Déclaration de M. Lionel Jospin, Premier ministre, sur les mesures prise pour lutter contre le racisme et l'antisémitisme après les violences exercées contre des juifs et des synagogues dans plusieurs villes, Paris le 1er avril 2002. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Lionel Jospin, Premier ministre, sur les mesures prise pour lutter contre le racisme et l'antisémitisme après les violences exercées contre des juifs et des synagogues dans plusieurs villes, Paris le 1er avril 2002.

Personnalité, fonction : JOSPIN Lionel.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Rencontre avec M. Roger Cukierman, Président du CRIF, à Paris le 1er avril 2002

ti : Mesdames et messieurs, dès mon retour des Antilles, j'ai tenu à recevoir, avec son accord, à Matignon, le président du Comité représentatif des institutions juives de France ainsi qu'un de ses vice-présidents, le président de la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme, pour leur faire part, de la solidarité totale du Gouvernement à l'égard de nos compatriotes juifs qui ont pu être victimes, soit personnellement, soit à travers des édifices religieux symboliques comme à Strasbourg, à Lyon ou à Marseille, d'actes d'agression. J'ai rappelé, avec le ministre de l'Intérieur, avec qui je m'en étais entretenu auparavant, les mesures importantes, en particulier depuis le 11 mars, que nous avions prises pour protéger ces édifices et nos compatriotes. J'ai indiqué que de nouvelles mesures avaient été décidées : six compagnies mobiles de CRS et de gendarmes mobiles, c'est-à-dire plus de 1 100 hommes, ont commencé à être sur le terrain pour s'ajouter aux forces déjà déployées, à Lyon et à Marseille dès ce soir, dans dix autres villes ou régions dès demain matin. J'ai eu un entretien avec la ministre de la Justice qui réitérera aux procureurs les instructions pénales générales d'extrême sévérité à l'égard de toute agression ou acte antisémite, à l'égard de tout acte ou d'agression de caractère raciste aussi à l'égard de membres de la communauté arabo-musulmane en France. J'ai d'ailleurs indiqué au président Cukierman des décisions de justice extrêmement dures qui avaient été prises à l'occasion d'arrestations de coupables de telles agressions : des peines de prison ferme. J'ai donné comme instruction prioritaire au ministre de l'Intérieur de concentrer les forces d'investigation pour trouver les auteurs de l'agression contre la synagogue de La Duchère à Lyon dans la mesure où ce commando était un commando particulièrement organisé ; c'est donc un objectif, pour nous, absolument prioritaire. Nous n'ignorons pas les liens qui peuvent exister avec la situation absolument dramatique qui existe au Proche-Orient. Cela ne saurait, en rien, justifier des actes d'agression à l'égard de nos compatriotes juifs ou à l'égard de tout autre compatriote. Ceux-ci ne sont en rien responsables de ce qui se passe au Proche-Orient, pas plus les juifs français que les membres de la communauté arabo-musulmane en France.

C'est donc avec une détermination totale que le Gouvernement et les autorités publiques d'ailleurs en général - le président de la République s'est exprimé, j'aurai l'occasion de lui en parler tout à l'heure - disent très clairement à l'intention de tous nos ressortissants ou de tous ceux qui vivent sur notre territoire, que tout regain ou toute manifestation d'antisémitisme, quel qu'en soit le prétexte, sera extrêmement fermement pourchassée et réprimée par la justice de notre pays. Nous devons vivre, dans notre communauté nationale, sur notre territoire national, dans le respect des valeurs de la République, dans le respect des uns et des autres. Et c'est ce message, à la fois de principe, ce message de tolérance, mais dont je ferai en sorte qu'il soit inscrit si c'est nécessaire avec la plus grande détermination et la plus grande fermeté, que j'ai voulu transmettre à nos amis qui sont venus à Matignon pour que nous nous entretenions depuis maintenant une heure. Voilà, mesdames et messieurs, l'essentiel de ce que je voulais vous dire".

Message de M. Roger Cukierman

- "Je remercie le Premier ministre pour les paroles fortes qu'il vient de prononcer. Je rappelle qu'il y a quatre mois, au cours du dîner du 1er décembre avec le Premier ministre, j'avais déjà attiré l'attention des pouvoirs publics sur les dangers que représentaient les nombreux actes anti-juifs que nous avions recensés depuis le début de la nouvelle Intifada, c'est-à-dire depuis septembre 2000. Malheureusement, nous avions raison et ceux qui, à l'époque, nous ont dit qu'il fallait minimiser et que ce n'était que de la violence ordinaire se sont sans doute trompés. L'angoisse commence maintenant à apparaître dans la communauté juive, du fait de l'accumulation de ces actes violents. Nous espérons que, après toutes ces paroles et tous ces discours, nous aurons effectivement des actes, des actes qui consisteront à arrêter les coupables, et particulièrement ceux du commando de Lyon car là, il y a une agression de caractère militaire puisqu'il y avait un groupe de quinze à vingt personnes cagoulées avec cinq voitures - ils ont utilisé deux voitures-bélier pour enfoncer les portes de cette synagogue ; visiblement ils connaissaient les lieux, c'était donc une opération sérieuse, de commando et il convient vraiment de mettre fin à ce type d'actions. Et nous espérons que la police et la justice ferons diligence dans cette affaire, comme dans les autres affaires. C'est indispensable si on veut assurer la paix civile ; c'est indispensable si on souhaite que les juifs français se sentent en sécurité dans ce pays. Nous avons droit à la liberté de culte, de réunion, d'enseignement, à la liberté tout court, et nous exigeons des pouvoirs publics qu'ils fassent le nécessaire pour que cette liberté nous soit assurée.


(Source http://www.premier-ministre.gouv.fr, le 17 avril 2002)

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