Conférence de presse de M. Hubert Védrine, ministre des affaires étrangères, sur le processus d'élargissement de l'UE, le plan de lutte contre le terrorisme et l'immigration illégale, les relations extérieures de l'Union, la situation au Proche-Orient et les relations entre Israël et l'Union européenne, la question d'une force d'interposition, le soutien européen à la mission de Colin Powell dans cette région. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Conférence de presse de M. Hubert Védrine, ministre des affaires étrangères, sur le processus d'élargissement de l'UE, le plan de lutte contre le terrorisme et l'immigration illégale, les relations extérieures de l'Union, la situation au Proche-Orient et les relations entre Israël et l'Union européenne, la question d'une force d'interposition, le soutien européen à la mission de Colin Powell dans cette région.

Personnalité, fonction : , , VEDRINE Hubert.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères

Circonstances : Réunion du Conseil Affaires générales, à Luxembourg les 15 et 16 avril 2002

ti : Un point rapide sur les sujets abordés lors de ce Conseil Affaires générales. Le point sur les travaux dans les autres formations du Conseil, comme chaque fois.

La préparation du prochain Conseil européen commencera au prochain CAG.

Pour l'élargissement, qui sera un des sujets importants de Séville, à notre demande le commissaire Verheugen est venu faire le point sur les négociations d'adhésion. Vous savez que nous avons toujours insisté pour que le CAG fasse un point très régulier. Ces négociations sont entrées dans une phase que vous connaissez qui est décisive et le Conseil doit suivre leur déroulement étroitement. Je crois que les choses avancent bien. Nous examinons actuellement les chapitres qui ont les incidences financières les plus fortes, la PAC, bien sûr, mais aussi les fonds structurels et les questions budgétaires. A propos de ces chapitres, nous insistons pour que le rythme des travaux s'intensifie, de manière à ce que les positions de l'Union puissent être approuvées à Séville. C'est tout ce qui était prévu dans la feuille de route adoptée à Nice. C'est essentiel pour que la présidence danoise puisse se concentrer sur le bouclage des négociations. J'ai souligné l'importance de la mise en place effective de l'acquis, au-delà des engagements pris de bonne volonté pour mettre en ¿uvre ceci et cela, il faut que l'on s'assure que cette capacité de mise en ¿uvre est réelle. La Commission a un rôle central à jouer pour le monitoring.

Au fur et à mesure que les dates d'adhésion se rapprochent, on voit que ces questions deviennent sensibles à travers des exemples nombreux, par exemples les questions vétérinaires et phytosanitaires. M. Verheugen nous a dit qu'il était conscient de tout cela, nous l'avons incité à poursuivre.

Sur la réforme du statut des agents de la Communauté européenne, M. Kinnock a présenté les mesures qu'il envisage de mettre en ¿uvre. La France soutient de manière générale cet effort important, indispensable. Nous avons fait quelques remarques sur la cohérence globale de la réforme et son financement qui doit tenir elle aussi, comme tout le reste, dans le cadre des perspectives financières fixées à Berlin. Nous sommes favorables à cette démarche.

Le point sur la lutte contre le terrorisme. Nous avons examiné la feuille de route établie après le 11 septembre : il n'y a pas de problème particulier à signaler.

L'immigration clandestine : point traité à la demande du président Berlusconi. L'Italie a souligné les difficultés créées par les immigrés clandestins, il y a encore eu des affaires récentes. Nous avons décidé de renforcer l'efficacité de la coordination de l'instrument européen dans ce domaine. Il ne faut pas oublier les conclusions de Tampere, qui étaient à la fois fermes et équilibrées. Il faut lutter résolument contre les filières d'immigration clandestine et en même temps veiller à une bonne intégration des étrangers régulièrement installés. Lorsque le cas se présente, nous devons également y inclure les demandeurs d'asile conformément aux principes fixés par la Convention de Genève. Tout cela sera examiné plus en détails lors d'un Conseil Justice-Affaires intérieures, le 25 avril.

