Conférence de presse de M. Jack Lang, ministre de l'éducation nationale, sur le bilan et les perspectives des sections européennes et de langue orientale après dix années d'existence, Paris le 12 mars 2002. | vie-publique.fr | Discours publics

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Conférence de presse de M. Jack Lang, ministre de l'éducation nationale, sur le bilan et les perspectives des sections européennes et de langue orientale après dix années d'existence, Paris le 12 mars 2002.

Personnalité, fonction : LANG Jack.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale

Circonstances : Conférence de presse sur les dix ans des sections européennes et de langue orientale à Paris le 12 mars 2002

ti : Mesdames, Messieurs,


Nous sommes réunis aujourd'hui pour célébrer les dix ans d'existence des Sections européennes et de langue orientale.

C'est pour moi une grande satisfaction.

D'abord parce que nous allons parler Europe, et que l'Europe devient chaque jour une réalité de plus en plus tangible pour nous tous, maintenant que la monnaie commune affirme son existence dans l'économie et le commerce. Il est temps que notre enseignement prenne toute la mesure de cette profonde mutation.
Et puis parce que ces classes européennes sont en quelque sorte les enfants de mon impatience.

La nécessité de transformer notre système pour intégrer les enjeux européens m'était apparue comme une évidence dès mon premier mandat de ministre de l'Education, en 1992. C'est pour faire advenir cette idée de Europe que j'avais décidé la création des sections européennes. Ce nouveau mode d'enseignement préfigurait, à mes yeux, une mutation plus générale de notre système éducatif. Il devait, en éclaireur, poser les bases d'une éducation véritablement européenne. Les axes que j'avais fixés étaient le renforcement linguistique, l'apprentissage de disciplines variées dans une langue étrangère, la préparation aux réalités d'un dialogue interculturel et international. L'enjeu, vous l'avez compris, était de former des citoyens européens, en prenant appui sur la culture - une culture forte inscrite au coeur du projet d'établissement.

Je constate avec plaisir que cette intuition de 1992 s'est transformée en réalité.

Depuis mon retour au ministère de l'Education nationale, l'ensemble de ma politique à la tête de ce ministère a été constamment guidé par cette préoccupation.

C'est dans cet esprit que j'ai mis en place un plan en faveur du renforcement et de la diversification de l'enseignement des langues, dont je rappelle les lignes de force :
Introduction de l'enseignement des langues vivantes dans les nouveaux programmes de l'école primaire et généralisation progressive depuis septembre 2000 de cette discipline, du cours moyen à la grande section de maternelle.

Obligation de l'apprentissage de deux langues vivantes pendant l'ensemble du parcours scolaire, obligation qui s'est concrétisée cette année par des épreuves dans deux langues au baccalauréat pour toutes les séries d'enseignement général, et qui prendra appui sur l'enseignement d'une seconde langue vivante en classe de sixième à partir de 2005.

Généralisation du Certificat de compétences en langues de l'enseignement supérieur à la prochaine rentrée universitaire et exigence de la connaissance d'une langue étrangère pour tous les futurs professeurs des écoles dès 2003. ".

Diversification des langues enseignées.

Reconnaissance des cultures et langues régionales de notre pays.

Accent mis sur l'ouverture culturelle, qui doit nécessairement accompagner l'apprentissage linguistique.

C'est dans cet esprit que j'ai pris des mesures pour encourager la mobilité dans le cadre du plan d'action présenté lors du sommet de Nice en décembre 2000.

C'est dans cet esprit que j'ai souhaité renforcer la mission de coopération internationale confiée aux académies et aux établissements scolaires.

Penchons-nous sur ces sections européennes et de langue orientale. Après le temps des pionniers vient le temps des arpenteurs. Qu'ont-elles à nous enseigner depuis dix ans qu'elles fonctionnent dans le système éducatif français ?
Dix ans, à l'échelle humaine, c'est l'âge d'un jeune enfant, plein de vitalité et de promesses.

Dix ans, à l'échelle de l'Education nationale, est une période suffisamment longue pour que des projets éducatifs prennent corps, sans pour autant nécessairement atteindre la maturité.

