Interview de M. Noël Mamère, candidat des Verts à l'élection présidentielle, à LCI le 18 mars 2002, sur les propositions de Jacques Chirac en matière d'écologie, sur le compromis du sommet européen de Barcelone concernant le marché de l'électricité et sur le parrainage des candidats à l'élection présidentielle. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Noël Mamère, candidat des Verts à l'élection présidentielle, à LCI le 18 mars 2002, sur les propositions de Jacques Chirac en matière d'écologie, sur le compromis du sommet européen de Barcelone concernant le marché de l'électricité et sur le parrainage des candidats à l'élection présidentielle.

Personnalité, fonction : MAMERE Nöel, HAUSSER Anita.

FRANCE. Les Verts, député;FRANCE. Candidat à l'élection présidentielle de 2002

ti : A. Hausser - Vous venez de prendre quelques jours de vacances. Vous avez la pêche ?

- "Mon visage est à l'image de mon mental. Oui, je suis en pleine forme. J'ai pris quelques jours de repos, comme c'était prévu depuis le début de la campagne, depuis le mois de novembre. Ce n'était donc pas une surprise. Je pense qu'il fallait marquer cette petite pause pour se relancer pour la dernière ligne droite."

Cela vous a permis de faire le point et vous avez reconnu que votre message manquait parfois de lisibilité. Alors, comment est-ce que vous allez relancer votre candidature ?

- "Je vais continuer à faire ce que je fais depuis le début de ma campagne le 17 janvier, commencée à Toulouse sur le site d'AZF sur la maîtrise des risques technologiques. Une campagne d'écologiste, qui non seulement veut s'attacher au maintien de la diversité sur notre planète - je rappelle que durant les 35 dernières années, autant d'espèces ont disparu qu'en 5.000 ans, ce qui est énorme, et ce qui prouve que l'avenir de notre planète doit être protégé - et puis, une campagne axée sur la solidarité et la lutte contre les inégalités sociales, parce qu'on voit bien que l'environnement et la grande pauvreté sont les deux plaies de la société française, comme de l'ensemble de la planète."

Pourquoi, si on veut lutter contre l'environnement, est-ce qu'on voterait écologiste ?

- "Parce que ce sont les écologistes qui, depuis très longtemps, bien avant avec R. Dumont, premier candidat des écologistes en 1974, se sont battus pour défendre à la fois la protection de la planète et l'homme au milieu de son environnement. Ils l'ont montré en dénonçant avant les autres les méfaits de l'agriculture productiviste qui a donné la vache folle, le poulet à la dioxine, et sur les transports. Regardez ce qui vient de se passer ce matin. Est-ce que l'on regarde avec vigilance et est-ce qu'on sanctionne, comme on devrait le faire, la violence routière ? A quoi est-elle liée ? Ce camion qui a franchi une barrière et qui a tué plusieurs personnes dans un car ? Je serais curieux de savoir dans quelles conditions le chauffeur travaillait pour cette société de transports. Je crois qu'il faut que l'on aille beaucoup plus loin dans la sanction et dans la prévention, et je pourrais vous parler également de ce qui s'est passé à AZF ou de la catastrophe de l'Erika."

J. Chirac présente son programme pour l'environnement aujourd'hui. Il va l'illustrer au Mont Saint-Michel et à Avranches. Il préconise une "charte de l'environnement", qui serait adossée à la Constitution. Cela vous paraît-il raisonnable ?

- "J. Chirac a sans doute lu le contrat Vert que je propose aux Français, puisque cela fait longtemps que nous proposons d'inscrire dans la Constitution le droit à l'environnement sain. Mais qui peut croire monsieur Chirac ? Monsieur Chirac qui, en 1996, lorsqu'il en avait la possibilité, a suivi l'avis de la FNSEA plutôt que le principe de précaution et n'a pas osé interdire les farines animales à l'ensemble du bétail ? Monsieur Chirac qui ne dit rien sur la réforme de la Politique agricole commune, dont les subventions aujourd'hui vont à l'exportation, à une agriculture intensive qui, par exemple, a transformé la Bretagne en un département quasiment sinistré, où l'on ne peut plus boire d'eau potable et où on est obligé de boire l'eau minérale. Monsieur Chirac qui nous dit le lundi : "Je suis pour une agriculture écologiquement responsable" et qui, le mardi, vous répond : "Les OGM, c'est bien"."

Vous ne caricaturez pas un peu, là ?

- "Mais pas du tout. Je ne reprends que des phrases qui ont été prononcées par monsieur Chirac. Qu'est-ce qu'il a fait, monsieur Chirac, quand il a été élu président de la République ? Il s'est empressé de reprendre les essais nucléaires. C'est cela, un écologiste ? Allons ! Il ne faut pas prendre les gens pour des imbéciles. Monsieur Chirac, personne ne peut le croire sur ces sujets-là."