Nous avons parlé ensuite des relations de l'Union avec les pays voisins de l'Union élargie, à la demande de Jack Straw et Anna Lindt qui ont évoqué les problèmes posés par l'Ukraine et les relations avec la Moldavie. D'autres ont parlé de la Russie. Ce sont de bonnes questions, donc nous avons demandé à la Commission de préparer une communication à ce sujet. Il ne faut pas que les préoccupations uniquement d'élargissement par rapport à des pays candidats ou qui vont l'être fassent oublier qu'il y aura finalement une "couronne" de pays voisins proches qui ne sont pas candidats et ne le seront pas. Voilà la réflexion demandée à la Commission sur laquelle doivent travailler à mon avis les ministres des Affaires étrangères et "M. PESC", aussi.

A propos de l'Inde et du Pakistan, J. Straw et quelques autres ont rappelé les tensions qui peuvent réapparaître pour des raisons d'ailleurs climatiques, c'est la fin du printemps, la fonte des neiges, ce qui peut entraîner une reprise possible des combats. Javier Solana et Chris Patten évoqueront cette question avec les autorités des pays lorsqu'ils se rendront bientôt dans la région.

Nous avons parlé de l'Afghanistan. Le représentant de l'Union européenne, M. Klaiber a fait un point de la situation sur place. Nous avons adopté des conclusions qui sont bonnes.

Sur la poursuite de la stratégie européenne et les différents volets de notre soutien aux Afghans, M. Abdullah, ministre des Affaires étrangères devrait nous rejoindre. Je l'ai vu il y a quelques temps à Kaboul où il m'avait accueilli.

Sur les Balkans occidentaux, nous avons adopté des conclusions sur plusieurs sujets notamment sur les relations avec la RFY. Le Conseil européen de Barcelone avait salué l'accord du 14 mars Serbie-Montenegro, nous avons confirmé que l'Union était prête à soutenir sa mise en ¿uvre et à progresser dans le rapprochement de la RFY avec l'Union européenne, dans le cadre du processus de stabilité et d'association. Le commissaire M. Patten a indiqué qu'il pouvait remettre une étude de faisabilité après l'été, qu'il présentera un mandat de négociation pour un accord vers la fin de l'année. C'est un signal positif, nous le souhaitions. J'avais d'ailleurs écrit à ce sujet à MM. Pique, Solana et Patten.

Nous avons également salué l'adoption de lois fédérales sur la coopération avec le Tribunal pénal international.

Il y a également un ensemble de questions prévues que nous n'avons pas encore traitées : relations UE-Suisse, relations UE-Amérique centrale et Communauté andine.

Nous avons fait un point sur le Venezuela, mais il s'agissait plutôt d'un point d'information.

Pour ce qui concerne le Proche-Orient, un préalable : la confirmation de la Conférence euro méditerranéenne de Valence. Les Espagnols tiennent à la maintenir et je les approuve fortement puisque si nous laissons ce processus de Barcelone devenir complètement l'otage de la tragédie du Proche-Orient, il n'y a plus de processus de Barcelone, il n'y a plus de coopération entre les Européens et les Arabes et Israël et ce serait tout à fait contraire à l'idée d'origine de ce processus. J'avais été confronté à cette difficulté en l'an 2000, mais la situation était moins terrible qu'aujourd'hui, au moment de Marseille et je m'étais beaucoup engagé pour que Marseille se tienne quand même. Il faudra peut-être entourer cela d'un certain nombre de négociations ou d'aménagements pour que cela se tienne, mais la conférence est confirmée.


Q - Normalement, M. Peres vient ?

R - Je ne sais pas. On verra. M. Pique nous a dit qu'il avait des confirmations de participations ministérielles. Dans le cas précis d'Israël, je ne peux pas vous dire. Il faudra vérifier.

