Déclaration de Mme Arlette Laguiller, porte-parole de Lutte ouvrière et candidate à l'élection présidentielle de 2002, notamment sur son analyse des programmes électoraux de Lionel Jospin et de Jacques Chirac et sur le programme de Lutte ouvrière, Nice, le 24 mars 2002. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Arlette Laguiller, porte-parole de Lutte ouvrière et candidate à l'élection présidentielle de 2002, notamment sur son analyse des programmes électoraux de Lionel Jospin et de Jacques Chirac et sur le programme de Lutte ouvrière, Nice, le 24 mars 2002.

Personnalité, fonction : LAGUILLER Arlette.

FRANCE. Lutte ouvrière, porte parole; FRANCE. Candidate à l'élection présidentielle de 2002

Circonstances : Meeting à Nice le 24 mars 2002

ti :
Travailleuses, Travailleurs, camarades et amis,


Que nous disent-ils, ceux que l'on appelle les "grands candidats", ceux dont on sait qu'ils seront seuls face à face au second tour ? Car ces élections sont sinon factices du moins organisées par la Constitution de telle façon que si on ne peut pas prédire le vainqueur, on peut prédire presque à coup sûr que ce sera ou Chirac ou Jospin. Seules peuvent en effet rester présents au deuxième tour les deux candidats arrivés en tête, même si, pour reprendre les derniers chiffres d'un sondage, l'un n'aura réalisé au premier tour que 21% et l'autre 23,5%. Celui des deux qui sera élu représentera donc moins d'un quart des votants ! Et comme le total des votes en faveur des deux candidats arrivés en tête ne représente que 44,5% des électeurs, cela signifie que, au deuxième tour, 55,5% des électeurs ne peuvent plus voter selon leur préférence.

Chirac, le candidat de la droite, on l'a connu au pouvoir depuis sept ans, et Jospin, le candidat de la gauche "plurielle", on l'a connu depuis 5 ans. D'ailleurs le seul mérite de ce dernier, c'est qu'on l'a connu moins longtemps. Que nous disent-ils sur les grandes questions qui concernent la population laborieuse ? Eh bien, ils ne savent pas quoi dire dans leur campagne, tellement ce qu'ils ont à dire se ressemble.

Le slogan de campagne de Jospin que l'on a vu apparaître sur les murs c'est : "Présider autrement". On ne peut pas dire que cela l'engage beaucoup. Autrement ! Mais comment ? Et que fera-t-il ? Ce n'est pas sur les murs qu'on peut le lire, c'est dans les phrases à double sens de ses discours.

Quant à Chirac, lui, évidemment, il ne peut pas dire qu'il va "présider autrement", car ce serait se réveiller un peu tard.

L'un comme l'autre viennent de publier leur programme électoral. La principale différence réside dans la pagination, l'un compte 40 pages, l'autre 24.

Pas besoin, évidemment, de décortiquer le programme de Chirac dont personne ne peut attendre une politique favorable au monde du travail.

Mais, à quoi s'engage donc Jospin ? Pour ce qui est de l'emploi, il se fixe pour objectif de réduire le nombre de chômeurs de 900.000 en cinq ans. Ce qui veut dire que si l'économie mondiale va bien, si Jospin est élu président et s'il le reste, et s'il tient ses promesses, dans quinze ans, les chômeurs d'aujourd'hui auront tous trouvé du travail !

Zéro SDF dans cinq ans, annonce Jospin. Mais il est plus facile de promettre à échéance de cinq ans que d'interdire tout de suite les expulsions, ce qui est encore en son pouvoir en tant que premier ministre. Cela éviterait pourtant qu'un nouveau lot de sans-logis s'ajoute aux plus de 100.000 qu'il y a déjà !

Il promet la poursuite "des baisses d'impôt favorisant l'emploi, la justice sociale,...". Mais qu'est-ce donc, si ce n'est la vieille recette dont ont usé et abusé tous les gouvernements et qui consiste à réduire les impôts des patrons sous prétexte de les inciter à créer des emplois, alors qu'ils en suppriment ?

Jospin promet aussi "un ordinateur relié à Internet pour cinq élèves dans chaque école primaire". Eh bien, il serait infiniment plus utile et plus efficace d'embaucher un enseignant pour cinq élèves dans les classes difficiles des quartiers populaires afin d'éviter que 20 % des élèves entrant en 6e soient considérés comme illettrés !

