Interview de M. Noël Mamère, candidat des Verts à l'élection présidentielle, à France 2 le 9 avril 2002, sur la protection des forêts, sa place dans les sondages, son refus de voir modifier l'ordonnance de 1945 sur la protection des mineurs et sur sa participation à la manifestation de soutien des Palestiniens. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Noël Mamère, candidat des Verts à l'élection présidentielle, à France 2 le 9 avril 2002, sur la protection des forêts, sa place dans les sondages, son refus de voir modifier l'ordonnance de 1945 sur la protection des mineurs et sur sa participation à la manifestation de soutien des Palestiniens.

Personnalité, fonction : MAMERE Nöel, LABORDE Françoise.

FRANCE. Les Verts, député;FRANCE. Candidat à l'élection présidentielle de 2002

ti : F. Laborde - A La Haye, 180 pays étaient réunis pour sauver et réfléchir sur la façon de sauver les forêts du monde ; cela vous a intéressé ?

- "Oui, pas simplement les forêts, mais l'ensemble de la biodiversité. Il faut savoir que durant ces 35 dernières années, ont disparu autant d'espèces que pendant 5.000 ans et que 80 % des forêts primaires, ces forêts anciennes que l'on trouve en Amazonie ou en Afrique, auront déjà disparu. Si l'on ne fait rien, dans dix ans, il n'y aura plus une seule forêt primaire en Afrique et en une génération, il n'y aura plus rien en Amazonie."

Mais si ces forêts sont menacées, ce n'est pas simplement à cause des exploitations industrielles, c'est aussi parce que parfois, il y a des besoins humains, il y a une poussée démographique telle qu'entre l'homme et l'environnement, il y a un conflit.

- "Non, ce n'est pas un choix entre l'homme et la nature, c'est l'effet d'une mondialisation libérale qui cherche le profit à tout prix. C'est une surexploitation de ces forêts dans des conditions absolument atroces, atroces pour ceux qui sont exploités, notamment les paysans qui deviennent des paysans sans terre. Et puis, cela détruit aussi ceux qui vivent dans les forêts, comme les espèces végétales ou animales. C'est la raison pour laquelle nous demandons avec d'autres associations un moratoire, c'est-à-dire l'arrêt de l'exploitation de ces forêts primaires, pour aider les pays en voie de développement qui sont possesseurs de ces forêts à mieux exploiter ces forêts de manière durable et non pas de manière sauvage. Et puis, imposer aux grands marchands de meubles, que sont IKEA, Lapeyre ou d'autres, une traçabilité. C'est-à-dire que quand vous achetez un meuble, savoir d'où il vient, comment il a été fabriqué."

Il y aurait une sorte de norme d'environnement, comme les normes sociales ? Telle marque de café explique effectivement que cela a été fait dans des conditions...

- "C'est ce qu'on appelle "le café équitable", par exemple. La traçabilité a été imposée depuis la crise de la vache folle sur les produits que nous mangeons, notamment sur la viande. Je ne vois pas pourquoi il n'y aurait pas de traçabilité sur le bois que nous exploitons afin de faire nos meubles. Les pays du nord sont les plus gros consommateurs de bois."

Concernant la campagne électorale, les sondages vous sont très favorables, vous avez fait un bond en avant. Auprès de qui cela marche le mieux ?

- "Tout d'abord, je regarde cela avec beaucoup de distance, parce que les sondages sont les sondages. Je veux donc rester très circonspect par rapport à cette évolution qui, psychologiquement, est naturellement un bon soutien. Mais il faut que je continue à creuser mon sillon sur les thèmes que j'ai abordés depuis le 17 janvier, date du début de ma campagne, et on verra bien le 21 avril. En tout cas, la réalité, c'est de dire à ceux qui se sentent attirer par les thèses que je défends devant les Français, c'est de leur dire que plus ils sont nombreux, plus ils donneront de poids aux Verts pour que nous puissions peser dans la société et peser dans la gauche, parce qu'on s'aperçoit de ce qui se passe à La Haye, aux inégalités sociales, à la question de la crise écologique, de l'air que nous respirons, de ce que nous trouvons dans notre assiette, qu'il y a la nécessité de renforcer le poids des Verts pour qu'on apporte un certain nombre de solutions compatibles entre l'homme et la nature."

Vous ne m'avez pas répondu : auprès de qui ça marche le mieux ?

- "Ca marche bien auprès des jeunes, ils sont très attirés par les idées des Verts, ce qui ne m'étonne pas, puisque nos idées sont de ce siècle et de ce millénaire ; elles sont modernes. Aussi par toute un catégorie de Français que l'on catégorise dans les classes moyennes. Le vote Verts est un vote qui est devenu transversal, il ne s'adresse pas simplement à une seule catégorie, il s'adresse à l'ensemble des Français et c'est la raison pour laquelle je suis plutôt satisfait de voir cette évolution des sondages."

Est-ce que le succès auprès des jeunes ne s'explique pas en partie par votre demande de dépénalisation ... ?

- "Je ne propose pas la dépénalisation, mais la légalisation contrôlée du cannabis. Parce que la dépénalisation, c'est quelque chose d'hypocrite. On dépénalise l'achat et l'usage, mais on maintient l'interdiction de la vente, ce qui perpétue l'économie parallèle."

C'est le seul slogan auprès des jeunes qui est totalement populaire...