C'est le cas des sections européennes et de langue orientale : certaines sont très avancées dans leur croissance, d'autres sont en plein développement, d'autres encore font leurs premiers pas ou sont en gestation dans l'esprit des équipes pédagogiques qui vont porter ces projets dans les établissements.

A l'heure où nous célébrons cet anniversaire, il est souhaitable
de faire un état des lieux objectif, afin de mesurer le chemin parcouru ;

mais aussi de baliser, de quelques jalons supplémentaires, la voie sur laquelle ces sections sont engagées, afin de continuer à les aider à se construire.

Nous leur assurerons ainsi une croissance plus harmonieuse, de nature à satisfaire davantage les enseignants et les élèves engagés dans ce processus. Nous continuerons à participer activement à leur devenir, vers cette maturité recherchée.


Un bilan positif

Le texte fondateur de 92 a posé un cadre institutionnel, à partir duquel des aménagements ont été trouvés par les établissements qui ont ouvert ces sections et qui les ont adaptées à leur situation locale, à leurs ressources humaines ou matérielles.
Certains ont pu s'inquiéter de ces adaptations, d'autres y ont vu l'inventivité des équipes pédagogiques, leur désir d'offrir à leurs élèves la plus value qu'apportent ces sections au plan des apprentissages. Faut-il parler de dérives ou d'inventivité ?

L'observation du dispositif global en place (que l'inspection générale et les services de l'administration centrale suivent de près) montre que les établissements qui ont accueilli ces sections sont respectueux pour l'essentiel des figures imposées, mais aussi visiblement prêt à exécuter quelques figures libres, dans les limites toutefois de ce qu'il est possible d'inscrire dans les projets d'établissement. L'entrelacs de ces figures a créé une forme qui s'équilibre, entre rigidité et souplesse ou adaptabilité.

Le constat quantitatif global montre, de façon indéniable, que les sections européennes comptent dans le paysage éducatif français.

Entre 92 et 2002, les sections européennes et de langue orientale sont sorties du laboratoire expérimental où elles sont nées : elles ont proliféré dans les établissements scolaires et ont une présence forte sur toute l'étendue du territoire.

Au dernier recensement de la direction des relations internationales et de la coopération, elles sont plus de 2 500.

Le rythme d'ouverture de nouvelles sections témoigne de leur belle vitalité : + de 66% depuis la rentrée 98.

Les lycées professionnels s'y taillent la part du lion : +179% depuis cette même rentrée 98.

Les langues représentées sont très diversifiées.

Mais la réussite d'un dispositif d'une telle envergure ne se mesure pas seulement à quelques chiffres, fussent ils éloquents. L'approche qualitative est tout aussi éloquente.

Ce qui assure la qualité de ces sections, c'est :
la qualité des enseignements dispensés, par les professeurs de langues comme par les professeurs de disciplines non linguistiques ;

l'adhésion d'équipes pédagogiques soudées, qui doivent nécessairement travailler en collaboration étroite ;

l'engagement fort de chefs d'établissement - principaux et proviseurs - convaincus de leur valeur pédagogique et éducative ;

l'accompagnement bienveillant mais sans complaisance des corps d'inspections territoriaux ;

l'impulsion donnée par l'inspection générale ;

la politique volontariste des recteurs et leur vigilance pour que les implantations se fassent dans le respect de la carte des langues.

Ces sections sont bel et bien devenues non seulement des écoles du bilinguisme mais des espaces de plus en plus ouverts où les jeunes " dessinent l'Europe ".

Je tiens à saluer tous ces acteurs du dispositif dont les efforts concertés, en matière de travail pédagogique, de formation et d'adaptation ont produit les résultats que nous constatons aujourd'hui.

Deux éléments essentiels émergent de nos observations au bout de ces dix années. Ils assurent la force, la stabilité et l'avenir de ces sections.

Les sections européennes ne sont plus isolées
Les sections européennes sont sorties de leur isolement, du fait même de leur extension, mais aussi parce qu'elles s'insèrent dans le vaste plan pour l'enseignement des langues vivantes dès le plus jeune âge, que j'ai engagé dès mon arrivée au Ministère de l'éducation nationale et dont j'ai fait l'une des priorités de ma politique éducative.