Sur le Proche Orient, vous imaginez l'état d'esprit, bien sûr, je ne vais pas reprendre ce que vous savez parfaitement. L'idée dominante est le soutien à M. Powell. D'autant qu'à Madrid il a pu être confirmé la convergence d'analyse, la convergence d'objectifs entre les Américains, les Européens, les Russes et Kofi Annan. M. Powell est engagé dans une partie très difficile, c'est très bien que les Etats-Unis se soient enfin réengagés, il ne faut pas attendre de lui des miracles, il ne faudra pas lui reprocher après de ne pas avoir obtenu des résultats spectaculaires. Il ne peut au mieux qu'obtenir deux, trois signes ou concessions permettant peut-être de ré enclencher un processus différent. En tout cas, nous le soutenons. Toutes les analyses européennes sont confirmées, tout ce que vous connaissez, tous nos textes, toutes nos déclarations, notre conception des choses, notre conception du processus politique nécessaire pour en sortir.

Le soutien à M. Powell, dans l'immédiat me paraît la meilleure façon de procéder. Il y a eu un échange d'informations sur les aspects ventes d'armes. Il y avait des informations isolées pays par pays, la réalité d'aujourd'hui c'est qu'aucun pays de l'Union européenne ne vend, semble-t-il, des armes qui seraient susceptibles d'être utilisées contre les populations civiles des territoires.

Sur l'affaire de l'Accord d'Association, je laisserai M. Pique résumer les choses. Je peux donner une indication : cela fait partie de la discussion, certains pays sont favorables à une convocation rapide du Conseil d'association Union européenne/Israël, d'autres un peu plus tard, d'autres essaient de ne pas se prononcer. Nous ne voyons pas d'objections à la convocation de la réunion. Nous ne voyons pas quels arguments nous pourrions invoquer contre la réunion de ce Conseil.

Sur l'affaire des sanctions ou de la suspension de l'Accord, il y a des discussions légitimes. A commencer par le scepticisme que j'ai toujours rappelé ici sur l'efficacité politique des sanctions économiques. Sur le fait de faire une réunion pour en parler, pour se dire ce que l'on a à se dire, c'est difficile d'être contre. Mais ce n'est pas encore consensuel, on verra. La Présidence espagnole reste saisie du sujet et consultera qui il faudra dans les jours qui viennent.

Voilà pour le résumé.

Q - Quand vous dites que ce n'est pas encore consensuel, vous pensez à qui ? Aux Anglais, aux Néerlandais ?

R - Vous leur demanderez.

Q - L'idée de la conférence envisagée par M. Sharon¿

R - Oui, nous pensons tous qu'une conférence à un moment donné sera certainement utile. Mais il y a plusieurs formats possibles de la conférence et il s'agit de savoir quelle est la fonction de la conférence et à quel moment elle intervient. Une conférence qui aurait comme fonction de faire oublier la résolution 1402, ou faire une conférence au lieu d'appliquer la résolution, cela ne peut pas marcher. Par ailleurs, faire une conférence avec les pays arabes, sans Yasser Arafat, cela ne marchera pas, puisqu'il ne viendront pas. Je ne sais pas quelle est la nature exacte de cette proposition. Il y a toutes sortes de projets de conférence.

Q - Que l'Europe n'ai pas été prévue¿

R - Cela montre, comme l'a dit Josep Pique, que si M. Sharon ne veut faire des conférences qu'avec des gens qui approuvent entièrement sa position, il sera quand même très seul. Cela ne donne pas une conférence. Et puis, M. Powell a une conception différente, il y a plusieurs conceptions. Nous, les Européens, avons toujours pensé qu'à un moment donné une conférence serait utile, mais il faudrait que le processus politique ait été réenclenché et il faut que les participants importants puissent tous venir, enfin, acceptent tous de venir. La conférence ce n'est pas une idée entièrement nouvelle et originale qui remplace les autres processus. Non, cela ne peut que s'inscrire dans le processus politique tel que nous l'avons défini à plusieurs reprises. Donc, la conférence n'est pas une solution de remplacement. Surtout si elle est mal conçue et qu'il n'y a pas tous les participants utiles.

Q - Monsieur le Ministre, après la visite de l'Union européenne à Jérusalem, vous ne croyez pas qu'une partie de l'opinion publique peut en tirer la conclusion que les Européens ne font pas preuve d'une politiques très affirmée vis-à-vis d'Israël ?

