Interview de Mme Marie-George Buffet, ministre de la jeunesse et des sports, à RTL le 19 février 2002, sur les problèmes d'arbitrage du patinage artistique, les droits de retransmission d'événements sportifs par les médias et la campagne de Robert Hue à l'élection présidentielle. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Marie-George Buffet, ministre de la jeunesse et des sports, à RTL le 19 février 2002, sur les problèmes d'arbitrage du patinage artistique, les droits de retransmission d'événements sportifs par les médias et la campagne de Robert Hue à l'élection présidentielle.

Personnalité, fonction : BUFFET Marie-George, ARZT Richard.

FRANCE. Ministre de la jeunesse et des sports

ti : R. Arzt - Je m'adresse d'abord à la ministre de la Jeunesse et des Sports : cette médaille d'or obtenue en danse sur glace, cette nuit, est la 7ème médaille obtenue par la France dans ces Jeux. Votre commentaire ?

- "D'abord, je veux simplement dire merci à Gwendal et à Marina, parce que je les connais. C'est neuf ans d'effort, de travail pour atteindre la quasi-perfection dans un climat pas facile, vu ce qui s'est passé dans le patinage au niveau de la délégation française. Donc bravo ! Et j'espère les voir bientôt et les féliciter de vive voix. C'est une très belle médaille."

Un climat pas facile, c'est une constante dans les Jeux, en particulier dans le patinage ?

- "Je crois qu'il est temps que l'on réforme la façon de procéder des jurys de patinage. Je pense que maintenant, c'est annoncé, enfin. Le Comité directeur de la fédération internationale semble se diriger vers une réforme. C'est ce que j'avais souhaité et également que la lumière soit faite et que l'on redonne place au sport maintenant."

RMC a racheté l'exclusivité de la couverture radio de la Coupe du monde de football. Va-t-on inéluctablement vers un système où la radio qui paiera le plus confisquera la retransmission de tel ou tel événement sportif ?

- "Non. Je vais en discuter lundi soir, avec tous les responsables des radios au ministère de la Jeunesse et Sports. La loi française, la loi sur le sport permet bien sûr l'exclusivité pour un événement sportif avec un média, mais elle assure le droit à l'information. On ne peut pas empêcher des médias de donner la voix à des événements sportifs, de donner des résultats. Il faut dire halte aux péages mis sur les radios et peut-être demain sur la presse écrite..."

Vous pensez que c'est un risque pour la presse écrite ?

- "On veut à tout prix faire de l'argent sur tout. Ce n'est pas possible, il faut laisser la liberté d'information s'exercer, c'est un droit fondamental en France."

Est-ce que l'équipe de France de football peut être sortie de toutes ces perspectives financières ?

- "Bien sûr ! L'équipe de France et d'autres événements sportifs ! C'est une liste que nous avons conçue avec le mouvement sportif, que nous avons transmise au CSA et à l'Union européenne, pour la directive "télévision sans frontières". Les matchs de l'équipe de France doivent être accessibles à tous les téléspectateurs et les auditeurs en France."


En tant que femme de gauche, que vous inspire toute cette évolution vers le "sport business" ?

- "Il faut le sport reste maître de ses règles, que le sport garde cet aspect de rêve, de plaisir, de convivialité. Il faut donc dire stop à l'argent qui voudrait dicter ses règles au sport."

J'en viens à la secrétaire nationale du Parti communiste et à la campagne de R. Hue. G. Peizerat a déclaré : "Nous avons très bien patiné et c'est véritablement le meilleur programme que nous ayons produit". Pour ce qui est de sa campagne - il ne s'agit pas de patinage - R. Hue ne peut pas en dire autant. Sa campagne ne se passe pas bien ?

- "Sa campagne est forte, elle vise à redonner de la couleur à la gauche, à battre la droite et à faire en sorte que demain, la gauche réponde aux besoins et aux aspirations des hommes et des femmes de ce pays. Nous sommes maintenant dans l'étape où le débat de fond va enfin démarrer, on va pouvoir discuter des vraies questions que se posent les Français et les Françaises. Et on va se déployer. Déjà, beaucoup de choses se font dans la campagne, beaucoup de débats, d'initiatives, de rencontres des communistes avec les électeurs. Je vois qu'un sondage de ce matin nous place à 6 %. Il faut maintenant aller chercher, rassembler. C'est une candidature qui peut rassembler beaucoup d'hommes et de femmes sur l'idée qu'il faut que cette gauche ne continue pas simplement ce qu'elle a fait depuis 1997, mais qu'elle réponde vraiment à d'autres attentes."

