Interview de M. Robert Hue, président du PCF et candidat à l'élection présidentielle, à France 2 le 18 février 2002, sur les risques d'affaiblissement du parti communiste, le danger de voir le parti socialiste "droitiser" ses positions et la difficulté de critiquer le gouvernement tout en en faisant partie. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Robert Hue, président du PCF et candidat à l'élection présidentielle, à France 2 le 18 février 2002, sur les risques d'affaiblissement du parti communiste, le danger de voir le parti socialiste "droitiser" ses positions et la difficulté de critiquer le gouvernement tout en en faisant partie.

Personnalité, fonction : HUE Robert, SICARD Roland.

FRANCE. PCF, président;FRANCE. Candidat à l'élection présidentielle de 2002

ti : R. Sicard Vous êtes le candidat communiste à l'élection présidentielle et vous êtes un candidat en difficulté. Ce matin, le journal Le Parisien vous consacre sa Une qui dit : "La chute de la maison Hue". Les sondages vous donnent entre 5 et 7 %. Pourquoi, selon vous, la mayonnaise ne prend pas ?

- "Ce n'est pas la mayonnaise qui ne prend pas. Véritablement, il y a là une orchestration qui vise le Parti communiste. Quand quelqu'un est en position difficile et faible, en général, on ne lui consacre pas la Une d'un journal. La réalité, je vais vous la dire : c'est que je suis un emmerdeur pour beaucoup de monde. Je dis actuellement un certain nombre de réalités sur la campagne. Je dis que c'est le "bal des hypocrites" ; qu'on ne va pas aux questions de fond. Je me félicite d'un certain nombre de choses faites par le gouvernement de L. Jospin. On y a contribué, mais en même temps, j'ose dire ce qui ne va pas. J'ose dire qu'il faut faire autrement, avec une politique que je veux ancrer à gauche. Et cela ne plaît pas visiblement. Il y a donc une bataille d'engagée. Il y a la Une du Parisien aujourd'hui ; il y avait une page du Monde vendredi ; il y avait une page du Figaro samedi. Si cela n'est pas une démarche orchestrée visant à faire taire le Parti communiste, eh bien, qu'on me dise ce que c'est."

Dans un orchestre, il y a un chef d'orchestre. Qui est le chef d'orchestre ? Qui organise tout cela ?

- "Je ne suis pas dans la démarche du complot. Ce n'est pas de la paranoïa. Il y a incontestablement un certain nombre de gens..."

Mais qui ?

- "Je vais y venir. Je ne suis pas du genre à dissimuler mes sentiments ! Il y a un certain nombre de gens que je gêne. Quand je dis effectivement qu'il y a un danger de droitisation de la campagne, chacun sait que cela ne fait pas plaisir du côté du Parti socialiste et de L. Jospin. Dans ce qui est dit ce matin, quand je lis Le Parisien, je vois bien qui peut par exemple inspirer cette campagne. Il est évident qu'on ne veut pas que je dise qu'il y a ce danger de droitisation. C'est pourtant bien la réalité."

Ce sont les socialistes qui inspirent cette campagne ?

- "Non, je dis que le Parti socialiste, actuellement, tient un langage du type de ce que je retrouve dans Le Parisien ce matin, c'est tout. Voilà ce que je veux dire."

C'est quand même grave... En principe, ce sont vos alliés...

- "Vous pensez que ce n'est pas grave, le titre du Parisien, ce matin ?"


A l'inverse, le discours officiel des socialistes, c'est de dire qu'il est embêtant que le Parti communiste baisse, parce qu'on a besoin de deux pieds pour constituer une majorité plurielle...

- "C'est cela. On a besoin de deux pieds, mais à condition que l'autre pied soit effectivement affaibli, qu'il se taise, qu'il se range et qu'il s'aligne sur la position des socialistes. Il n'en est pas question. Et dans cette campagne, je crois que le Parti communiste va gagner en influence, j'en suis convaincu. Vous avez donné les sondages tout à l'heure entre 5 et 7 ; en gros, autour de 6. C'est à peu près ce que nous avions à la même époque en 1995, où nous avons terminé à plus de 8. A chaque fois que le Parti communiste dérange, il y a effectivement la tentation pour certains de dire qu'[il] est faible. Mais au bout, tenter d'affaiblir le Parti communiste, c'est pour ceux qui veulent effectivement aller à une politique positive, progressiste pour la France, se mettre en danger soi-même. Avec un titre comme celui de ce matin, où on essaie de nous affaiblir, je suis certain de la réaction contraire. Vous allez voir la réaction des hommes et des femmes qui savent que le Parti communiste a certainement des défauts, mais qu'il est bien nécessaire à la société. S'il n'y avait pas le Parti communiste, je peux vous assurer que le monde du travail aurait subi de drôles de conséquences. Si le Parti communiste n'avait pas été au gouvernement de la France, on serait dans une politique à la T. Blair en ce moment. Voilà ce que je veux dire par rapport à cette offensive."

