Déclaration de M. François Bayrou, président de l'UDF et candidat à l'élection présidentielle, sur les principaux points de son programme électoral, Paris le 1er mars 2002. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. François Bayrou, président de l'UDF et candidat à l'élection présidentielle, sur les principaux points de son programme électoral, Paris le 1er mars 2002.

Personnalité, fonction : BAYROU François.

FRANCE. UDF, président;FRANCE. Candidat à l'élection présidentielle de 2002

ti : " Si nous pensons tous la même chose, c'est que nous ne pensons plus rien. "

C'est ce que j'ai dit à Toulouse. Une élection présidentielle, ce doit être un moment joyeux, un moment passionné.

Mais pour cela, il faut qu'apparaissent les différences de chacun.

C'est ainsi qu'on retrouvera l'éclat d'une campagne, éclat de rire, coups d'éclat - pourquoi pas ? En tout cas que se renouera le lien de l'intérêt.

LE FOND

Le social adossé au libéral et non pas opposé à lui

La synthèse social-libéral n'a jamais été réussie en France.

Ma volonté, c'est de l'incarner ; Pour cela, il faut assumer des priorités. Ma priorité, ce sont ceux qui ont le plus de mal dans la société française : les travailleurs du bas de l'échelle des salaires, ceux qui partent au travail souvent à six heures du matin pour gagner un SMIC très bas, et ceux qui ne peuvent pas avoir d'emploi parce que les charges sont trop hautes.

C'est donc une question de priorités.

Je suis pour le libéral parce que la liberté est un bon moteur et que la création va mieux quand l'État s'allège. Je suis pour la volonté sociale. Je le dis : si cette volonté sociale n'est pas perçue, les réformes qui vont dans le sens de la liberté ne seront pas acceptées.

Je propose, et je suis le seul à proposer, que l'on fasse de la baisse des charges, pour les entreprises et le salaire direct, la priorité où doivent se concentrer les moyens de la nation.

Un changement profond de l'équilibre des pouvoirs.

Le mal français, c'est la coupure, la distance, l'éloignement du pouvoir.

C'est ainsi que les banlieues et le monde rural ressentent l'abandon dont ils sont l'objet.

C'est ainsi que le pouvoir devient affaire de professionnels, anciens élèves de l'ENA, que le monde de l'entreprise, ou les milieux sociaux du travail en sont largement exclus.

Ce n'est pas seulement que ce pouvoir, concentré entre les mêmes mains depuis vingt ans, soit un héritier de l'ancien régime. Regardez le bien : c'est un ancien régime !

Et donc il faut conduire une révolution pacifique pour le changer !

Cette révolution pacifique, elle a deux piliers : un vrai pouvoir local, un vrai pouvoir européen.

Je veux un vrai pouvoir local !

Le pouvoir local : tout ce qui touche à la vie quotidienne et à la sécurité physique des citoyens dans leur maison et dans leur quartier !

Il faut pouvoir s'adresser à quelqu'un : c'est le maire, ou le président de l'intercommunalité, qui doit pouvoir ordonner une réponse aux intrusions de nomades, aussi bien que ressaisir les quartiers transformés en zones de non-droit.

J'étais ces jours-ci dans une grande ville du sud. Le maire m'a conduit dans des rues "difficiles". Il a réalisé un investissement dépassant le million de francs pour un système de video surveillance. Mais le commissariat qui obéit aux consignes du ministère n'a pas les effectifs pour que les écrans soient surveillés jour et nuit ! Incohérence !

C'est de près que l'on garantit la liaison entre travailleurs sociaux et policiers, entre quartier et sécurité !

Un vrai pouvoir régional : je suis pour que se rapprochent et se rassemblent le pouvoir départemental et le pouvoir régional. Et que cette communauté régionale nouvelle, avec les mêmes élus, soit pleinement responsable de l'équipement, de l'aménagement du territoire, et se voie reconnaître une responsabilité en matière de santé.