- "Non, pas du tout ! Quand on parle aux jeunes de l'autonomie, quand on propose un revenu d'autonomie pour la jeunesse, quand on sait que 100.000 jeunes dans ce pays, entre 18 et 25 ans, n'ont pas de quoi vivre, parce qu'ils n'ont jamais travaillé et qu'ils ne touchent pas le RMI, ils le comprennent très bien. Quand on fait une réunion, comme [celle d'] hier soir, sur l'éducation avec P. Mérieux et M.-D. Pierrelaye, sur la question de l'autonomie, sur la démocratie dans les lycées et dans les collèges, pour que les élèves soient plus associés aux choix qui sont faits pour eux et sans eux souvent, les jeunes le comprennent très bien. Ils comprennent très bien qu'aujourd'hui, ils en ont assez d'être traités comme une marchandise que l'on exalte dans les pubs, avec la réussite individuelle, l'égoïsme... Tout cela, ils en ont un peu assez. Tout cela, ils en ont un peu assez, vous savez, les jeunes aujourd'hui sont très solidaires, ils ont très bien compris que le monde qu'on leur prépare, ce n'est pas celui qu'ils veulent."

Sur la sécurité, vous trouvez vous aussi qu'il n'y a pas une grosse différence entre le programme de Chirac et de Jospin ?

- "C'est même du pareil au même, si je puis dire. Je trouve ça assez scandaleux de voir que la gauche - puisque c'est le camp dans lequel je me trouve et je suis là pour faire gagner la gauche, et que les Verts dans la gauche ne soient plus simplement l'alibi écolo de la sociale-démocratie mais un vrai partenaire -, que le candidat socialiste puisse dire aujourd'hui que la réforme de l'ordonnance de 1945, celle qui protège les mineurs, n'est plus un tabou. De même, je trouve consternant de voir qu'on en revient à une décision qui avait été prise par monsieur Peyrefitte, ministre de la Justice de droite en 1979, lorsqu'il avait décidé d'arrêter les centres fermés pour les jeunes délinquants... Ce n'est pas en les enfermant, on sait que la violence s'ajoute à la violence..."

Les maisons de correction, de redressement...

- "Oui, c'est ce que l'on appelait "les bagnes pour jeunes". Ce n'est ce qu'il faut faire. Il faut travailler sur la prévention, renforcer le nombre d'éducateurs de rue, revaloriser le travail et la fonction des travailleurs sociaux, améliorer la protection judiciaire de la jeunesse, faire comme on fait au tribunal de Bobigny, par exemple, qui est un tribunal pour enfants, où son président fait un énorme travail. Il propose des peines de substitution à la prison, qui sont des travaux d'intérêt général. C'est ce que l'on appelle "la réparation des dommages". Quand on regarde le résultat, on s'aperçoit que les récidives sont extrêmement faibles."

Il a quand même quelques jeunes qui sont dans des situations particulièrement difficiles et qui peuvent éventuellement être placés en internat.

- "Cela existe déjà, avec ce qui a été créé par la gauche. Ce sont des centres ouverts et non pas des centres fermés. C'est plutôt efficace, il n'y en a pas assez. Personne ne dit, et surtout pas moi, qu'il ne faut pas exercer une sanction, mais je pense que la priorité des priorités, plutôt que dire "sanction-répression, sanction-répression", est de lutter contre l'échec scolaire. Il n'est pas normal qu'un gamin qui arrive en 6ème ne sache ni lire ni écrire, pour quelques uns d'entre eux."

Dans le conflit du Proche-Orient, on vous a vu dans la manifestation qui soutenait les Palestiniens. Vous étiez le seul candidat à l'élection présidentielle à manifester. Pourquoi avez-vous pris cette décision ?

- "Parce que je veux soutenir le peuple palestinien qui attend un Etat depuis 1949. C'est le rapport du fort au faible. Aujourd'hui, le faible, c'est le Palestinien. La communauté internationale et l'Europe sont en dessous de tout dans cette affaire, puisqu'elle pratique la politique des deux poids deux mesures. Au nom de quoi a-t-on envoyé une force internationale d'interposition au Kosovo, puis en Afghanistan et au nom de quoi se lave-t-on les mains, comme Ponce Pilate, pour ne pas envoyer une force de protection du peuple palestinien et de ses dirigeants aujourd'hui ? Pourquoi Sharon impose-t-il sa politique face aux Etats-Unis, qui sont totalement impuissants face à l'entêtement du général qui, après avoir été à l'origine du massacre de Shabra et Chatila, risque d'apporter la tragédie, non seulement aux Palestiniens, mais à son propre peuple ? Il ne lui apporte pas la sécurité, mais l'insécurité. J'aurais souhaité me rendre à la manifestation de dimanche organisée par le CRIF, sauf qu'il ne faut pas faire d'amalgame : quand le CRIF nous demande de manifester contre les exactions commises à l'endroit des institutions juives, cultuelles ou culturelles, bien sûr que je les condamne ! Evidemment que je les condamne au premier chef ! Parce que je souhaite un Etat d'Israël reconnu par l'ensemble des pays arabes et parce que je pense qu'il ne faut pas faire d'amalgame. Mais on ne peut nous demander de défiler pour protester contre ces dérives et soutenir en même temps la politique de l'Etat d'Israël. Ce n'est pas parce qu'aujourd'hui, je critique la politique des actuels dirigeants de l'Etat d'Israël que, pour autant, je suis un antisémite. Ces amalgames, je ne les supporte plus."

(source : Premier ministre, Service d'information du gouvernement, le 9 avril 2002)

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