Interview de M. Noël Mamère, candidat des Verts à l'élection présidentielle, dans "La dépêche, le petit Meunier" du 15 mars 2002, sur les "effets pervers" des aides à l'agriculture, les risques de l'élargissement de l'Union européenne aux pays d'Europe de l'Est et sur les OGM. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Noël Mamère, candidat des Verts à l'élection présidentielle, dans "La dépêche, le petit Meunier" du 15 mars 2002, sur les "effets pervers" des aides à l'agriculture, les risques de l'élargissement de l'Union européenne aux pays d'Europe de l'Est et sur les OGM.

Personnalité, fonction : MAMERE Nöel.

FRANCE. Les Verts, député;FRANCE. Candidat à l'élection présidentielle de 2002

ti : Question 1 : En tant que candidat à la présidence de la République, quels objectifs prioritaires vous fixez-vous pour l'agriculture française lors du prochain quinquennat ?

Les objectifs historiques des agricultures françaises et européennes visaient à parvenir à l'autosuffisance alimentaire. Ce fut la raison d'être de la PAC des années 60 à 1992. Ces soutiens aux producteurs et les primes à l'hectare ont rempli leurs fonctions avec trois effets pervers : une augmentation des excédents, une hémorragie des actifs et une pollution parfois catastrophique. Une dégradation technologique est également observée, corroborée par exemple par l'importation massive de blé dit " de force " pour la panification. Les objectifs ne peuvent être que de reconquérir la confiance des consommateurs, d'établir des normes de fonctionnement éco-conditionnelles, et de répartir équitablement la manne des fonds publics européens sur le territoire. Bien qu'en apparence contradictoires, ces projets se conjuguent. Car si le système actuel a entraîné une baisse des actifs et une altération de la biodiversité, l'attribution des fonds publics sur critères d'éco-conditionnalité et de revenus inverserait la tendance.

Question 2 : La France doit-elle et peut-elle rester une grande puissance exportatrice de céréales ?

Non. L'appauvrissement en pourcentage de matière organique des terres céréalières (de 0,8 à 2 % en Beauce) ne permet plus de garantir la fertilité des sols. Le solde net commercial n'est que de 300 à 500 millions d'euros. Au regard des effets pervers (sociaux et territoriaux) et induits (pollution, baisse de la biodiversité, maladies nouvelles, ¿), la France et l'Europe doivent viser l'autosuffisance et l'équilibre global. Un objectif qui ne doit pas exclure le maintien des agricultures vivrières des autres pays.

Question 3 : L'élargissement de l'UE aux pays d'Europe Centrale et Orientale (PECO) représente-t-il un danger pour les agricultures françaises et européennes ?

Dans l'actuelle PAC de 92, l'élargissement aux PECO présente trois risques majeurs : pour l'Europe (explosion du budget), pour les pays de l'Est (concurrence effrénée et baisse des prix auxquels les petites structures ne pourront faire face) et ceux de l'Ouest où la disparition partielle des soutiens publics mènera de nombreuses exploitations à la faillite. Pour la plupart, les primes PAC représentent en effet la quasi-totalité du revenu brut. Seuls les objectifs cités plus haut permettront de maintenir, voire de revivifier les territoires ruraux.

Question 4 : Quelle est votre position vis-à-vis du problème de la culture des OGM ? Plus de 50 millions d'hectares d'OGM ont été cultivés dans le monde en 2001. La polémique et le retard de la France sur ce dossier ne risquent-ils pas de grever notre avenir ?

Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Aux Etats-Unis, depuis l'introduction des OGM, le Round Up a augmenté de 70 % et s'est vu retirer le label biodégradable. Au regard du seul critère d'éco-conditionnalité, nous rejetons donc les OGM. De plus, leur introduction massive est en train de lier irrévocablement le sort des paysans aux multinationales. À terme, ils seront obligés de tout acheter à la même firme. Bel exemple d'un libéralisme triomphant qui n'en est pas à une contradiction près. Car tout ceci se fait à coups de fonds publics, y compris pour la recherche allouée aux semenciers (Génoplante par exemple). Sans oublier les flux de gènes polluants. Pour toutes ces raisons, les Verts sont contre les OGM.

(source http://www.noelmamere.eu.org, le 22 mars 2002)

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