Conférence de presse de M. Jack Lang, ministre de l'éducation nationale, sur le recrutement et la rénovation de la formation des enseignants, Paris le 13 mars 2002. | vie-publique.fr | Discours publics

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Conférence de presse de M. Jack Lang, ministre de l'éducation nationale, sur le recrutement et la rénovation de la formation des enseignants, Paris le 13 mars 2002.

Personnalité, fonction : LANG Jack.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale

Circonstances : Conférence de presse sur la rentrée 2002 dans les IUFM à Paris le 13 mars 2002

ti : Il y a un an, je présentai les grandes orientations de la rénovation de la formation des enseignants. Cette rénovation, j'en ai fait un des grands axes du changement que j'ai voulu introduire dans le système éducatif. J'avais d'abord la volonté de répondre à une urgence : le nombre des jeunes que nous devons former au métier de professeur est considérable : un nouvel enseignant sur deux sera recruté d'ici 10 ans.

Il y a un an, je vous disais aussi que la formation des maîtres constitue un levier d'évolution de notre société, société que nous voulons plus juste, plus solidaire, plus généreuse. Devant un monde qui évolue sans cesse, devant la mutation des publics scolaires devenus plus hétérogènes, et plus difficiles, devant de nouvelles attentes des familles, il convient plus encore que par le passé, d'aider les enseignants à porter chaque enfant chaque adolescent au plus haut niveau possible, à combattre la fatalité sociologique, à susciter chez tous le goût du savoir et de la culture.

Il faut que les professeurs puissent former des élèves capables de comprendre et de faire évoluer le monde, capables d'accéder à l'information tout en disposant des outils intellectuels de la distance critique, capables de communiquer entre eux et avec les autres non par la violence mais par le dialogue.

Telles étaient les buts que je proposais de poursuivre. J'indiquai qu'une série de mesures seraient prises. Celles-ci sont désormais prêtes : elles seront effectives à la rentrée 2002.

Ce qui va changer à la rentrée 2002, voilà ce que je voudrais vous préciser aujourd'hui.

Une plus grande égalité des chances :

Les mesures proposées correspondaient d'abord à un souci de plus grande égalité des chances devant les concours, notamment celui de professeurs des écoles. Il convenait de remédier au caractère parfois aléatoire de la sélection à l'IUFM et du concours de professeur des écoles. Ce souci m'a conduit à adopter trois mesures :

Dès cette année, les candidats au concours de professeurs des écoles disposeront de deux chances puisqu'ils pourront se présenter d'une part aux concours organisés en Ile-de-France, d'autre part aux concours organisés en province. Ceux-ci se dérouleront à une date différente. En mai 2002 deux concours seront organisés : le 7 mai en province, le 22 mai en Ile de France.

Surtout, dans un souci de transparence et d'égalité des chances, le programme du concours de professeurs des écoles sera national : chaque candidat, où qu'il se présente, quel que soit son mode de préparation, connaîtra ainsi clairement et le programme et le type d'épreuves auxquels il doit se préparer. Cette clarification évitera les disparités de traitement qui subsistaient dans le maquis actuel des programmes et des types d'épreuves, entre ceux qui étaient bien informés et ceux qui l'étaient moins, entre ceux qui avaient été retenus par l'IUFM et ceux qui ne l'avaient pas été, etc¿. Le contenu de ce programme national vous est communiqué dans le dossier. Il donnera lieu, dans les tous prochains jours, à un arrêté.

Pour des raisons que j'exposerais plus loin, j'ai proposé qu'en 2003 la date de l'écrit du concours de professeurs des écoles soit avancée en décembre. Le premier avantage de cette mesure est qu'il permet l'égalité des chances : Les épreuves seront des épreuves de culture générale qui permettront à tous les étudiants, quel que soit leur mode de préparation, de se présenter avec d'égales chances de succès à l'écrit du concours. De plus les préparations seront organisées, chaque fois que cela sera possible, par les IUFM aidés par les universités. Il n'y aura pas de sélection à l'entrée à l'IUFM, sauf lorsque les instituts seront contraintes à déclarer que leur capacités d'accueil sont dépassées. Le nombre d'admissibles sera le double de celui des postes mis au concours. Bien entendu, l'oral restera fixé en juin, et le niveau de recrutement des professeurs des écoles et des professeurs du second degré restera exactement le même. Cette réforme entrera en vigueur à partir de la rentrée 2003 mais les dispositifs techniques seront étudiés dès 2002.