Chirac comme Jospin se préparent à diminuer les retraites de base et à repousser l'âge de départ en retraite. La seule différence est que l'un le dit brutalement, l'autre le laisse entendre hypocritement. Les retraités qui ont manifesté cette semaine ont toutes les raisons de protester contre la diminution des pensions. 2 millions et demi de retraités ne touchent aujourd'hui que 525 euros, soit 3448 F par mois. Leur pension est rognée par la CSG mais aussi par l'application des mesures réactionnaires prises par Balladur contre les travailleurs du secteur privé. Jospin n'a pas supprimé ces mesures Balladur, au contraire il a continué à les appliquer. Et voilà que Fabius vient d'annoncer qu'il est pour "harmoniser" les régimes entre le privé et le public, ce qui signifie en clair qu'il veut faire ce que Juppé n'a pas réussi : repousser l'âge de la retraite pour les travailleurs de la Fonction publique.

Si peu de choses séparent Jospin et Chirac qu'ils en sont réduits à faire les poubelles de la presse pour trouver de quoi se critiquer.

Chirac et ses amis reprochent à Jospin d'être un menteur, sous prétexte qu'il n'aurait pas dit la vérité sur son passé soi-disant trotskyste. Et le principal argument des amis de Chirac est que Jospin serait un partisan du socialisme pur et dur. Voilà Jospin accusé de vouloir du tout Etat, voire de la collectivisation alors que son gouvernement a plus privatisé d'entreprises nationales que les deux gouvernements de droite qui l'ont précédé, Balladur et Juppé réunis.

De son côté, Jospin dit que Chirac se fait vieux, qu'il est incapable de travailler et qu'il n'arrivera pas à tenir les rennes de l'Etat pendant cinq ans. Et Jospin pour plaire aux électeurs de droite, s'est senti obligé d'affirmer, ce qui est sans doute la seule vérité de sa campagne, que son programme n'est pas un programme socialiste. Depuis cinq ans, les travailleurs en sont convaincus.

Chacun promet d'améliorer, voire de résoudre tout ce qui ne va pas dans le pays, mais sans dire comment.

Alors, que peut donc attendre le monde du travail de ces gens-là ? La réponse est simple : ce sera la continuation de ce qui s'est passé depuis des années et en tout cas depuis cinq ans.

La droite, on l'a vue au pouvoir, moins que la gauche depuis vingt ans mais suffisamment de temps quand même pour se rendre compte à quel point elle est à plat ventre devant le grand patronat. Non seulement, elle le sert politiquement, mais elle l'arrose généreusement en puisant dans les fonds publics et en se servant un peu au passage.

Nul ne sait ce que l'Etat a pu verser à un trust comme Bouygues, pour ne citer que lui. Mais on peut affirmer que son trust ne serait pas devenu ce qu'il est, que ses actionnaires n'auraient pas accumulé les fortunes qu'ils ont accumulé sans un soutien colossal et permanent de l'Etat, quel que soit le Président ou le chef du gouvernement.

C'est pourquoi il est indispensable, je le dis et je le répète, que les travailleurs, les consommateurs, la société tout entière, puissent tout connaître des comptabilités de ces grandes entreprises, puissent savoir combien ils font de bénéfices réels et ce que l'argent correspondant devient, où il s'investit, à qui il va ? Quels sont les hommes d'Etat achetés ou les simples pots-de-vin versés, combien d'emplois fictifs sont offerts par de telles sociétés pour compenser des services, présents ou passés? Et il est de pratique courante qu'un homme politique, qui perd un emploi de ministre ou qui n'est pas réélu à la mairie d'une grande ville ou à la Chambre des députés, se retrouve haut cadre de direction dans une très grande entreprise du pays. Dans le jargon administratif, on appelle cela le pantouflage. Combien de hauts fonctionnaires ou membres de cabinets ministériels passent du public au privé, et vice versa ?

Pendant ce temps-là, on ose dire que, si l'on augmente le SMIC, cela va mettre l'économie en danger. On nous dit qu'on ne peut pas garantir une retraite à qui aura cotisé quarante années de sa vie. On nous dit qu'on ne peut assurer le droit au travail de tous ceux qui en cherchent.

Ce sont des mensonges grossiers !