Le pouvoir européen

L'Europe doit être une fédération. J'appelle les choses par leur nom.

Cette fédération est dotée d'une monnaie : je rappelle que les Etats-Unis n'ont eu une monnaie commune qu'en 1861 alors que leur constitution date de 1787.

La monnaie appelle harmonisation sociale et fiscale pour éviter les délocalisations.

Cette fédération doit porter une défense européenne. Il est irréaliste de croire que nos États nationaux, même avec une coopération et une coordination pourront seuls rattraper le retard qui se creuse avec les Etats-Unis. Budget.

Il faut donc que la France porte le projet d'une véritable défense européenne, acquisition en commun des matériels, des armes et des corps d'intervention que nous ne pouvons pas bâtir seuls.

De même, il faut une voix européenne en matière diplomatique, de même que nous avons réussi à avoir, de manière efficace, une voix et une politique européennes en matière de commerce mondial.

La France doit avoir un message en matière de fédération européenne. Cela fait des années qu'elle en est privée, qu'on voit se multiplier les initiatives, Blair, Berlusconi, Schroeder, et que la France demeure muette !

Constitution.

Mon message, c'est celui-ci : l'Europe sera pleinement légitime et reconnue quand elle deviendra l'affaire des citoyens.

L'ensemble des délibérations doit être publique.

Le pouvoir fédérateur (président de la commission) doit être élu. (citoyens, parlementaires)

Un pouvoir présidentiel qui assume

On dit quelquefois : " s'il y a un président européen, quel sera le rôle du président français ? "

Ma réponse est celle-ci : le président de la République française défendra les intérêts, les valeurs et le message de la France en Europe et dans le monde.

J'attends le jour où les délibérations du Conseil des chefs d'État et de gouvernement (que je propose d'instituer en " Conseil des États ") étant devenues publiques, le président français se lèvera et dira : " au nom de la France, voilà ce que je propose en matière de lutte contre la misère, ou pour le développement " ! Alors la voix de la France sera entendue. Alors le monde saura ce que la France défend. Et si les intérêts vitaux du pays sont en jeu, bien entendu, et naturellement, le président l'exprimera et prendra ses responsabilités.

Je veux un président qui assume.

C'est à lui, élu au suffrage universel, de se comporter en patron et de porter les grandes lignes de la politique de la France.

C'est pourquoi je propose, et je suis le seul à proposer, que le premier ministre soit placé sous l'autorité du président de la République.

En cas de cohabitation, que le quinquennat rend moins probable, le président assume : il nomme un premier ministre avec qui il puisse s'entendre et qui soit compatible avec la sensibilité de l'assemblée.

Rechercher un compromis, ce n'est jamais honteux. C'est ce qui se passe aux Etats-Unis tous les jours, entre le président et la majorité du Sénat. C'est ce qui se passe en Europe, dans la codécision entre Conseil et Parlement. Ce qui est honteux et malheureux, c'est cette guerre intestine nommée " cohabitation " qui affaiblit la France et fait de son exécutif un objet de commisération ou de sourires ironiques.

Je veux un pouvoir parlementaire fort et libre

Changement du mode de scrutin.

Moyens de contrôle.

Initiative des lois.

Renoncer aux moyens de contrainte. 49.3

Je veux un citoyen restauré dans sa fonction suprême de détenteur de la souveraineté.

Des objectifs forts et simples

Je ne crois pas que les Français votent principalement pour des programmes.

Je pense qu'ils votent pour des hommes, crédibles, capables de porter le changement qu'ils attendent.

Mais ils ont besoin qu'on leur fixe des objectifs forts et simples. Et ils ont besoin qu'on leur donne des garanties de réalisation, des garanties de " bonne fin "

J'en indique, pour exemple, quelques-uns avec la date de leur réalisation.

Je propose, et je suis le seul à proposer qu'en matière de sécurité, on assure, en dix-huit mois, de reconquérir, le mot n'est pas trop fort, les zones de non-droit.

