Interview de M.Noël Mamère, candidat des Verts à l'élection présidentielle, à Caradisia.com, Auto Plus et Distributeur automobile le 15 mars 2002, sur le bilan de la politique des transports,la sécurité routière et l'entretien des automobiles. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M.Noël Mamère, candidat des Verts à l'élection présidentielle, à Caradisia.com, Auto Plus et Distributeur automobile le 15 mars 2002, sur le bilan de la politique des transports,la sécurité routière et l'entretien des automobiles.

Personnalité, fonction : MAMERE Nöel.

FRANCE. Les Verts, député;FRANCE. Candidat à l'élection présidentielle de 2002

ti : INTERVIEW A CARADISIC.COM :

Quel regard portez-vous sur le bilan du Ministre Jean-Claude Gayssot ?

Le regard que je porte sur le bilan de M. Gayssot est mitigé. Je note un décalage important entre la théorie et la pratique. Avant 1997, la suprématie du transport routier, et notamment autoroutier, n'avait jamais été remise en cause. Elle faisait l'objet d'un consensus au sein du gouvernement, consensus renforcé par l'influence des différents lobbies routiers. Depuis l'arrivée des Verts au ministère de l'environnement, et celle de M. Gayssot au ministère des transports, le débat a pris de l'ampleur. Notre société a désormais pris conscience qu'une politique uniquement axée sur le transport routier allait droit dans le mur. Aujourd'hui, l'intermodalité, le développement du ferroutage et de modes de transports écologiquement soutenables sont sur toutes les lèvres. Pourtant, malgré son parcours professionnel à la SNCF, M. Gayssot n'a guère traduit l'évolution du discours dans les faits. Je lui accorde sa volonté de développer le rail. Mais un tel développement doit forcément s'exercer au détriment de la route. Or, M. Gayssot n'a pas pu, ou voulu choisir entre les deux. C'est regrettable.

Quelles mesures proposez-vous sur le thème de la Sécurité Routière ? Pensez-vous que la multiplication des contrôles de vitesse soit de nature à réduire le nombre d'accidents sur les routes ? Quels investissements en matériels vous semblent prioritaires pour les forces de l'ordre en matière de sécurité routière ?

Le système répressif actuel doit être renforcé, notamment par une multiplication des contrôles et une sévérité accrue, surtout envers les chauffards (grande vitesse, alcoolémie et autres toxicomanies) et les récidivistes. La lutte contre les violences routières doit être renforcée dans son ensemble. Il faut créer, en lien avec les collectivités locales, une vraie police de la route.

Pensez-vous modifier la fiscalité sur les carburants ? Si oui, dans quel sens ?

Nous prévoyons l'alignement en quatre ans des taux de la TIPP du diesel sur ceux de l'essence. L'objectif est de mettre en place une véritable fiscalité écologique, et d'adopter le principe pollueur/payeur.

On parle beaucoup du " report modal " de la route (ou de l'automobile) vers le rail (ou les transports en commun). Quelles seraient vos propositions en la matière

Nous proposons un plan Marshall du transport ferré des marchandises. Il faut donner la priorité aux transports collectifs par le développement du service public du rail, le rééquilibrage des comptes de la SNCF par péréquation avec les autres moyens de transports, la taxation du fret des camions avec réinvestissement dans le fret ferroviaire, et l'appui au transfert du transport de marchandises vers le rail. Il faut également annuler la dette du Réseau Ferré de France. Au-delà du ferroutage, nous proposons un programme pilote de développement des voitures propres, à travers des mesures comme l'augmentation du nombre de véhicules individuels partagés dans les services publics et les administrations. Nous proposons également une loi d'orientation des transports intérieurs, et nous engageons pour le développement des transports en commun de surface en ville (tram et autobus).

Quel budget comptez-vous affecter pour le Ministère des transports et pour la Sécurité routière ?