De l'argent, il y en a : il n'y a qu'à voire comment les grandes fortunes augmentent d'année en année. Il n'y a qu'à voire avec quelle vitesse s'édifient de nouvelles fortunes. Mais c'est justement pour enrichir encore plus une poignée de très riches et pour satisfaire l'avidité d'une classe privilégiée plus vaste qu'on diminue brutalement la part de la classe laborieuse.

On bloque les salaires, on généralise la précarité, le temps partiel imposé où la paie est nettement en dessous du SMIC. Le résultat, c'est que 6 millions de femmes et d'hommes de ce pays sont des pauvres, qu'ils soient chômeurs ou qu'ils travaillent. Et 9 millions doivent vivre avec moins de 640 euros, moins de 4.200 F par mois.

Nous ne pouvons pas, nous ne devons pas laisser la paupérisation s'aggraver !

Alors, il est plus facile, comme ici, de prendre des arrêtés interdisant la mendicité que de faire en sorte que personne ne soit amené à mendier !

On exploite des travailleurs parfois à mort. On l'a vu à l'usine AZF de Toulouse. Mais des travailleurs meurent tous les jours ou sont handicapés à vie dans bien d'autres entreprises de la métallurgie, du bâtiment ou ailleurs.

A cela, le patronat et les pouvoirs publics répondent qu'il n'y a pas de risque zéro. Et pourquoi n'y-a-t-il pas de risque zéro ? On ne nous le dit pas car ce serait avouer que c'est parce que les patrons font des économies sur la sécurité.

En fait, il n'y a que pour les actionnaires que le risque de perdre la vie au travail est zéro.

On ferme des hôpitaux, des maternités de proximité, quoi qu'il en coûte à la population concernée.

On restreint les budgets des hôpitaux, on condamne les infirmières et le personnel hospitalier, les médecins, à des horaires déments, au détriment des malades, en tout cas des moins riches. Même ici, dans la région, qui a la réputation d'être parmi les mieux équipées, à l'hôpital Lenval pour les enfants, les attentes sont très longues, surtout aux urgences. A Cannes, on envisage la fermeture du service des prématurés et il manque une centaine de postes à l'hôpital des Broussailles.

L'application de la loi dite des 35 heures aggrave encore la situation dans les hôpitaux. Car il faut faire le même travail en moins de temps et sans personnel en plus.

Oui, la Santé est à deux vitesses suivant qu'on est de la classe riche ou des classes populaires. Mais l'Education nationale est aussi à deux vitesses. Car c'est dans les quartiers populaires que les moyens de l'Education nationale en personnel, en locaux sont les plus insuffisants. Faute d'embauches suffisantes, des enseignants débordés doivent faire face à des classes surchargées. Et lorsque le nombre d'élèves se trouve diminué, juste assez pour rendre les conditions d'enseignement convenables, on choisit de fermer la classe.

Pendant qu'on bavarde sur l'égalité entre les hommes et les femmes, on rend la tâche des femmes travailleuses plus difficile car les crèches et les écoles maternelles sont en nombre insuffisant.

Mais on peut en dire autant de tous les services publics.

Le développement des services publics, assurant une égalité de prestations quels que soient ses revenus ou la région où l'on habite pourraient et devraient permettre à l'Etat de compenser, au moins dans une petite mesure, les inégalités entre les riches et les classes populaires. Mais le gouvernement français comme tous les gouvernements d'Europe, qu'ils soient de gauche ou de droite, mènent une politique systématique de liquidation des services publics ; une politique d'ouverture d'une part croissante des services publics aux intérêts privés. Et même là où l'Etat ne va pas jusqu'à privatiser, il refuse de donner les moyens financiers nécessaires aux hôpitaux, aux dispensaires, à l'Education nationale, aux transports publics, à La Poste... Ce qui amène les services publics eux-mêmes à pousser à la rentabilité, à réduire leur personnel, même si cela dégrade la qualité du service rendu.

C'est ce qui se passe pour les services postaux, où on abandonne progressivement au privé ce qui rapporte du profit et on laisse à l'abandon ce qui sert à tous, en supprimant des bureaux de postes de proximité.

Pour ce qui est du service public de l'électricité, Chirac et Jospin mentent tous les deux quand ils nous disent qu'ils ne vont ouvrir EDF que partiellement à la concurrence. Ils s'acheminent en fait graduellement vers la privatisation. C'est en tant que service public, grâce aux investissements de l'Etat et sans tenir compte de la rentabilité que EDF a développé ses réseaux. Maintenant que c'est fait, les capitaux privés pourront s'installer dans le secteur et ramasser les bénéfices. Chirac comme Jospin sont en train de leur aplanir le chemin.

