal " Le Monde " sur la satisfaction des parents face à l'école, a atteint le niveau le plus élevé qui ait jamais été enregistré. Pour mémoire, je veux rappeler que deux ans plus tard il avait perdu entre vingt et trente points.

Voilà les réflexions que je voulais faire sur ces années au ministère de l'éducation nationale.

La lutte contre l'illettrisme

Je voudrais commencer par l'essentiel pour ce qui touche à l'école, c'est-à-dire, la lutte contre l'illettrisme.

Toute politique en matière d'éducation doit énoncer des missions et poser ou proposer des objectifs. La première des missions de l'école, c'est apprendre à lire. L'école doit à la Nation d'apprendre à lire à ses enfants. L'objectif, c'est la rigueur : et c'est l'absence de rigueur qui malheureusement handicape si profondément l'éducation nationale. Et je propose donc un principe : pas un seul élève entrant en 6ème qui ne sache lire, écrire et compter.

Aujourd'hui nous avons à peu près 1/6, 15%, certains disent davantage des élèves entrant en 6ème , qui ne réussissent pas à apprendre à lire avant cette entrée au collège et ces enfants ne rattraperont jamais le retard. Et on vérifie toujours que ce sont les mêmes, ces élèves qui n'ont pas réussi à apprendre à lire, qui sont ceux qui déstabilisent les collèges par des actes de violence et d'incivilité.

Dès lors que l'on pose cette exigence, tous les enfants sachant lire à l'entrée en sixième, il faut se doter d'une évaluation de la compétence en lecture et en écriture, et d'autre part concentrer tous les moyens de l'éducation nationale sur les enfants qui ne savent pas lire et à qui il faut l'apprendre à tout prix.

Concentrer les moyens disponibles sur les élèves qui en ont le plus besoin. C'est le meilleur investissement possible pour la nation. Et il faut que cet investissement soit le plus précoce possible. Les élèves qui ne savent pas lire à 10, 11 ou 12 ans, en réalité on le sait très bien dès qu'ils ont l'âge de 6 ou 7 ans. Une réformation, pour être efficace, doit intervenir le plus tôt possible. Sans aucune dispersion : les mois et les années qu'on consacrera à cette acquisition des fondamentaux ne sont pas des mois et des années perdues. Ce sont des mois et des années gagnées pour plus tard.

Nous sommes dans l'urgence. J'ai déjà indiqué lors de mon discours au congrès d'Amiens que si je suis élu, les moyens seront en place à la rentrée 2004, c'est-à-dire dans 2 ans, pour que tous les enfants qui entrent en 6ème sachent lire.

La Paix dans les collèges

La deuxième question qui doit être sur notre agenda est aussi simple: comment ramener la paix dans les collèges. Comment faire en sorte que le respect y règne effectivement, que ce ne soit pas un mot mais une réalité. Comment assurer que plus jamais un enfant ne pourra cracher dans le dos d'un professeur et comment assurer que plus jamais un professeur n'aura peur devant sa classe.

Permettez-moi d'ouvrir ici une parenthèse sur les chiffres échangés en matière de violence à l'école. Le droit qu'ont les citoyens de connaître la réalité est une nouvelle fois bafoué par un gouvernement, tous ont été d'ailleurs dans le même cas, à la recherche d'une séance de rattrapage sur les problèmes de sécurité et de violence. Plus que jamais, les Français ont besoin d'une Autorité Indépendante chargée de l'évaluation qui, comme je l'ai proposé, mette à leur disposition des chiffres fiables et des expertises transparentes pour leur permettre de juger les politiques publiques.

Dans un livre ancien maintenant, j'avais écrit qu'il y en avait marre qu'il faille être à la fois Socrate et Tarzan pour être professeur dans les collèges et dans les lycées en France. Eh bien si nous voulons que le respect soit garanti dans les collèges, il faut être capable et avoir le courage de prononcer l'exclusion des élèves qui manquent à ce respect élémentaire. Si nous ne sommes pas capables de faire cela, tout le reste n'est que paroles verbales.

Je propose un dispositif en deux temps.