Une formation de haut niveau :

En amont : une préparation universitaire adaptée

Si l'étudiant dispose d'une solide formation dans le cadre d'une discipline donnée, il manque souvent à la fois d'ouvertures vers d'autres disciplines et de culture générale dans sa propre discipline, compétences indispensables pour aborder avec toutes la solidité nécessaire le métier d'enseignant. J'ai donc demandé aux universités de proposer aux futurs enseignants une formation disciplinaire qui garantisse un haut niveau scientifique, mais qui soit mieux adaptée. C'est ainsi que les universités ont mis en place des formations complémentaires ; elles ont multiplié les deug et les licences bi ou pluridisciplinaires, qui peuvent intéresser des professeurs bivalents (lettres et histoire ou mathématiques et physique, etc) et des professeurs des écoles, polyvalents. C'est bien d'abord à un accroissement du niveau de la formation préalable des enseignants que conduit ce dispositif. Il sera généralisé petit à petit grâce à la mise en place de parcours de formation adaptés à des finalités professionnelles. Des projets de parcours destinés aux futurs enseignants ont été déposés en ce sens auprès de la Direction de l'Enseignement supérieur, qui les examine avant d'autoriser leur ouverture à la rentrée 2002. D'une façon plus précise, je demande aux universités de mettre en place, des parcours orientés progressivement vers le concours et le métier de professeurs des écoles, ou vers le concours et le métier de professeur des collèges ou de lycées professionnels. L'élaboration de parcours types comportant une partie dite de "professionnalisation" facilitera cette démarche qui s'inscrira dans la restructuration des cursus licence.

Une formation disciplinaire des futurs professeurs des écoles renforcée


La formation à l'apprentissage du français : la connaissance de la langue est fondamentale pour tout élève. C'est une évidence. Elle constitue la base de tous les autres apprentissages. Elle permet de vaincre les éventuels handicaps socio-culturels. Une place trop restreinte était accordée jusqu'ici dans un certain nombre d'IUFM à la formation des professeurs des écoles dans ce domaine.
Désormais un volume de 100 heures, soit près du quart du volume horaire des enseignements de 2ème année, sera consacré à cette formation : c'est là une exigence de la démocratie et de l'efficacité. J'ai par ailleurs demandé à M. Cerquiglini de mettre au point des journées d'informations destinées aux formateurs sur le thème "comment apprendre le français aux élèves". Il s'agira d'apprendre la langue, mais aussi comment apprendre aux élèves à lire des oeuvres, puisque cette dimension littéraire figure explicitement au programme de l'école primaire.


La formation aux langues : tout élève de l'école devra, de plus en plus tôt, être initié à une langue vivante. C'est un objectif essentiel à l'heure où nous rentrons de plein pied dans l'Europe, indispensable aussi pour qu'il n'y ait pas que quelques privilégiés à bénéficier de cette compétence indispensable à l'homme de demain.

Il faut donc former nos maîtres à l'enseignement des langues, il faut faire en sorte qu'ils maîtrisent au moins une langue étrangère. Le dispositif visant à rendre obligatoire un certificat de compétence en langues de l'enseignement supérieur, se mettra en place progressivement. En tout état de cause, à partir de la rentrée 2002 tout candidat qui n'aura pas choisi l'épreuve de langue vivante au concours de professeurs des écoles et qui ne sera pas titulaire d'un certificat de compétences en langues suivra obligatoirement un enseignement en langues en 2ème année d'IUFM : cet enseignement donnera lieu à une épreuve de niveau équivalent à celui du CLES niveau 2 (Certificat de compétences en langue de l'enseignement supérieur).

La formation en informatique : tout candidat à la fonction de professeurs des écoles devra obtenir, avant sa titularisation un certificat de compétences en informatique, qui sera mis en place dans l'université.

L'introduction d'une dominante de formation, en langue vivante, en Arts et culture, en éducation physique et sportive.

Par l'introduction de cette dominante, j'ai souhaité ouvrir à nos maîtres une porte vers un approfondissement qui peut leur apporter un enrichissement personnel à mettre au service des élèves. J'ai souhaité aussi faire en sorte que des disciplines parfois peu valorisées dans le cursus actuel du futur professeur des écoles prennent désormais toute leur place : il s'agit là d'un moyen de renforcer la polyvalence du maître, qui pourra ainsi faire profiter de cette compétence particulière l'ensemble de l'équipe pédagogique.

Ainsi en aucun cas ce dispositif ne doit mettre un terme au principe fondamental de la polyvalence du professeur des écoles. Le comité de suivi de la formation des maîtres a pu constater que de nombreuses dominantes étaient déjà en place dans les IUFM. Le mouvement se poursuivra. Cette dominante sera conçue de façon à ce que les professeurs des écoles puissent, dans le cadre de la formation continue, poursuivre leur formation dans le domaine de la dominante choisie (ou d'une autre). A cet égard les programmes de formation initiale et ceux de formation continue devront être conçus de façon cohérente.


