Interview de M. Bruno Mégret, président du Mouvement national républicain et candidat à l'élection présidentielle de 2002, à "RTL" le 5 avril 2002 sur ses relations avec le Front National, sur les intentions de vote issues des sondages, sur les mesures contenues dans son programme électoral et son ambition de rassembler les électeurs dans un vaste parti de droite nationale et républicaine. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. Bruno Mégret, président du Mouvement national républicain et candidat à l'élection présidentielle de 2002, à "RTL" le 5 avril 2002 sur ses relations avec le Front National, sur les intentions de vote issues des sondages, sur les mesures contenues dans son programme électoral et son ambition de rassembler les électeurs dans un vaste parti de droite nationale et républicaine.

Personnalité, fonction : MEGRET Bruno, ELKRIEF Ruth.

FRANCE. Mouvement national républicain, président;FRANCE. Election présidentielle 2002, candidat

ti : R. Elkrief -
Vous avez réussi à recueillir les 500 parrainages de maires. Comment avez-vous fait, puisque par exemple C. Pasqua n'a pas réussi ? Est-ce que le RPR vous a aidé ?

- "Absolument pas et je dois dire que je suis assez choqué que cette rumeur se soit un petit peu développée. C'est d'abord très insultant pour les maires, qui sont des personnalités autonomes, indépendantes, qui ne reçoivent pas les ordres de qui que ce soit. Et puis surtout pour tous ces militants, ces élus, ces cadres de mon mouvement, qui sont allés chercher ces signatures une à une. Je peux mettre un nom de militant derrière chaque signature que nous avons reçue. Je suis totalement indépendant."

Vous avez donc au moins 500 militants ?!

- "Ou il y en a qui en ont fait plusieurs ! J'ai beaucoup plus de militants que 500 ! Je suis totalement indépendant. Ce n'est peut-être pas le cas de tout le monde."

J.-M. Le Pen a bataillé pour avoir ses signatures...

- "Divine surprise... Il paraît qu'il ne les avait pas et puis le miracle de Pâques est arrivé. Monsieur Le Pen les a eues ! Dans cette affaire, il a été un peu le "super imposteur"."

Précisément... Vous pensez qu'il les avait avant et qu'il s'est fait passer...

- "Je pense que monsieur Jospin l'a beaucoup aidé. Dans cette affaire, c'est vraiment le cinquième candidat de la gauche plurielle."

C'est ce que dit aussi J. Chirac d'une certaine façon...

- "Si J. Chirac dit qu'il fait beau quand le soleil brille, je ne vais pas dire le contraire !"

Vous avez quitté le Front national en 1998-1999. Vous vous êtes un peu placé contre J.-M. le Pen. Aujourd'hui, c'est un premier défi pour vous. Dans les sondages, vous recueillez 2 % et J.-M. Le Pen 12 % aujourd'hui. Cela veut dire que les électeurs préfèrent l'original à la copie ?

- "Je ne me place pas contre Le Pen. Je ne cherche pas à copier Le Pen. C'est pour moi une page totalement tournée. Mon projet, c'est de reconstruire la droite française. Et je suis d'ailleurs le seul candidat de droite à cette élection. Vous voyez Chirac, il ne veut pas se reconnaître de droite. Bayrou et Boutin, c'est l'UDF, c'est la nébuleuse centriste. Madelin, c'est l'hyperlibéralisme. Je suis le seul candidat de droite."


C'est votre définition de la droite... Certains vous présentent quand même comme le candidat de l'extrême droite... Un candidat d'extrême droite...

- "Je ne suis pas l'extrême droite, pour une raison très simple, c'est que la gauche court derrière l'extrême gauche..."

Pourquoi refusez-vous de vous reconnaître à l'extrême droite, après tout ?

- "Parce qu'il n'y a rien d'extrême, rien d'extrémiste. Ce sont des positions pondérées et naturelles que les positions qui sont les miennes. La droite court derrière la gauche pendant que la gauche court derrière l'extrême gauche. Je suis resté tranquillement à droite. Et mon projet, c'est de reconstruire cette droite nationale et républicaine, cette vraie droite française..."

Autour de vous ? Avec 2 % - possibles, pas sûrs encore - aujourd'hui ?

- "Attendez, on va voir ça. Les sondages, on peut en dire beaucoup de choses. Je termine mon propos : cette droite a été balkanisée, divisée. Je veux la rassembler, lui rendre sa fierté et je veux la porter au pouvoir comme elle est au pouvoir, je le rappelle, en Italie par exemple, en Autriche, maintenant au Portugal ou au Danemark."

Votre modèle, c'est J. Haider ?

- "Mon modèle, c'est Berlusconi, qui est en train de faire voter en Italie, une loi qui impose la priorité pour les Italiens et les Européens en matière d'emploi. Ce qui est possible en Italie sera demain possible en France."