Je souhaite d'abord généraliser le dispositif qu'on appelle SAS (Service d'Aide et de Soutien). C'est un service qui est né en 1993, sur le terrain des établissements les plus touchés par la violence. Il permet pendant une période de 5 semaines renouvelables d'extraire l'élève d'une classe qu'il perturbe, de se retrouver dans une unité avec 6 élèves maximum, et 28 heures de cours : tous les moyens sont mobilisés pour redonner à l'élève l'envie d'apprendre et de réussir en comblant ses principales lacunes. Individualiser les cours, c'est la seule manière de remédier aux situations graves d'échec scolaire. Eh bien, je renforcerai les moyens de ce service en adjoignant aux enseignant l'aide d'un psychologue qui aura pour mission de conduire ou de juger en tout cas des possibilités de re-socialisation de cet élève. Au terme de cette période, le travail et le comportement de l'élève fera l'objet d'une évaluation globale. Si tout indique qu'il peut retrouver le système scolaire, il réintègrera sa classe d'origine. En revanche, s'il s'avère que cet élève est en refus scolaire, ce sera très souvent le cas, il sera envoyé dans un établissement spécialisé dont je vais maintenant définir la forme.

En cas d'échec de cette remédiation, je veux qu'on propose une solution différente aux élèves plutôt que de les renvoyer d'un établissement à un autre.

Je propose donc qu'on construise de nouveaux établissements, j'avais appelé cela les collèges hors les murs, qui seront encadrés non seulement par des enseignants mais par des éducateurs, des éducateurs solides, qui se donneront comme règle de transmettre aux enfants non seulement les connaissances mais également les repères dont on a besoin pour vivre.

S'il y a des efforts à consentir, s'il y a de l'argent à mobiliser, s'il y a des postes à créer c'est sur les collèges hors les murs qu'il convient de les créer !

En deux ans on doit pouvoir construire, pouvoir organiser le nombre de collèges hors les murs suffisants pour apporter une réponse aux, combien sont-ils, entre 1 et 5 % des élèves qui troublent profondément la vie des établissements et créent un climat de violence et d'insécurité.

L'enseignement de la loi

Troisième idée, après entrée en 6ème pour les enfants qui savent lire et puis collèges hors les murs, troisième idée : l'enseignement de la loi.

Pour donner des repères aux enfants qui n'en ont pas, l'éducation civique ne suffit plus. J'ai beaucoup travaillé à renforcer l'éducation civique au collège. Et même j'ai souhaité que l'on y aborde les problèmes de la morale civique.

La morale, on peut toujours lui reprocher, dans une société comme la nôtre, d'être subjective. On peut disserter éternellement sur ce qui est bien et ce qui ne l'est pas. Pour qui est-ce bien ou mal? et dans quelles circonstances est-ce bien ou mal? On peut sur ce sujet avoir des débats interminables.

En revanche, la loi est objective. Non pas ce qui est bien et ce qui est mal, mais ce qui est permis et ce qui est interdit. Non pas l'inspiration, mais l'acte, et éventuellement, et nécessairement, la sanction de cet acte lorsqu'il est interdit.

Enseigner la loi au collège comme une discipline, c'est en tout cas le meilleur moyen d'alerter les élève en dérive sur les risques qu'ils prennent et qu'ils font prendre aux autres.

Vous voyez que je plaide devant vous en matière de lecture comme en matière de collèges sur un principe: les moyens les plus importants pour ceux qui vont le plus mal. Mais en échange, le retour à des principes de compétence, à des principes de respect sans lesquels nous ne répondrons pas aux problèmes concrets de tous les jours qui se posent pour l'éducation nationale.

Le collège

Je voudrais aborder maintenant la question des collèges.

On s'est peu intéressé au collège ces dernières années.

Le collège qui est lieu des quatre dernières années de la scolarité obligatoire, ses missions sont mal définies. Collège unique, il s'adresse à tous. Mais il prépare au lycée général, à la formation technique et professionnelle. Et on a l'impression que dans ces missions les enseignants et les responsables du collège sont un peu abandonnés à eux-mêmes.

Or d'un bon collège dépend une bonne scolarité. Il est, on l'a dit, le maillon faible, mais il est le maillon essentiel. Pour le conforter, il faut donc clairement définir ses missions.

