Articles de M. Jean-Luc Mélenchon, ministre délégué à l'enseignement professionnel, dans "Marianne" du 28 janvier 2002, et dans "Politis" du 31 janvier, sur la participation du PS au Forum social mondial de Porto Alegre et les relations économiques internationales. | vie-publique.fr | Discours publics

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Articles de M. Jean-Luc Mélenchon, ministre délégué à l'enseignement professionnel, dans "Marianne" du 28 janvier 2002, et dans "Politis" du 31 janvier, sur la participation du PS au Forum social mondial de Porto Alegre et les relations économiques internationales.

Personnalité, fonction : MELENCHON Jean-Luc.

FRANCE. Ministre délégué à l'enseignement professionnel

ti : Marianne le 28 janvier 2002

Les socialistes étaient absents de Gênes ? C'était la preuve de leur incurable autisme. Vont-ils en masse à Porto Alegre, Premier secrétaire inclus ? Ce ne peut être que pour la photo. Ainsi quelques commentateurs dégorgent-ils leur bile. Et que bouille la marmite du désabusement dans le jus du cynisme ! Première réaction : l'écoeurement blessé. Je mets au défi que l'on nomme un seul d'entre nous, ou un seul des ministres de Jospin présents à Porto Alegre dont l'engagement dans ce domaine ne soit lié à sa pratique militante la plus personnelle depuis de longues années.

Nos vies sont nos brevets de légitimité. Quels sont les titres de nos censeurs ? Deuxième réaction, afin que nul n'en ignore : resituer l'événement Porto Alegre dans sa portée d'optimisme lucide pour tous ceux qui ne se sont pas résignés et qui n'adhérent pas à cette nouvelle version du " tous pourris ". Quand bien même ne serions-nous tous que d'odieux électoralistes, la bonne question ne serait pas effacée : pourquoi faut-il être à Porto Alegre quand on veut être entendu par la gauche française ? Pourquoi 6 000 personnes, en France et nulle part ailleurs se réunissent-elles à l'appel d'Attac au Zénith ? Pourquoi tant de français issus d'engagements si différents formeront-ils le deuxième contingent national de participants à Porto Alegre après les Brésiliens ? Questions symétriques : pourquoi cette présence est-elle autant appréciée sur place, pourquoi les syndicalistes, les associatifs, les députés et même les ministres, français, y sont ils autant les bienvenus, n'en déplaise aux pavloviens du dénigrement ? Voici pointée une singularité politique des français. Ils la font vivre, mais en mesurent-ils toute la portée ?

La France de gauche et son gouvernement, rencontre un large courant d'opinion mondial qui trouve en elle un point d'appui, une référence et parfois même un exemple d'alternative réaliste. La France des mouvements sociaux qui abattent des gouvernements libéraux : " si l'Europe était un volcan, Paris serait son cratère " écrivait le journal italien " La Repubblica " pendant les évènements de novembre-décembre 1995.

La France et ses exceptions mille fois rabâchées face aux exaspérés de " l'arrogance française " dans les réunions internationales : services publics en bandoulière, protections sociales records sans déficit (mais oui !), Couverture maladie universelle, allocation autonomie des personnes âgées, système de retraite intact, quand il n'est question partout ailleurs que de déréglementations et de chacun pour soi. " Où voit-on un gouvernement dans le monde imposer 35 heures ? Nulle part ! " écrit monsieur Seillière pour convoquer le Medef en meeting. En effet !

Et c'est précisément ce qui ouvre un espoir concret quand ces " exceptions " nourrissent de plus une réussite économique. Car l'inquiétude est en train de changer de camp. Le balancier des idées a fini sa courbe ascendante dans l'espace libéral. Six crises financières majeures en dix ans donnent à réfléchir. Comme on avait vu le système soviétique imploser dans ses contradictions, on voit que les pires coups reçus par les économies de marché sont venus du système de l'hyper-capitalisme contemporain, jusqu'à les détruire parfois comme en Argentine. Aux pauvres et aux exclus pressurés à mort, aux salariés précarisés de tous côté, s'ajoutent des classes moyennes dessaoulées de coups de bourse et même de grands investisseurs privés qui se font détrousser en une nuit de parts considérables de la valeur de leur capital productif sans qu'il y ait un seul communiste dans le coup ! Fragile, balbutiante, une conscience élargie cherche son chemin. Dès lors qui pense global et veut agir local saisit le lien qui unit Porto Alegre à Paris. Chacun renforce l'autre. Nous allons donc au Brésil pour renforcer la crédibilité de Porto Alegre dans le monde comme un service que nous nous rendons à nous même. Nous y allons parce que les français ont quelque chose à y dire et à y apprendre.

Nous y allons pour aider la gauche mondiale à sortir de son coma idéologique. Et j'irai aussi pour des raisons électorales françaises. Je dis : on ne peut vouloir un avenir pour les idées de Porto Alegre et ne pas comprendre que la victoire de la gauche en France en est une composante décisive. Et je dirai que les vrais cyniques sont ceux qui vont là bas pour affirmer leur appartenance à un camp et reviendraient ici pour renvoyer dos à dos Chirac et Jospin.