R - Je ne suis pas l'opinion publique, je suis le ministre des Affaires étrangères de la France. A vous d'interpréter l'opinion si vous la connaissez. Il me semble que les Européens, en dépit de leurs différences de sensibilités sur cette question, sont arrivés depuis quelques temps déjà à avoir une analyse très forte et claire de la situation et des positions claires et nettes sur ce qu'il faudrait faire. Nos trois ou quatre dernières déclarations sont tout à fait précises sur ce qu'il faudrait faire. Sur le terrain, les choses ne vont pas du tout dans ce sens, naturellement, cela ne veut pas dire que nos analyses soient fausses, ni que l'on ait eu tort de les exprimer. A ma connaissance, personne d'autre n'a réussi à influencer le cours des événements pour le moment. Donc, il n'y a pas de raison de reprocher à l'Europe, en particulier, de ne pas influencer des événements que personne n'influence. Je le répète tout le temps, c'est toujours une concentration un peu excessive, sur l'idée "que fait l'Europe", etc. Nous, les ministres, faisons un effort important en tenant compte de nos réalités nationales différentes, pour arriver aux plus grand point de convergence et de cohérence possible. Aujourd'hui, cela revient à ce que j'ai dit tout à l'heure. Ce que l'on peut faire de plus intelligent, c'est d'aider M. Powell dans cette mission très difficile, à cette phase-là. D'autant que cette mission est contestée par beaucoup de gens au Congrès, par exemple, à Washington. C'est important qu'il ait un appui européen.

Q - Est-ce que l'Union européenne, doit, à votre avis, soutenir une enquête des ONG indépendantes sur les massacres en Palestine ?

R - Il faut savoir ce que sont les ONG indépendantes. Tout le monde - ce n'est pas une conclusion formelle, c'est une impression - tous les ministres présents avaient l'air de penser que ce serait normal que nous puissions avoir des informations sûres. Par quel procédé, je n'en sais rien. Si les Israéliens eux-mêmes prenaient l'initiative d'ouvrir et de donner des informations, ou de faire des enquêtes, comme ils l'ont fait par le passé, cela leur est arrivé souvent à propos de faits controversés, cela serait très bien.


Q - Vous avez débattu du plan Fischer ?

R - Nous avons eu un échange, ce n'est pas exactement un plan Fischer. Nous pensons tous que c'est une bonne approche. Moi, évidemment, puisqu'il me l'a présenté lundi dernier. Nous en avons parlé, j'ai fait une série de suggestions et d'amendements. Nous avons donc un document qui est assez consensuel mais dont M. Fischer vous dira, et dont M. Pique vous confirmera que ce n'est pas un instrument pour prendre une initiative aujourd'hui. C'est une reprise d'idées qui ont été mises en avant plusieurs fois ces derniers mois, dans différentes initiatives. Il y a un bon enchaînement dans le document tel qu'il est, si les choses redémarrent. Donc, si M. Powell arrive à des résultats un peu substantiels, cette approche européenne peut peut-être venir juste derrière. Pour le moment, cela nous a servi à faire le point entre nous, et la Présidence espagnole le garde pour voir si c'est utile d'en faire une initiative plus formalisée, un peu plus tard, mais pas tout de suite.

Q - Est-ce que ce n'est pas un peu prématuré l'idée d'une force d'interposition ?

R - Ce n'est pas prématuré. Nous n'en avons pas reparlé cette fois-ci, nous en avions parlé il y a une quinzaine de jours. Et cela ne serait pas prématuré non plus, si nous étions capables de l'envoyer. Si nous étions capables de surmonter les oppositions de ceux qui n'en veulent pas. En termes de situation sur le terrain, de sort des populations, si on pouvait l'envoyer dans une heure, cela serait bien. Cela serait mieux que de ne pas le faire. Mais étant donné qu'il y a des blocages que vous connaissez, c'est peut-être bien de préparer les esprits. Il y a quelques jours, après une relance de cette idée par la France, que M. Schroeder a suivie, j'ai constaté que plusieurs pays n'avaient pas repris le terme de force d'interposition, mais d'observateurs, de mécanisme impartial d'observation, de mécanisme impartial de sécurité. Beaucoup de pays tournent donc autour de cela. M. Solana a fait une déclaration assez nette, assez proche de l'expression française.

