Déclaration de M. Roger-Gérard Schwartzenberg, ministre de la recherche, sur les actions de développement et de recherche menées dans les DOM-TOM, Paris le 7 mars 2002. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Roger-Gérard Schwartzenberg, ministre de la recherche, sur les actions de développement et de recherche menées dans les DOM-TOM, Paris le 7 mars 2002.

Personnalité, fonction : SCHWARTZENBERG Roger-gerard.

FRANCE. Ministre de la recherche

Circonstances : Colloque "La recherche Outre-Mer et l'Espace européen"à Paris le 7 mars 2002

ti : Je remercie mon collègue Christian Paul, secrétaire d'Etat à l'Outre-Mer, d'avoir pris l'initiative d'une série de rencontres sur le thème de "la place de l'Outre-Mer dans la recherche européenne". C'est avec plaisir que le ministère de la recherche a soutenu ce projet - auquel le commissaire Philippe Busquin apportera sa contribution, en développant le point de vue de la Commission européenne.

Les départements et territoires d'Outre-Mer appartiennent souvent aux régions tropicales et subtropicales. C'est le cas des quatre départements d'Outre-Mer (la Guadeloupe, la Guyane, la Martinique et La Réunion), de deux territoires (La Nouvelle-Calédonie et La Polynésie) et d'une collectivité particulière (Mayotte). Notre pays partage avec l'Espagne et le Portugal cette situation particulière.

Ces zones présentent des caractéristiques physiques, économiques et sociales qui les distinguent de la métropole. Elles bénéficient à ce titre de financements obtenus à partir des outils d'aide au développement, mis en ¿uvre par la commission et sa XVIème direction placée sous l'autorité du commissaire Barnier, essentiellement au travers des fonds structurels, le FEDER et le FEOGA dans le cadre des DOCUP.

Favoriser l'implication de l'Union européenne dans les programmes scientifiques de l'Outre-Mer français, tel est le but que nous poursuivons aujourd'hui.

Pour ce faire, il convient que les programmes de recherche menés dans ces territoires acquièrent une lisibilité internationale, tout en répondant à des préoccupations locales. Il faut donc réfléchir à l'adéquation de tous les outils d'intervention, ceux de l'Etat comme ceux de la commission, avec cette ambition.


La stratégie du ministère de la recherche consiste à définir et appuyer, en collaboration avec les collectivités territoriales, des processus de développement correspondant à des besoins locaux.

Un contexte particulier
Ces départements et territoires d'outre-mer connaissent une forte croissance démographique. Ainsi, l'Ile de la Réunion devrait bientôt atteindre le million d'habitants. La pression anthropique est donc forte sur ces milieux souvent insulaires et souvent fragiles du fait de leur isolement relatif : la maîtrise du foncier et son usage agricole ou urbain sont au c¿ur des politiques de développement. Les économies sont fortement soutenues par des fonds publics et comportent un secteur primaire marqué par la multi-fonctionnalité de l'agriculture.

Les marchés locaux sont de dimension réduite et les échanges économiques avec l'environnement régional restent modestes, l'essentiel des échanges se faisant avec la métropole malgré la distance et les problèmes de communication.

Si ces territoires connaissent un retard de développement par rapport à la métropole - retard qui tend d'ailleurs à se combler -, leur niveau d'activité est cependant bien supérieur à celui des pays de la zone. Ce qui pose également des problèmes d'intégration à l'économie régionale et d'immigration plus ou moins clandestine.

Des réponses adaptées
Il faut d'abord diminuer la dépendance en biens et en services vis-à-vis de la métropole. Il est donc nécessaire d'accroître la couverture des besoins locaux en produits vivriers et fruitiers, en produits carnés (d'élevage comme de pêche) et en produits tropicaux liés à la diversification agricole. Cette politique permettra de valoriser les activités touristiques ou l'exportation vers des marchés solvables.

Il faut ensuite gérer l'espace et les ressources naturelles, dans une logique de préservation des milieux et de valorisation de la biodiversité locale. La réduction des pollutions d'origine anthropique, la gestion de la pression urbaine et la croissance du secteur du tourisme sont au centre des politiques de développement durable de ces territoires.

