Déclaration de M. Jack Lang, ministre de l'éducation nationale, sur les actions à mettre en oeuvre pour favoriser la réussite scolaire, Paris le 4 mars 2002. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Jack Lang, ministre de l'éducation nationale, sur les actions à mettre en oeuvre pour favoriser la réussite scolaire, Paris le 4 mars 2002.

Personnalité, fonction : LANG Jack.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale

Circonstances : Journée des réussites de l'école à Paris le 4 mars 2002

ti : Introduction : Une journée des réussites pour quoi faire ?


Cette Journée des Réussites à l'Ecole se veut un jalon important dans la série des transformations entreprises par le ministère au service de la réussite scolaire de l'ensemble des élèves.

Il s'agit en effet d'affirmer, et plus encore de démontrer, que le système éducatif est capable de réussir (donc de faire réussir) dès lors que les personnels qui le pilotent, le gèrent ou l'animent en créent les conditions. Encore faut-il savoir et vouloir mettre ces capacités en évidence ; encore faut-il sortir de l'ombre des exemples probants mais souvent trop peu connus.

Gardons-nous d'emblée de confondre la réussite avec une vaine mise en vitrine de réalisations exceptionnelles et vouées à l'isolement. Il n'y a pour l'Ecole de réussites véritables que celles qui parviennent à conjoindre l'efficacité des apprentissages et l'épanouissement de la personne. Les voies en sont plurielles, plutôt complémentaires que rivales. L'expérimentation permet d'en explorer constamment de nouvelles.

Au bout du compte, ne seront pourtant à retenir comme pleines réussites que les démarches, méthodes ou structures assez pertinentes pour être largement transférables et durables au delà du contexte spécifique où elles se sont élaborées. Tout n'est certes pas à inventer. Là comme en de nombreux domaines, l'innovation ne saurait constituer une fin en soi. Et elle importe moins que la volonté agissante de capitaliser et de rentabiliser nos acquis. Sachons tirer le parti le plus large des compétences nombreuses déjà à l'oeuvre dans les écoles et les établissements.


Le sens d'une démarche

Que signifie réussir ?

Ne faudrait-il pas cependant, pour éviter l'écueil d'une fausse évidence, s'arrêter un moment sur le sens du mot réussite ? Est-ce celle du système éducatif ? des enseignants ? des élèves ? Ou plutôt leur commune réussite, au service de tous les élèves ?

Le modèle canonique de la " réussite scolaire " demeure bien prégnant parmi nous, attesté par le succès à des contrôles, examens et concours conçus comme condition absolue d'accès à la réussite professionnelle et sociale.

L'Ecole faillirait à sa mission si elle ne se donnait pas pour objectif de pourvoir chaque élève qui lui est confié des connaissances, compétences et qualifications requises pour son insertion dans le monde du travail et dans la société. Osons pourtant réaffirmer, à l'encontre d'une conception uniformisante et souvent ségrégative, que n'existe pas un modèle exclusif d'accomplissement. qui doive prévaloir sur tous les autres selon une hiérarchisation arbitraire ou simplement conventionnelle.

La réussite est compatible avec une large diversité de talents et d'aspirations. Elle a d'autres critères, dont la dignité est à rappeler avec force : ceux de l'épanouissement personnel et de l'accès à une citoyenneté pleine et entière . Ce qui suppose des parcours plus individualisés et la reconnaissance d'une pluralité d'excellences ; ce qui implique aussi la formation à l'exercice du jugement critique pour un accès raisonné à l'information ; ce qui réhabilite à sa juste place dans les comportements les plus dignes d'estime l'aptitude à écouter, débattre et prendre ses responsabilités.

Une Ecole capable de transmettre à tous ces savoirs et savoir-faire aura largement accompli la mission socialisante et civilisatrice que lui assignait si résolument Victor Hugo.


