Interview de M. François Patriat, ministre de l'agriculture et de la pêche, à "la Chaîne de l'info" le 5 mars 2002 sur l'application de la loi sur la chasse, sur le développement d'une agriculture raisonnée et sur l'assouplissement de la loi sur les 35 heures. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. François Patriat, ministre de l'agriculture et de la pêche, à "la Chaîne de l'info" le 5 mars 2002 sur l'application de la loi sur la chasse, sur le développement d'une agriculture raisonnée et sur l'assouplissement de la loi sur les 35 heures.

Personnalité, fonction : PATRIAT François, HAUSSER Anita.

FRANCE. Ministre de l'agriculture et de la pêche

ti :

A. Hausser
Vous êtes ministre de l'Agriculture pour deux mois, vous avez été nommé pendant le Salon de l'agriculture, mais c'est un monde que vous connaissez bien, que celui du monde agricole, car vous êtes un élu rural. Votre présence au ministère de l'Agriculture, que signifie-t-elle ? C'est un signal aux agriculteurs pour ne pas les brusquer, leur dire qu'on les aime ?

- "C'est la tâche que m'a confié le Premier ministre pendant cette campagne. C'est effectivement deux mois, mais quels deux mois ! Deux mois qui sont, avouez-le, très importants. D'abord, pour montrer que le Gouvernement continue à travailler, que cette tâche s'inscrit dans celle que j'avais exercée auparavant. Et puis, en second lieu, c'est peut-être aussi, parce que ma connaissance du monde rural ou la connaissance de dossiers que j'ai pu acquérir, à l'Assemblée ou au Gouvernement, fait que je pouvais être immédiatement opérationnel."

A l'Assemblée, vous avez fait un rapport sur la chasse, qui a donné lieu à une loi. Cette loi ne satisfait pas tout le monde, les chasseurs sont mécontents, parce qu'on a réduit la durée "des temps de tirs" - c'est comme cela qu'il faut dire ? J. Saint-Josse, le candidat de Chasse Pêche Nature et Tradition, est crédité de 3 % des voix. Les Verts ne sont pas contents non plus. Vous êtes un peu au carrefour, c'est à vous qu'on va reprocher les scores des uns et des autres, non ?

- "Je crois que le consensus ou le point médian que j'avais trouvé pendant le rapport est et demeurera le bon point d'équilibre, et que la plupart des gens, y compris des chasseurs, le reconnaissent. Je dirais de J. Saint-Josse qu'il est à la fois un peu aveugle et amnésique. Aveugle, parce que le monde rural qu'il décrit n'est pas celui que je connais. Il ne faut pas toujours parler en termes paupéristes du monde rural. Je suis rural et fier de l'être. Et je vis dans un espace rural de qualité, de proximité qui, aujourd'hui, voit se développer ses services, qui a des difficultés certes, mais qui dans le même temps est un espace d'équilibre social et de paix extraordinaires. Donc, ne parlons pas tristement du monde rural. Quant à la chasse..."

Vous idéalisez un peu quand même !

-"Non, attendez ! Je vis dans le monde dans lequel je vis. Allez demander aux ruraux comment ils vivent, s'ils se trouvent bien chez eux ? Je ne les entends pas tous les jours gémir. Et demandez aux citadins combien veulent habiter à la campagne ? Vous verrez, il y en a plus de 13 millions ! Et quand je dis "amnésique", je crois que J. Saint-Josse oublie tous les progrès que nous avons fait avec la loi chasse. Qui a aujourd'hui mis la France en conformité avec le droit européen ? Qui a fait en sorte que la chasse de nuit soit légalisée ? Qui a renforcé le pouvoir des fédérations ? Qui a instauré les plans de gestion ? Qui a permis de développer une chasse équilibrée en France ? Je crois que c'est la loi que nous avons votée avec L. Jospin."

Et pour ce qui concerne N. Mamère, lorsqu'il dit "non aux OGM !" ? C'est également un candidat qui aime la nature, mais d'une autre façon...

- "J'ai des rapports plutôt amicaux avec N. Mamère, je l'ai côtoyé beaucoup pendant la loi chasse, je l'ai côtoyé beaucoup à l'Assemblée nationale. Noël a ses emportements, il a parfois ses excès, il a aussi parfois les lignes directrices, lesquelles il veut conduire. Il a son tempérament. Bien entendu, nous ne sommes pas d'accord sur tout ; je pense que sur l'énergie, il y a entre nous des choses qui divergent. Sur la chasse, pas tant que ça, au bout du compte, parce qu'il avait fini par accepter qu'il y ait une chasse en France et une vraie chasse."

C'est un homme du Sud-Ouest, donc il sait de quoi il parle...

- "Un homme qui connaît son territoire mais qui aime aussi parfois un peu la provocation."

Puisqu'on est en campagne électorale, vous avez eu l'occasion de dénoncer "les promesses inconsidérées - c'est vous qui le dites - des candidats de droite pour les agriculteurs". Vous pensez à quoi notamment ?