Est-ce que l'une des difficultés du Parti communiste n'est pas qu'il est un petit peu entre deux chaises ? D'un côté, il critique, d'un côté, il dit qu'il faut être beaucoup plus à gauche, et puis de l'autre, il est au Gouvernement, et donc d'une certaine manière, il cautionne les décisions du Gouvernement. Comment peut-on être comme cela entre les deux ?

- "Le Parti communiste est au Gouvernement, d'abord parce que s'il n'était pas au Gouvernement, c'est la droite qui serait en place. Et nous sommes foncièrement contre la droite, c'est clair. Et en même temps, on est dans le Gouvernement et on ne veut pas se taire."

C'est cela qui n'est pas clair !

- "On peut être dans un gouvernement et critiquer ce gouvernement quand cela ne va pas. Dire quand cela va bien, et il nous arrive de dire que cela va bien, parce qu'on contribue à toute une série de dispositions. Mais quand ça ne va pas, ça ne va pas. Quand par exemple, le Conseil constitutionnel modifie, censure un article de la loi de modernisation que nous avions fait passer parce que cet article permettait de limiter les licenciements boursiers et que le Gouvernement, L. Jospin, ne le remettent pas en discussion et ainsi baissent un peu les bras par rapport au Medef et à la droite, nous réagissons. On est critique naturellement sur une telle disposition visant à une dérive à droite. En tous les cas, ce qui est certain : que cela fasse plaisir ou pas, dans cette campagne électorale, les Français vont pouvoir compter sur un candidat communiste pour ancrer à gauche la politique de la France. Sinon, effectivement, la ligne est claire : c'est une dérive droitière."

Vous ne regrettez pas la présence des ministres communistes. Est-ce que cela signifie que si la gauche remporte les prochaines élections législatives, vous continuerez à être au gouvernement ou est-ce que vous allez tout remettre à plat ?

- "Nous souhaitons partout contribuer à faire avancer, à défendre le monde du travail, défendre une démarche progressiste. Nous le faisons dans le Gouvernement. Naturellement, nous proposons un certain nombre de choix politiques concernant l'augmentation du pouvoir d'achat, concernant les droits des salariés dans les entreprises. Tous ces éléments doivent figurer dans une perspective de gauche. Si cela n'y figurait pas, si on nous proposait une politique à la T. Blair, nous n'en serions pas, c'est évident. Mais dans l'immédiat, nous nous battons pour cet ancrage à gauche. Vous voyez ce matin qu'il est bien nécessaire."

Vous croyez que ce risque d'une "blairisation" - comme vous dites - existe pour la gauche ?

- "Totalement. J.-P. Chevènement, qui aujourd'hui perd 4 % dans les sondages, mais reste autour de 10 % : il fait une campagne essentiellement où il a plus de 60 % de son électorat qui est à droite. Donc droitisation. Quand vous voyez que les Verts souhaitent se tourner vers le centre, il y a là un danger de droitisation. Il faut donc que nous réagissions. Quand vous voyez L. Fabius dire qu'il faut serrer les boulons du pacte de stabilité - c'est une politique néolibérale -, on ne peut pas être d'accord. Il faut bien qu'il y ait effectivement une formation, un candidat qui dise que cela ne va pas. Sinon, il y a effectivement ce danger."

Avec ce que vous dites, on ne voit plus très bien ce qui reste de la majorité plurielle...

- "Pourquoi ? La majorité plurielle se fait sur une base de gauche. Quand il y a un danger de glissement à droite, il faut le dire. Les Français me reprocheraient de ne pas dire aujourd'hui ce que je dis franchement. J'empêche effectivement un certain nombre de gens de fonctionner en rond. Mais je ne suis pas là pour faciliter la tâche de ceux qui veulent que la gauche soit hypothéquée dans la prochaine période."

Est-ce que vous n'avez pas l'impression que l'affaiblissement du Parti communiste n'est pas dû aussi à une certaine faiblesse de sa lisibilité. On ne comprend plus très bien. Vous avez voulu le moderniser. Est-ce que vos électeurs de base comprennent tous les changements que vous avez voulu apporter ?

- "Pour le moment, les enquêtes d'opinion montrent que le Parti communiste est compris, déjà par une importante partie de son électorat. On est autour de 6 %. L'élection présidentielle est une élection très difficile, nous le savons. Mais nous allons effectivement nous battre sur cette question. Et je suis sûr que les Françaises et les Français qui ne veulent vraiment pas que l'on perde cet ancrage à gauche qu'est le Parti communiste, vont le renforcer dans la toute prochaine période. Je suis prêt à engager les paris."

(Source :premier ministre, Service d'information du gouvernement, le 18 février 2002)

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