Plutôt qu'augmenter le budget du ministère des transports, mieux vaut commencer par le répartir plus efficacement. Une réorientation qui peut s'effectuer à budget constant. Il faut redéfinir les priorités, à commencer par le développement de modes de transports alternatifs. Il convient de privilégier le transport du fret par le rail, qui fait actuellement figure de parent pauvre au niveau budgétaire. Quant au budget de la sécurité routière, il convient de l'augmenter. Je note que M. Gayssot a renforcé les sanctions en matière de délits routiers, à commencer par la diminution du taux d'alcool autorisé au volant à 0,5 gramme par litre. Cette politique est louable, mais je souhaite aller au-delà, notamment en matière de réduction de la vitesse des véhicules. Une mesure permettrait de diminuer le nombre d'accidents et leur gravité. Cette mesure est simple, c'est le bridage effectif des véhicules à 130 km/h. Elle ne peut cependant être prise qu'au niveau européen. Et si la question y a bel et bien été abordée, j'aurais souhaité plus de fermeté de la part de M. Gayssot, notamment vis-à-vis des réticences exprimées par nos partenaires allemands.

A quel profil de personne pensez-vous pour l'attribution du titre de Ministre des transports ?

A une personne qui soit avant tout indépendante, et qui ne fasse pas le jeu du grand nombre de lobbies sévissant dans le domaine du transport. Je pense notamment au lobby routier, mais aussi au lobby ferroviaire. Le ministre des transports ne doit pas non plus être dépendant de son milieu professionnel d'origine. La SNCF, par exemple, est une entreprise qui doit évoluer. Une telle réforme ne peut être menée par une personnalité issue de ses rangs. Je précise qu'évolution ne veut bien évidemment pas dire privatisation. Les échecs de la cession du transport britannique aux opérateurs privés a en effet démontré, s'il en était besoin, les risques d'une telle politique.

Pensez-vous procéder, après l'élection, à la traditionnelle amnistie pour les infractions routières ? Quelles infractions seriez-vous prêt à voir amnistiées ?

La lutte contre la violence routière étant au c¿ur de nos préoccupations, il est évident que nous nous prononçons contre l'amnistie des infractions routières quelles qu'elles soient.

Plusieurs projets autoroutiers ont été entravés par les précédents Ministres de l'environnement, venant contrarier le Schéma Directeur National d'Aménagement routier. Entendez-vous relancer les programmes de construction d'autoroutes (pour les infrastructures qui ont été bloquées) ?

Le " tout-autoroute " n'est pas une solution. Nous préconisons d'ailleurs l'abandon de tout financement public pour les autoroutes. Les investissements lourds sont à effectuer non plus en faveur du réseau routier, comme cela a été le cas depuis 50 ans, mais en faveur des modes de transport écologiquement soutenables.

(source http://www.noelmamere.eu.org, le 22 mars 2002)


INTERVIEW A AUTO PLUS :

L'Italie vient d'appliquer le 150 km/h sur autoroute. Pensez-vous qu'une telle mesure soit applicable en France ? Si oui, êtes-vous prêt à la mettre en place ?

Cette mesure est totalement démagogique, et vise à contenter différents lobbies (constructeurs automobiles, lobby pétrolier,¿). Elle n'est pas souhaitable. Parallèlement à la mise en ¿uvre de véritables politiques de prévention en matière de prévention routière, le système répressif actuel doit être renforcé. Les contrôles doivent être multipliés pour que les limitations de vitesses actuellement en vigueur soient réellement respectées. Je suis pour une sévérité accrue, surtout envers les chauffards (grande vitesse, alcoolémie et autres toxicomanies) et les récidivistes. La lutte contre les excès de vitesse est un élément incontournable d'un combat plus général contre les violences routières. Je souhaite donc créer, en lien avec les collectivités locales, une vraie police de la route. Il ne faut pas non plus oublier que la vitesse est un facteur important de pollution. Une limitation stricte aide donc à lutter contre l'émission de rejets toxiques nuisant à la couche d'ozone.

Concernant les infractions au Code de la route : êtes-vous en faveur d'une amnistie totale/partielle des automobilistes ? Pourquoi ?

La lutte contre la violence routière étant au c¿ur de nos préoccupations, il est évident que nous nous prononçons contre l'amnistie des infractions routières quelles qu'elles soient.

