Interview de M. Charles Pasqua, président du RPF et candidat à l'élection présidentielle, à France 2 le 29 mars 2002, sur les assassinats au conseil municipal de Nanterre, le suicide du tueur, les signatures de parrainage pour l'élection présidentielle et la campagne électorale. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Charles Pasqua, président du RPF et candidat à l'élection présidentielle, à France 2 le 29 mars 2002, sur les assassinats au conseil municipal de Nanterre, le suicide du tueur, les signatures de parrainage pour l'élection présidentielle et la campagne électorale.

Personnalité, fonction : PASQUA Charles, SICARD Roland.

FRANCE. RPF, président;FRANCE. Candidat à l'élection présidentielle de 2002

ti : R. Sicard - Je voudrais revenir sur le drame de Nanterre. Vous êtes président du Conseil général des Hauts-de-Seine, vous êtes aussi ancien ministre de l'Intérieur. Comment est-ce qu'on peut expliquer qu'un homme qui était en garde à vue ait réussi à se suicider en plein Quai des Orfèvres ?

- "Moi, je préfère ne pas faire de commentaire ni d'analyse. Laissons la police des polices, qui est chargée de l'enquête, faire son travail. Ce qui est certain, c'est que cela dénote, apparemment dirais-je, des dysfonctionnements ou des erreurs. A la police de nous dire ce qu'il s'est réellement passé."

Est-ce que, selon vous, il faut prendre des sanctions ?

- "Avant de parler de sanctions, attendons de savoir ce qui s'est passé. Mais s'il y a eu, effectivement, des fautes de commises, naturellement il faut sanctionner."

Mais dans ce genre de circonstances, quels sont les responsables ? Le directeur de la PJ ?

- "Il y a une hiérarchie. Il y a d'abord le directeur de la police judiciaire de la Préfecture de police de Paris. Il y a le préfet de Police. Mais avant d'aller chercher qui doit être sanctionné, attendons de savoir ce qui s'est réellement passé."

Certains réclament la démission du ministre de l'Intérieur. Vous n'êtes pas sur cette ligne ?

- "Euf ! La démission du ministre de l'Intérieur, on peut toujours la demander. Je ne suis pas sûr que cela servirait à grand chose. Ce qu'il faut surtout noter dans cette affaire, c'est que c'est une circonstance aggravante par rapport à tout ce qui s'est passé. Il est bien évident qu'il eût été cent fois souhaitable que la justice puisse faire son métier, que cet homme soit jugé, que l'on connaisse les véritables raisons de sa démarche. En quelque sorte, il a réussi à échapper à la justice. D'une part, les familles mais aussi tous les collègues des victimes sont encore un peu plus choqués qu'avant."

Il y a une polémique politique qui est en train de se développer autour de cette affaire. La gauche accuse J. Chirac de vouloir faire un lien entre le climat d'insécurité et le drame de Nanterre. Quelle est votre position là-dessus ?

- "J'aimerais autant qu'on ne polémique pas trop sur cette affaire. Je crois que ce n'est pas souhaitable. Mais si on ne peut pas relier directement cela à l'insécurité, en tous les cas cela relève du climat de violence générale qui se développe depuis des années, et dans l'évolution à l'américaine de la société française. Ce qui est tout à fait regrettable, c'est évident."

Venons-en à la campagne électorale. On s'interroge sur vos signatures ?

- "Moi aussi je m'interroge. Mais je serai bientôt en mesure de vous répondre, je l'espère et j'espère que je les aurai."

Est-ce que vous pouvez nous faire un point ?

- "Non, je n'ai pas à vous faire un point. D'abord parce que c'est une situation évolutive. Chaque jour qui passe apporte son lot : des fois, il y en a beaucoup, des fois il y a moins. Nous avons jusqu'à mardi soir. J'espère que, d'ici là, nous aurons atteint le but des 500 signatures. Je pense que cela se présente bien."

Est-ce que vous pensez que ce système des 500 signatures est un bon système ou est-ce qu'il faut le réformer ?