Pour les futurs professeurs du second degré

Introduction généralisée de l'histoire des disciplines et de l'épistémologie des disciplines. Celle-ci se fera en seconde année d'IUFM.

Introduction sur le mode expérimental de formations menant à des certifications supplémentaires, en liaison avec les universités. (français langue seconde, arts, en dehors des arts plastiques, de l'éducation musicale et des arts appliqués ; enseignement en langue étrangère des disciplines non linguistiques. L'objectif de ce dispositif est de permettre la constitution d'un vivier de compétences dans les établissements confrontés à des besoins spécifiques (sections européennes, accueil des primo-arrivants, classes à projet artistique et culturel)

Une meilleure professionnalisation des formations

Mon troisième objectif était de professionnaliser davantage les formations.

Les universités proposeront de façon plus systématique aux étudiants de licence un court stage en école ou en collège qui pourra leur permettre de mieux prendre conscience de quelques réalités du métier.

Le dispositif d'avancée de la date de l'écrit du concours de professeur des écoles doit permettre une meilleure professionnalisation de l'ensemble des professeurs des écoles.

En effet, actuellement 40 % des stagiaires de 2è année n'ont pas bénéficié de la formation professionnelle de la 1ère année, parce qu'ils ont préparé seuls le concours. Si ces mêmes étudiants passent l'écrit dès décembre, ils seront invités à entrer à l'IUFM dès le mois de janvier de la première année et pourront bénéficier de la formation professionnelle proposée en première année. Cette réforme prendra effet à la rentrée 2003.

La formation de deuxième année sera essentiellement fondée sur la pratique du métier et l'analyse de ces pratiques. L'enseignement sera ainsi, selon le voeu de très nombreux jeunes enseignants, beaucoup plus concret. C'est l'objectif du cahier des charges, qui vous est résumé dans le dossier et qui donnera lieu dès demain à l'envoi d'une circulaire.

Les objectifs de la formation de 2ème année consistent à faire opérer aux stagiaires quatre mutations :
- devenir un spécialiste des apprentissages scolaires (ce qui implique un approfondissement disciplinaire et une acquisition de compétences en didactique
- prendre en charge la dimension éducative du métier (on initie à une discipline, mais on forme en même temps des jeunes)
- apprendre à connaître la diversité des contextes et des réalités scolaires (publics hétérogènes, problèmes de violence, problème d'adaptation et d'intégration scolaire etc.)
- accéder au statut de fonctionnaire du service public de l'éducation.

Une formation en alternance : stage / formation en IUFM.
Les stages
- Le stage devient l'élément central de la formation :
Les stages seront analysés par des groupes pluricatégoriels d'analyse des pratiques professionnelles : l'éclaircissement théorique étant apporté à partir des problèmes concrets rencontrés par les stagiaires.
- L'enseignement sous forme de modules atomisés doit disparaître.
- J'ai souhaité un renforcement de l'intervention des formateurs de terrain. Les instituteurs et professeurs maîtres formateurs doivent prendre une place accrue, en pleine responsabilité, dans la formation des stagiaires.
- Enfin j'ai décidé la nomination en IUFM de formateurs en service partagé en double affectation : c'est ici une réforme essentielle, il est indispensable qu'au noyau de formateurs permanents soient associés des formateurs en service partagé, à double affectation, qui exerceront, pour moitié en école ou collège ou lycée ou au lycée professionnel, et pour moitié à l'IUFM : leur expérience concrète et simultanée du terrain sera d'une grande utilité pour les professeurs stagiaires. C'est là un élément fondamental de la réforme. Dès la rentrée 2002, 300 enseignants seront nommés en service partagé dans les IUFM.

A l'IUFM :
- Approfondissement de la formation disciplinaire pour tous.
- La formation générale comportera des éléments concernant les nouvelles technologies éducatives, les problèmes philosophiques et éthiques liés à l'éducation, la déontologie du métier, la laïcité et l'histoire du fait religieux, les publics hétérogènes et difficiles.

Ces apports nécessaires donnent lieu d'une part à une formation commune à tous les ordres d'enseignement, et à une formation spécifique dans la mesure où ils doivent être aussi examinés du point de vue de la discipline enseignée à tel ou tel moment du cursus de l'élève.

Généralisation progressive de la formation d'accompagnement pendant la première et la seconde année d'exercice

Le quatrième objectif du plan de rénovation de la formation des maîtres concernait la formation d'accompagnement des nouveaux enseignants et la formation continue. Chacun connaît les difficultés que peuvent rencontrer les jeunes maîtres au début de leur carrière. Il convenait de prendre des mesures décisives pour les accompagner au cours de cette période essentielle de leur vie professionnelle. Il a donc été envisagé d'accorder aux nouveaux enseignants, lors de leurs deux premières années de prise de fonction, des décharges de service leur permettant de bénéficier de formations adaptées lors de regroupements au cours desquels ils pourront faire état des problèmes rencontrés et bénéficier d'une aide appropriée. Ce dispositif est déjà testé dans les trois académies d'Ile de France avec d'excellents résultats. Au terme de son évaluation, il sera à la rentrée 2002 progressivement étendu. Enfin les actions de formation continue seront orientées de manière à prendre en compte les nouveaux besoins des enseignants liés aux réformes pédagogiques des écoles, collèges, lycées, ainsi que leur souhaits de formation dans les dominantes de l'école.