Les voies de la réussite retenues dans les politiques ministérielles

Il incombe au Ministère de l'Education nationale de choisir les orientations et de fixer les priorités qui feront progresser dans cette voie le système éducatif. Il est bon qu'il y procède en s'inspirant non seulement des travaux émanant de chercheurs et d'experts, mais aussi en prenant appui sur la connaissance immédiate de la réalité des classes qu'apportent ceux qui ont les élèves en charge au quotidien.

La qualité de la formation des maîtres, la pertinence des programmes en sont les vecteurs d'amélioration les plus notoires. Mais c'est l'ensemble des modes d'enseignement et d'éducation qu'il nous faut repenser en tant que facteurs de réussite. Jusqu'à quel point les enseignants sont ils prêts et préparés :

· à assumer les conditions d'un véritable travail d'équipe ?

· à s'impliquer dans leur établissement autant que dans leur classe ?

· à intégrer non seulement des progressions de programmes mais des logiques de projet, appropriées à la diversité des élèves et des situations ?

· à user des marges non négligeables d'initiative et d'inventivité que leur accorde l'institution scolaire ?

Les innovateurs ont de longue date investi ces espaces, au service de la réussite scolaire. Du capital d'expériences qu'ils ont accumulé, il ne suffit évidemment pas d'extraire une série d'exemples isolés illustrant tels principes ou postulations. L'important est de pouvoir le mobiliser pour en vérifier l'efficacité, autant que possible sur le long terme, puis de concevoir sur cette assise, sans les figer, les dispositifs les mieux adaptés aux besoins en constante évolution de l'Ecole et de ses publics.


Esprit d'innovation et cadre institutionnel

L'esprit d'innovation représente au sein du système éducatif un inappréciable ferment de vitalité. Les initiatives qu'il inspire sont à encourager, dans leur phase d'émergence et sur la durée. Mais l'ingéniosité et la conviction de ceux qui les promeuvent ne bénéficieront au plus grand nombre que si ces initiatives se déploient en conformité avec les objectifs généraux de l'Ecole et dans le respect de la teneur de ses programmes officiels. Et, dans tous les cas, il leur faut aller de pair avec un ensemble exigeant de compétences professionnelles : connaissance solide du métier ; connaissance approfondie du cadre institutionnel dans lequel il s'exerce, afin d'en identifier aussi bien les impératifs intangibles que les espaces de liberté; capacités d'autonomie associées à un sens rigoureux des responsabilités .


La pratique régulière d'évaluations externes s'impose donc encore plus qu'ailleurs pour des dispositifs innovants, en tension forte entre ouverture et rupture par rapport aux modèles ordinaires de l'organisation scolaire. Il a pu advenir que soit mal comprise et admise cette nécessité d'un regard extérieur sur le fonctionnement d'une structure souvent soutenue par une générosité militante. Elle est cependant le plus sûr préventif à un isolement qui rigidifie tout organisme et le stérilise à la longue.

C'est à cette condition que la diffusion et l'essaimage des expériences innovantes connaîtront l'ampleur dont elles ont jusqu'ici été parfois trop privées. Hors de tout paradoxe, c'est dans l'exacte mesure où les actions innovantes se dissémineront, se combineront, se banaliseront donc à travers l'ensemble de notre système éducatif que leur légitimation s'imposera comme une évidence.


Les axes de réflexion de la Journée

Quatre thèmes sont retenus

La journée qui s'ouvre s'organise autour de quatre thèmes principaux qui déclinent le concept de réussite et, sur la base d'expériences réalisées, mettent en évidence les éléments déterminants pour la réussite des élèves.

La réussite ¿

· dans les apprentissages

· dans le pilotage des établissements

· dans l'organisation de la vie en collectivité;

· dans les relations avec les partenaires , les parents d'abord avec lesquels l'école doit entretenir une relation de co-éducation, mais aussi les collectivités territoriales et les associations.

