Interview de M. Robert Hue, président du PCF et candidat à l'élection présidentielle, à RTL le 12 mars 2002, notamment sur l'utilité du vote communiste et sur le caractère illusoire du vote pour Arlette Laguiller. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Robert Hue, président du PCF et candidat à l'élection présidentielle, à RTL le 12 mars 2002, notamment sur l'utilité du vote communiste et sur le caractère illusoire du vote pour Arlette Laguiller.

Personnalité, fonction : HUE Robert, ELKRIEF Ruth.

FRANCE. PCF, président;FRANCE. Candidat à l'élection présidentielle de 2002

ti : R. Elkrief- Est-ce que la gauche cherche à abattre J. Chirac par tous les moyens ?

- "Non, il faut battre J. Chirac, c'est dans la vocation de la gauche naturellement, mais ces attaques, ces contre-attaques, la multiplication des épithètes - "fasciste", "sale gueule", l'âge du capitaine -, tout cela est d'une médiocrité absolue. Et les Français sont d'ailleurs dubitatifs. Un sondage hier disait que 70% ne voyaient pas la différence entre ce que propose Jospin, ce que propose Chirac, et comme d'ailleurs j'entendais A. Duhamel le dire..."

Vous, vous mettez les deux dans le même sac ?

- " ... Je pense qu'il faut passer à un débat sur les questions de fond. Je ne mettrai jamais dos à dos la gauche et la droite, je ne suis pas de ceux là, et il est clair pour moi qu'il y a une gauche, qu'il y a une droite. Mais, en même temps, je crois qu'il faut aller au débat de fond..."

Donc, quand L. Jospin dit que J. Chirac est "vieilli", "usé", c'est une gaffe ?

- "Je pense qu'il a autre chose à dire pour convaincre que Chirac doit être battu et notamment, Jospin doit avoir une politique bien à gauche, ce qui n'est pas le cas actuellement. Ce qui n'est pas le cas actuellement... Hier encore, il était chez vos confrères sur France Info: il a cité deux fois, je crois, M. Bayrou, il développe des thèses visant à séduire quelque peu l'électorat centriste¿"

Vous êtes jaloux, vous auriez préféré qu'il cite R. Hue à chaque seconde ?

- "Je préférerais qu'il ancre à gauche sa position. Mais je suis là pour le faire, parce que, visiblement, c'est l'utilité du vote communiste à l'occasion du premier tour. On voit bien que d'une façon générale, il y a cette dérive un peu sociale-libérale. Enfin, que je considère comme une dérive, je respecte ceux qui ont cette opinion, mais il reste que je considère que c'est une dérive... Il y a un Chirac qui s'affirme droit dans ses bottes, hier soir, de bon conservateur..."

Vous l'avez trouvé bon, techniquement, sur la forme ?

- "Je l'ai trouvé très à droite et, de ce point de vue, il n'y a pas d'ambiguïté."

Sur le statut pénal du président, c'est nouveau, il a dit qu'il reconnaissait qu'il fallait le faire...

- "Il est temps que J. Chirac dise qu'il y a la nécessité que, constitutionnellement, il y ait effectivement un président qui ne soit pas au-dessus de la justice, même si naturellement, il faut des éléments de stabilisation d'un poste comme celui de président de la République. En même temps, je l'ai vu affirmer avec assurance et couleurs de droite, avec privatisations, fonds de pension, toute une série de choses...."

Sur la sécurité ?

- "Sur la sécurité, mais en tous les cas, il est vrai que pour les Français, parfois, ça peut être difficile à distinguer de ce qu'avance L. Jospin : quand L. Jospin, sur l'ouverture du capital d'EDF par exemple, ouvre la voie à la privatisation, il n'est pas compris d'une partie de la gauche. Donc, ma campagne est claire : elle est bien à gauche, elle pour contribuer à ce que la gauche reste la gauche. Je pense que la gauche a réussi un certain nombre de choses lors de son mandat, mais elle est très loin du compte : des inégalités existent, elles sont très douloureuses pour des millions de gens et moi, je suis de ce côté-là, je suis du côté du monde du travail."

Parlons de votre candidature justement, parce que l'on a un sondage qui, ce matin, indique qu'A. Laguiller atteint les 9 % et que vous, vous stagnez peut-être autour de 5 %. Cela veut dire que votre candidature a l'air en panne, malgré ce que vous dites. Vous voulez ancrer la gauche vers la gauche mais apparemment, la gauche ou l'extrême gauche ne l'entendent pas ainsi...