Il a repris les essais nucléaires pour les arrêter aussitôt...

- "Il a repris les essais nucléaires, il a donc donné un mauvais exemple à l'ensemble du monde, et en particulier à toutes les nations qui, aujourd'hui, détiennent l'arme nucléaire, comme le Pakistan, l'Inde..."

Vous pensez que c'est à cause de lui que ces nations détiennent l'arme nucléaire ?

- "Oui, la France n'est pas étrangère dans sa politique d'exportation de centrales nucléaires à ce que des pays comme le Pakistan ou l'Inde détiennent aujourd'hui l'arme nucléaire. Tout le monde le sait, ce n'est pas une découverte. Mais envoyer un signe comme cela, dès qu'on est élu, c'est-à-dire reprendre les essais nucléaires, alors que le Mur de Berlin est tombé, alors que l'on veut sortir de la dissuasion nucléaire, ne me paraissait pas la meilleure des méthodes et donc, monsieur Chirac dit le contraire de ce qu'il fait."

Monsieur Chirac était aux côtés de monsieur Jospin, et inversement, à Barcelone, où la France a obtenu un compromis sur le service public notamment de l'électricité. Est-ce un bon compromis ?

- "Monsieur Chirac et monsieur Jospin étaient bien séparés, par des cordons de police qui ont tapé sur les manifestants, de ceux qui réclamaient une autre Europe, une Europe qui ne soit pas soumise au virus de l'ultralibéralisme et à la dictature des marchés. Monsieur Chirac et monsieur Jospin ont remporté une petite victoire, parce que maintenant, le problème - tout le monde est d'accord pour dire que l'EDF doit rester un service public qui ne doit pas être ouvert au capital -, c'est de savoir si aujourd'hui, EDF est vraiment un service public. Moi, comme maire, je peux vous dire qu'EDF, pendant des années, a conduit les bailleurs sociaux à doter les logements sociaux de convecteurs électriques, pour financer le programme électronucléaire de la France. Donc, je dis à EDF, si vous voulez redevenir un service public, acceptez qu'il y ait des usagers dans le conseil d'administration, ce qui n'est toujours pas le cas. Ne nous obligez pas à une politique énergétique que nous n'avons pas choisie, et engagez-vous - c'est ce que je propose dans mon programme - à un contrat avec la France, un contrat pour l'efficacité énergétique."

A Barcelone, on a pris une décision sur les retraites qui semble quand même autrement plus importante encore qu'EDF. Les Quinze ont admis le principe de travailler plus longtemps.

- "Les Quinze se sont engagés sur beaucoup de choses, mais ce n'est pas la première fois qu'ils s'engagent sur beaucoup de choses sans pour autant y parvenir."

Donc, vous ne voulez pas croire cela ?

- "Pourquoi voudriez-vous que je crois aux engagements que vient prendre l'Union européenne en matière de petite enfance, en matière de lutte contre la pauvreté, en matière de retraites, alors qu'on est toujours dans une logique où il y a d'un côté ce que dit l'Union européenne, et de l'autre côté, ce que décident les gouvernements chacun dans leur coin. Moi, je n'accepte pas l'idée d'une Europe des Etats-nation, qui est une contradiction. Oui à une Europe fédérale et oui à une retraite par répartition, et oui à une politique offensive de la petite enfance..."

Oui à une Europe fédérale qui allongerait la durée du temps de travail ?

- "Nous, nous parlons de la réduction du temps de travail sur toute la vie, c'est dans mon programme. Nous avons poussé le Gouvernement à voter les 35 heures, je pense que c'est un grand pas dans notre société. Il faut maintenant aller plus loin, et par exemple, si l'on veut faire vraiment un effort de lutte contre les inégalités sociales et de lutte contre la pauvreté, décidons qu'au plan européen, on va fixer le SMIC à 1.000 euros nets sur l'ensemble de l'Europe."

Est-ce que vous imaginez ne pas avoir les 500 signatures ?

- "Non, je ne l'imagine pas, je suis serein, aussi serein que mon visage est bronzé. Je suis tranquille, et ces 500 signatures, je les aurai."

Et malgré les cafouillages ?

- "Il n'y a pas de cafouillages. Il y a eu 540 promesses. Les promesses arrivent maintenant au Conseil constitutionnel, qui prône d'un côté, d'une main, la transparence, et qui, de l'autre, vous dit : "Je ne vous donnerai pas les noms ni le nombre des signatures qui sont arrivées", ce que je trouve particulièrement détestable. Mais ces 540 promesses deviendront 500 signatures et nous les obtiendrons sans aller faire l'aumône auprès du PS. C'était l'essentiel de ce que je recherchais, pour que nous soyons autonomes et que nous soyons plus forts dans la gauche, pour l'écologiser un peu plus."

Vous en êtes sûr ?

- "J'en suis certain."

(Source : Premier ministre, Service d'information du gouvernement, le 18 mars 2002)

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