Interview de M. Jean-Luc Mélenchon, ministre délégué à l'enseignement professionnel, dans "Le Figaro" du 1er février 2002, sur la pression et la compétition des marques publicitaires à l'école et le danger de dérive dans l'enseignement professionnel. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Luc Mélenchon, ministre délégué à l'enseignement professionnel, dans "Le Figaro" du 1er février 2002, sur la pression et la compétition des marques publicitaires à l'école et le danger de dérive dans l'enseignement professionnel.

Personnalité, fonction : MELENCHON Jean-Luc, COURT Marielle.

FRANCE. Ministre délégué à l'enseignement professionnel

ti : Les entreprises et leurs marques frappent aux portes de l'école. Une dérive dénoncée par Jean-Luc Mélenchon, ministre délégué à l'Enseignement professionnel.

LE FIGARO. - Les grandes marques cherchent-elles à mettre la main sur l'école ?

Jean-Luc Mélenchon. - Elles exercent une pression énorme. Les jeunes représentent un véritable enjeu financier. Ils ont un pouvoir d'achat et influencent fortement les achats des parents. Les USA sont allés au bout de cette démarche. Certaines écoles ont des contrats d'exclusivité publicitaire avec des marques. Par exemple de boissons. Les élèves sont forcés de ne boire que des sodas de cette marque dans l'établissement.

On n'en est pas là en France !
Cette pression des marques était déjà suffisante quand je suis arrivé au ministère pour que j'engage avec Jack Lang, la rédaction d'une charte déontologique. Si on ne met pas le holà dès le début, on dévale vite la pente. C'est ainsi que personne ne s'étonne aujourd'hui que les écoles se voient proposées d'enseigner l'hygiène dentaire avec Colgate et les bases de la nutrition avec Nestlé. Soit dit en passant, on peut s'étonner que l'immense urne destinée à la collecte des pièces jaunes à l'entrée de l'Elysée soit barrée d'une énorme publicité de boisson gazeuse !

Les établissements dont vous avez la charge sont-ils concernés ?

J'ai effectivement été saisi par le comité Attac sur le jeu boursier organisé par le CIC, dans des établissements. J'ai écrit aux recteurs pour demander que les enseignants des lycées professionnels et des BTS ne participent pas à ce concours qui comporte des erreurs pédagogiques et ne prend aucun recul sur la place particulière de la Bourse dans l'économie. C'est pourquoi je n'étais pas d'accord non plus avec le jeu de TF1. Car la présence des marques à l'école est un conditionnement mental. Exemple, les vêtements. Les enfants vivent dans la frustration : il leur faut absolument être dans le coup, c'est même une source de violence.

Pourtant, vous-même faites intervenir des entreprises dans les lycées professionnels ?
La situation est tout autre. Quand nous avons mis au point un matériel pédagogique sur l'euro avec la fédération du commerce, à aucun moment le nom d'une marque apparaissait.

Et lorsqu'une entreprise automobile fournit du matériel destinés à des lycéens, futurs conducteurs ?

Il ne faut pas confondre marque et production La production est souvent standard entre les entreprises. Il faut impérativement que les lycéens apprennent sur du matériel qui est sur le marché. C'est un autre sujet que la compétition sur les marques.

Propos recueillis par Marielle Court.

(source http://www.enseignement-professionnel.gouv.fr, le 4 février 2002)

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