Interview de M. Jean-Claude Gayssot, ministre de l'équipement des transports et du logement, au journal italien "La Stampa", le 3 avril 2002, sur la réouverture progressive du tunnel du Mont-Blanc. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Claude Gayssot, ministre de l'équipement des transports et du logement, au journal italien "La Stampa", le 3 avril 2002, sur la réouverture progressive du tunnel du Mont-Blanc.

Personnalité, fonction : GAYSSOT Jean-claude.

FRANCE. Ministre de l'équipement, des transports et du logement

ti : Q - Monsieur Gayssot, pourquoi ne respectez-vous pas les accords pris avec le gouvernement italien ?

R - Pendant tous ces mois de rencontres avec les Italiens j'ai toujours entendu dire : vite, vite. Il y a des raisons économiques que je comprends et que je respecte, mais après ce qui est arrivé au Mont-Blanc les raisons de sécurité passent avant tout. Disons-le franchement : nous n'avons pas droit à l'erreur, car s'il arrive un autre accident, ce tunnel sera fermé, cette fois pour toujours.

Q - Mais actuellement, le tunnel du Mont Blanc est probablement le plus sûr du monde : qu'attendons-nous encore ?

R - Disons c'est le plus sûr des Alpes, mais c'est le plus étroit : sept mètres contre les neuf mètres du Fréjus.

Q - Et qu'est-ce que cela veut dire ? Qu'on ne le rouvrira plus jamais au TIR ?

R - Non, cela veut dire qu'ont doit ouvrir progressivement, comme nous l'avons toujours dit. Et je le confirme : ouverture à tous les véhicules d'ici la fin du mois de juin. Mais il ne faut pas brûler les étapes car trois semaines seulement d'ouverture aux automobiles ont mis en évidence certains problèmes.

Q - Il y a eu des accidents ?

R - Il y a eu un très grand nombre d'infractions aux mesures de sécurité. Et elles ne sont pas des moindres. Manquements au respect de la distance, des limites de vitesse et j'en passe, comme par exemple des automobilistes qui se sont arrêtés sous le tunnel pour permettre à leur enfant de faire pipi.

Q - C'est dangereux ?

R - Très dangereux. Comme nous devons gérer un système de sens alterné pour les camions qui devront se mélanger heure par heure avec le trafic léger, nous devons organiser progressivement un système de viabilité sous le tunnel qui nous protège des accidents possibles.

Q - Alors, quelle est votre proposition ?

R - Le 9 mars, nous avons ouvert au trafic léger. Quelques jours après, j'étais prêt pour la première étape, c'est-à-dire la circulation des camions jusqu'à 19 tonnes et aux bus.

Q - Vous êtes encore prêt ?

R - Certainement. Immédiatement, aujourd'hui, demain. Si nous partons tout de suite, les 15-20 avril nous serons prêts pour la seconde étape, c'est-à-dire l'ouverture aux véhicules sans limite de poids, à la seule exclusion des remorques qui transportent des marchandises locales entre les deux vallées, française et italienne.

Q - Et la troisième étape ?

R - Après, et je le répète, progressivement, avec l'objectif de tout ouvrir d'ici la fin du mois de juin, disons le 25, et de transférer sur le Mont-Blanc 35 % du trafic commercial qui passe actuellement par le Fréjus. Le problème est que le gouvernement italien n'a pas répondu jusqu'à présent.

Q - Il y avait le week-end de Pâques et nous avons pensé que ce n'était le meilleur moment pour réintroduire le trafic lourd.

R - D'accord, mais pendant les jours fériés les poids lourds ne circulent pas, c'est la loi. Donc la journée de Pâques n'était pas une objection. Dans tous les cas je dis : ouvrons aujourd'hui. Plus tôt nous commençons, plus tôt nous arriverons à la fin du parcours. Plus nous retardons, plus en retarde encore.

Q - Monsieur Gayssot, après les incidents entre l'Italie et la France au Salon du Livre, le tunnel du Mont-Blanc est la preuve de ce qui se passe réellement entre les deux pays. Le gouvernement italien porte plainte à la Commission européenne contre le comportement français. Que répondez-vous ?

R - Je réponds que je refuse toutes les confusions. Lunardi et moi-même, nous avons des sensibilités politiques très différentes, mais nous nous sommes toujours parlé, nous avons ouvert le premier chantier Turin-Lyon et de mon côté, mon seul souci est de trouver une solution dans l'intérêt de tous et pour le respect de la sécurité et de l'environnement.

Q - Donc, vous démentez qu'à la suite de l'incident avec la ministre de la Culture, Catherine Tasca, celui du Mont-Blanc représente une nouvelle bataille dans la guerre que le gouvernement Jospin mène contre le gouvernement Berlusconi ?

R - Absolument.

Q - Et que répondrez-vous à la Commission européenne ?

R - J'ai déjà répondu en prouvant que nous ne sommes pas contre la libre circulation des marchandises, mais que notre proposition est responsable : pour roder la circulation alternée des poids lourds, la progressivité est nécessaire et elle proportionnée à la sécurité ?

Q - Monsieur le Ministre, le printemps du Mont-Blanc est aussi le printemps des élections : bientôt les présidentielles, puis les législatives en juin. Dites la vérité : le calendrier politique et la crainte de ne pas satisfaire l'électorat des Verts et des vallées, n'ont-ils pas joué un rôle important dans l'affaire du tunnel ?

R - Là aussi, je vous réponds non. Vous voyez bien que nous parlons de la réouverture du tunnel, justement en pleine période électorale. Vous voyez, le gouvernement auquel j'ai l'honneur d'appartenir n'a pas eu peur de prendre des positions difficiles, y compris en période électorale. Et donc, je tiens à la réaffirmer : le tunnel du Mont-Blanc sera ouvert à tous les véhicules avant la fin du mois de juin. Si le gouvernement italien est d'accord¿/.


(Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 8 avril 2002)

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