Quelles sont les grandes lignes de votre programme sécurité routière pour réduire le nombre de morts sur les routes ?

Il convient d'augmenter le budget de la sécurité routière. Je note que M. Gayssot a renforcé les sanctions en matière de délits routiers, à commencer par la diminution du taux d'alcool autorisé au volant à 0,5 gramme par litre. Cette politique est louable, mais je souhaite aller au-delà, notamment en matière de réduction de la vitesse des véhicules. Une mesure permettrait de diminuer le nombre d'accidents et leur gravité. Cette mesure est simple, c'est le bridage effectif des véhicules à 130 km/h. Elle ne peut cependant être prise qu'au niveau européen. Et si la question y a bel et bien été abordée, j'aurais souhaité plus de fermeté vis-à-vis des réticences exprimées par nos partenaires allemands.

Seriez-vous favorable à une TVA réduite sur les éléments de sécurité, qu'ils soient "optionnels" (airbags latéraux, correcteur de trajectoire ESP, etc¿) ou qu'ils soient "consommable " (pneumatiques, plaquettes de freins par exemple) ?

Je ne suis pas favorable à une telle baisse. Si la sécurité routière est une de mes préoccupations, je pense que c'est un problème qu'il faut d'abord traiter en amont. Les constructeurs ne se privent pas d'utiliser les équipements optionnels et les dernières innovations en matière de sécurité dans leur stratégie marketing. L'Etat devrait rendre obligatoires les équipements de sécurité intérieure de base (airbags,¿). Il s'agit simplement de faire respecter le principe d'égalité. Les individus bénéficiant de revenus élevés ne doivent pas être les seuls à pouvoirs bénéficier des principaux éléments de sécurité. Je considère par ailleurs qu'il serait plus judicieux d'appliquer une éventuelle réduction de TVA au recyclage des produits issus de l'industrie automobile. Il est indispensable aujourd'hui de promouvoir une consommation compatible avec le développement durable. Cela passe par des réglementations incitatives au niveau européen, notamment en ce qui concerne la recherche sur les véhicules propres (voitures à air comprimé, à l'hydrogène) et sur des carburants plus respectueux de l'environnement. Prendre ces décisions à un niveau supranational permettrait de contrer les lobbies oeuvrant au niveau des états.

Seriez-vous favorable à un déblocage anticipé des participations des salariés au sein de leur entreprise pour l'achat d'un véhicule neuf, et ce, en vue d'un assainissement plus rapide du parc ?

Non, je ne suis pas pour élargir cette mesure à l'achat d'un véhicule neuf. Il existe déjà de nombreuses dispositions incitatives pour l'achat de véhicules, et des mesures comme la prime " Juppé " ont entraîné un renouvellement du parc automobile français. Il ne servirait donc à rien de prendre d'autres décisions en ce sens. En revanche, il serait intéressant d'envisager l'application du déblocage anticipé des participations pour l'achat d'un véhicule " propre ". Cela encouragerait les constructeurs à débloquer des crédits de recherche-développement en faveur des technologies respectueuses de l'environnement.

Pensez-vous qu'il faudrait réformer le permis de conduire ? Si oui, comment ?

En l'état actuel des choses, il importe d'élaborer, avec la Sécurité routière, un bilan du système de permis à points, en vue de contribuer à l'amélioration de ce système.

Quelles applications concrètes êtes-vous prêt à mettre en place concernant le décret "amiante" dont les conséquences financières effraient nombre d'automobilistes ?

Si vous évoquez des modalités dérogatoires à ce texte, j'y suis opposé. Il faut appliquer purement et simplement le décret " amiante ", en prévoyant un retrait progressif sur deux ou trois ans. Sachant que les solutions de remplacement existent à l'heure actuelle. Les spécialistes estiment que l'amiante fera au total entre 100 000 et 150 000 victimes. L'espérance de vie d'un individu atteint d'un cancer de la plèvre n'est que de 18 mois. Les conséquences financières de ce décret sont donc bien inférieures à ce que représente le problème de l'amiante en matière de coût sanitaire. Quant aux " automobilistes effrayés " auxquels vous faites référence, je pense qu'il s'agit d'un faux argument. Je suis sûr que nombre d'entre eux sont près à payer un tout petit peu plus cher pour éviter la mort d'une partie de leurs concitoyens. Je tiens enfin à rappeler que la cour de cassation a très récemment rendu un arrêt condamnant les employeurs à une obligation de résultat en matière de maladies professionnelles.