- "Il en est en matière agricole comme en matière de politique générale. Je vois bien ceux qui commentent et ceux qui agissent. Je vois bien ceux qui décrivent et ceux qui écrivent. Je vois bien ceux qui ont la main dans le pétrin et ceux qui se frottent les mains quand ça va mal. Je crois qu'en matière agricole, la flatterie ou la fausse proximité ne sont pas les deux bonnes démarches. Il faut tenir aux agriculteurs un langage de vérité. Leur dire que le consommateur est l'agent économique essentiel. Leur dire que produire pour produire des montagnes, ce n'est pas suffisant."

Il y a des gens qui l'ignorent aujourd'hui ?

- "Je crois que la force de ce Gouvernement justement, c'est d'avoir fait passer dans les têtes des ruraux, y compris des agriculteurs, que maintenant, nous devions tenir compte encore plus de l'impératif de sécurité ; tenir compte encore plus de l'environnement ; et que l'agriculture, qui bénéficie de soutiens publics justifiés, le doit au nom de ses triples fonctions : sa fonction économique, sa fonction environnementale et sa fonction sociale."

Est-ce que vous avez entendu des candidats nier ce que vous êtes en train de dire ? Parce que tout le monde aujourd'hui est pour une agriculture raisonnée, moins productiviste, qui tient plus compte de l'environnement quand même !

- "Cela fait partie du changement de mentalité que j'évoque."


Vous voulez dire que c'est vous qui l'avez initié ? Que c'est J. Glavany qui l'a initié ?

- "Ce n'est pas encore le discours dominant, c'est un discours qui devient ambiant. Je crois que c'est J. Glavany, c'est l'ensemble des parlementaires, c'est une méthode, c'est un discours que nous conduisons depuis 1982 : souvenez-vous, la maîtrise de la production, dont certains ne voulaient pas. Alors il y a le discours flatteur vers les agriculteurs et puis il y a la vraie proximité."

Vous pensez à qui ?

- "Je pense, bien entendu, à certains candidats et non des moindres. Mais il y a le discours flatteur... Il ne suffit pas de caresser les vaches, je crois qu'il faut d'abord bien les connaître. Et les agriculteurs, au Salon de l'agriculture..."

Vous croyez que J. Chirac ne connaît pas les vaches, c'est ça que vous voulez dire ?

- "Non, Le Salon de l'agriculture..."

Que F. Bayrou ne connaît pas les vaches, puisqu'il est fils de paysan et qu'il le revendique ?

- "Connaître les vaches, ce n'est pas seulement connaître les problèmes posés par la filière bovine. Le vrai problème, c'est dans quelles conditions sanitaires ? Comment exporter ? Quelle consommation ? Quels modes de production en France ? Faire la différence entre les races allaitantes et les races à lait. Expliquer demain, comment le consommateur peut s'approcher mieux de la production."

Vous avez été auparavant secrétaire d'Etat aux PME et à la Consommation, et vous aviez prôné un moratoire sur les 35 heures, idée qui avait été rejetée et par E. Guigou et par L. Jospin, qui ont parlé "d'assouplissements" et qui ont eu recours à un certain nombre d'assouplissements. Alors, vous qui vous targuez d'être un élu pragmatique, si je vous ai bien compris, est-ce qu'on est allés assez loin dans le domaine de l'assouplissement, comme vous dites ? Ou est-ce qu'on n'offre pas là un beau terrain aux candidats de droite ?

- "Non, je n'ai jamais parlé de "moratoire"."

On a rêvé alors...

- "Quand je suis arrivé à la première réunion de la PCM, des Chambres de métiers, j'ai souhaité l'assouplissement. A tel point que certains m'avaient appelé "la Soupline" ou "le Vizir" du Gouvernement en matière des 35 heures ; j'avais bien aimé ce surnom. Je crois avoir été entendu avec d'autres. C'est qu'il y a déjà dans la loi des assouplissements propres, et nous en avons rajoutés avec le contingent des heures supplémentaires. J'ai entendu certains candidats hier dire : "Qui peut empêcher demain un salarié de travailler 37 ou 38 heures, s'il en a besoin pour payer sa maison ?". Mais la loi ne l'empêche pas ; personne aujourd'hui n'empêche les gens de travailler des heures supplémentaires, surtout quand un artisan a un carnet de commandes... Il y a toujours de bonnes raisons et de bons éléments de souplesse qui peuvent être appliqués. Et puis la loi, la mise en place, c'est 2002-2003, l'échéance réelle, c'est 2004. Je crois surtout à l'attractivité. Je pense à ces artisans qui disent qu'ils ont beaucoup de travail et qu'ils ont du mal à trouver les salariés. Si demain - ce n'est pas moi qui le dit, ce sont les responsables du monde de l'artisanat -, ils restaient à l'écart des 35 heures ils perdraient encore de leur attractivité. Alors, il faut réfléchir en commun. Personne ne reviendra sur les 35 heures. J'entends dire "assouplissement", mais si on supprimait les contingents d'heures, cela veut dire qu'on reviendrait sur la loi. Or, je ne vois personne revenir sur la loi."


(Source :Premier ministre, Service d'information du gouvernement, le 5 mars 2002)

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