La notion de site est d'ailleurs le socle de ces sections : le lycée d'accueil s'appuie sur deux ou trois collèges d'alimentation en amont, ce qui assure déjà l'articulation collège/lycée. Cette cohérence d'ensemble sera renforcée par l'arrivée des enfants du primaire qui auront reçu un véritable enseignement et non plus une initiation. Ceci peut conduire, à terme, à la transformation de la notion de " section " à celle de " classe " européenne. En aval, nous voyons déjà à quel point les établissements ayant, par exemple des classes de BTS ont à coeur d'étendre le dispositif vers le haut. Le cursus d'un élève en section européenne peut ainsi traverser la totalité de son parcours de formation.

Rappelons que les sections européennes et de langue orientale ne sont pas les seuls dispositifs d'enseignement bilingue en France . Il existe les sections internationales, nettement moins nombreuses, qui ont porté le dialogue interculturel à un point d'excellence. Il existe aussi un enseignement bilingue à parité horaire à l'école primaire et au collège, qui permet aux élèves de recevoir l'enseignement de diverses disciplines pour la moitié du temps scolaire dans une langue régionale. Il faut marquer la complémentarité des dispositifs et les mettre en synergie, les sections internationales assurant un rôle moteur, les sections européennes permettant d'étendre au plus grand nombre le bénéfice d'un enseignement bilingue.

Deuxième observation : l'extension du réseau est rationnelle et maîtrisée.
A leur création en 1992, ces sections ont rencontré un accueil enthousiaste chez un public scolaire particulier. Il s'agissait d'élèves très conscients des conditions les plus favorables d'enseignement qui leur étaient proposées, et très souvent d'élèves sélectionnés non seulement sur des critères de compétences linguistiques mais aussi du fait de leurs capacités à fournir un travail soutenu.

L'évolution prise par le développement de ces sections, la diversification des langues et des disciplines non linguistiques ( Sciences, SVT, EPS, etc.) montre que ces sections sont aujourd'hui mises de façon volontariste au service de la réussite de l'ensemble des élèves et qu'on ne peut plus taxer d'élitisme. Elle constituent aujourd'hui des " voies d'excellence généralisables "..

Je me félicite notamment de l'effort très important fait dans les départements pour ouvrir ces sections dans des zones rurales loin des établissements des centres villes, ou encore dans des collèges de zones d'éducation prioritaire. Les cartes de langues organisent la continuité pédagogique entre les écoles, les collèges et les lycées et favorise la diversité de l'offre des langues enseignées dans ces sections.

L'ouverture de sections européennes dans l'enseignement technologique et professionnel est une tendance forte. La maîtrise des langues vivantes dans ces formations constitue une valeur ajoutée, favorise l'emploi et ouvre de nouvelles perspectives de carrière. La majorité des emplois proposés à des ressortissants d'autres pays dans la communauté européenne concerne des postes d'employés qualifiés. Dans le prolongement de ces sections européennes en lycée professionnel, je citerai également la création récente de l'attestation " Europro ", que le Ministre délégué évoquera à la fin de cette journée.

Je me réjouis tout particulièrement des initiatives qui ont été prises par les académies, et notamment par les délégué académiques aux relations internationales et à la coopération (DARIC), avec le soutien de la direction de l'enseignement scolaire et de la délégation aux relations internationales et avec le concours du centre international d'études pédagogiques de Sèvres, pour mettre en commun ces expériences et créer des réseaux avec des établissements partenaires dans d'autres pays


LES PERSPECTIVES

Ce bilan, très largement positif ne doit pas occulter le caractère évolutif et donc perfectible de ces sections européennes et de langues orientales.
En quoi peuvent-elles grandir encore en quantité et en qualité ? Comment pouvons-nous mieux encore accompagner leur croissance ? Quatre pistes doivent être parcourues.

A court terme, améliorer le dispositif existant

Les observations conduites et la réflexion engagée ces derniers mois ont permis de dégager les évolutions nécessaires pour adapter les dispositifs pédagogiques aux enjeux du développement des sections européennes.
Une nouvelle circulaire a défini les spécificités de ces sections dans l'enseignement professionnel, en liant étroitement le projet pédagogique de ces sections à une discipline professionnelle et en faisant de la période de formation en entreprise à l'étranger le pivot du dispositif. Ce séjour à l'étranger est, ici plus qu'ailleurs, un atout majeur : il place l'élève en situation réelle de communication langagière et authentifie son apprentissage.