(source http://www.enseignement-professionnel.gouv.fr, le 29 janvier 2002)

Politis le 31 janvier 2002


Le ministre délégué à l'enseignement professionnel fait partie de l'imposante délégation gouvernementale à Porto Alegre. Il réplique ici à ceux qui, à gauche même, soupçonnent cette présence d'arrière-pensées politiciennes, quand ils ne critiquent pas directement, come l'a fait Robert Hue, le Forum Social Mondial.

J'ai connu Robert Hue mieux inspiré. Parlant des délégations politiques françaises qui se rendent à Porto Alegre, il morigène : " le tiers monde mérite mieux que du spectacle et des paillettes ". Au Brésil, la presse de droite fait campagne sur ce thème pour dénigrer l'initiative du gouvernement de gauche de l'état de Rio Grande de Sul. Hélas, Robert ne le sais pas, sinon je suis sur qu'il aurait tourné sept fois sa langue dans sa bouche avant de lui apporter ce renfort.

Alors, persiflage de frustré ? Peut-être. Mais surtout incompréhension totale de ce qui est en jeu. Porto Alegre n'est pas le sommet du tiers monde mais celui de la lutte universelle contre la mondialisation libérale, car celle-ci produit de la quart-mondisation partout, inclut dans les pays les plus riches. A preuve le Brésil lui-même, qui n'est pas un pays du tiers monde mais la huitième puissance économique du monde. C'est d'ailleurs cet effet invariant d'échelle qui donne une base sociale élargie, du nord au sud, de l'est à l'ouest à l'émergence d'une opinion civique mondiale, autrement mieux informée et ancrée dans la réalité sociale de chaque pays que feu " l' internationalisme prolétarien" que d'aucuns moqueurs d'aujourd'hui ont envoyé dans le mur hier.

Deuxièmement, Porto Alegre étant l'alternative enfin proposée à Davos (dois-je faire la liste de ceux dont c'était le devoir de le faire plus tôt ?), l'obligation morale de toute conscience de gauche est d'aider à renforcer son autorité et son audience. Des élus de gauche brésiliens se faisant assassiner pour en être les organisateurs, les élus de gauche français doivent mettre leur confort de situation au service de la protection de cette cause. Dois-je faire un dessin à ce sujet ? Non : je prends les noms. François hollande y va. Robert ergote. Lequel est le plus utile à la gauche qui agit ? Troisièmement, au cas où les révolutionnaires ne l'aurait pas remarqué, le gouvernement de Lionel Jospin est une singularité mondiale dont la présence de communiste sur ses bancs n'est pas la moindre originalité. Ses ministres (communistes inclus) méritent mieux que les sarcasmes d'un des chefs de leurs partis quand ils illustrent à l'étranger cette image d'une France solidaire des grands idéaux de justice et d'égalité.

Ensuite, la politique de ce gouvernement est à rebours de ce qui se fait partout ailleurs sous la pression des libéraux, et ça marche. Par conséquent, ceux qui s'intéressent même vaguement au concept de rapport de force comprennent pourquoi il y a un lien direct entre ce qui peut être amplifié depuis Porto Alegre et ce qui peut se faire de plus depuis Paris. Et vice versa. Même " l'internationalisme prolétarien " avait compris ça. Mais il est vrai qu'ici il s'agit d'épauler un processus mondial sans modèle pré-déterminé et non de relayer la diplomatie d'un seul pays. Premier contingent étranger, plus de mille français incarneront sur place cette prise de conscience universaliste pleine de diversités. Les élus de Porto Alegre en invitant des ministres français ne font rien d'autre que ce que font les élus communistes en invitant des ministres (même socialistes !) dans leur commune pour leurs manifestation. Ils ont raison. J'y vais, et j'en suis fier. Chemin faisant je signerait aussi un accord de coopération éducative avec la ville et l'Etat d'accueil. Solidarité concrète du gouvernement Jospin.

Pendant ce temps, Robert et quelques autres tireurs dans le dos feraient bien d'apprendre à ne pas se vautrer dans le " tous pourris " à la première sollicitation médiatique venue. Quand à " l'écoeurement " du candidat Besancenot à l'égard de la présence socialiste à Porto Alegre, son rôt de sectarisme (" beuark ", dit-il en effet) prolonge son refus suicidaire de voir la différence entre Chirac et Jospin. Reste après ça mon malheureux camarade Bokel. Il ironise pour " Le Figaro " : Porto Alegre serait " le dernier salon où l'on cause ". Je l'invite a recommencer la tournée de lieux qu'il a l'air de connaître au point de pouvoir les comparer pour s'assurer qu'il n'a pas lui même causé trop vite. Tartuffe et cyniques, un peu de pudeur ! Je plaide pour qu'à gauche, on mette chacun son énergie au service d'un grand moment de civisme universaliste plutôt qu'à de médiocre règlements de compte électoraux franco-français ! Quand à moi je m'en tiens à la sagesse populaire : bien faire et laisser braire !


(source http://www.enseignement-professionnel.gouv.fr, le 7 février 2002)

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