Q - Les Américains ont quelle position aujourd'hui sur cette idée de force d'interposition ou quel que soit son appellation ?

R - Ce que j'ai vu, de la part des Américains, c'est simplement une déclaration de M. Powell éventuellement favorable à des observateurs d'un cessez-le-feu. Je considère que c'est un début parce que le débat dans cette affaire c'est : est-ce que l'on accepte ou non une présence internationale ? A partir du moment où les uns et les autres commencent à défendre l'idée d'une présence internationale, même si c'est sous la forme d'observateurs simplement, même si on appelle cela mécanisme impartial de sécurité, c'est déjà le début du raisonnement qui conduira un jour - j'en suis sûr - à une force d'interposition. Il n'y aura pas d'accord stable et garanti sans cela.

Q - Il n'y a pas de problème de communication entre les Etats-Unis et l'Europe ?

R - Non, il n'y a pas de problème d'information ou de coordination. La réunion de Madrid vous a bien montré les convergences de démarches, après, il faudra apprécier quand M. Powell dira "je rentre à Washington", on appréciera la situation. Nous verrons s'il dit "je reviens dans dix jours" ou comment s'organise la suite.

Q - Donc, l'Europe s'aligne sur les Etats-Unis ?

R - Non, je ne sais pas pourquoi vous dites cela. Cela n'aurait pas de sens de prendre des initiatives pour le plaisir de les prendre. L'élément majeur, tout le monde le sait, c'est ce que les Américains font, ou pas. Cela fait des mois que nous demandons aux Américains de se réengager. Notamment moi. Je me suis beaucoup exprimé là-dessus. Ils se réengagent, c'est difficile. On les aide. Ce n'est pas le moment d'inventer quelque chose à côté. Donc, ce n'est pas que cela dépend d'eux, cela dépend de la situation sur place. Nous verrons en fonction de la situation entre les Israéliens et les Palestiniens, comment on poursuit ce travail. Nous ferons ce qui est le plus utile.

Q - Est-ce que vous estimez qu'il y a une certaine logique ou justification dans la position palestinienne qui consiste à dire il ne peut pas y avoir de cessez-le-feu tant qu'il n'y a pas le retrait des troupes israéliennes des Territoires palestiniens ?

R - Je ne peux pas entrer dans le commentaire de position des uns et des autres. Même si j'étais en train de faire le travail de M. Powell j'essaierais d'éviter cela, parce que la seule chose utile c'est d'en sortir, c'est de débloquer. Il ne s'agit pas de porter des appréciations en disant vous avez tort ou raison sur ceci, sur cela. Il faut enclencher un mécanisme. Dans la résolution 1402, il n'est pas dit clairement que c'est une séquence chronologique, mais c'est presque simultané dans la présentation : cessez-le-feu, évacuation. Chacun d'entre eux utilise ses arguments et ses éléments de blocage. Dans chaque camp, il y a des gens qui ont intérêt au déblocage, et puis il y a des gens qui n'ont pas du tout intérêt au déblocage. M. Powell y arrivera s'il peut mobiliser ceux qui ont intérêt au déblocage.

Q - Vous ne pouvez pas dire, aujourd'hui dans quel camp se trouve la balle par rapport à la prise de position d'Arafat sur la condamnation du terrorisme...

R - Non. Il faut se méfier des métaphores. Vous voyez qu'on demande des choses aux uns et autres, et que cela ne marche pas si on distingue trop les séquences parce que chacun va dire c'est à l'autre de commencer. A mon avis, M. Powell peut arriver à arracher quelque chose s'il arrive à faire un paquet.

Q - Dans la force d'interposition et parmi les observateurs, est-ce qu'il devrait aussi y avoir des Européens ?