Je propose, et je suis le seul à proposer, qu'une autorité indépendante juge, au nom des Français, si cet objectif est atteint.

Je propose, et je suis le seul à proposer, qu'on décide de combattre l'illettrisme à la racine : plus d'enfants entrant en sixième sans savoir lire, écrire, et compter. Classes de rattrapage dont le but exclusif sera, avec les moyens nécessaires, de redonner ces fondamentaux. Rentrée 2003.

Creuset républicain : je propose et je suis le seul à proposer qu'on bâtisse un service civique et humanitaire pour les jeunes, garçons et filles, à la carte, par périodes, entre 18 et 22 ans.


MES DIFFÉRENCES DANS L'ENGAGEMENT

Cohérence et convictions d'abord.

Chacune des idées que j'exprime a été forgée par un engagement de vingt ans. J'étais pour l'Europe, et pour l'Euro, avec mes aînés, avec mes amis, au moment où mes concurrents étaient contre ou hésitaient.

J'étais pour le pouvoir local au moment où les mêmes concentraient le pouvoir.

J'étais contre la cohabitation, avec Raymond Barre, au moment où d'autres en faisaient l'apologie.

Des promesses que l'on peut tenir

Je me refuse à considérer l'élection présidentielle comme un concours de promesses catégorielles.

Je ne crois pas que l'électeur soit à ce point corporatiste. Je ne crois pas qu'il se comporte comme un distributeur automatique : je te donne une promesse, tu me donnes tes voix.

C'est ainsi que je propose de concentrer l'effort national sur la baisse des charges, ce qui aidera l'entreprise et fera monter le salaire de ceux qui travaillent, souvent dur, pour recevoir peu.

La réforme fiscale doit commencer par la simplification, 10 %, 20 %, 30 %, 40 %, avec retenue à la source.

Le retour à l'équilibre des finances publiques est une priorité : il ne faut pas la retarder dans le temps ! Car une grosse vague arrive dans peu d'années, c'est le basculement démographique. Il faut donc assurer avant le désendettement du pays !

Partenariat et loyauté

La concentration du pouvoir entre les mêmes mains, c'est l'ancien régime que je dénonce.

Au contraire, la construction d'une majorité équilibrée, où chacun aura sa place, avec un nouveau mode de scrutin, c'est la respiration, la confrontation des idées, l'ouverture, des majorités d'idées.

Une méthode pour gouverner

Je crois au courage. Il en faudra. Mais je crois aussi que l'on peut faire naître du consensus en France. Je ne crois pas que les Français soient en guerre civile les uns contre les autres. Cela, c'est le mensonge des campagnes électorales.

Je sais qu'il y a des problèmes, ceux de l'urgence nationale, que l'on ne résoudra que si le président sait faire naître un accord national pour s'y atteler vraiment et obtenir vraiment des solutions. J'en vois aujourd'hui deux : violence et insécurité, et retraites.

Je rechercherai cet accord national.

D'abord par un pouvoir qui associe vraiment la société civile à sa décision.

Les vraies concertations, ce n'est pas une après-midi, à grand spectacle, sous les caméras, autour de la table de réunion de Matignon ou de l'Elysée.

La vraie concertation, ce sont des semaines et des mois s'il le faut. Les partenaires sociaux, les représentants des salariés, des entreprises, des retraités sur les retraites, y ont leur place. Et sur les sujets qui relèvent de l'urgence nationale, la majorité et l'opposition y ont leur place aussi. Je les obligerai à prendre leurs responsabilités.

Au bout du compte, il est des sujets qui exigent le référendum : ex. les retraites.

Pour moi, un Président, c'est un patron, c'est quelqu'un qui s'engage, et c'est un homme dont le caractère et la volonté doivent être de rassembler les Français, au-delà de leurs différences. Pour moi qui fais du courage la première des vertus politiques, le premier courage est là !



(source http://www.bayrou.net, le 4 mars 2002)

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