L'Ecole doit conduire les élèves à apprendre pour savoir. Sans doute faudrait-il dire : à la joie d'apprendre pour le bonheur de savoir. Or, accéder à la connaissance par les apprentissages est un parcours trop souvent jalonné d'obstacles. Il faut au maître du talent, du métier, de l'imagination, de la générosité pour faire reconnaître le plaisir de l'effort, susciter l'appétence, donner du sens.

On sait aussi que la mise en oeuvre des apprentissages ne peut bien se faire dans une " maison " en désordre, où il n'y a ni organisateur ni animateur. La sérénité, l'harmonie dans le fonctionnement de la communauté scolaire placent les élèves dans les dispositions les plus propices. Travailler avec un pilotage sûr et efficace est pour l'enseignant, comme chacun en convient, garant de l'exercice de son métier. Sur ce plan aussi, il s'agit de mettre en évidence les critères et conditions de réussite.

Au niveau du ministère, une campagne pour le respect à l'Ecole a été lancée. Un Comité de Lutte contre la violence a été mis en place. La maîtrise de l'oral à l'école maternelle et élémentaire a été développée. Une impulsion décisive a été donnée aux grands chantiers du développement des enseignements artistiques, de l'enseignement des langues, de l'attention à l'environnement sous tous ses aspects : autant d'initiatives dans le sens de l'ouverture, d'une intelligence accrue du monde et des êtres, qui convergent avec les préoccupations mises en évidence ici.

Enfin, l'Ecole ne peut constituer un univers clos, étanche aux réalités contemporaines. Une autre condition de réussite est la suite positive que les parents sauront donner à l'invitation qui leur est faite de mieux connaître et comprendre les démarches de formation et d'éducation de l'Ecole, et de s'y s'impliquer.


Un travail à partir d'exemples dont le choix est forcément un peu arbitraire

Diverses actions seront donc présentées ce jour, à titre d'exemples de ce qu'il est possible de faire.

Elles sont en nombre limité au regard du foisonnement de possibilités qui ont pu être recueillies dans des délais pourtant très courts. Des choix difficiles ont dû être faits tant les productions de qualité étaient nombreuses.

Que ceux qui n'ont pas eu la chance d'être retenus pour s'exprimer comme ils l'auraient souhaité sachent que leur travail est néanmoins reconnu. Il sera présenté dans les Actes ultérieurement publiés, ainsi que sur le site du Conseil National de l'Innovation pour la Réussite Scolaire

S'ils sont présents, ils pourront bien entendu s'exprimer au cours de cette rencontre qui est à la fois une occasion de montrer ce qui est réalisé et une opportunité de réfléchir ensemble aux éléments de réponse à proposer à ceux qui s'interrogent, parfois avec anxiété, sur la manière de faire réussir leurs élèves.

Nos partenaires - parents, associations, collectivités - ont aussi apporté une contribution large à ces réussites de l'école ; qu'ils en soient chaleureusement remerciés.


Conclusion : les conditions d'un travail fructueux pour l'avenir


L'organisation de cette Journée des Réussites de l'Ecole est le fruit d'une collaboration fructueuse entre le Conseil National de l'Innovation pour la Réussite Scolaire, la Direction de l'Enseignement Scolaire, la Direction de la Technologie, l'Institut National de Recherche Pédagogique, l'Inspection Générale, avec les relais institutionnels des académies et un investissement remarquable des personnels les plus dynamiques de notre institution.

Il est donc essentiel qu'elle soit utile à tous ; qu'elle renforce enthousiasmes et convictions; mais aussi qu'elle illustre et consolide les orientations d'une politique éducative dont l'horizon ne peut être que l'épanouissement de chacun au service du bien commun. Formulons le voeu que chacun reparte lesté d'une moisson d'idées nouvelles, avec la certitude que leur mise en oeuvre est possible, réaliste et réalisable.


(Source http://www.education.gouv.fr, le 7 mars 2002)

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