Le collège, c'est ma conviction, n'a pas à scolariser des enfants qui ne savent pas lire. Cela doit être fait en amont.

Ainsi son hétérogénéité sera réduite et son travail plus facile.

Ses missions doivent être fixées, clairement, par écrit, au terme d'un débat national, et exprimées par une délibération du Parlement.

La carrière des enseignants

Cinquième piste que je souhaite aborder devant vous, après la nouvelle définition des mission des collèges, c'est l'organisation des carrières des enseignants.

Aujourd'hui les enseignants se sentent souvent délaissés par les pouvoirs publics, quand ils ne sont pas dans une période récente publiquement montrés du doigt et dénigrés.

Depuis 1945, il n'y a jamais eu de réévaluation du temps de travail des enseignants. On estimait alors, vous savez qu'il y a beaucoup de discussion sur ce sujet, l'intensité requise pour un cours à une heure et demi par rapport d'un autre travail et une heure de travail à la maison pour une heure de cours (correction des copies, préparation des cours). On disait donc qu'une heure de travail rémunérée correspondait à deux heures et demi de travail standard.

Alors, je ne sais pas exactement ce qui l'en est, je n'ai jamais réussi à avoir les idées parfaitement claires sur cette question mais on sait une chose, c'est que les conditions de travail se sont évidemment dégradées et que l'ensemble de la société est passé aux 35 heures. Alors, impossible à dire, à combien évaluer la dépense physique, nerveuse et intellectuelle d'un enseignant.

Mais un seul regard sur les chiffres du nombre de postes pour le nombre de candidats suffit à montrer à quel point ce métier n'est plus attractif. L'Education Nationale est confrontée à un des plus grands défis qu'elle ait jamais rencontré : le renouvellement de 180 000 postes d'enseignants dans les années à venir. C'est le moment ou jamais de garantir aux enseignants et à ceux qui aspirent à le devenir des conditions de travail qui les rassurent.

Face à la difficulté de suivi et d'encadrement des élèves, face à l'hétérogénéité croissante et ingérable des classes, je proposerai non pas de réduire le temps de travail des enseignant mais de ménager sur ce temps de travail une heure de concertation comprise dans le temps de service à l'intérieur de l'équipe des enseignants.

Deuxième idée : beaucoup d'enseignants ressentent durement l'usure de leur métier. Je crois qu'il faut leur permettre de respirer, pour ceux qui le souhaitent, dans la vie active extérieure à l'école, dans l'entreprise, par exemple. Je propose et je créerai un dispositif qui permettra au professeur de respirer en prenant tous les dix ans une année sabbatique. Pour se plonger dans une autre réalité professionnelle, précisément celle à laquelle il prépare ses élèves.

Donc, les entreprises, les associations, d'autres administrations de l'État, pourront accueillir les enseignants qui le souhaitent par simple compensation de leur salaire à l'État.

Ce dispositif s'accompagnera d'une véritable formation continue qui fait aujourd'hui si cruellement défaut aux jeunes enseignants qui sont lâchés sans filet devant des publics dont ils ne comprennent ni les codes ni les difficultés spécifiques et plongés ainsi sans préparation dans l'enseignement notamment dans les établissements les plus violents. C'est, pour des jeunes enseignants, une expérience extrêmement lourde et difficile.
Je propose donc pour ces jeunes enseignants-là, c'est-à-dire ceux qui seront nommés dans des établissements difficiles. Je propose de prolonger d'une année leur temps de formation, une année de stage supplémentaire pour ceux qui seront nommés dans des établissements difficiles.

Lycée

Je voudrais maintenant aborder la question du lycée et plus précisément la question des 80 % au bac.

Le lycée est un des points forts de l'éducation nationale. Mais depuis des années on dénature son effort en développant l'obsession des 80 %, mal comprise et mal gérée.

Je veux un lycée où l'exigence passe avant les statistiques. C'est le meilleur service à rendre aux élèves, en particulier aux élèves issus des milieux les moins favorisés.

Ma volonté est dans les dix ans qui viennent de progressivement élever le niveau du bac au lieu de l'abaisser.

Il faut donc définir exactement ce qu'est le baccalauréat. Il joue en réalité en France un double rôle : il est à la fois un examen de fin d'études et un examen d'entrée à l'université.