De nouveaux textes réglementaires concerneront les modalités d'obtention de l'indication " section européenne " sur le diplôme du baccalauréat. Des aménagements pourraient permettre de mieux récompenser les efforts des élèves et des professeurs - et de réduire une certaine déperdition d'effectifs observée en terminale.

Par ailleurs, le groupe d'experts chargé de réfléchir aux les nouvelles pratiques d'enseignement et d'éducation, piloté par le Recteur Losfeld, a pour mission de préciser comment la dimension européenne pourrait être mieux prise en compte dans le fonctionnement de ces sections et dans le projet d'établissement des collèges et des lycées concernés.

Elargir le recrutement des professeurs des disciplines non linguistiques

Cette question est d'autant plus importante que notre système de recrutement des enseignants, contrairement à celui d'autres pays, ne prévoit pas de bivalence associant une langue vivante et une autre discipline.

Deux opérations sont en cours :

tout d'abord j'ai chargé le président du comité de suivi des concours de recrutement, l'Inspecteur Marc Fort, de rechercher une solution technique pour donner aux enseignants en cours de formation, quelle que soit leur discipline, une certification supplémentaire dès lors qu'ils disposent des connaissances linguistiques suffisantes. Ces enseignants pourront avoir ainsi avoir accès aux postes à profil particulier définis par les académies selon les besoins des sections européennes.

De plus je souhaite que soient recensés activement tous les maîtres ayant une compétence à la fois dans une langue étrangère et dans une discipline, afin qu'eux aussi se voient reconnu, s'ils le souhaitent, cette certification supplémentaire. Cette recherche ne peut être que fructueuse. Je souhaite à cet égard que l'Education nationale tire les conséquences pratiques de l'ouverture depuis 1993 des concours de recrutement des personnels enseignants aux ressortissants de la communauté européenne. Entre 1993 et 2001, 2304 d'entre eux ont été admis, dont environ 40% à des concours autres que ceux de professeurs de la langue correspondant à leur nationalité. La compétence linguistique de la plus grande partie d'entre eux peut être mise au service des élèves. La répartition de ces enseignants par pays d'origine confirme une grande diversification possible des langues enseignées dans ces sections : seuls 28% d'entre eux sont d'origine britannique ou irlandaise. De même l'ouverture du recrutement des assistants de langue vivante à des étudiants non linguistes facilitera dans les établissements scolaires les activités et les projets en relation avec d'autres disciplines.

Développer la mobilité

La mobilité concerne les élèves comme les professeurs.

Les collégiens et les lycéens qui auront eu la chance de participer à des actions de partenariat avec des établissements étrangers ou à des séjours dans d'autres pays seront plus facilement enclins à entreprendre une partie de leurs études à l'étranger. Cet objectif deviendra vite prioritaire. Très rapidement la France devra pouvoir exiger de tous les élèves et étudiants qu'ils effectuent au moins six mois pendant l'ensemble de leur scolarité dans un établissement ou dans une université d'un autre pays. Je demande au délégué aux relations internationales et à la coopération de rechercher toutes les possibilités d'évolution des programmes d'aide à la mobilité en faveur des lycéens et des enseignants qui sont du ressort du ministère français.

Sans attendre ces possibilités nouvelles, la contractualisation des IUFM intégrera les actions d'ouverture internationale qui permettront à un plus grand nombre de professeurs stagiaires d'effectuer une partie de leur stage dans des instituts étrangers de formation des maîtres. Il est urgent que les IUFM et les instituts étrangers de formation des maîtres s'accordent sur des modes de validation réciproques afin que le stage hors pays d'origine soit intégré au parcours de formation. Trop nombreux sont des stagiaires non linguistes qui n'osent pas partir à l'étranger de peur de se voir reprocher au moment de l'examen de qualification professionnelle de n'avoir pas le total de semaines requis. Les recteurs ont été invités à prévoir les moyens de remplacement nécessaires pour faciliter la mise en oeuvre de ces actions.