(source http://www.noelmamere.eu.org, le 22 mars 2002)


INTERVIEW A DISTRIBUTEUR AUTOMOBILE :

Pensez-vous que le secteur de l'après-vente automobile pourra mettre en place la loi sur les 35 heures ?

Il est vrai que les difficultés des entreprises de moins de 20 salariés à passer aux 35 heures n'ont pas disparu avec les délais qui leur ont été accordés. Une politique de la petite entreprise doit être mise en place, prévoyant notamment une réduction des charges fiscales et sociales patronales en fonction du chiffre d'affaires, et en échange du passage effectifs aux 35 heures.

Les pouvoirs publics doivent-ils relancer l'idée d'une aide gouvernementale à la casse, de manière notamment à régler définitivement le problème du parc automobile ancien " amianté " ?

Il existe déjà de nombreuses dispositions incitatives pour l'achat de véhicules, et des mesures comme la prime " Juppé " ont entraîné un renouvellement du parc automobile français. Il ne servirait donc à rien de prendre d'autres décisions en ce sens. Il faut appliquer purement et simplement le décret " amiante ", en prévoyant un retrait progressif des véhicules amiantés sur deux ou trois ans. Sachant que les solutions de remplacement existent à l'heure actuelle. Les spécialistes estiment que l'amiante fera au total entre 100 000 et 150 000 victimes. L'espérance de vie d'un individu atteint d'un cancer de la plèvre n'est que de 18 mois. Les conséquences financières de ce décret sont donc bien inférieures à ce que représente le problème de l'amiante en matière de coût sanitaire.

Les pouvoirs publics doivent-ils étendre le contrôle technique à l'ensemble des organes de l'automobile ? Selon vous, pourra-t-on parvenir à un " parc circulant " proche du zéro défaut ?

Oui, et surtout à l'ensemble des organes qui ont trait à la sécurité et à la viabilité du véhicule. La carrosserie, les ceintures de sécurité pour certains types de véhicules ou les pare-brises ne sont pas encore assez contrôlés. L'idéal serait de tendre à un parc automobile proche du zéro défaut, à travers les normes de fabrication, le contrôle technique, la traçabilité et les vérifications.

Les réseaux constructeurs (concessionnaires et agents) doivent-ils être propriétaires vis-à-vis des indépendants dans l'entretien et la réparation automobile ? Pensez-vous que les automobilistes bénéficient actuellement d'un bon système d'entretien automobile ?

Je suis favorable à ce que le consommateur soit favorisé. Seulement, il ne faut pas que ces avantages s'exercent au détriment de la sécurité. Tout ce qui concerne la sécurité et l'entretien des véhicules devra donc être validé par le constructeur. Une éventuelle séparation distribution/réparation doit inclure des normes strictes en matière d'après-vente, notamment en ce qui concerne la formation des agents. Enfin, il faut que les mêmes règles s'appliquent à tous, notamment en ce qui concerne les pièces détachées.

Est-il souhaitable d'abaisser la TVA sur la main d'¿uvre automobile de 19.6 % à 5.5 % ?

Non. La main d'¿uvre automobile est un secteur comme un autre. Il doit à ce titre être inscrit dans une logique de responsabilité fiscale par rapport à l'Etat.

Au 1er juillet 2002 les équipementiers ne pourront plus mettre leurs déchets industriels à la décharge. Qui, selon vous, doit payer le recyclage des épaves et pièces de rechange ?

Les déchets spéciaux nécessitent des centres de retraitement spéciaux. Je souhaite créer une véritable incitation fiscale écologique. Les équipementiers doivent donc impérativement prendre à leur charge le retraitement de ces déchets selon le principe pollueur/payeur, qu'il convient de généraliser.

(source http://www.noelmamere.eu.org, le 22 mars 2002)

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