R - On n'en est pas là. Je pense que comme ce sont les Israéliens qui s'opposent à une présence internationale, le seul pays qu'ils peuvent accepter éventuellement, ce sont les Etats-Unis. Il faudrait donc des Américains, de toute façon. Sinon cela sera un prétexte supplémentaire pour bloquer. A mon avis, cela serait très bien qu'il y ait des Américains et d'autres. C'est vrai pour l'observation, c'est vrai pour l'interposition. C'est vrai pour la future garantie, quand il y aura eu un accord avec un Etat.

Q - Y a-t-il un risque d'extension devant cette situation inquiétante ?

R - Bien sûr que c'est inquiétant. C'est inquiétant parce que c'est un drame sans fin. Parce que c'est une tragédie sans fond, c'est une guerre et cela entraîne donc tout ce qu'entraînent les guerres de ce type, de part et d'autre avec toutes les choses horribles que cela entraîne et tous les risques de contagion. Il n'y a pas risque de contagion au sens militaire classique. Il n'y a pas d'armée dans la région qui puisse affronter l'armée israélienne ni de volonté politique de la part de qui que ce soit. Ce n'est pas une extension classique de conflit. Par contre, il est vrai que plus cela dure, plus cela s'aggrave et plus les populations sont bouleversées par ce qu'elles voient, et plus il y a des pays où la situation intérieure peut devenir intenable. Bien sûr. C'est pour cela qu'il y a des dirigeants qui font ce qu'ils peuvent pour remonter le processus de paix. Parce que cela concerne aussi la stabilité, la sécurité de leur propre pays. Mais cela ne nous donne pas la solution. Tout le monde le sait, tout le monde connaît des inquiétudes, tout le monde connaît les risques. Bien sûr plus cela dure, plus c'est risqué.

Q - Est-ce que vous avez eu des contacts avec le Liban ?

R - Oui, nous en avons régulièrement. Et nous l'avons encore fait avant le Sommet de Beyrouth, par exemple, quand nous avons demandé à la Syrie et au Liban d'avoir une attitude constructive à Beyrouth. Cela n'a pas été très efficace, comme démarche. Bien que le Sommet se soit bien terminé. Et ce que vous dites, cela fait partie du contact régulier avec eux. C'est un thème constant.

Q - Oui. Il y a bien deux poids, deux mesures entre les Américains et les Européens, lorsque M. Zinni rencontre Arafat alors que les Européens sont empêchés de la faire ?

R - Ce n'est pas comme cela qu'il faut poser le problème. M. Sharon a une politique. Cette politique depuis un an est soutenue par les Etats-Unis, donc naturellement, il préfère que ce soient des émissaires américains. Cette politique est radicalement critiquée par les Européens dans leurs textes, donc M. Sharon se dit "ils vont essayer de m'empêcher de poursuivre ma politique". Evidemment, on lui demande tous les jours de changer de politique. Il ne va pas en plus nous dire "soyez les bienvenus, promenez-vous, allez raconter tout cela", c'est une politique inverse. Il faut arrêter de placer les choses sur le plan de la susceptibilité ou de la vexation, ou "deux poids, deux mesures". Ce n'est pas un juge. Il s'en fiche de ces poids et mesures, à quoi bon ? Le problème, c'est que l'on défend une politique différente et on demande des choses exigeantes aux Israéliens comme au Palestiniens, avec jusqu'ici un insuccès terrible, comme tout le monde. Car M. Powell n'a rien obtenu non plus. Et M. Zinni non plus. Est-ce que nous devons arrêter ? Non, nous ne devons pas arrêter. Nous devons continuer. Vous ne devriez pas être surpris que M. Sharon ne soit pas emballé par les prises de position européennes. Il faut simplement savoir ce que l'on veut.

Q - Cela signifierait quoi, Monsieur le Ministre, réunir le Conseil d'association, c'est effectivement un réel forum de dialogue avec les Israéliens ou c'est adresser le signe que l'on se dirige vers des sanctions ?

R - Pas forcément. En tout cas ce serait le minimum d'un dialogue vrai et d'un dialogue critique.

Q - On n'a pas besoin de cela pour discuter avec les Israéliens...

