Interviews de M. Jean-Pierre Chevènement, candidat du Mouvement des citoyens à l'élection présidentielle de 2002, dans "France Soir" et à "France 2" le 12 avril, à "Europe 1" le 15 avril, à "RTL" le 17 avril, dans "Libération" et à "France 2" le 18 avril 2002 sur ses aspirations pour la France, ses propositions, et sur le déroulement de la campagne électorale. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interviews de M. Jean-Pierre Chevènement, candidat du Mouvement des citoyens à l'élection présidentielle de 2002, dans "France Soir" et à "France 2" le 12 avril, à "Europe 1" le 15 avril, à "RTL" le 17 avril, dans "Libération" et à "France 2" le 18 avril 2002 sur ses aspirations pour la France, ses propositions, et sur le déroulement de la campagne électorale.

Personnalité, fonction : CHEVENEMENT JEAN Pierre, MAZEROLLE Olivier, CHAPEL Jean-paul, LECLERC Gérard, ELKABBACH JEAN Pierre, ELKRIEF Ruth, HASSOUX Didier, LABORDE Françoise.

FRANCE. Mouvement des citoyens, député;FRANCE. Candidat à l'élection présidentielle de 2002

ti : France Soir le 12 avril 2002

" A quelques jours du premier tour, comment vous sentez-vous ? Cette campagne n'est-elle pas trop difficile à mener ?

Jean-Pierre Chevènement : Je me sens très bien. Evidemment c'est un certain rythme, mais ma carcasse m'a déjà suivi dans des endroits plus difficiles. J'ai toujours été un grand travailleur dans tous les ministères que j'ai occupés, je n'ai jamais ménagé ma peine. Actuellement, je suis au maximum de ma puissance et de ma capacité.

Votre campagne donne l'impression d'être plus celle d'un homme que celle d'un parti. D'ailleurs, sur vos affiches, il n'y a pas de slogans.

Il y a quand même quelques slogans : " La République, force de la France " ou bien " Le sursaut républicain ". Mais, effectivement, je ne fais pas une campagne publicitaire. Je fais une campagne sur un programme dont j'ai défini les orientations il y a déjà sept mois, dans mon discours de Vincennes. Et je peux dire que je n'ai pas modifier ma ligne.

Est-que le Pôle Républicain existera après les élections ? A-t-il un avenir en tant que parti politique ?

Oui, parce que je crois qu'il correspond à une sensibilité qui s'est manifestée, il y a déjà une bonne douzaine d'années, face à la complaisance de nos gouvernements successifs vis à vis des communautarismes, des ethnicismes ou des minorités violentes comme en Corse par exemple. Le sentiment que la République doit s'affirmer à travers ses valeurs, ses principes d'une loi qui soit la même pour tous, d'une conception de la citoyenneté qui ne distingue pas selon l'origine, tout cela me paraît non seulement tenir la route mais aussi nous armer face aux périls qui sont devant nous (...)"


(source http://www.chevenement2002.net, le 15 avril 2002)

Europe 1 le 15 avril 2002

J.-P. Elkabbach - Nous sommes à J moins 6 du premier tour et c'est toujours l'incertitude totale ; quelle est votre interprétation ?

- "C'est la dernière ligne droite. Voilà une élection où près des deux tiers des électeurs ne se sont pas décidés. Il y a un rejet évident des sortants, J. Chirac et L. Jospin. Pour moi, le problème est de convaincre les électeurs qu'ils doivent voter utile s'ils ne veulent pas être enfermés dans le vote Chirac-Jospin."

Mais si les électeurs votent utile, vous risquez gros ?

- "S'ils votent utile pour moi ! De voter utile pour ne pas être enfermé dans la fausse alternative Chirac-Jospin, car ils sont les candidats de la même politique, parce qu'ils ont les mêmes postulats et entraînent également la France vers le déclin. Donc, plutôt que de disperser leurs voix soit sur des petits candidats qui n'ont pas de potentiel, soit sur des candidats de protestation stérile, qui ne feront rien de leurs voix ..."

Vous voulez dire qui ? Le Pen, n° 3 aujourd'hui ?

- "Le Pen, A. Laguiller, essentiellement..."

Vous pensez que c'est de la protestation inutile ?

- "Oui, c'est de l'impuissance. Et d'une certaine manière, ils confortent le statu quo. Ce sont des candidats alibi."

L'extrême gauche fait un score élevé.

