Interview de M. Robert Hue, président du PCF et candidat à l'élection présidentielle, à LCI le 21 février 2002, sur le déroulement de la campagne électorale, sur ses propositions en matière de sécurité et de politique sociale, sur le bilan du gouvernement Jospin et de la participation des communistes à ce gouvernement. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Robert Hue, président du PCF et candidat à l'élection présidentielle, à LCI le 21 février 2002, sur le déroulement de la campagne électorale, sur ses propositions en matière de sécurité et de politique sociale, sur le bilan du gouvernement Jospin et de la participation des communistes à ce gouvernement.

Personnalité, fonction : HUE Robert, HAUSSER Anita.

FRANCE. PCF, président;FRANCE. Candidat à l'élection présidentielle de 2002

ti : A. Hausser
Vous étiez au Mali quand J. Chirac a déclaré sa candidature, mais pour L. Jospin, vous étiez là. On ne vous y a pas repris ! Vous avez annulé votre déplacement au Brésil à cause de cela ?

- "Non, et puis le Mali ne m'a pas empêché de dire ce que je pensais de la candidature de J. Chirac. Arrêtons un peu sur ce théâtralisme, cette mise en scène de l'arrivée en campagne de J. Chirac, de L. Jospin..."

Pour vous, cela fait tellement longtemps que c'est fait !

- "C'est la démocratie. Avec cette façon de théâtraliser l'arrivée des deux têtes de l'exécutif, il y a déjà une sorte de duo. On est déjà presque dans un deuxième tour. C'est absolument insupportable, parce que ce n'est pas la réalité de la vie politique ni de la démocratie."

Venons-en au premier tour. Venons-en à la déclaration de candidature. L. Jospin s'est déclaré par une lettre, un fax, envoyé aux Français via l'AFP, l'agence qui alimente tous les journaux. C'était une bonne entrée en lice ?

- "Il fallait vite qu'il rentre en campagne. Les Français en avaient assez de ce ballet un peu hypocrite où les uns et les autres étaient "probables", "possibles", "souhaitables"... Les autres candidats, eux, ont commencé le débat démocratique avec les Français. Force est de constater que bien souvent, il manquait de protagonistes qui ont à s'exprimer devant les Françaises et les Français avec les autres candidats, à égalité. L'un des éléments importants de cette campagne - l'équité, la justice de cette campagne, la nature du débat démocratique -, sera [de savoir] si elle sera réellement pluraliste ou pas. C'est une question importante. L. Jospin propose dans sa lettre - que j'ai lue très rapidement mais qui est significative -, qu'il faut que la démocratie soit vivante. Mais pour que la démocratie soit vivante, cela ne peut pas être un duo au premier tour, alors que l'élection en prévoit deux."

Est-ce qu'il faut "présider autrement", comme le dit L. Jospin ?

- "Bien sûr qu'il faut présider autrement. Il est évident qu'aujourd'hui, il faut un Président qui s'engage, qui tienne ses engagements aussi. Et J. Chirac a quand même fait la démonstration de ce qu'il ne faut pas faire en politique. Cela a été un désastre au plan des rapports de l'opinion avec la politique. Il prend des engagements en 1995, il fait une campagne assez brillante en 1995 sur la fracture sociale. Il révèle de vraies questions posées aux Français. Il trouve d'ailleurs une partie d'un électorat de gauche à la frange. Six mois après, il renvoie tout cela aux oubliettes, il remet en place sa politique ultralibérale, avec Juppé droit dans ses bottes. Les Françaises et les Français - beaucoup d'entre eux lui ont fait payer au moment de la dissolution - ont dit que ce n'est pas comme cela qu'on gouverne."

Ils vont lui faire repayer cette fois-ci ?

- "Il part dans une situation très hypothéquée. Il vient de faire un discours sur la sécurité. Là aussi, après l'examen objectif des faits, des propositions, Jospin et Chirac disent un peu la même chose ; beaucoup de monde dit la même chose en la matière."

Vous aussi, d'une certaine façon, quand vous dites qu'il faut trouver une solution entre la remise en liberté des délinquants et la détention provisoire...

- "Il ne parle pas des moyens. Je dis qu'il faut, en cinq ans, doubler les moyens qu'on met à la sécurité, à la tranquillité des Français. C'est-à-dire qu'il faut passer de 100 milliards à 200 milliards. Et une fois qu'on a dit cela, on n'a pas tout dit. Comment va-t-on mettre ces 100 milliards dans le budget de la France ? Les autres font des promesses, mais concrètement, avec quoi vont-ils financer ces promesses ? Il ne faut pas tromper les Français. Quand je veux par exemple que la campagne que je veux porter ancre bien à gauche la gauche française, je dis qu'il faut donc augmenter les salaires. Je veux faire un plan social très fort et cela va être ma position dans cette campagne. Quand je dis cela, je [précise] les moyens pour le faire."