C'est de cette façon qu'ils ont procédé à France Télécom, dont les travailleurs sont déjà en train de payer par des diminutions de leurs effectifs, par une aggravation de leurs conditions de travail, pour les opérations spéculatives de leur entreprise. La SNCF est engagée dans une course à la rentabilité. Elle favorise les grandes lignes, mais elle abandonne des lignes dites secondaires et elle ferme des gares de banlieue. Ce n'est pas cela, le service public !

A Air France, le ministre des transports Gayssot, plus ministre que communiste, n'a parlé que "d'ouverture du capital". Mais les travailleurs de ces entreprises savent ce qu'ouverture du capital veut dire : c'est la privatisation avec l'hypocrisie en plus.

Pendant que l'Etat et les collectivités locales multiplient les allégements fiscaux pour les entreprises, quand ils ne prennent pas en charge des investissements comme la viabilisation d'une zone industrielle voire, la construction de l'usine elle-même, on maintient les minima sociaux à un niveau scandaleusement bas et on laisse les handicapés à l'abandon.

Et surtout, les travailleurs subissent une vague encore jamais vue de licenciements collectifs, appelés abusivement "plans sociaux". Des usines entières ont fermé. Les actionnaires qui ont encaissé des profits pendant des années, voire des dizaines d'années, se retirent fortune faite ou s'en vont faire fructifier leur fortune dans d'autres entreprises. Mais il ne reste aux travailleurs qui les ont enrichis que leurs yeux pour pleurer, sans la perspective de pouvoir retrouver du travail. Et cela va continuer.

Et combien d'entreprises, même parmi les plus riches, qui n'embauchent que des intérimaires pour avoir une main d'oeuvre entièrement à merci et qu'on peut mettre à la porte quand le patron le veut et sans même qu'il ait le moindre compte à rendre.

Quand tout allait très bien pour les entreprises, les patrons licenciaient pour que cela aille mieux encore et que leurs actions montent à la Bourse.

Aujourd'hui, ils nous annoncent le contraire : la Bourse diminue, des grandes sociétés voient le prix de l'ensemble de leurs actions -ce qu'ils appellent leur capitalisation boursière- s'effondrer.


Et, à qui le futur élu, qu'il soit de droite ou se dise de gauche, va-t-il contribuer à faire payer la gabegie de l'économie capitaliste ?

Vous le savez comme moi, c'est au monde du travail qu'ils essaieront de la faire payer. Eh bien, il ne faut pas les laisser faire. Le monde du travail a la force de leur imposer que ce soient les patrons, les actionnaires qui paient, sur leur fortune personnelle s'il le faut, et pas le monde du travail !

A côté des quartiers chics, des villas de milliardaires, votre région connaît aussi les quartiers populaires dégradés comme la cité de L'Ariane dont on parle plus souvent à propos de la délinquance et de l'insécurité qui y règnent que pour rappeler que le taux de chômage atteint 35 % de la population en âge de travailler. Et, bien sûr, le fait de classer ce quartier en zone franche n'a créé aucun emploi. Alors, on se prépare à lui faire cadeau d'une caserne de CRS ! Mais, en revanche, les logements sociaux manquent et on n'en construit pas assez.

Et comment le chômage ne serait-il pas élevé lorsque les grandes entreprises, au lieu de créer des emplois, licencient ? Pour ce qui est d'IBM à La Gaude, à l'injustice des licenciements, le patron ajoute le mépris en notant le personnel et en mettant à la porte ceux qui n'atteignent pas une note suffisante.

Chirac et Jospin rivalisent pour dénoncer l'insécurité. Oh oui, l'insécurité, la petite délinquance et la violence gratuite existent et elles concernent surtout les quartiers populaires.

Mais de la sécurité, ces gens-là, qui vivent dans les quartiers chics, ne font qu'en parler ! Ils ne font que brandir des sanctions qu'ils savent inefficaces. Mais ils ne veulent pas toucher au terrain nourricier de la violence dans les quartiers populaires : au chômage, à la pauvreté, à la misère matérielle qui, bien souvent, entraîne la misère morale.