L'acquisition d'un master professionnel.

Il convient de valider cette formation par un diplôme professionnel : Le niveau de diplôme reconnu actuellement pour un professeur du premier ou du second degré est celui qui est exigé pour le concours : la licence.
caractère paradoxal d'une formation en cinq ans qui n'est pas reconnue comme telle. Ceci est injuste si l'on compare cette situation à celle des enseignants d'autres pays d'Europe.

Je veux indiquer aujourd'hui que tous les titulaires d'un certificat d'aptitude au métier de professeur ont vocation à accéder, sous certaines conditions, au diplôme et au grade de mastaire. Un jury de l'une des universités de rattachement et comportant des enseignants-chercheurs de l'IUFM évaluera le cursus de chaque candidat et délivrera le master ; si le jury demande des compléments de formation, ces compléments ne pourront pas dépasser 20 crédits. Une convention Université-IUFM précisera les modalités retenues et la nature des compléments éventuellement demandés. A cursus équivalent, aucune distinction ne sera faite entre les différents types d'enseignants, que ceux-ci soient destinés à enseigner à l'école, au collège ou au lycée, en lycée professionnel, ou qu'ils soient futurs conseillers principaux d'éducation. Le comité de suivi de la formation des enseignants sera conduit ultérieurement à faire un bilan et à proposer le cas échéant, des mesures plus précises de mise en cohérence nationale du dispositif.


Préparer l'avenir

Les IUFM disposeront à la rentrée de 100 postes d'enseignants supplémentaires.
L'accroissement des postes mis au concours, la formation de professeurs stagiaires issue des listes complémentaires est positive : mais elle accroît les charges des IUFM.

En conséquence il est essentiel de prévoir pour le rentrée 2003 (mais ceci se prépare dès 2002):
- La création de 100 postes d'enseignants, tous en double affectation pour la rentrée 2003. 60 d'entre eux devraient être des postes de professeurs des écoles, de conseiller principaux d'éducation, de professeurs des lycées professionnels.
- La création de 60 postes d'IATOS.
- L'augmentation du budget de IUFM ainsi que celle des dotations nécessaires au remboursement obligatoire des frais de stages. L'Inspection générale est en train d'étudier, IUFM par IUFM, la situation budgétaire des établissements (en particulier le montant des réserves et les sommes nécessaires au remboursement des frais de stages).
- Enfin un nouveau mode de calcul, plus fiable, des charges et des financements des IUFM sera mis au point d'ici la rentrée.

Mais en même temps que cet ensemble de réformes, je souhaite engager un processus de rénovation continue de la formation des enseignants :

C'est pourquoi j'ai installé :
- Un haut comité de suivi des concours, comité de sages, qui étudiera année après année les évolutions éventuellement nécessaires des programmes du concours de professeurs des écoles, des CAPES, CAPET, concours de professeurs de lycées professionnels, agrégations, concours de CPE.
- Un comité de suivi de la formation des enseignants qui réunit tous les partenaires, syndicats enseignants et étudiants, parents d'élèves, conférence de présidents d'université et conférence de directeurs d'IUFM.
Ce comité représentant les formateurs et les utilisateurs aura pour tâche d'examiner la mise en oeuvre des mesures prises et de proposer, éventuellement, des évolutions du dispositif.

Pour réussir cette rénovation, nous avons besoin du concours de tous. J'adresserai dans les tous prochains jours une lettre destinée aux directeurs d'IUFM et aux présidents d'université pour les encourager sur la voie qu'ils ont déjà prise et leur demander d'aller plus loin encore. Je tiens à remercier les Directeurs d'IUFM qui ont, sur certains points, anticipé en mettant en place dès cette année certains éléments de la réforme. Nous avons besoin de toute leur aide et de toute leur énergie, ainsi que de celles des équipes de formateurs dont ils ont la responsabilité et qui s'attellent au remodelage de leur projet de formation. Merci à eux tous. Je tiens aussi à rendre hommage à la Conférence des présidents d'université qui vient de voter un texte par lequel les présidents s'engagent à être des acteurs à part entière de la rénovation de la formation des maîtres, en amont comme en aval : vous trouverez ce texte dans le dossier.


(Source http://www.education.gouv.fr, le 20 mars 2002)

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