Interview de Mme Michèle Alliot-Marie, présidente du RPR, à Europe 1 le 2 avril 2002, sur la situation au Proche-Orient, la montée de l'antisémitisme en France et la campagne électorale. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Michèle Alliot-Marie, présidente du RPR, à Europe 1 le 2 avril 2002, sur la situation au Proche-Orient, la montée de l'antisémitisme en France et la campagne électorale.

Personnalité, fonction : ALLIOT MARIE Michèle, ELKABBACH JEAN Pierre.

FRANCE. RPR, président

ti : J.-P. ElkabbachL'armée et les chars israéliens sont en train de détruire les organisations terroristes dans les villes de Cisjordanie. Ce matin, ils occupent Bethléem. Est-ce que vous donnez raison à A. Sharon ?

- "Je suis très préoccupée. Donner raison, c'est difficile. Israël ne gagnera pas la paix avec des chars, comme les Palestiniens n'obtiendront pas ce qu'ils souhaitent avec des attentats. Il faut que tout le monde fasse appliquer les résolutions de l'Onu, parce qu'aujourd'hui, la situation est extrêmement préoccupante. Nous vivons tous des heures très dangereuses. Dans le fracas des armes, la France doit continuer à faire entendre sa voix."

Elle doit faire attendre sa voix... Est-ce une voix unique pour le moment ? Est-ce que vous ne pensez pas que c'est peu audible, étant donné que les Européens se taisent, que les Américains dominent l'ensemble et que les pays arabes modérés eux-mêmes se taisent ?

- "En ce qui concerne la France, nous devons être modestes bien sûr, mais nous devons être aussi déterminés. Il est évident que les Etats-Unis jouent un rôle essentiel, qu'ils ont une influence essentielle. Ce n'est pas une raison pour que nous nous taisions, pour que nous ne fassions pas preuve, nous Français, et nous Européens, de courage pour dire ce qu'est notre vision. On a dit de cette région qu'il y avait trop d'Histoire pour trop peu de géographie. Nous avons peut-être notre mot à dire, un parmi d'autres bien sûr..."

Est-ce que vous souhaitez par exemple, dans l'immédiat, une action ou une initiative diplomatique conjointe Chirac-Jospin-Védrine au nom de la France, dans les heures qui viennent ?

- "Au nom de la France et au nom de l'Europe. Il ne faut pas dire "Nous allons tous changer les choses". Mais si tous les Européens, à l'appel du président de la République, se regroupent pour dire qu'il faut arrêter cela parce qu'on est dans un engrenage dont nous ne savons pas où il va nous mener, ni sur le terrain ni chez nous d'ailleurs, à ce moment-là, il y a peut-être un message à faire passer."

Mais comme vous le dites, il faut le faire avec modestie... Aujourd'hui, il faut sauver Arafat ? Et qui doit le sauver ? Et comment ?

- "Arafat est un interlocuteur. Y en a-t-il d'autres ? Toute la question est là."

Donc Arafat reste l'interlocuteur qu'il faut sauver. Mais qui va le sauver ? Comment ?

- "C'est la communauté internationale et elle seule, bien entendu."


La guerre au Proche-Orient a des effets en France. Depuis le mois de janvier, et notamment avec P.-A. Taguieff, nous avions alerté sur la montée de la judéophobie liée au Proche-Orient. Aujourd'hui, elle atteint l'insupportable. Elle est dénoncée et en même temps condamnée. Est-ce qu'il faut une unanimité républicaine aujourd'hui en France pour combattre cette violence qui monte ?

- "C'est évident. Rien ne peut justifier ni excuser des actes de violence. On peut comprendre que l'émotion soit légitime. Certaines images de télévision aussi peuvent la faire monter. Mais il faut raison garder. Quand il y a des actes de violence, il faut rechercher des coupables, il faut combattre l'intolérance. Et de ce point de vue, cela montre bien que nos valeurs, qui sont des valeurs pour la tolérance et le rassemblement des Français, sont aujourd'hui indispensables."

Le gouvernement Jospin vient de renforcer avec 1.100 hommes les lieux de culte et les établissements français de religion juive qui seraient menacés. Et en même temps, il promet de sanctionner avec fermeté. Est-ce que cet effort vous convainc ?

- "J. Chirac avait demandé qu'au-delà des indispensables protestations, on protège les lieux de culte et qu'on assure la sécurité des personnes. Bien entendu, je m'associe à cette demande."