Une circulaire parue récemment souligne la nécessité pour chaque établissement de se doter d'une stratégie d'ouverture internationale. Tous les projets d'établissement doivent intégrer une ouverture à l'Europe et au monde. Le bilan des actions entreprises doit être présenté régulièrement au conseil d'administration.

De la même façon que la nécessité de compétence en langue a été affirmée pour le recrutement des futurs professeurs des écoles, l'exigence du niveau 2 du Certificat de compétences en langues pour l'enseignement supérieur sera rapidement étendue à tous les concours de recrutement d'enseignants. Ainsi, tous les collèges et tous les lycées disposeront d'enseignants de plusieurs disciplines aptes à accompagner les élèves dans leur recherche ou leur travail personnel dans une langue étrangère.

Très bientôt également, le système éducatif français pourra bénéficier de l'apport d'enseignants étrangers en position de détachement. Cette nouvelle possibilité, créée pour toute la Fonction publique, sera évidemment mise à profit dans les collèges et les lycées.

Renforcer la présence de l'Europe dans les enseignements

Pour faire de l'espace européen l'horizon naturel élargi des élèves, les établissements et les enseignements doivent faire une place bien plus importante à la connaissance de l'Europe.

Les contenus d'enseignement des langues vivantes doivent faire une place plus grande à la découverte de la culture et de la civilisation.

Certes, l'Europe est un espace de communication, d'échanges et de mobilité.

Mais la notion de " communication " doit être sans cesse remise en question. Qu'est-ce que communiquer en langue étrangère sinon aller à l'encontre de l'autre, qui est le dépositaire d'une culture différente que le dialogue va mettre en lumière ? Les enseignants appuient d'ailleurs leurs cours sur des supports à contenu culturel pour provoquer les échanges et enrichir le débat.

Les voyages et séjours linguistiques dans les familles, dans les établissements scolaires ou dans les entreprises pour les élèves des établissements professionnels doivent se multiplier, avec l'aide des programmes européens, et devenir un passage obligé de la formation de tous. Les TICE ouvrent de nombreuses occasions de contacts et permettent aux élèves de mener à bien des projets communs entre des interlocuteurs de plusieurs pays d'Europe. Ces appariements virtuels via Internet tout d'abord suscitent des désirs de rencontre et préparent à la mobilité souhaitée.

L'apprentissage des langues vivantes ne serait se cantonner à l'école et doit se poursuivre tout au long de la vie. A cet effet j'ai décidé de créer à Paris dans les prochaines semaines une " Maison des langues " qui aura pour mission d'organiser une information du grand public et notamment sur les possibilités d'apprendre des langues et d'effectuer des séjours à l'étranger.

La connaissance de l'histoire de l'Europe et de la construction européenne ainsi que du fonctionnement des institutions de l'Union européenne a été pour l'essentiel prise en charge par les programmes d'histoire et d'éducation civique. Elle doit concerner toutes les disciplines.

La place dévolue à l'Europe dans les programmes d'histoire et d'éducation civique ne cesse de s'accroître à tous les niveaux d'enseignement. L'enseignement d'une histoire de l'Europe a fait l'objet de séminaires, d'une mission ministérielle et de propositions aux ministres européens. Mais il faut aller plus loin.

Le Conseil national des programmes propose d'inscrire plus systématiquement cette dimension européenne dans les futures lettres de cadrage du travail des groupes d'experts qui élaborent les programmes, quelle que soit leur discipline. Les documents d'accompagnement de chaque programme pourraient consacrer une partie spécifique à cette approche.

Le CNP possède dorénavant des membres étrangers associés qui vont permettre progressivement une meilleure connaissance des autres systèmes éducatifs européens. Ils susciteront une réflexion sur des orientations et des repères communs dans les savoirs et les savoir-faire enseignés aux élèves européens dans chaque discipline. Deux colloques ont déjà été organisés sur ce thème pour l'enseignement des mathématiques et de l'histoire. Un autre est en préparation pour les sciences physiques.

Le développement d'un sentiment d'appartenance à une culture et à une citoyenneté européennes communes doit devenir une préoccupation constante de l'ensemble des établissements et des enseignants.

Des disciplines comme le français, les enseignements artistiques et la philosophie font appel à des oeuvres, des auteurs et artistes, des mouvements culturels européens et fournissent ainsi aux élèves la possibilité de découvrir la diversité des cultures d'Europe.