- "Ce qui est apparu clairement - et c'est valable pour tout le monde - c'est la difficulté à obtenir le parrainage des maires. Or, je pense qu'en cela il y a un certain nombre de raisons. D'abord le fait que beaucoup de maires sont à la tête de listes apolitiques et qu'ils confondent parrainage et patronage. Ils pensent qu'en signant pour un candidat, en quelque sorte ils lui donnent leur bénédiction ou ils confirment qu'ils sont de cette sensibilité. Ce qui n'est pas le cas. En tous les cas, je ne pense pas que ce soit un bon système. Je crois que, de toute façon, il faudra le revoir parce que - ne parlons pas de moi - mais par exemple si Le Pen n'a pas ses signatures il est bien évident que cela posera un problème, parce qu'il n'est pas normal que quelqu'un qui représente une sensibilité - que l'on soit d'accord ou non avec cette sensibilité c'est secondaire - dans l'opinion publique et qui ne peut pas être candidat ou qui ne pourrait pas être candidat, cela indique bien qu'il y a quelque chose qui ne va pas."

Sur le fond, vous essayez d'incarner le courant souverainiste mais on a l'impression que ce n'est pas vous qui l'incarnez le mieux en ce moment. On a l'impression que J. -P. Chevènement est nettement devant. Les sondages ne sont pas très bons vous concernant. Comment vous expliquez que votre campagne patine ?

- "D'abord, je n'incarne pas le courant souverainiste et je ne me réclame pas uniquement de cela. Ce que je crois, c'est que les idées que j'ai servies depuis tant de temps ne sont en définitive incarnées par personne. Je regarde d'ailleurs la campagne telle qu'elle se déroule e. Je l'ai dit : "il n'y a pas de campagne présidentielle." Il y a, à l'heure actuelle, les deux têtes de l'exécutif et les autres candidats qui font une campagne législative, ou qui donnent le sentiment d'être candidats au poste de président du Conseil d'une ancienne République. La campagne présidentielle, c'est autre chose. Cela consiste pour celui qui est candidat à dire : "Voilà ma vision du monde, voilà ma vision de l'avenir de la France, voilà ma vision de l'avenir de l'Europe."


Chacun a présenté son projet.

- "Pas sur cela. Quelle est leur vision du rôle de la France dans le monde ? Personne n'en parle. Nous allons avoir en 2004 à réformer l'Europe : quelle est leur vision ? Comment voient-ils la place de la France ? Rien. ils n'en parlent pas. A l'heure actuelle, il y a un véritable drame entre Israël et les Palestiniens. Tout ceci risque de déboucher sur une conflagration régionale avec des conséquences très graves. La France a eu dans cette région du monde des responsabilités. Elle incarne un certain nombre de choses. On n'en parle pas. On parle des retraites - ce qui est intéressant, je n'en disconviens pas - mais cela n'a rien à voir avec une campagne présidentielle. Je le redis."

Pour le second tour, que ferez-vous ? Vous appellerez à voter pour J. Chirac, ou est-ce que vous n'appellerez à ne voter pour personne ? Est-ce que votre décision est prise de ce point de vue-là ?

- "Non. Je reconnais très bien votre caractère impatient, mais je crois qu'avant de se déterminer pour le second tour, il faut attendre le résultat du premier. Cela étant, j'ai déjà eu l'occasion de m'exprimer sur ce point. Je pense que, quelles que soient les positions prises par tel ou tel candidat du premier tour, il ne faut pas oublier que les électeurs sont majeurs et qu'ils feront ce qui leur plaira."

Pas de consignes de vote de votre part ?

- "Je ne crois pas que je donnerai des consignes de vote, mais surtout, ce que je pense, c'est que les candidats du second tour, ceux qui seront restés en lice et qui voudront avoir les suffrages des électeurs qui , au premier tour, ont choisi une autre démarche, devront apporter la preuve qu'ils ont entendu le message. C'est en fonction de cela que les électeurs voteront pour eux. Mais pour l'instant, je pense que ce qui est le plus probable, et le plus dangereux pour la démocratie, c'est le risque de voir énormément d'abstentions. Je crois que c'est de cela dont on devrait se préoccuper."

(Source :Premier ministre, Service d'information du gouvernement, le 2 avril 2002)

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