Interview de Mme Dominique Voynet, secrétaire nationale des Verts, à La Chaîne info le 2 avril 2002, sur les actes anisémistes perpétrés en France, la situation au Proche-Orient, le désintérêt des Français pour la campagne électorale et le programme de N. Mamère sur l'environnement. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Dominique Voynet, secrétaire nationale des Verts, à La Chaîne info le 2 avril 2002, sur les actes anisémistes perpétrés en France, la situation au Proche-Orient, le désintérêt des Français pour la campagne électorale et le programme de N. Mamère sur l'environnement.

Personnalité, fonction : VOYNET Dominique, HAUSSER Anita.

FRANCE. Les Verts, secrétaire nationale

ti : A. HausserLe week-end a été marqué par une recrudescence d'actes antisémites en France. Est-ce qu'on a manqué de vigilance ou, d'après vous, s'agit-il d'une réaction brutale aux événements du Proche-Orient ?

- "Tout d'abord, au nom des Verts, je voudrais dire que nous condamnons très fermement ces actes stupides et inacceptables. Pendant plusieurs mois, nous avions été alertés sur l'augmentation du nombre d'actes antisémites, et nous pensions qu'il s'agissait essentiellement d'actes erratiques, commis par des jeunes peu conscients des réalités et peu conscients de la gravité de ce qu'ils faisaient. Je crois que ça a changé de nature ce week-end. Défaut d'éducation certes, on a l'impression de parler beaucoup de ce qui s'est passé il y a quelques décennies dans nos pays, sans doute pas assez et sans faire assez de liens avec ce qui se passe aujourd'hui. Exacerbation des tensions sur fond de guerre au Moyen-Orient, bien sûr, aussi. La situation faite aux Palestiniens ces jours-ci n'arrange pas la situation et explique que certains se croient autoriser à commettre des actes tout à fait inacceptables."

Est-ce que vous soutenez J. Bové et ses amis qui sont allés à Ramallah ?

- "Je crois qu'il est tout à fait intéressant et utile que des hommes et des femmes se lèvent pour s'interposer entre l'armée israélienne et les civils palestiniens dans cette période. Il est tout à fait intéressant aussi qu'un message soit passé des deux côtés, pour dire que la violence ne résoudra rien. Qu'un moment viendra où il faudra bien se mettre autour de la table et reprendre les discussions qui seront des discussions de paix, permettant de faire droit aux exigences fondamentales des deux parties. Donc, chaque jour passé en violence est inutile et rend encore plus difficile le retour à la table des discussions."

Pour l'instant, le message est difficile à passer...

- "Le message est difficile, mais c'est là où la présence de J. Bové et d'une délégation importante de personnes soucieuses de paix peut aussi toucher les consciences. Je crois que ce n'est pas inutile et je soutiens bien sûr le combat et la démarche de J. Bové. Je crois qu'il y a des Verts aussi dans cette équipe d'ailleurs."

Je reviens à ce qui se passe en France et au niveau des actes de violence commis ces temps-ci. Pour vous, c'est un échec complet de l'Education ? On n'apprend plus la tolérance, on voit d'un côté des élèves, des professeurs qui se mettent en grève, parce qu'ils en ont assez du prosélytisme et des élèves voilées qui viennent perturber les cours... Tous ces mouvements procèdent de la même chose ?

- "Je crois qu'il ne faut pas faire d'amalgame. Il n'y a pas grand chose de commun entre une jeune fille qui met un voile sur la tête pour ne pas être agressée dans le bus, sans forcément d'ailleurs de référence bien marquée à sa religion d'origine, et les actes organisés de ceux qui utilisent des voitures béliers pour défoncer des écoles..."

Je ne pensais pas à la protection dans le bus... Je pensais au prosélytisme...

- "Je crois que des études ont bien montré la diversité des situations et les violences auxquelles sont exposées les jeunes filles elles-mêmes dans ces quartiers. Je fais clairement le lien entre les violences que subissent les filles, les insultes, les quolibets, qu'elles subissent tous les jours dans leurs quartiers, à l'école etc, et la tentation pour certaines d'entre elles de se protéger par des signes, y compris qui masquent leur identité sexuelle et leur féminité. Mais j'ai du mal à faire le lien entre les actes antisémites du week-end et le comportement de la plus grande partie de la communauté musulmane qui ne fait pas de prosélytisme..."

Non, je ne parlais pas de ça, je parlais de l'échec de l'école ! Ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit !

- "Oui mais justement, moi non plus. Je crois qu'on est quand même dans une situation où une petite minorité rend la vie difficile à la grande majorité qui n'a aucune aspiration. C'est d'avoir des enfants qui acquièrent des diplômes par une fréquentation scolaire et qui s'intègrent au sein de la société française. Donc, je ne veux pas mettre en exergue des événements isolés qui ne concernent qu'une minorité."

Je reviens à la campagne. Est-ce que d'après vous, elle se déroule comme elle devrait ? Ou est-ce que finalement, toute cette violence et tout ce climat perturbe un peu son déroulement et rend le message difficile à passer ?

- "On a l'impression d'une campagne qui ne se noue pas vraiment, qui n'arrive pas à passer au stade où elle pourrait vraiment intéresser les Français, en terme d'affrontements de projets de société et d'affrontement de projet pour un contrat de législature. C'est vrai que la volonté, sans doute, des principaux candidats d'apparaître comme des gens responsables, d'apparaître comme non conflictuels en est sans doute une explication. L'époque est loin où on argumentait pour défendre son projet sous les préaux des écoles. Aujourd'hui, c'est le règne des communicants, des conseils en apparition médiatique. On s'adresse à la télévision et pour la télévision, en étant très attentif à ce que les messages soient bien polis, bien ronds. Je crois que c'est tout à fait mauvais pour la clarté du débat."

On a aussi du mal à identifier les intervenants. Le grand message de N. Mamère, par exemple, c'est quoi ? La fin du nucléaire ?

- "Si nous ne parlons pas d'environnement, personne ne le fera à notre place. Pourtant, c'est un des événements essentiels de ce début de siècle, la planète est finie, les ressources sont épuisables et nous devons gérer cette planète au mieux de l'intérêt des êtres humains qui l'habitent. Donc, le message de N. Mamère est un message de raison, pour ce qui concerne la gestion de l'eau, de l'air, du sol, des ressources des océans et les ressources énergétiques."

Ce n'est pas toujours ce que l'on entend dans sa bouche ?

- "Le message, c'est on peut vivre de façon aussi confortable, avec une qualité de vie aussi grande, en gaspillant moins, en étant moins cynique à l'égard de ceux qui dans les pays du Sud, vivent avec des ressources considérablement plus modestes que nous."

Quand J. Chirac parle d'une charte de l'environnement qui pourrait être adossée à la Constitution...

- "C'est de la littérature, c'est du bavardage. Cela fait des années que l'on propose une reconnaissance dans la Constitution du droit des peuples à un environnement de qualité. Cela dit, ça fait belle lurette qu'on n'en est plus là. Nous avons proposé depuis longtemps une "Organisation mondiale de l'environnement" qui, à égalité avec l'Organisation internationale du travail ou l'Organisation mondiale du commerce pourrait permettre à ces questions d'être traitées sérieusement."

Quand R. Hue dit que "la gauche plurielle est plurielle ou elle n'est pas. Ces derniers temps, elle est beaucoup plus socialiste que plurielle". Vous êtes d'accord avec lui ?

- "C'est vrai, l'intérêt de la gauche plurielle est de permettre à la diversité des facettes de la gauche de s'exprimer au sein d'une majorité, avec le souci constant que nous partageons tous, d'une plus grande justice sociale et d'un recul de la pauvreté. Cela dit la gauche plurielle sera ce que nous en faisons. Plus les communistes, plus les Verts seront présents de cette gauche plurielle, plus ce sera facile de mettre en échec une stratégie socialiste qui aurait tendance à être parfois trop hégémonique. Donc, c'est à nous d'être bons aussi et à nous de faire le meilleur score possible au soir du premier tour de la présidentielle. La majorité plurielle devrait être teintée davantage de Verts pour que les questions de qualité de vie, de qualité de l'alimentation, de sécurité de nos assiettes soit prise en compte."

Vous ne craigniez pas que N. Mamère retourne au journalisme, comme il l'a dit, si jamais il faisait moins de 5 % ?

- "Je crois qu'il fera plus de 5 % et que nous avons besoin de lui pour continuer à construire le mouvement écologiste qui pèse sur la société, qui pèse sur les décisions qui seront prises au cours des prochaines années. Je veux que les Verts influencent la vie politique française. Pour ça, ils ont besoin évidemment d'avoir beaucoup de voix au soir du premier tour."


(Source :Premier ministre, Service d'information du gouvernement, le 2 avril 2002)

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