Interview de M. François Patriat, ministre de l'agriculture et de la pêche, à "Europe 1" le 13 mars 2002 sur le refus de la France de lever l'embargo sur le boeuf britannique et sur le plan d'éradication de la tremblante du mouton. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. François Patriat, ministre de l'agriculture et de la pêche, à "Europe 1" le 13 mars 2002 sur le refus de la France de lever l'embargo sur le boeuf britannique et sur le plan d'éradication de la tremblante du mouton.

Personnalité, fonction : PATRIAT François, DUMAS Andre.

FRANCE. Ministre de l'agriculture et de la pêche

ti :


La France refuse de lever son embargo sur le boeuf britannique, pourquoi ?

- "Ce que nous disons aujourd'hui, c'est que les conditions sanitaires et épidémiologiques ne sont pas totalement remplies. Vous savez que la Cour de justice européenne nous a condamnés, non pas sur la forme mais sur le fond. Et nous avons des avis de l'Afssa qui disent que les conditions sanitaires permettant l'information et la traçabilité ne sont pas réunies. Donc, nous nous appuyons sur cet avis pour dire que nos agences respectives, côté français et côté anglais, doivent continuer à travailler et elles travaillent - le dialogue n'est pas rompu - pour aboutir à ces conditions. Actuellement, les conditions ne sont pas réunies pour pouvoir à nouveau importer de la viande de bovin britannique."

Pour combien de mois encore ?

- "Deux ou trois mois, l'échéance n'est pas fixée. Mais je pense que nous pourrons arriver à un accord lorsque nous aurons vraiment de la transparence en la matière, donc de la sécurité pour les consommateurs."

En France, en ce moment, le boeuf retrouve un petit peu de sang, si j'ose dire, on en mange de nouveau, plus qu'avant ?

- "Oui. J'ai été ministre de la Consommation pendant 15 mois, j'ai beaucoup travaillé avec J. Glavany pour que la confiance soit retrouvée. La confiance est basée sur la traçabilité, l'étiquetage, sur la démonstration que la filière travaille dans de bonnes conditions, [sur le fait] que la France était en avance en matière de tests et nous sommes revenus à un peu moins - entre 5 et 0 % - de la consommation d'avant 1999."

Parlons du mouton maintenant : la semaine dernière, l'Afssa n'a pas exclu que la tremblante puisse masquer la présence du prion de la vache folle chez les ovins.

- "La présence de l'ESB chez les moutons demeure une hypothèse et de ce point de vue, [il n'y a] aucun élément nouveau, il n'y a pas plus de risque aujourd'hui qu'hier, mais nous travaillons sur cette hypothèse. C'est la raison pour laquelle le Gouvernement va mettre en place, la semaine prochaine, un programme ambitieux d'éradication de la tremblante, qui est la maladie qui ressemble à l'ESB."

Quelles les principales mesures de ce plan ?

- "D'abord, nous souhaitons que des mesures soient harmonisées avec les mesures européennes puisque nous importons 60 % des moutons consommés en France. Il faut donc que ces mesures soient harmonisées. Et en premier lieu, nous allons renforcer des mesures de police sanitaire puisque nous savons détecter aujourd'hui, par prise de sang, si les animaux sont porteurs ou pas de la tremblante. On peut donc éliminer les animaux sensibles. Nous allons faire un programme d'amélioration génétique afin d'introduire des reproducteurs qui induisent le gène d'animaux résistants. Ils ne pourront donc plus avoir la tremblante. Ensuite, mettre en place un programme de tests de dépistage de la tremblante plus ambitieux que ce que nous demande Bruxelles : 100 000 tests, ce qui va nous permettre de renforcer notre réseau d'épidémio-surveillance."

Avec tout ça, vous allez faire peur aux consommateurs, on ne va plus manger de mouton !

- "Non, au contraire. Le fait que nous anticipions - pour l'instant, il n'y a pas de preuve qu'il y ait l'ESB chez le mouton - pourle fait que la tremblante ressemble [à l'ESB] et qu'elle existe dans moins de 2 % des troupeaux français, que nous savons les sélectionner, que nous allons pouvoir l'éradiquer totalement dans les deux ou trois ans qui viennent et que par là même, il n'y a plus de confusion possible."

Politiquement, est-ce que cela ne vous agace pas de voir la popularité de J. Chirac chez les agriculteurs ? Vous qui avez été vétérinaire, vous pouvez dire que vous connaissez mieux les vaches que J. Chirac ?

- "Oui, les animaux, en tout cas pour ce qui est de leur santé, peut-être. Par contre, la popularité en matière agricole sur quoi peut-elle être basée ? Si elle est basée sur un discours plutôt flatteur ou plutôt compassionnel, je ne crois que ce soit ce que les agriculteurs attendent aujourd'hui. Ils attendent un langage de vérité, un langage offensif sur les dossiers nationaux, sur les dossiers européens et sur les dossiers de l'OMC. Je préfère ce langage de vérité, qui parfois est un peu plus difficile à passer dans un premier temps, mais qui dans le même temps redonne confiance et de vraies perspectives à l'agriculture."


(Source :Premier ministre, Service d'information du gouvernement, le 14 mars 2002)

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