Est-ce que c'est bien fait ?

- "J'espère que ça le sera. Nous allons le voir, je l'espère, dans les prochains jours. Il est évident qu'il faut rechercher les coupables, qu'il faut les punir, mais il faut, au-delà, avoir un véritable travail pédagogique à l'égard des Français et à l'égard des plus jeunes. L'une des valeurs essentielles de la France et de la République, c'est la tolérance. Il faut accepter, quelles que soient les émotions, de respecter l'autre et de parler avec lui."

Les élus doivent décider de se combattre politiquement, durement, mais sans intolérance... Même dans les campagnes électorales...

- "Tout à fait. C'est bien mon point de vue. Il faut combattre les idées, nous sommes là pour cela, un débat électoral est un débat d'idées ; il faut respecter les personnes et j'aurais aimé que certains à gauche le fassent d'une façon plus constante."

Vous serez vous aussi, dans une heure, à Nanterre, en deuil. A quoi allez-vous penser dans ce moment de recueillement devant les survivants de la tuerie de l'autre jour et devant les photos des élus morts ?

- "D'abord, c'est la tristesse qui l'emporte. Au moment où les élus sont depuis des années si décriés, les Français ont peut-être appris qu'il y avait des élus, d'une façon totalement désintéressée qui, à une heure du matin, étaient encore là pour discuter des mesures à prendre pour améliorer la vie au quotidien de leurs concitoyens. Et ceux-là ont été tués ou ont été blessés. C'est un grand élan de solidarité. Je suis maire et c'est peut-être ce qui me rend encore plus sensible à cette tragédie."

Vous voulez dire que dans ce moment où tous seront à Nanterre rassemblés, dans un moment d'unité nationale, il y a une leçon, un exemple à retenir ? Même si aujourd'hui, on est obligé de parler là beaucoup d'unité nationale et d'esprit républicain, à l'intérieur de la vie politique nationale et internationale et à un moment de la campagne ?

- "Tout à fait. La première des choses, c'est qu'on a trop décrié les élus, on a trop décrié la politique également dans notre pays. C'est peut-être un moment pour rétablir la vérité en l'espèce, pour dire que les élus sont des gens désintéressés, qui sont au service de leurs concitoyens, et qu'on l'oublie un peu trop. Alors, un peu de respect pour les élus, un peu de respect pour les politiques. Tout le monde s'en portera mieux."

Je reviens à la campagne. Au bout du bout du compte, qu'est-ce qui va distinguer et démarquer Jospin et Chirac ?

- "Ce sont deux visions totalement différentes de la France et de l'avenir des Français. J. Chirac souhaite développer les atouts de la France et des Français. L. Jospin, à mon sens, encourage à la passivité, encourage à l'assistance. Et d'ailleurs, le résultat se voit. Les Français ne se rendent pas toujours compte, parce qu'ils ont l'impression qu'ils vivent à peu près de la même façon depuis cinq ans. Quand on voit que notre pays, qui était le deuxième pour le pouvoir d'achat, juste derrière les Allemands, est aujourd'hui avant avant-dernier, avec un pouvoir d'achat moindre que les Grecs, les Portugais et les Espagnols étant à peu près à égalité, nous nous rendons compte en cinq ans de la dégradation de la situation des Français, qui est due à une certaine vision de la France qu'encourage encore L. Jospin."

Les Français ont naturellement un choix. Vous l'avez combattu avec constance pendant cinq ans. Ce n'est pas aujourd'hui, au moment du résultat final, que vous allez arrêter...

- "Non, puisqu'on voit les résultats justement..."

J.-M. Le Pen annonce qu'il aura les 500 signatures qui vont lui permettre d'être candidat pour l'Elysée. Qu'il soit candidat, est-ce en soi une chose bonne, mauvaise ou indifférente pour votre champion ?

- "C'est une chose indifférente. Cela prouve que la démocratie peut accepter tout le monde. Beaucoup d'études ont montré qu'elles viennent pour un tiers de la gauche, un tiers de la droite, notamment des petits commerçants exaspérés par les charges qui pèsent sur eux et un tiers d'une extrême droite très classique, très "anti-institutions" que nous connaissons en France."


(Source :Premier ministre, Service d'information du gouvernement, le 2 avril 2002)

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