Comme examen de fin d'études, il doit être généraliste. Comme examen d'entrée à l'université, il réclame en réalité une spécialisation plus grande.

Comme examen de fin d'études, il est pleinement du ressort des enseignants du secondaire, il peut donc être organisé, à leur initiative, par exemple sous forme de partiels en cours de scolarité. Comme examen d'entrée à l'université, il est légitime que les universitaires interviennent pour traduire leur niveau d'exigence.

Autrement dit, c'est à la fois la défense du baccalauréat et l'appel à une nouvelle définition. Je voudrais une nouvelle définition de cet examen qui représente la rupture avec l'expression 80 % au niveau du bac.

Je voudrais dire un mot simplement pour annoncer une autre conférence de presse de L'enseignement technique et professionnel.
C'est un atout de la France, qui est mal valorisé aux yeux des élèves et des familles. Et chacun le voit bien, cela doit devenir une priorité dans un pays comme le nôtre. Je n'ai donc pas voulu le traiter dans un chapitre accessoire et ce sera donc le sujet d'une prochaine conférence de presse.

L'organisation du système éducatif

Et je voudrais aborder enfin la question de l'organisation du système éducatif , avec un principe : expérimenter avant toute réforme.

Il y a beaucoup de débats autour de l'organisation du système éducatif : carte scolaire, faut-il en renoncer ou pas, administration, régionalisation de l'administration du système éducatif, rythmes scolaires, concurrence entre établissements. Tous ces débats sont vécus comme des affrontements idéologiques.

Eh bien, je veux le dire : trop de réforme tue la réforme. Il faut sortir de la " réformite " de l'éducation et aussi sortir de l'idéologie, dans la manière de les aborder.

J'ai depuis longtemps dit ma conviction que l'essentiel se passe dans la classe.

Mais peut-on améliorer l'organisation ? Sans aucun doute. Peut-on le faire en déstabilisant tout ce qui a été fait, et par une décision unique depuis Paris, je ne le crois pas.

J'affirme donc qu'en matière de réforme de l'organisation de l'école, il faut avoir des principes, et être pragmatique.

Mes principes, je veux le répéter devant vous : c'est que l'éducation doit demeurer nationale. Elle est le ciment de la nation, elle est le lieu où se forge son identité, et elle est aussi la condition ou la préparation de la mobilité des Français. Qu'on puisse suivre une troisième à Besançon et une seconde à Marseille sans avoir des difficultés d'adaptation, sans avoir à combler des lacunes, c'est une des chances de la France. Donc le rôle de l'État en cette matière est justifié.

Pour tout le reste, la carte scolaire, l'organisation, je demande une expérimentation systématique pendant trois ans, avec établissements volontaires.

Par exemple, je suis persuadé qu'il va falloir aborder la question des rythmes scolaires de manière différente. Ma conviction personnelle est que la journée de travail est trop longue, en tout cas pour ce qui concerne les matières abstraites, et que dans bien des cas on gagnerait à arrêter par exemple les matières abstraites à 15 heures pour que la fin de la journée puisse être occupée de manière différente par des activités qui demandent plus d'expression, de corps ou de sensibilité. Mais cela ne pourra se faire que de manière expérimentale.

De même si pour une carte scolaire on envisage un assouplissement sur un réseau d'établissements. Cela ne pourra prouver ses réussites que si l'on décide d'expérimenter et comme nous voulons fixer dans la constitution le droit à l'expérimentation, je propose que toutes ces idées de changement de l'organisation qui ne touche pas à la classe mais qui touche à l'administration puissent se faire par l'expérimentation systématique pendant 3 ans avec des établissements volontaires.

Conclusion

Vous avez compris depuis longtemps que l'éducation, c'est pour moi le sujet des sujets, c'est la priorité absolue de la nation que non seulement en termes de moyen, mais en termes de volonté publique et d'attention à ses acteurs, l'éducation doit être ressentie comme le plus précieux de l'action des pouvoirs publics. J'ai voulu devant vous indiquer un certain nombre de principes de ruptures, peu nombreux, mais qui permettent de changer réellement le climat au sein du système éducatif français.

(Source http://www.bayrou.net, le 21 février 2002)

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