Le CIRAD intervient dans l'ensemble des DOM et des TOM, en relation étroite avec les organisations professionnelles et les collectivités territoriales. Il apporte un soutien aux principales filières de production agricole (banane, canne à sucre, production fruitière et maraîchage), grâce à la mise au point de variétés adaptées qui soient, en particulier, résistantes aux parasites tropicaux.

Il contribue aussi à la définition de politiques et à la mise au point d'outils permettant une gestion durable des ressources et des milieux, dans le but de préserver l'environnement et de maintenir l'activité en milieu rural.

Dans le domaine de l'environnement côtier, l'IFREMER intervient en réponse à des demandes des collectivités locales, par des études, des expertises et des avis. Ces demandes sont de plus en plus nombreuses et manifestent la volonté des responsables locaux de répondre, sur des bases scientifiques, aux nouveaux problèmes créés par la "littoralisation" des habitants et des activités : aménagements et activités portuaires, extraction de matériaux, rejet des eaux usées, ruissellement des pesticides de l'agriculture¿ Ces questions sont notamment d'une grande importance pour le développement du tourisme.

L'aménagement environnemental offre un large champ de recherche, d'expertise et de transfert de compétence. Par ailleurs, avec l'anthropisation accélérée de zones géographiquement sensibles, les risques naturels s'accroissent : activité sismique et volcanique, tornades, inondations et subsidence de zones littorales en relation possible avec l'évolution climatique. Il est donc nécessaire de développer le réseau des observatoires scientifiques chargés du suivi de ces différents risques.

Ainsi, l'Institut de Recherche pour le développement (IRD) a défini la télédétection comme un pôle prioritaire de compétences en Guyane : aide à la décision en environnement, traitement d'images spatialisées, suivi de l'environnement littoral amazonien par imagerie satellitale et vidéo numérique aéroportée. Pour la Réunion, ses activités tournent pour l'essentiel autour de la station SEAS (Surveillance de l'Environnement Assistée par Satellite), mise en place en soutien à l'étude de l'environnement océanique des grands pélagiques.

Enfin les milieux tropicaux possèdent une faune et une flore très riches, et surtout leurs sociétés ont connu une histoire complexe, marquée par le passé colonial. Ces deux caractéristiques constituent en elles-mêmes des thèmes de recherche de premier intérêt. Le fait de pouvoir disposer d'institutions de recherche et d'enseignement supérieur présentes sur place permet d'aborder des sujets de grand intérêt pour la science.

Le traitement simultané de thèmes aussi divers nécessite un dispositif de recherche coordonné.

Avec quatre universités (Antilles-Guyane, La Réunion, la Nouvelle-Calédonie et la Polynésie), bientôt une cinquième avec le pôle universitaire Guyanais, et des implantations des établissements de recherche (principalement le CNES, le CIRAD, l'IFREMER, l'IRD et l'INRA), l'outre-mer dispose d'un potentiel de recherche important.

Dans la Convention de coopération qu'ils ont signée en 2001, l'INRA, le CIRAD, l'IFREMER et l'IRD rappellent qu'ils emploient, dans l'ensemble de l'Outre-mer tropical français, quelque 1200 chercheurs, ingénieurs, techniciens, administratifs et personnels locaux. L'importance de ces effectifs, auxquels il convient d'ajouter ceux d'autres organismes, prouve l'intérêt que les Ministères concernés portent au développement de la recherche outre-mer.

Chacune de ces organismes de recherche possède une expérience avérée en termes de formation à et par la recherche. Or l'enseignement supérieur en Outre-mer manque parfois de structures de recherche sur lesquelles s'appuyer. L'Université, souvent récente et de taille encore limitée, doit faire face à des besoins de formation importants pour répondre à la poussée démographique forte. Les organismes, quant à eux, sont plus impliqués dans le développement local. Le renforcement du potentiel de recherche nécessite un rapprochement fort entre tous ces acteurs sur des thèmes répondant en priorité aux besoins économiques et sociaux.

Des unités mixtes de recherche sont en création à La Réunion, aux Antilles et en Nouvelle-Calédonie, et les organismes de recherche sont étroitement associés au développement du pôle universitaire Guyanais.

L'IRD participe activement aux enseignements universitaires régionaux, et a lancé un programme ambitieux d'expertises collégiales - aux Antilles, en Guyane, en Polynésie et en Nouvelle-Calédonie - pour répondre directement à la demande des décideurs locaux. Il revient en effet aux institutions politiques et économiques de chacune des régions d'exprimer leurs besoins propres pour la formation de cadres scientifiques et techniques.

