Interview de M. Noël Mamère, candidat des Verts à l'élection présidentielle, dans "Le Monde" du 15 mars 2002, sur le bilan des zones d'éducation prioritaire et la nécessité d'améliorer le statut et les conditions de travail des enseignants des ZEP et d'adapter les programmes scolaires. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Noël Mamère, candidat des Verts à l'élection présidentielle, dans "Le Monde" du 15 mars 2002, sur le bilan des zones d'éducation prioritaire et la nécessité d'améliorer le statut et les conditions de travail des enseignants des ZEP et d'adapter les programmes scolaires.

Personnalité, fonction : MAMERE Nöel.

FRANCE. Les Verts, député;FRANCE. Candidat à l'élection présidentielle de 2002

ti : Quel est, selon vous, le bilan des zones d'éducation prioritaire après 20 ans d'existence ?

Lancées au début des années 80, les Zones d'éducation prioritaire ont immédiatement mobilisé les hommes et les énergies (enseignants, chefs d'établissements, coordinateurs,¿). Leur objectif était simple : donner plus à ceux qui ont moins. En clair, donner une autre forme de scolarité aux élèves qui peinent à réussir.

Les ZEP se sont malheureusement heurtées à un double obstacle. Aux difficultés économiques et sociales sont venus s'ajouter de réels problèmes pédagogiques. Les quartiers où sont situés les établissements classés en ZEP se sont lentement et inexorablement dégradés. Les symptômes auxquels la création des ZEP devait remédier n'ont fait qu'empirer. Décomposition générale des quartiers, désarrois professionnels et familiaux, montée des trafics en tous genres, absence de perspective pour les jeunes qui travaillent à l'école : l'espoir est allé en s'amenuisant au fil des années.

Au niveau scolaire, les politiques successives ont plus porté sur la bonne volonté des acteurs que sur la mise en place de méthodes pédagogiques éprouvées. Disons-le clairement : le soutien scolaire et la mobilisation bénévole ne peuvent suffire à lutter contre les difficultés scolaires actuelles.

Vingt ans après, les ZEP présentent donc un bilan en demi teinte. Elles sont pourtant injustement décriées, ne serait-ce que parce que ses acteurs n'ont jamais démérité. Aujourd'hui, la ségrégation engendrée par l'échec scolaire n'est cependant plus circonscrite au strict zonage des ZEP. Une politique radicalement différente doit donc être menée.

Pensez-vous qu'il faille supprimer, renforcer ou élargir la politique de discrimination positive en matière d'éducation. Quelles mesures concrètes comptez-vous prendre ?

Il faut la renforcer. En particulier en direction des enseignants qui travaillent dans les quartiers difficiles. Il faut réduire et réaménager leur temps de travail, revaloriser leur statut et leur traitement pour compenser la difficulté de leurs conditions de travail. Mais pour limiter le "turnover" de ces enseignants, la prime est une réponse trop ponctuelle.

A un problème de fond, il faut une réponse de fond. L'inégalité des chances au niveau scolaire n'est plus à prouver. Si l'on veut rétablir les mêmes possibilités de réussite pour tous les élèves, et ce quel que soit leur lieu de scolarisation, il faut mettre en ¿uvre plusieurs politiques complémentaires. En premier lieu, il faut instaurer un collège pour tous sans orientation, dont les programmes et l'organisation pédagogiques seraient radicalement modifiés. Il faut ensuite mettre sur pied des institutions scolaires véritablement démocratiques, au sein desquelles l'apprentissage de la vie collective et sociale ne serait pas seulement enseigné dans les cours, mais concrètement mis en pratique.

Il faut ensuite ne pas se cantonner uniquement aux structures scolaires, mais accorder à toutes les institutions éducatives la place qu'elles méritent. Car l'inégalité scolaire ne peut être résolue seulement à l'école. Enfin, il faut restaurer les possibilités d'emploi pour redonner l'espoir, y compris aux jeunes sans qualification. C'est à ce prix que l'on restaurera une véritable égalité républicaine devant l'école.

(source http://www.noelmamere.eu.org, le 22 mars 2002)

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