Et puis, quel exemple donnent-ils donc aux jeunes de banlieue, ces gens qui dirigent l'Etat ou les grandes entreprises ? L'exemple de l'affairisme, des escroqueries, de la corruption, du vol dans les caisses publiques, du copinage pour toucher de l'argent sur l'immobilier ou sur le trafic d'armes. Mais c'est toute l'organisation sociale qui valorise l'enrichissement rapide et l'argent facile. Les petits délinquants de quartier qui méprisent le travail et les travailleurs, leurs propres parents souvent, appliquent à leur échelle les critères de réussite de cette société où l'on s'enrichit d'autant plus vite que l'on sait dépouiller les autres.

Alors oui, je ne peux que répéter qu'ils nous mentent même lorsqu'ils prétendent combattre l'insécurité car, s'ils le voulaient vraiment, ils devraient commencer par la première des insécurités qui menace le monde du travail : le chômage et la misère!

Voilà cette société contre laquelle le monde du travail doit se défendre.

Se défendre, c'est d'abord ne pas se laisser attaquer les uns après les autres.

Se défendre, c'est s'unir, et pour cela il faut d'abord se compter. C'est un des intérêts de cette élection présidentielle. Elle ne changera rien à notre sort, mais elle peut changer -et c'est très important- ce que nous ferons demain.

Evidemment, ce n'est pas de l'élection elle-même dont on pourra attendre quelque chose. Non seulement il n'y a évidemment aucune chance pour que je sois élue mais, même si je l'étais, je ne pourrais rien changer sans votre soutien conscient et déterminé.

Voyez-vous, l'élection n'est pas faite que déjà, à droite à gauche, dans le patronat et dans la presse aux ordres, ils enragent de voir les sondages me concernant atteindre les 8 - 9% et par moment, plus. Ce n'est pas que je me fasse des illusions sur ces sondages. Le seul véritable résultat, le seul qui aura de la valeur, sera connu le soir du scrutin.

Mais en attendant, cela suffit pour les inquiéter et cela me réjouit.

Les dirigeants du Parti socialiste se répandent en invectives à l'égard de ma candidature. François Hollande me reproche notamment de "stériliser la portée des intentions qui se portent" sur moi. Si le premier secrétaire du PS s'énerve, c'est qu'une partie des électeurs socialistes eux-mêmes ont perdu leurs illusions en Jospin et sa politique et ne se retrouvent pas dans l'image de leur parti inspirée par un grand bourgeois comme Laurent Fabius ou un avocat d'affaires comme Dominique Strauss-Kahn.

Robert Hue de son côté affirme que les votes sur mon nom seraient des "votes sans lendemain". Mais quel sera donc le lendemain des votes en faveur de Robert Hue ? Dés la fin du premier tour, il en fera un paquet-cadeau et remettrai ces votes à Jospin, sans même exiger en contre-partie un engagement pour quelque mesure que ce soit en faveur des travailleurs.

Robert Hue ajoute qu'après les élections, je disparaîtrai de la scène politique.

Eh bien, non, c'est lui qui a disparu derrière Jospin pendant cinq ans ! C'est bien pour cela que le Parti communiste perd des voix dans l'électorat ouvrier.

Robert Hue prétend que la politique qu'il propose est plus utile car en critiquant Jospin du dedans, il le pousse à gauchir sa politique. Mais si, depuis quelques jours, Jospin gauchit son langage, ce n'est pas à cause de Robert Hue.

Au contraire ! Il y a peu, Jospin pensait encore pouvoir faire tranquillement les yeux doux au centre, en espérant que Hue ratisserait plus à gauche, parmi les "déçus du jospinisme" et lui ramènerait au deuxième tour les voix de gauche perdues au premier tour. Manque de chance pour les stratèges du Parti socialiste, Robert Hue patine dans les sondages. Alors, c'est Jospin et les notables socialistes qui sont obligés de découvrir dans leurs discours, que les travailleurs, cela existe. Que ne s'en sont-ils pas aperçus, depuis cinq ans qu'ils gouvernent et mènent une politique qui favorise le grand patronat et appauvrit le monde du travail ? D'ici que Jospin commence ses discours par "travailleuses, travailleurs...", il n'y a pas loin ! Mais tout en gauchissant son langage, il se garde bien de prendre des engagements précis sur les problèmes essentiels des travailleurs, comme les licenciements, la précarité ou les bas salaires !