La dimension européenne est un thème qui se prête particulièrement bien à toutes les approches interdisciplinaires, et notamment aux itinéraires de découverte en collège et aux travaux personnels encadré en lycée. Certaines expériences associent des élèves français et des élèves de pays européens sur une étude thématique interdisciplinaire. Les TICE comme nous l'avons déjà souligné trouvent ici toute leur légitimité. Tout travail comparatif permet la confrontation des cultures éveille la curiosité des élèves, milite en faveur de l'acceptation de la différence et favorise la tolérance.

En mettant en regard les connaissances recueillies sur l'Europe avec celles relatives aux autres cultures et civilisations du monde, l'élève prend peu à peu conscience des valeurs qui réunissent les Européens. Il engrangera au cours de son parcours scolaire une diversité de références culturelles et qui constitueront progressivement sa personnalité.

Conclusion
Un nouveau défi : la généralisation des sections européennes

Les sections européennes et de langue orientale sont appelées à occuper de plus en plus de place dans les projets d'établissements des collèges et des lycées. Elles doivent rayonner à l'intérieur des établissements au point de s'y fondre.

Elles vont être portées en avant par le plan de promotion des langues vivantes, qui leur ouvre des perspectives neuves : le niveau des élèves à l'entrée en collège va évoluer rapidement dès l'instant où l'apprentissage des langues vivantes sera généralisé aux différentes classes des cycles 2 et 3 de l'école primaire. Cette nouvelle situation permettra aux enseignants de langues vivantes de proposer aux élèves des contenus plus conformes à leur maturité et à leurs centres d'intérêt. Et donc plus stimulants intellectuellement et plus motivants.

Par ailleurs, les projets pluridisciplinaires qui sont appelés à se développer dans le cadre des réformes que j'ai mises en oeuvre vont stimuler la connaissance des langues étrangères, qui se révélera un atout décisif. Nous sommes là au coeur même des pratiques d'apprentissage en sections européennes.

Les sections européennes portent en elles ce potentiel innovant : elles ont cette capacité à diffuser des pratiques pédagogiques nouvelles et de mettre en synergie des compétences transversales de nature à modifier les approches pédagogiques et les comportements des élèves face à leurs apprentissages.

La dynamique des sections européennes et de langues orientales est aussi tournée vers l'extérieur. Les enseignants de ces sections ont nécessairement de nombreux contacts avec des collègues de pays européens. Ils se tournent vers l'extérieur, font des séjours à l'étranger, accueillent des intervenants de pays voisins, font rentrer l'Europe dans nos établissements et repoussent les frontières des savoirs en aidant les élèves à combattre les stéréotypes culturels.

La mobilité, intellectuelle ou physique, ou géographique devient naturelle dans une Europe sans frontière. L'ouverture européenne, mais aussi internationale ouvre de vastes champs d'investigation où l'aventure humaine peut sans cesse se renouveler.

Les sections européennes conservent actuellement un rôle pionnier. Elles sont en particulier un lieu d'épanouissement pour les élèves, qu'elles amènent à dominer leurs inhibitions naturelles, à s'exprimer dans une langue étrangère, à en banaliser l'usage dans des disciplines non linguistiques. Elles les aident à sortir de leur réserve, à se familiariser avec des situations de communication, à construire leur confiance en eux. Elle les accompagne dans la conquête de cette autonomie qui leur permettra de mieux dominer leur parcours scolaire et de ne plus le suivre passivement : une mission éducative ambitieuse. On sait l'importance du langage dans l'élaboration d'une personnalité équilibrée. Les langues, quant à elles, ouvrent des voies multiples : l'élève qui peut en utiliser plusieurs devient alors citoyen du monde. L'ambition de notre école est aussi de l'aider à susciter ce sentiment d'appartenance au monde.

Dix ans après la création des sections européennes, la nouvelle perspective pour les dix années à venir est leur intégration dans la réalité des pratiques d'enseignement au bénéfice de tous les élèves, dans tous les établissements scolaires.

L'horizon pour les dix prochaines années est donc la transformation progressive de tous les collèges et lycées en établissements véritablement européens.

(Source http://www.education.gouv.fr, le 20 mars 2002)

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