R - Cela aurait plus de solennité. C'est prévu par l'accord. Ce n'est pas absurde. Nous sommes dans un cas qui correspond à peu près à ce que prévoit l'accord. La Commission y est prête, le Parlement européen le demande, quelques pays en Europe le souhaitent, d'autres pays ne s'y opposent pas, un tout petit nombre s'y oppose ou en tout cas s'y oppose pour le moment. Mais c'est vrai que cela serait une bonne enceinte pour se dire les choses. On le dit quand même, on le dit par des contacts qui continuent, même si ce n'est pas commode, cela a un certain sens. C'est pourquoi du point de vue français on ne voit pas très bien les arguments pour s'opposer à une telle demande.

Q - Il y aura une ambiance un peu bizarre à Valence...

R - Quand j'ai présidé la réunion de Marseille, c'était très difficile, comme réunion. Plusieurs ministres arabes ont indiqué qu'ils ne viendraient pas - cela paraît étonnant avec le recul - à l'époque c'était Schlomo Ben Ali. Il y avait de nombreux désaccords, sur beaucoup de choses. Il ne s'agit pas de savoir si c'est une bonne ambiance, ce n'est pas le problème.

Q - Est-ce que les ministres vont se déplacer ?

R - Les ministres ont confirmé. M. Pique nous a dit que tout le monde avait confirmé. Je ne suis pas sûr du niveau, mais tout le monde a confirmé. Si nous ne faisons pas cette réunion parce que l'ambiance, le climat avec le Proche-Orient fait qu'on ne peut pas le faire, cela veut dire que nous sommes obligés d'abandonner l'idée même d'un processus euro-méditerranéen, tant que la paix n'est pas totalement consolidée au Proche-Orient. Il est évident que c'est terrible cette affaire. Mais on ne peut pas subordonner toutes nos relations euro méditerranéennes à cela. Il faut donc cloisonner. Je soutiens M. Pique qui tient absolument à faire la réunion comme je l'avait fait à Marseille, avec beaucoup de difficultés. Je le soutiens et tous les ministres ici ont confirmé qu'ils venaient. Cela va peut-être compliquer les travaux, cela va peut-être peser sur les discussions, mais il faut quand même que cela ait lieu.

Q - Quel bilan tirez-vous des quatre premiers jours de la mission de M. Powell ?

R - Il n'y a pas encore de résultat précis. Le simple fait que M. Powell soit venu dans la région et qu'il ait pu voir M. Arafat et passer trois heures avec lui est déjà positif en soi. Cela montre que les Etats-Unis ont résisté pendant plusieurs mois à la stratégie de M. Sharon qui disait M. Arafat est "irrelevant" et par conséquent on arrête tout. M. Sharon a demandé plusieurs fois qu'il y ait une rupture totale avec M. Arafat, ce que demande d'ailleurs une partie des membres du Congrès à Washington. Les Etats-Unis ont résisté à cela et M. Powell est venu, et malgré toutes les opérations qui ont été développées aux Etats-Unis pour que sa mission n'ait pas lieu, pour qu'il ne voie pas M. Arafat. Il l'a vu quand même, c'est une sorte de résultat. C'est un préalable en tout cas. Si ceci n'était pas possible il n'y aurait pas eu de mission, tout se serait arrêté tout de suite. C'est un préalable. Mais il n'a encore rien obtenu. Il n'a rien obtenu de M. Sharon en ce qui concerne l'application de la 1402 ; il n'a rien obtenu sur le cessez-le-feu ; il n'a pas obtenu d'évacuation. Il n'a rien obtenu sur l'humanitaire, je ne sais pas s'il s'est concentré là-dessus, en tout cas il n'y a pas d'éléments nouveaux. Il n'y a rien, mais ils n'en sont qu'au début du réengagement. Il ne faut donc pas critiquer M. Powell, c'est une mission très difficile. Personne ne pouvait penser qu'il allait avoir des résultats tangibles aussi vite alors qu'on connaît les positions et qu'elles sont absolument antagonistes. Il n'empêche que la meilleure chose que l'on puisse faire en ce moment c'est d'aider M. Powell et d'augmenter ses chances de réussite.

(source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 17 avril 2002)

Rechercher