- "Peut-être, mais que feront-ils de leurs voix après ? Que fera A. Laguiller de ses voix ? Rien. Je suis le seul à proposer un projet alternatif, crédible, un projet de changement. Il s'enracine dans un autre postulat que l'acquiescement à la mondialisation libérale aveugle."

Lors du vote du dimanche, qu'est-ce qui sera déterminant pour l'électeur ?

- "J'étais sur le marché du 11ème arrondissement samedi et une dame m'a abordé pour me dire : "Vous êtes le seul candidat qui fassiez une campagne présidentielle. Les autres font une campagne législative, municipale. Ils parlent de l'importation des armes, de l'abaissement du droit de vote à 17 ans - pourquoi pas à 7, c'est l'âge de raison au catéchisme. Et, au total, vous êtes le seul à situer les problèmes à bonne hauteur, à nous parler de la France"."

Cela vous a flatté et vous a conforté dans l'autosatisfaction ?

- "Je n'ai pas d'autosatisfaction. Tout le monde s'est accordé à dire longtemps que j'élevais la qualité du débat. Mais cette campagne a totalement occulté les débats de fond. Par exemple, à Barcelone, des décisions extrêmement importantes ont été prises par J. Chirac et L. Jospin pour repousser l'âge de la retraite à 63 ans, libéraliser le service public et conclure un accord sur un super pacte de stabilité budgétaire, qui ferait que nous aurions un déficit zéro en 2004. Autant dire qu'il n'y aura pas de débat budgétaire dans les deux Assemblées. Ce seront des budgets de rigueur en 2003 et 2004."

Donc, vous ne croyez pas au rendez-vous de 2004 ? Vous pensez plutôt 2007 ?

- "Je pense que nous devons avoir entre pays européens un pacte de coordination, parce que naturellement - et c'est un des grands sujets que la campagne n'a pas abordé -, pour gérer l'euro, une monnaie qui appartient à douze pays, il faut une coordination. Mais cela ne veut pas dire qu'on va tous se serrer la ceinture pour mettre les déficits à zéro. Les Etats-Unis, aujourd'hui, ont un déficit budgétaire. Pour lutter contre la récession, il leur arrive d'avoir un déficit budgétaire égale à 4 % du PIB."

Si on reporte le délai, et si chaque pays fait ce dont il a besoin et assume les risques de retard en Europe, on risque des crises en Europe ?

- "Non, on va se mettre d'accord pour mener ensemble une politique de relance, comme les Etats-Unis, qui peut se faire à la fois par la voie budgétaire et par la voie monétaire, si on veut bien amener la Banque centrale européenne à baisser ses taux d'intérêt, qui sont deux fois plus élevés qu'aux Etats-Unis."

Nous sommes dans la dernière ligne : qu'est-ce qui va faire la différence ou le sursaut Chevènement, s'il y en a un ?

- "C'est que je propose en effet de prendre appui sur nos capacités, nos atouts, notre volonté, la souveraineté nationale aussi, pour desserrer les contraintes, pour gagner des marges de manoeuvre, pour reconquérir le capital de nos entreprises, dont chacun sait qu'elles sont aujourd'hui colonisées par les fonds de pension. Bref, en tout domaine, je propose la volonté et l'action. Je ne me résigne pas au déclin. Contre les deux candidats sortants, qui sont des candidats programmés du déclin, je propose une voie, et une voie qui repose sur la confiance rendue en la France."

Mais pourquoi ces arguments vont-ils passer maintenant, à cinq ou à six jours du vote ?

- "Mais parce que je pense que beaucoup de nos concitoyens ne veulent pas égarer leur voix soit sur des petits candidats, soit sur des candidats défouloirs de protestation stérile. Je leur dis : "Votez utile, votez Chevènement", parce que c'est la seule manière d'échapper à un faux choix Chirac - Jospin. Je les invite, ce faisant, au Zénith, jeudi 18 avril à 18h30."

On est jamais mieux servi que par soi-même ! Après le premier tour, comment vous prendrez votre décision pour le deuxième tour, puisque comme dit P. Giacometti, on va entrer dans une nouvelle élection et une nouvelle campagne ?

- "J'espère être au deuxième tour en mobilisant les électeurs qui veulent que cela change vraiment, et à qui je propose une voie raisonnée, un projet construit, mobilisateur en tout état de cause. Naturellement, le Pôle républicain qui s'est constitué pendant cette campagne - plus de 37. 000 adhérents à nos comités de soutien - va peser dans la vie politique française. Il sera un point d'ancrage."