Les socialistes vous reprochent de taper un peu trop sur le Gouvernement, sur L. Jospin. Est-ce que vous êtes solidaire du bilan ou est-ce que vous regrettez finalement que le Parti communiste ait fait partie du Gouvernement ?

- "Je ne regrette pas. Je suis fier du bilan des ministres communistes, des députés communistes."

De tout le Gouvernement ou seulement des ministres communistes ?

- "Des ministres communistes et du Gouvernement. Ce gouvernement a pu faire un certain nombre de réformes significatives. Cela ne signifie pas du tout que je ne vois pas que le compte n'y est pas dans toute une série de domaines et qu'il faut aller bien plus loin. S'il a fait ces réformes, il faut s'interroger... D'abord, il lui fallait une majorité : sans les communistes, il n'aurait pas eu cette majorité. Ensuite, les communistes ont apporté beaucoup dans une grande partie des réformes qui sont significatives au plan social. Si les communistes n'avaient pas été au Gouvernement, on serait dans une situation à la Blair. Et c'est le danger qui nous guette. C'est pour cela qu'aujourd'hui, je vois un certain nombre d'éléments, de projets de L. Jospin. Mais il ne faut pas en rester à l'énoncé des choses. Il faut vraiment avoir la certitude qu'il va bien ancrer à gauche la politique qu'il préconise. Or, pour le moment, je n'en ai pas la certitude. La certitude qu'il ancre bien à gauche sa politique, c'est précisément que le candidat communiste le conduise à ancrer à gauche, et en tous les cas, porte un projet."

Vous savez bien que DSK, Fabius - puisque ce sont eux qui sont dans votre ligne de mire - lui apportent des voix aussi...

- "Le problème, c'est qu'avec les voix que peuvent apporter Fabius, D. Strauss-Kahn, avec des idées néolibérales comme la privatisation d'EDF -la droite préconise la même chose -, ce n'est pas sur ce terrain-là, à mon avis, qu'on va gagner l'électorat populaire. Il y a une tradition dans ce pays, c'est de dire qu'on gagne l'élection présidentielle au centre, quand on est un candidat socialiste. Sauf qu'il ne faut pas perdre dans les couches populaires. Si nous ne sommes pas assez forts pour imposer un vrai plan social de gauche, qui réponde aux inégalités actuelles, qui ont été croissantes, je crains qu'on n'ait pas le résultat escompté."

Je voudrais qu'on reparle un peu de votre campagne. Vous stagnez dans les sondages. Vous avez remobilisé vos troupes. Elles vous ont un peu secoué aussi. Vos élus disent qu'il faut que vous soyez plus concret, plus lisible - j'ai lu le compte-rendu de votre réunion d'hier.

- "La réunion d'hier est une réunion très positive. On dit : "stagne dans les sondages", "scotché dans les sondages", sauf que je suis..."

Vous ne bougez pas...

- "Attendez. D'abord, ce n'est pas vrai, je bouge : je suis entre 5 et 7 % selon les sondages ; cela veut dire 6 en moyenne. Ce n'est pas ce que je souhaite obtenir au bout. J'ai fait 8,5 ou 9 % à la dernière présidentielle. Je suis à deux points en dessous. Mais L. Jospin, hier dans Le Figaro, était à 20 % dans les sondages, soit trois points en dessous de ce qu'il a fait au premier tour de la résidentielle. Et là, on ne dit rien. Chevènement perd un quart ou un tiers des suffrages qu'il avait déjà amassés dans les intentions de vote ; c'est normal. Et R. Hue est "scotché"...

Comment allez-vous dynamiser votre campagne ?

- "Elle est en pleine dynamisation avec ce que je fais. Je rencontre les salariés. J'ai choisi mon camp, c'est clair. Je suis dans le camp du monde du travail. J'ai choisi une campagne dynamique ; je rencontre les infirmières, les médecins, les salariés ; je suis allé rencontrer les gens du textile. Partout en France, je veux aller dans les universités. Et je mène campagne au plus profond des couches populaires. Il faut que dans cette campagne, on entende les couches populaires, qu'on ne se contente pas de communiquer dans les beaux arrondissements parisiens. Il faut maintenant aller au charbon, au plus près de la réalité sociale."

Et vous y êtes...

- "J'y suis totalement."

(Source :Premier ministre, Service d'information du gouvernement, le21 février 2002)

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