Et voilà Mamère qui rajoute sa petite musique en affirmant que le régime dont je rêve s'installait, lui, il prendrait le maquis. Un écrivain-philosophe aux idées réactionnaires s'en est pris, de son côté, ce matin, sur les ondes de la radio, à mes idées qu'il qualifie de totalitaires. Mais la seule liberté que je combats, c'est celle d'exploiter autrui, celle de licencier, celle de s'enrichir en réduisant d'autres êtres humains à la misère. Si l'absence de cette liberté-là gêne Mamère, au point qu'il veuille se retirer au maquis, je lui souhaite toute liberté de le faire !

Et, pour compléter le tableau, hier, c'est Chevènement qui a lancé une diatribe contre ma candidature, affirmant en gros que mes idées sont vieillies, sous-entendu ringardes. Ce qui ne manque pas de sel, venant d'un homme qui dispute à Le Pen l'accaparement de Jeanne d'Arc à des fins électorales. Mais le bouquet, c'est que Chevènement n'a pas hésité à affirmer que, dans cette campagne, il était le seul candidat révolutionnaire ! C'est assez cocasse de la part de cet ex-ministre de beaucoup de choses, sous Mitterrand comme sous Jospin, notamment ex-ministre de l'Armée et ex-ministre de la Police, deux corps qui n'ont pas la réputation d'être portés sur la révolution au point d'accepter un révolutionnaire comme ministre. Et en tant que ministre de l'Intérieur, il a tout de même laissé en souvenir ces lois Chevènement qui prolongent, badigeonnées de rose, les lois Pasqua-Debré qui ont écarté plus de la moitié des sans-papiers d'une régularisation à laquelle ils auraient dû tous avoir droit.

Une partie de la grande presse et certains journalistes-vedettes reprennent à leur compte les attaques contre Lutte Ouvrière et moi-même, avec des articles assez souvent ridicules.

Cette hostilité, cette haine, ces calomnies, ces médisances et parfois ces diffamations me réjouissent, car elles sont dues aux scores que les sondages me prêtent, et qu'ils ne peuvent supporter. Je le répète, je ne veux pas me faire d'illusions sur ce que seront ou ne seront pas les résultats du scrutin du 21 avril. Mais, en attendant, oui, cela me réjouit de voir tous ces gens-là paniquer ainsi pour de simples sondages.

Mais entendez-moi bien, ce n'est ni de ma personne, ni de mon organisation, encore bien petite, qu'ils ont peur ! Ce dont ils ont peur, c'est de vous ! Surtout de vous !

Oui, c'est de vous tous, ceux qui sont ici et ceux qui ne sont pas ici. Si, au soir de l'élection, les votes confirment ce que les sondages m'attribuent, cela représentera un nombre important de travailleuses et de travailleurs. De ces travailleurs dont ils craignent tous les colères si un jour, que j'espère prochain, ils se mettent en mouvement.

C'est pourquoi il faut que les voix qui se portent sur le programme que je propose soient les plus nombreuses possible.
Le programme que je défends est simple. Ce n'est pas une vue de l'esprit. Nos revendications, pour importantes qu'elles soient, sont possibles à imposer.

Il faut rendre publiques les comptabilités de toutes les grandes entreprises, nationales et privées. Il faut rendre publics les comptes en banque de leurs dirigeants et de leurs principaux actionnaires, voire de leur famille. Et pour cela abolir le secret commercial et le secret bancaire.

Il faut interdire les licenciements collectifs, ainsi que les délocalisations, en particulier de la part des entreprises qui osent afficher des profits, et cela sous peine de réquisition par la collectivité. Ceux qui sont nécessaires pour faire tourner une entreprise, ce sont les travailleurs, et pas les actionnaires. Car les actionnaires apportent peut-être au départ un peu de capital, et pas toujours, mais ce sont les travailleurs qui produisent ensuite les capitaux, pendant des années. C'est-à-dire décuplent, voire centuplent ce qui a été mis au départ.

Il faut imposer de produire pour le bien de tous, c'est-à-dire de produire ce qui est nécessaire à la population, et pas seulement pour faire du profit quel qu'en soit le coût social. Et s'il faut résister à la concurrence, qu'on baisse les prix en diminuant la part des bénéfices. Il faut produire tout ce qu'il faut mais rien que ce qu'il faut, sans qu'on soit obligé d'envoyer des voitures neuves à la casse alors qu'on manque d'autobus, de cars, de tramways ou de métros, de mettre le sol en jachère, de détruire de la nourriture.