Le CIRAD entend également promouvoir la collaboration avec les universités, et souhaite que ses installations puissent être utilisées comme laboratoires d'accueil des étudiants, même si aucune formation doctorale en sciences n'existe encore à ce jour. Il a, entre autres, signé une convention avec l'Université et la Maison de la Technologie de la Réunion pour renforcer les recherches dans le domaine de l'agroalimentaire et de la défense des cultures.

L'IFREMER entretient, à partir de son Centre à Vairao au sud de l'île de Tahiti, des collaborations suivies avec l'Université de Polynésie française (UPF) pour l'écologie marine et s'apprête à mettre en place une équipe mixte avec la Jeune Equipe " Terre-Océan " (traitement d'images radar des îles de la Polynésie française ; halieutique et cétacés).

Ce dispositif doit cependant se renforcer encore pour contribuer plus efficacement au développement économique, social et culturel de ces territoires. La concertation avec les collectivités territoriales, menée dans le cadre de la coopération entre l'Etat et celles-ci, permettra de mieux orienter les activités de recherche en fonction des besoins du développement.

Parce qu'elles sont au c¿ur des enjeux de développement et qu'elles sont un passage obligé pour pouvoir mobiliser les crédits de l'Etat dans le cadre du CPER, mais aussi les fonds structurels européens au travers du DOCUP, les collectivités sont des partenaires indispensables pour la recherche. Elles savent aujourd'hui tout l'intérêt que représente une recherche forte implantée sur leur territoire, et se situant au meilleur niveau, pour répondre aux besoins d'aujourd'hui et assurer les emplois de demain.

L'inauguration récente du pôle de protection des plantes à La Réunion regroupant le CIRAD, l'INRA et l'Université est l'exemple de ce partenariat fécond, l'essentiel de l'investissement provenant du conseil régional et du conseil général.

Nous devons procéder à une "européanisation" des dispositifs existants pour favoriser la recherche de qualité.

Les régions d'Outre-mer sont parties prenantes de l'Union européenne. C'est parce qu'elles sont bien insérées dans leur environnement géographique qu'elles représentent un levier pour l'Europe, à l'image du dispositif guyanais qui vient d'être labellisé " Grand Equipement Européen ".

Nous avons décidé de proposer, dans le cadre de la construction de l'espace européen de la recherche, des projets scientifiques utilisant toutes les potentialités du milieu tropical. Les nouveaux instruments du VIème PCRD - et en particulier les programmes correspondant à l'application de l'article 169 - doivent être mobilisés dans une logique de coopération entre la France, l'Espagne et le Portugal pour promouvoir des thématiques scientifiques reposant sur les spécificités de ces territoires, et ouvrir les dispositifs à des chercheurs provenant d'autres pays de l'Union. Un projet commun à ces trois pays, sur la biodiversité des milieux tropicaux - BIORUP -, est d'ailleurs en cours d'élaboration. Il sera prochainement soumis à la commission.

D'une manière générale, pour réussir cette intégration européenne, qui ne doit pas oublier les régions ultra-périphériques de l'Union, une meilleure coordination entre la DG XII et la DG XVI de la commission est nécessaire.

Cette coordination "améliorée" devrait déboucher sur des mécanismes de financement mieux adaptés aux besoins de la recherche, et permettre d'assurer dans la durée, grâce aux fonds structurels et aux crédits d'intervention, non seulement la construction de nouvelles installations - ce qui est aujourd'hui possible -, mais aussi leur fonctionnement courant avec des capacités d'accueil associées, ce qui est très difficile actuellement.

Ne pourrait-on pas imaginer que la DG XVI puisse contribuer, au travers de ses propres outils, au financement d'opérations relevant des nouveaux instruments du VIème PCRD ?


Je souhaite que ces rencontres soient l'occasion de proposer des modes d'intervention rénovés, permettant de mieux coupler les actions conduites par notre pays, la Commission et nos partenaires européens. La recherche conduite dans ces régions tropicales de l'Union européenne en sera mieux valorisée, et contribuera de manière encore plus efficace à leur développement économique et social."


(Source http://www.recherche.gouv.fr, le 12 mars 2002)

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