Et ce qui n'est pas possible aujourd'hui en France, le Conseil constitutionnel s'y était opposé...

- "Oui, mais on peut changer la Constitution..."

On peut tout changer effectivement...

- "Les autres ne s'en privent pas, pour des questions autrement plus secondaires."

On reste dans notre système démocratique aujourd'hui et on reparle de votre programme pour voir aussi qu'il n'a pas tellement de différences avec celui de J.-M. Le Pen. Vous voulez comme lui supprimer l'impôt sur le revenu, vous voulez supprimer les zones d'éducation prioritaire, vous voulez la "tolérance zéro". Il y a beaucoup de candidats maintenant qui disent cela...

- "Je suis en effet, puisque vous évoquez la "tolérance zéro", pour une politique très énergique de rétablissement de la sécurité publique. Et peut-être que beaucoup de candidats le disent, mais quand Jospin ou Chirac le prétendent, ils ne sont absolument pas crédibles, puisque ce sont eux qui ont organisé le laxisme. Ce sont eux qui ont fait voter ou qui ont signé la fameuse loi Guigou, qui est la loi qui protège les voyous. Je ne vois pas comment on a pu être auteur ou complice du monument du laxisme pénal français et puis aujourd'hui, parce que c'est l'élection aujourd'hui, vouloir faire de la répression."

Votre méthode, c'est quoi ?

- "Ma méthode, c'est de punir les cland... les délinquants et les criminels."

C'est un lapsus... Vous vouliez dire les "clandestins" ?

- "Oui, il faut expulser les clandestins, il faut expulser les délinquants et les criminels étrangers. Il faut aussi déchoir de leur nationalité les binationaux, récemment naturalisés, qui commettent des crimes ou des délits graves. Et je vous rappelle que tout cela existe déjà dans la loi française. Il ne s'agit pas de mettre en place de nouvelles lois, il s'agit simplement de les appliquer. Ils ne les ont pas appliquées, ceux qui sont actuellement au pouvoir. Moi, je les appliquerai."

Une des autres différences quand même avec J.-M. Le Pen, c'est que...

- "Mais ne me parlez pas toujours de Le Pen ! Ce n'est pas le problème !"

Pour vous, peut-être. Vous appellerez à voter pour J. Chirac au deuxième tour ?

- "Tout le monde disait que je n'aurais pas mes 500 signatures. Je les ai obtenues, cela vous a étonné. La prochaine étape, c'est le premier tour. On nous parle de sondages dérisoires, qui ne veulent rien dire, car je le rappelle, les sondages ne sont absolument pas fiables ! Les sondages, vous savez comment c'est fait... Une petite cuillère d'enquête sur le terrain, une louche de correction en fonction de l'opinion des sondeurs ou de l'opinion de ceux qui les payent !"

On en reparlera après les résultats...

- "Oui, on en reparlera. Par exemple à Marseille, l'année dernière, on m'annonçait à 4 %. J'ai terminé à 21 % au deuxième tour ! Et dans les élections partielles, je suis à 6 % quand Le Pen est à 7 %."

Vous pensez que Le Pen va baisser par rapport aux sondages ? Qu'il sera beaucoup plus bas ?

- "Ces sondages ne veulent absolument rien dire. C'est d'ailleurs un grave problème pour la démocratie, c'est un instrument de manipulation de l'opinion. Et j'invite les Français qui nous écoutent à ne pas voter en fonction des médias, à ne pas voter en fonction des sondages, mais à voter en fonction de leur coeur, de leur intelligence, de leur instinct."

Vous appelez à voter pour J. Chirac ?

- "On verra d'abord les résultats du premier tour et ensuite, bien sûr, le moment venu, je prendrai une position pour le deuxième tour. Mais cette position n'est pas arrêtée. Il n'y a qu'une chose qui est certaine : je ne ferai pas voter Jospin."

J.-M. Le Pen a déjà plus ou moins désigné son successeur. Il a dit que ce serait B. Gollnisch...

- "Vous êtes le porte-parole de Le Pen, on dirait ?!"

Pas vraiment, non, pas vraiment ! Vous n'avez pas remarqué ? Pas vraiment, non! Mais vous vous installez en face de lui, et votre objectif, c'est de récupérer son électorat à terme et d'être le représentant de cette famille politique, non ?

- "Je n'ai pas du tout l'ambition de succéder au Front national. Le MNR a des ambitions plus vastes. Il entend rassembler très largement tous ceux qui, dans le passé, ou aujourd'hui encore, ont pu être des électeurs ou des anciens électeurs de Pasqua, qui n'est plus dans la course, de Le Pen ou de de Villiers. C'est le rassemblement de cette grande droite nationale et républicaine que je veux réaliser, qui est la seule condition pour que des idées de renouveau national arrivent au pouvoir. Et je dis que c'est possible, c'est mon projet."

(source : Premier ministre, Service d'information du gouvernement, le 8 avril 2002)

Rechercher