Donc, ce n'est pas la dernière bataille - comme on le dit quelquefois ou on le lit - de J.-P. Chevènement ? Il y a d'autres causes, d'autres batailles, après ?

- "L'avenir est long."

Pour tout le monde, et pour J.-P. Chevènement et ses partisans... Est-ce que pour votre décision dans l'entre-deux tours, si vous n'êtes pas au deuxième tour, vous ferez voter votre état-major, vos amis, avant de prendre votre décision ou vous la prendrez seul ?

- "Je consulterai naturellement tous ceux qui m'ont rejoint, chacun avec son identité, son parcours. Je ne suis pas homme à prendre des décisions tout seul. Je m'entourerai de l'avis de tous ceux qui m'ont rejoint, qui m'ont apporté leur soutien. Mais, encore une fois, je fais appel au civisme des Français pour être présent au deuxième tour. Je pense que je représente un vote sérieux. Qu'est-ce qu'on doit attendre d'un président de la République ? Quand même une certaine hauteur de vue, un certain désintéressement, une certaine capacité à résister aux lobbies. Je crois pouvoir dire que, dans ce paysage où nous avons affaire à beaucoup d'opportunistes et à beaucoup de démagogues, je suis le seul dont les Françaises et les Français peuvent savoir qu'il se détermine toujours en fonction de l'intérêt national."

Vous croyez qu'on peut dire aux Français : "Je suis le seul à ne pas être démagogue, je suis le seul à dire des vérités, etc.", et que les Français peuvent le croire ? Parce que chacun le dit !

- "Je pense que les Français m'ont suivi, ils savent que j'ai une expérience, mais en même temps que je suis un homme libre. C'est très rare d'avoir les deux à la fois, et c'est mon originalité. En plus, ils ont pu me juger sur les actes dans les différents ministères dont j'ai eu la charge. Ils savent que je suis un homme travailleur et cohérent et ils savent que chaque fois que j'ai pris des positions, c'était dans l'intérêt bien compris de la France."

Un mot sur le Proche-Orient : êtes-vous inquiet ? Est-ce que la mission de C. Powell est en train de réussir ou d'échouer ?

- "Il y a déjà longtemps que j'ai dit que c'est la France qui aurait dû prendre l'initiative d'une conférence internationale."

Elle ne peut pas le faire seule.

- "[Avec] les Etats-Unis, les pays européens, les pays arabes, la Palestine et Israël. C'est la seule manière d'aboutir à une paix reposant sur des bases équitables, pour permettre aux deux peuples de vivre pacifiquement côte à côte. En dehors de cela, il n'y a que la perspective barbare d'un choc de civilisations qui retentirait sur notre sol. D'où l'importance d'affirmer les règles républicaines, l'autorité de la loi égale pour tous, face à tous les dérapages que nous avons pu constater, racistes, antisémites, de ces dernières semaines."

(source : Premier ministre, Service d'information du gouvernement, le 15 avril 2002)

RTL le 17 avril 2002

R. Elkrief - Nous sommes à cinq jours du premier tour de l'élection présidentielle. Il y a eu 300 agressions antisémites en 17 jours, deux fois plus qu'en 2001 ; à Djerba, attentat contre la synagogue avec une piste venant peut-être de France... Comment réagissez-vous ?

- "Je ne suis malheureusement pas surpris. Il y a des mois que je mets en garde les pouvoirs publics contre la recrudescence de ses actes inadmissibles. Car on ne peut pas faire des amalgames entre nos concitoyens juifs et puis, par ailleurs, la politique menée par Israël. Il faut rester bon sur la définition républicaine : un Français, c'est un citoyen français, rien de plus."

Cela n'a pas été le cas jusqu'à présent ?

- "Il y a eu une certaine vigilance par rapport à une montée d'actes qu'on voyait venir. Moi-même, je m'en suis ému dès le mois d'octobre dernier. Il est évident qu'il y a non seulement des mesures de police à prendre, mais aussi des rappels de principe très forts. On ne doit pas plus tolérer ces actes inadmissibles contre des synagogues et des écoles juives, qu'on ne doit tolérer des actes de discrimination à l'égard de nos concitoyens d'origine musulmane. L'origine, dans la République, ça n'existe pas ; il y a des citoyens, il y a des Français et la loi doit s'appliquer fermement, pour tous. Pour des actes pareils, il faut que les sanctions soient très fermes."