Il faut augmenter les impôts des grandes sociétés et des contribuables les plus riches. Il faut que l'Etat, au lieu de leur faire des cadeaux, se serve de l'argent ainsi récupéré pour créer des biens collectifs, qui puissent servir à la collectivité, c'est-à-dire élever le niveau de vie des moins riches, de ceux qui forment la population laborieuse, celle qui produit les profits de la bourgeoisie.

Rien que pour rattraper le pouvoir d'achat perdu depuis plus de vingt ans, il faut une augmentation importante des salaires, mais aussi, des pensions de retraite et des minima sociaux.

Il faut que l'Etat ait les moyens de subventionner tout ce qui concerne la Santé publique, au lieu d'en laisser la charge à la Sécurité sociale. Il faut des moyens financiers pour construire des logements sociaux et pour imposer aux municipalités les plus riches qu'elles en construisent dans les plus brefs défais et pas simplement en payant une amende dérisoire lorsqu'elles ne les ont pas construits.

Il faut que tout le monde puisse se loger décemment, en bénéficiant du confort et de l'hygiène digne du 21ème siècle.

Il faut des transports collectifs. Il faut faire des quartiers populaires des endroits de vie et pour cela, avant tout, créer des emplois qui soient des emplois rétribués d'une façon décente, c'est-à-dire qui permettent de profiter de tout ce que la société peut offrir aujourd'hui.

Il ne faut plus permettre qu'un élu ne tienne pas les promesses qu'il a faites en étant candidat. Il faut imposer la révocabilité des élus par ceux qui les ont élus.

Faut-il changer la société pour cela ? Faut-il attendre une révolution ? Non ! Les travailleurs peuvent imposer toutes ces mesures. La bourgeoisie est si riche actuellement, si puissante que, menacée sérieusement, elle préférera partager que tout perdre.

Pour le moment, on dit que la lutte de classe est dépassée. Oui, c'est vrai, les travailleurs se défendent difficilement et les luttes sont limitées et parcellaires. Les victimes d'un plan de licenciement se battent le dos au mur, et alors leurs luttes sont isolées. La classe patronale, en revanche, ne cesse de se battre contre le monde du travail et cela avec l'aide de ses hommes politiques. Constamment, elle essaie de réduire la part des salariés pour augmenter ses profits.

La lutte de classe la plus violente, c'est la classe patronale qui la mène, contre les travailleurs, et elle est la seule à la mener vraiment. Et la lutte est féroce.

La classe ouvrière est de plus en plus appauvrie et rien n'arrêtera ni le patronat, ni les larbins politiques qui le servent. Il faut que ce soient les travailleurs eux-mêmes qui les arrêtent !

Mais commençons par nous exprimer ! Le bulletin de vote ne peut faire que cela, mais au moins il peut le faire. Il peut inquiéter les possédants et réconforter, encourager les travailleurs.

Pourtant, les élections ne représentent que de façon déformée l'opinion du monde du travail. Car, je rappelle qu'une fraction importante du monde du travail, et de surcroît une des plus exploitées, une des plus mal payées, les travailleurs immigrés, est privée du droit de vote. Cela diminue le poids électoral de toute la classe laborieuse. Voilà pourquoi imposer le droit de vote pour les travailleurs immigrés dans toutes les élections n'est pas seulement une mesure de justice élémentaire, mais c'est aussi l'intérêt de l'ensemble du monde du travail !

Ensuite, il faut, il est absolument indispensable de recréer un parti politique qui défende réellement les intérêts politiques et sociaux du monde du travail.

Cela fait des années que je le dis, et je le répète cette fois encore.

Il y a ceux qui mentent, comme souvent, en disant que j'avais abandonné cette idée par crainte d'avoir un afflux d'adhérents. Mais il n'y a que les imbéciles qui croient que c'est parce qu'on appelle à la construction d'un tel parti, qu'il peut se créer du jour au lendemain.

Mais si nous n'avons pas pu créer un tel parti, nous sommes toujours partisans de le créer. Et soyez sans crainte, si demain des dizaines de milliers de travailleurs, d'intellectuels, de jeunes et de moins jeunes, de militants du PCF ou d'autres du Parti Socialiste viennent à nous, nous serons heureux de les accueillir, et à bras ouverts.