Comment expliquez-vous qu'il ne soit qu'à 6 % ?

- "Jusqu'à présent, cette campagne est marquée par une sorte de non débat, on a du mal à venir sur les grandes questions de fond, sur les problèmes qui préoccupent : l'emploi, la sécurité, l'avenir des jeunes, les questions de la précarité, etc. Je pense que maintenant, ce débat va s'enclencher et comme nous avons un candidat qui est sur ces questions de fond, la campagne communiste maintenant va prendre beaucoup de dynamisme."

R. Hue dénonce une démarche orchestrée pour faire taire le PC...

- "J'étais un peu surprise que vendredi, samedi et lundi, des articles sortent toujours sur le même thème, alors qu'il ne s'est rien passé de nouveau par rapport à la semaine précédente, sur l'idée que l'on serait scotchés à un certain niveau. Je ne le pense pas, je pense que l'on va rassembler, que l'on gagner petit à petit des voix. On est un parti d'hommes et de femmes, de militants et je pense que l'on va convaincre, parce que beaucoup d'hommes et de femmes à gauche, ont envie que demain la gauche, ne soit pas une gauche à la Blair, une gauche à la britannique, mais une gauche à la française."

Vous pensez que c'est la tendance naturelle de L. Jospin ?

- "Il y a besoin, dans la gauche plurielle, de la sensibilité communiste, il y a besoin qu'elle soit à un bon niveau pour que la gauche soit vraiment la gauche. Je le pense profondément."

Est-ce que les socialistes vous aident dans cette démarche ou, au contraire, est-ce eux qui orchestrent cette campagne ?

- "Nous n'avons pas à attendre quelque chose de la part des socialistes. Dans la gauche plurielle, on a chacun notre identité, chacun mène sa campagne. A nous de mener notre campagne, et puis on discutera quand on aura les propositions des candidats socialistes."

Quel est le rôle du Parti communiste dans tout cela ? C'est de s'adresser aux couches populaires, ce que le Parti socialiste peut moins faire ?

- "Je ne crois pas qu'il y aurait des publics réservés à un parti ou à un autre. Ce qui est important, c'est de s'adresser aux hommes et aux femmes de gauche qui ont envie demain que l'on fasse reculer réellement le chômage, que l'on gagne sur la bataille de la sécurité, qu'on obtienne l'autonomie pour les jeunes, qu'enfin le droit de vote soit accordé à des hommes et des femmes qui sont en France depuis des décennies, qui ont apporté beaucoup à travers leur travail."

Plus précisément, puisque J. Chirac va en parler aujourd'hui : sur la sécurité, les communistes ont un message fort à faire passer ?

- "D'abord, on organise beaucoup de rencontres sur ce thème et la conclusion de ces rencontres est qu'il faut attaquer l'insécurité par tous les bouts : par la prévention, l'éducation, il faut redonner des points de repères à des jeunes, à des enfants. Il faut faire en sorte que les jeunes eux-mêmes soient acteurs du recul de la violence, ils en ont envie. Il faut aussi ne pas accepter l'incivilité ou la délinquance, c'est-à-dire qu'à chaque fait, il y ait réparation. il faut qu'à chaque fois, on rappelle les règles et le respect. Cela demande plus de moyens pour la préventions, plus de moyens également pour la police et la justice. R. Hue a proposé un plan sur 5 ans de 95 milliards pour ces questions de la sécurité."

Dans l'Humanité de ce matin, R. Hue écrit : "On ne me fera pas taire". On a surtout l'impression qu'il a du mal à se faire entendre ?

- "Non, tout au long de ses déplacements, partout en France, il a beaucoup de rencontres et il se fait entendre. Mais maintenant, il faut que l'ensemble des communistes qui vont porter cette candidature se fassent encore mieux entendre."

L'objectif, c'est d'arriver à quel score ?

- "C'est comme dans le sport, je ne fais pas de pronostic. J'espère que l'on va rassembler largement, parce que c'est vraiment au premier tour, le 21 avril, que va se jouer l'avenir de la gauche et donc l'avenir des électeurs qui ont envie que ça bouge vraiment dans ce pays."

(Source :Premier ministre, Service d'information du gouvernement, le 19 février 2002)

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