Interview de Mme Arlette Laguiller, porte-parole de Lutte ouvrière et candidate à l'élection présidentielle de 2002, sur "France 2" le 12 avril 2002, sur la fermeture de l'usine AZF. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Arlette Laguiller, porte-parole de Lutte ouvrière et candidate à l'élection présidentielle de 2002, sur "France 2" le 12 avril 2002, sur la fermeture de l'usine AZF.

Personnalité, fonction : LAGUILLER Arlette, SICARD Roland.

FRANCE. Lutte ouvrière, porte parole; FRANCE. Candidate à l'élection présidentielle de 2002

ti :
R. Sicard
Hier soir, vous étiez en meeting à Toulouse. Hier, on a appris à Toulouse que l'usine AZF allait définitivement fermer. Est-ce que vous êtes du côté des travailleurs d'AZF, qui refusaient la fermeture ou est-ce que vous êtes du côté des riverains qui eux réclamaient l'abandon complet de l'activité d'AZF ?

- "Je suis à la fois du côté des riverains et de tous ceux qui ont été touchés par la tragédie et également du côté des travailleurs d'AZF. Je suis contre les profits des actionnaires de TotalFinaElf, parce que je pense que c'est scandaleux que M. Desmarest ait annoncé la fermeture de cette usine, sans qu'il ait donné en même temps la garantie que chacun des travailleurs aurait un emploi ou en tout cas son salaire versé jusqu'à ce que l'on lui ait retrouvé un emploi, qui ne fasse pas baisser son niveau de vie et qui soit à Toulouse. Et il y a une responsabilité conjointe dans ce problème de l'emploi, à la fois du trust TotalFinaElf, à la fois de la municipalité, qui après tout, a laissé finalement les constructions s'édifier autour de l'usine - des écoles, un hôpital, une université -, c'est-à-dire toute une population autour de l'usine. Je dis que c'est à TotalFinaElf et à la municipalité de Toulouse de trouver des emplois pour les travailleurs d'AZF - et pas seulement ceux d'AZF, on oublie que beaucoup de sous-traitants sont touchés actuellement et que c'est plutôt de l'ordre du millier ou de 1.500 travailleurs qui vont se retrouver sans emploi..."

Mais sur le fond, il fallait fermer ou pas ?

- "Mais ce n'est pas le problème¿ S'il faut mettre les usines à la campagne, oui pourquoi pas, mais à ce moment-là, d'abord, il faut que TotalFinaElf mette l'argent nécessaire pour que les conditions de sécurité, pour que le risque zéro existe pour les travailleurs. Parce que même si l'on éloigne les entreprises des villes, de toute façon, les travailleurs qui sont à l'intérieur, il faut qu'ils aient une sécurité totale. Ce qui n'avait pas été fait par TotalFinaElf à l'usine AZF, puisque l'on sait que l'on a fait des économies sur la sécurité ; il y a moins d'un an il y avait eu une grève, pour que les effectifs des pompiers ne soient pas baissés dans cette usine."

Les travailleurs d'AZF disent quand même, eux, qu'il ne fallait pas fermer.

- "Eux, comprenez leur angoisse. Eux, ils sont pour avoir un travail, pour avoir une garantie, pour pouvoir continuer à vivre à Toulouse, élever leurs enfants. Ils ne sont responsables de rien dans cette affaire et aujourd'hui, comme ça, brutalement, alors que TotalFinaElf avait l'intention de diminuer de toute façon sa production de nitrate. On avait même parlé, bien avant la catastrophe de Toulouse, de la fermeture d'une usine à Rouen. Et finalement, après cette catastrophe, cette tragédie qui a touché dans leur chair des milliers finalement de Toulousains, des ouvriers qui sont morts, des habitants aussi qui sont morts, 2.000 blessés, la direction de TotalFinaElf doit payer pour trouver des emplois immédiatement pour tous les salariés et également pour indemniser les victimes qui ne le sont pas."

Revenons à la campagne : les sondages pour vous sont bons, on vous place autour de 10 %. Les socialistes et les communistes disent que voter pour A. Laguiller, cela ne sert strictement à rien, parce que votre programme est complètement irréalisable et que, de toute façon, vous ne voulez pas être associée au gouvernement". Qu'est-ce que vous répondez à cela ?

- "Je ne pense pas que ceux qui votent pour moi pensent que c'est irréalisable, ils ne sont pas idiots, ils savent pourquoi ils votent. Et quand je dis qu'il faut interdire les licenciements collectifs, interdire les délocalisations, je réponds à une angoisse profonde dans le monde du travail, qui est : qu'est-ce que l'on fait face à cette déferlante de plans de suppression d'emplois, de plans de licenciements, de délocalisations ? Hier à Toulouse, des ouvrières d'une entreprise - Rouleau-Guichard - m'ont raconté comment le patron qui délocalise en Tunisie - c'est une entreprise de textile - ou au Maroc, finalement se débrouille pour licencier les travailleurs par paquets de neuf, pour ne même pas avoir un plan social à faire, parce qu'en dessous de dix, effectivement, ce ne sont pas des licenciements collectifs. Qu'est-ce que l'on répond à ces travailleurs ? Je dis qu'il faut demander l'interdiction des licenciements et on fait tourner les entreprises sous le contrôle de la collectivité s'il le faut. Mais si l'on veut éradiquer le chômage, qui est finalement la source de bien des maux, y compris dans les quartiers populaires, que l'on commence par empêcher ces licenciements, ce que ne fait pas ce Gouvernement. Alors, son utilité est peut-être de protéger les possesseurs de capitaux, mais certainement pas de protéger les intérêts des travailleurs."

Ce qui est une nouveauté de cette campagne, c'est que votre mouvement, Lutte Ouvrière, a rarement été aussi attaqué. Beaucoup ont parlé de secte concernant Lutte Ouvrière, vous êtes même en procès avec D. Cohn-Bendit sur ce point. Vous, vous dites "plus on m'attaque, plus je monte dans les sondages", mais sur le fond, vous n'avez pas vraiment répondu ?

- "Je n'ai rien à répondre ! Qu'est-ce que c'est que ces journalistes qui s'instituent procureur et qui nous font des procès ?! Qu'est-ce que c'est que ces journalistes qui se mettent à se recopier les uns les autres, à nous traiter de secte, à mépriser mes militants, à me mépriser moi-même, comme les frères Cohn-Bendit qui, parce que je suis une femme, prétendent que je suis manipulée par un gourou ?! Et vous croyez que je vais laisser ça passer ? Eh bien, certainement pas ! "

Mais sur le fond, qu'est-ce que vous avez à répondre ?

- "Mais je n'ai rien à répondre sur le fond ! Les militants de Lutte ouvrière sont parfaitement connus dans tous les pays. Nous présentons depuis des dizaines d'années des centaines de camarades dans les élections locales, dans les élections régionales, dans les élections municipales ; nous allons être présents dans toutes les circonscriptions aux élections législatives. On ne les a pas sortis d'un chapeau ces militants, ils existent ! Et les travailleurs, croyez-moi, ils rigolent bien sur la soi-disante de Lutte Ouvrière."

(source : Premier ministre, Service d'information du gouvernement, le 12 avril 2002)

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