Précisément : demain, L. Jospin réunit des ministres pour évoquer cette situation à Matignon. Je m'adresse presque plus à l'ancien ministre de l'Intérieur : que doit-il en sortir concrètement ?

- "Il faudrait rompre définitivement avec une politique de complaisance à l'égard de tous les ethnicismes, de tous les communautarismes, de toutes les formes d'intégrisme, que nous avons tolérés. Beaucoup de candidats se comportent comme si la campagne consistait à collectionner le soutien de telle ou telle minorité. Il faut s'adresser aux citoyens, il faut rappeler ce que sont les principes qui fondent la vie en commun."

Vous disiez "défaut de vigilance", est-ce que le Gouvernement ou le ministre de l'Intérieur n'a pas fait son travail ?

- "Il y a eu une minimisation de faits graves qui doivent être sanctionnés avec fermeté, si on veut faire l'éducation d'un certain nombre de gens qui, naturellement, parce qu'ils regardent à la télévision ce qui se passe au Proche-Orient, se croient autoriser à jeter des cocktails Molotov contre les synagogues. Ca ne marche pas, il faut le dire clairement. On le dira d'autant mieux que la France aura une politique claire au Proche-Orient pour proposer une issue politique, une conférence internationale, car on voit les limites de la médiation américaine."

Un mot sur l'intégration des immigrés et des jeunes nés en France, mais qui ont du mal à trouver leur place dans la société française : L. Jospin est pour la réforme de la double peine, il est pour le droit de vote des immigrés aux élections locales ; ce sont de bons moyens ?

- "J'ai proposé une politique d'accès à la citoyenneté, c'est-à-dire que j'ai créé dans chaque département, des commissions d'accès à la citoyenneté pour veiller à faire en sorte que ces jeunes aient le pied mis à l'étrier, parce que je pense que l'égalité des devoirs doit être rappelée. Il faut aussi faire en sorte que ces jeunes puissent réussir autrement que par les petits trafics. Il faut leur donner la possibilité d'avoir un métier, les mettre au boulot parce que le travail, c'est le moyen de la dignité et de l'intégration. C'est absolument nécessaire. Quant à la double peine, je vais être très clair : j'avais demandé à travers la loi..."

C'est-à-dire une peine de prison en France et ensuite, un bannissement ou un retour vers le pays d'origine...

- "Voilà. C'est d'ailleurs une expression impropre ; il faudrait parler de "peine complémentaire". Un Français peut être frappé d'indignité civique, de privation de ses droits politiques. Sous réserve des attaches familiales, notion que j'avais fait introduire dans la loi du 11 avril 1998, je le dis franchement : il ne me parait pas anormal qu'un trafiquant de drogue, qu'un intégriste qui peut être à l'origine d'actes délictueux, il ne parait pas anormal qu'un proxénète puisse être écarté du territoire national. Car si nous voulons faire l'éducation, nous devons le faire en nous appuyant sur quelques règles coercitives. Je dis bien eu égard à toutes les attaches familiales, parce que je reconnais que cela pose un problème humain vis-à-vis des familles."

J.-M. Messier a limogé P. Lescure ; vous avez dit que c'est un mauvais coup. Mais J.-M. Messier assure l'indépendance de Canal Plus et que le soutien au cinéma français serait assuré par un nouveau Canal.

- "Je n'ai aucune confiance dans les déclarations de J.-M. Messier, qui a affirmé vouloir mettre fin à l'exception culturelle franco-française. On sait que Canal Plus est obligé, par un cahier des charges, de financer à hauteur de 9 % de son chiffre d'affaires, le cinéma français. C'est donc l'indépendance du cinéma français qui est en jeu. Je pense qu'il est vraiment insuffisant de voir le Gouvernement se retourner vers le CSA..."

Que faudrait-il qu'il fasse ?

- "... L. Jospin se tourner vers D. Baudis, laissez-moi rire !"

Comment le Gouvernement va-t-il intervenir dans la gestion d'une entreprise ?

- "Eh bien, il faut que le Gouvernement rappelle qu'il a des responsabilités dans un certain nombre d'équilibre et que, le cas échéant, monsieur Messier qui est d'ailleurs un habitué de Matignon, y soit convoqué..."

Ah bon ? Vous avez des informations pour dire qu'il est ami avec L. Jospin ?