On prévoit que je pourrais dépasser le score de Robert Hue, le candidat du Parti Communiste. Mon but n'est pas de diminuer les voix du PCF ; mon but est de défendre le programme que celui-ci a abandonné. Mais si les sondages sont confirmés par le résultat du vote, la question se posera alors de recréer un Parti communiste qui défende vraiment les travailleurs et je sais et je crois que c'est possible.

Et que cela peut se faire à la place du Parti Communiste, qui a abandonné le camp des travailleurs en échange de fauteuils de ministre.

Le rôle d'un Parti communiste n'est certainement pas de participer à ce conseil d'administration de la bourgeoisie qu'est le gouvernement. Son rôle n'est certainement pas de participer à la gestion du système capitaliste qui a fait faillite et qui fait faillite tous les jours.

Oui, l'organisation capitaliste de l'économie est en faillite depuis des décennies. Elle est incapable de faire face aux problèmes essentiels de l'ensemble de l'Humanité, de nourrir chacun de ses membres, de les vêtir, de leur assurer des soins convenables, de permettre à tous d'accéder à l'éducation et à la culture. Pourtant, grâce aux progrès des techniques et des sciences, l'Humanité a aujourd'hui des possibilités extraordinaires, largement suffisantes non seulement pour satisfaire les besoins élémentaires des hommes, non seulement pour permettre à la société de gérer rationnellement les ressources de la planète pour ne pas laisser une poubelle aux générations futures, mais aussi pour ouvrir des perspectives nouvelles.

Oui, tout cela est aujourd'hui possible. Le seul frein qui ligote l'Humanité, qui l'enchaîne au passé, c'est l'organisation capitaliste de l'économie et de la société. Une économie qui secrète sans cesse des inégalités entre classes sociales comme entre pays ; une économie où seuls comptent le profit, la concurrence, la rivalité entre grands groupes industriels et commerciaux ; une économie qui gaspille les forces productives de la société, qui maintient de multiples formes d'oppression, en en ajoutant sans cesse de nouvelles, et qui conduit à des guerres.

Regardez l'image qu'offre aujourd'hui le monde, de l'Afghanistan au Moyen-Orient, de l'immense misère de l'Afrique à la misère, immense aussi mais d'un autre genre, des quartiers pauvres des grandes villes d'Amérique ou d'Europe !

Eh bien oui, cette organisation sociale, il faut la changer. Et la seule force sociale qui peut reprendre politiquement en charge cette perspective, c'est la classe ouvrière, c'est le monde du travail. Mais, pour cela, le monde du travail a besoin d'un parti qui défende cette perspective et qui regroupe tous ceux qui veulent renouer avec une vieille tradition du mouvement ouvrier mais qui est la seule porteuse d'avenir pour la société humaine dans son ensemble.

Cette perspective, on a voulu l'enterrer bien des fois dans le passé et en dernier lors de l'effondrement du système bureaucratique en Union soviétique. Bien des écrivaillons ou des plumitifs à gage s'y sont employés.

Mais ce qui me réconforte, c'est que dans les salles de mes meetings, il y a toujours un grand nombre de jeunes, jeunes ouvriers mais aussi, des lycéens, des étudiants qui n'ont pas de comptes à régler avec eux-mêmes concernant le passé et qui regardent vers l'avenir. Eh bien oui, la tâche de transformer cette société sera leur tâche car ils sont l'avenir de la société et le communisme est l'avenir du monde !

Alors oui, l'augmentation des intentions de vote en ma faveur dans les sondages montre que quelque chose change dans l'opinion du monde du travail. Cela montre que de plus en plus de travailleurs ont pris conscience que les hommes politiques de gauche ou de droite, nous trompent, qu'il n'y a rien à attendre d'eux et qu'il va donc falloir ne compter que sur nous-mêmes.

Je dis que je suis la seule à être toujours dans le camp des travailleurs, et cela depuis longtemps.

Et je suis sûre qu'à un moment ou à un autre, la moisson se lèvera et que des milliers et des milliers de travailleurs, jeunes et moins jeunes, se diront qu'il faut réellement s'unir, s'organiser pour créer un tel parti et pour se défendre soi-même, tout en défendant l'ensemble de ceux appartenant au monde du travail qui ne peuvent pas se défendre eux-mêmes.

Oui, j'ai confiance en l'avenir et en vous tous !

(Source http://www.lutte-ouvriere.org, le 25 mars 2002)

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