- "Vous avez raison. Si vous voulez reprendre les sondages, effectivement, A. Laguiller a des points d'avance par rapport à ma candidature..."

C'est pourquoi vous "gauchissez" votre campagne, pour la rattraper ?

- "Non, A. Laguiller ne gauchit pas... "

Non, c'est vous dont je parle !.

- "Vous me parlez d'A. Laguiller, permettez que je vous réponde ! Il est évident qu'aujourd'hui, la candidature d'A. Laguiller est une candidature refuge. A bien des égards, nous voyons que, parce qu'il y a confusion dans la campagne, ce que j'ai dit tout à l'heure au début de mon propos, il y a une montée des extrêmes - on voit Le Pen et Laguiller. Tout cela d'ailleurs risque à mon avis d'être assez éphémère. Regardez J.-P. Chevènement : en huit jours, il a perdu 3 à 4 points, il est maintenant à 7,5 dans le dernier sondage de ce matin... Donc, attendons, avant de dire qu'untel va se retrouver dans telle position. Je mène une campagne avec un Parti communiste qui est très mobilisé. Ce week-end, nous avons largement mis en mouvement les militants, il y a des milliers de postes qui ont été porteurs des idées que je défends, des idées pour faire reculer les inégalités, un plan d'urgence tel que je le préconise¿ Je veux être utile. A. Laguiller, puisque vous me parlez d'elle, n'est pas très utile au fond... Je respecte A. Laguiller, mais, en même temps, regardons qu'elle revient un peu tous les 5, 6 ou 7 ans maintenant, au moment des élections, et après, elle disparaît. J'ai le courage de dire : une fois que l'élection est passée, vous pouvez encore compter sur moi, je suis là pour essayer d'arracher tout ce que je peux arracher pour la gauche. Voilà mon sentiment."

Est-ce que le problème n'est pas que vous hésitez un peu entre un grand discours qui assume le bilan gouvernemental - regardez J.-C. Gayssot est ministre des Transports, il y a une grève des routiers, il est le ministre, il est communiste...

- "Heureusement qu'il est ministre des Transports !"

Mais il est quand même en situation de gouvernement et d'assumer le bilan de L. Jospin. Et, par ailleurs, vous êtes obligé aussi d'être radical, et finalement, c'est assez inconfortable.

- "Mais si je voulais être dans le confort, je serais dans une opposition protestataire stérile comme Laguiller ! Mais je ne veux pas ce confort, parce que ce ne n'est pas la réalité, ça n'apporte rien à la France. A. Laguiller n'a rien apporté en 30 ans. Citez-moi une seule revendication qu'elle a fait passer en 30 ans, dans la réalité, pour les salariés : rien ! Moi, je veux apporter quelque chose aux salariés, je veux effectivement, chaque jour, arracher tout ce que je peux arracher. Cela conduit à être à tous les niveaux de l'institution, cela a conduit à avoir le courage de voir ce qu'est la réalité aujourd'hui de la France et d'essayer d'apporter des réponses pour les salariés."

Aujourd'hui, vous allez dévoiler vos affiches de campagne. F. Beigbeder, le publicitaire qui vous soutient, a fait un grand article dans Le Monde, pour dire que vous êtes le dernier descendant de Robin des Bois, celui qui prend aux pauvres pour donner aux riches etc. Dans le même papier, il dit aussi des choses pas très gentilles - je ne sais pas comment vous les avez prises - : vous êtes "un barbu ringard", un "rocker communiste mal fagoté"... Vous acceptez tout pour paraître branché ?

- "Non, absolument pas. D'ailleurs, cette façon d'écrire de Beigbeder est significative d'une réalité où il montre que ça ne tient pas justement au physique - et on vient de le dire tout à l'heure à propos de certains -, mais que ça tient aux engagements concrets, profonds. Aujourd'hui, il faut bien reconnaître qu'à gauche, je n'ai pas le monopole des choses. Mais quand même, à gauche, je suis celui qui entre radicalement dans la gauche constructive, pas dans la gauche inefficace, pas dans la gauche qui va disparaître au lendemain des élections."

Voilà donc votre message aux électeurs d'A. Laguiller ce matin...

- "Oui, l'efficacité et l'utilité, c'est ma candidature, tout le monde le sait et donc, de ce point de vue, je crois que c'est essentiel."


(Source :Premier ministre, Service d'information du gouvernement, le 12 mars 2002)

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