- "Je n'ai pas dit ça, mais je dis qu'il a déjà eu l'occasion d'évoquer avec le Premier ministre - P. Lescure nous l'a raconté hier, sur Canal Plus - les engagements qu'il avait pris, auxquels il entendait rester fidèle. Je pense qu'il serait bon que le Premier ministre puisse convoquer le chef d'une grande entreprise, pour lui demander non seulement de respecter ses engagements, mais pour lui faire part de son extrême vigilance. Par ailleurs, les pouvoirs publics français ne manquent pas de quelques moyens de pression sur Vivendi, qui est aussi un groupe présent dans l'environnement et dans la distribution des eaux."

J.-M. Messier appréciera... Un petit mot sur les sondages : vous êtes à peu près à 6 % dans les derniers sondages, c'est beaucoup moins que ce qu'on avait donné, comment l'expliquez-vous ?

- "Les sondages, c'est la bouteille à l'ancre. D'autres me mettent à 8,5, d'autres à plus et cela n'a pas d'importance, parce qu'il y aujourd'hui près de la moitié d'indécis. Je me bats donc pour convaincre les indécis qu'il y a une seule manière de sortir par le haut de cette élection. Parce que visiblement, les Français voudraient sortir les sortants ; on le voit bien : les deux sortants ne font même pas 40 % du total de ceux qui prétendent voter. Il y a une manière de le faire, c'est de voter pour le seul candidat qui peut rassembler, qui propose un projet sérieux, non démagogique, mobilisateur. Vous le verrez demain au Zénith, à Paris, à 18h30..."

Un peu de pub, allons-y !

- "Si vous le permettez ! Nous serons très nombreux pour affirmer qu'il y a un chemin pour sortir la France de l'ornière du déclin dans lequel on s'enfonce, J. Chirac et L. Jospin étant, en définitive, les deux faces du déclin."

(source : Premier ministre, Service d'information du gouvernement, le 17 avril 2002)

France 2 le 18 avril 2002

F. Laborde - Les derniers sondages font état d'un taux d'abstention sans doute record, peut-être 30 % pour une élection présidentielle.

- " Et d'indécis également, très considérable, près de la moitié."

C'est préoccupant, non ?

- "C'est dire que tout est possible actuellement et chacun doit aller convaincre que je représente le seul choix véritable entre les deux tenants du déclin, de la résignation à la mondialisation libérale et aveugle que sont J. Chirac et L. Jospin, et par ailleurs un sursaut républicain que j'espère voir se manifester dès ce soir au meeting du Zénith que j'organise à 18h30. J'en profite pour inviter, si vous le permettez, à la cantonade, tous ceux qui sont curieux de savoir les propositions que je présente, à partir de valeurs qui sont des valeurs républicaines, mais sur des axes clairs, pour redresser notre pays."

Imaginons que vous soyez président de la République ou que vous participiez à un gouvernement, qu'elle serait la première décision à prendre tout de suite ?

- "Je prendrais deux mesures : l'une concernant la justice, qui n'a pas les moyens de travailler, car vous savez que près de 40 % des peines ne sont pas exécutées, c'est incroyable ! Et je ferais voter une loi de programmation pour la police et la gendarmerie. Mais bien évidemment, je donnerai dans tous domaines d'autres directives et je ferai en sorte que soit réunie une conférence des revenus. Il faut revaloriser..."

C'est-à-dire des mesures concernant l'insécurité et le dialogue social ?

- "Le dialogue social, le pouvoir d'achat, l'emploi, l'assouplissement de la réglementation sur les 35 heures, mais aussi le relèvement du salaire direct, dans lequel je vois le moyen de remettre la France au travail, de faire en sorte que nous ayons un taux d'activité qui nous permette de payer des retraites et d'aborder l'avenir avec confiance."

Est-ce qu'au fond, pour ce premier tour de l'élection présidentielle, ce n'est pas une bonne chose que d'entendre des opinions très diverses, de voir des visages nouveaux, même si effectivement, ce n'est pas toujours facile pour les candidats d'avoir une compétition si sévère ?

- "Ce qu'il faut, c'est éviter le risque de la banalisation. Je suis parti tôt en campagne, j'ai mené une campagne présidentielle. Une dame sur un marché me disait que j'étais le seul à avoir mené une campagne présidentielle, que les autres nous parlent de l'âge du droit de vote, de l'importation illégale des armes, mais que moi, je parlais de la France, des repères dont elle a besoin, de l'autorité de la loi, du travail qu'il faut restaurer dans sa dignité, parce que c'est le moyen de l'intégration, de mettre le pied à l'étrier aux jeunes, c'est le moyen de faire que les parents puissent assumer leurs responsabilités ; que je parle de la manière dont on peut faire bouger l'Europe. Car un des faits majeurs de cette campagne, ce sont quand même les décision extrêmement lourdes qui ont été prises dans notre dos."

Au sommet de Barcelone, notamment, avec des dispositions sur la retraite. On en a assez peu parlé...

- "Absolument, c'est incroyable ! La retraite repoussée à 63 ans, la libéralisation du service public, avec, à la clef, la privatisation d'EDF. Et puis, ce "super plan" de stabilité qui prévoit de réduire à zéro le déficit budgétaire en 2004. Ce qui veut dire que les deux prochaines lois de finances seront des lois de "super rigueur", avec des coupes sombres dans les budgets. Comment peuvent-ils multiplier les promesses comme ils l'ont fait ?

Avez-vous le sentiment que certaines de vos idées ont été reprises par d'autres - L. Jospin, ou peut-être même J. Chirac - et que c'est cela qui fait que votre discours est moins audible en fin de campagne qu'il ne l'a été au début ?

- "Oui, on a beaucoup entendu parler de la République, de l'autorité de l'Etat, de la sécurité, etc... La question qui se pose, c'est : quand sont-ils sincères ? Quand ils font ces propositions en fin de campagne ou bien quand ils agissent - ou plutôt n'agissent pas - comme président de la République ou Premier ministre ? C'est la question que je pose au peuple français. Il nous faut choisir un Président en qui ils puissent avoir confiance, qui ait à la fois la hauteur de vue, le désintéressement, l'intégrité - je le souligne -, qui fasse que sa parole ait un sens, qu'il ne soit pas comme le héros de Cyrano, que J. Chirac a choisi comme héros préféré, avec un grand nez. On peut se poser la question de savoir si ce n'est pas le nez de Pinocchio qui s'allonge au fur et à mesure qu'il fait les promesses qu'il sait ne pas pouvoir tenir."

L. Jospin sous-entend qu'il ne faut pas qu'il y ait trop de différences ou de combats à ce premier tour, pour que la gauche puisse se retrouver au second tour ? Que répondez-vous à ce type d'argument ?

- "Il faut que chacun puisse s'exprimer ses idées clairement, et le cas échéant, comme moi-même, au-delà de la droite et de la gauche, dont les définitions sont aujourd'hui épuisées ; ils sont ralliés aux marchés financiers."

Que dites vous : "ni droite ni gauche" ?

- "Je dirais "au-delà", il faut faire preuve d'imagination, proposer des solutions innovantes. Par exemple, nous sommes là pour mobiliser nos atouts, il faut avoir de l'optimisme, croire en nous ! Il faut, par exemple, élargir en Europe les marges dont nous disposons, refuser les contraintes absurdes que les dirigeants aveugles ont souscrites, réformer les statuts de la Banque de Francfort pour abaisser les taux de l'argent, lancer de grands programmes d'investissements. Mais pour cela, il ne faut pas souscrire les engagements qui ont été pris à Barcelone."

Quand vous voyez ce qui se passe chez nos confrères de Canal Plus, vous vous dites que c'est l'aboutissement du système capitaliste international qui fait qu'effectivement, les puissances de l'argent l'emportent sur la gestion de l'entreprise ?

- "Je rappelle que Canal Plus est la chaîne du cinéma français, elle doit consacrer 9 % de son chiffre d'affaires au financement du film français et que c'est sur cet engagement que J.-M. Messier a exprimé l'intention de revenir. C'est donc extrêmement grave. Cela intéresse l'Etat et l'ensemble des Français. La manière dont L. Jospin se défausse sur D. Baudis - dont je rappelle qu'il a été nommé par J. Chirac - est un peu facile. C'est dans le bureau du Premier ministre que ces engagements pris par Vivendi Universal doivent être confirmés. Il faut que Canal Plus reste la chaîne du cinéma français."

L. Jospin doit recevoir J.-M. Messier ?

- "Il faut que l'Etat ne se mette pas aux abonnés absents et manifeste qu'il lui reste un peu d'autorité."


(source : Premier ministre, Service d'information du gouvernement, le 18 avril 2002)

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