Déclaration de M. Jack Lang, ministre de l'éducation nationale, sur l'enseignement du fait religieux dans l'enseignement laïc, Paris le 14 mars 2002. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Déclaration de M. Jack Lang, ministre de l'éducation nationale, sur l'enseignement du fait religieux dans l'enseignement laïc, Paris le 14 mars 2002.

Personnalité, fonction : LANG Jack.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale

Circonstances : Remise du rapport de Régis Debray sur l'enseignement du fait religieux dans l'école laïque à Paris le 14 mars 2002

ti : La décision de développer l'enseignement du fait religieux s'impose

Dans son rapport, remis ce jour au Ministre, Régis Debray a bien mis en lumière pourquoi une école authentiquement et sereinement laïque devait transmettre des connaissances sur les croyances et les rites et donner une culture ouverte sur le fait religieux à tous les élèves.

Cette nécessité s'impose comme une évidence aux yeux des maîtres qui perçoivent l'intérêt de leurs élèves pour cet aspect essentiel de l'histoire de l'humanité et qui conçoivent l'intérêt majeur pour les élèves d'accéder à une réflexion sur le fait religieux.

Lors de ses rencontres avec les professeurs des écoles, des collèges et des lycées Régis Debray a, tout comme moi, constaté les difficultés particulières de cet enseignement, et mesuré combien les enseignants avaient besoin d'une information solide, d'une formation sérieuse, d'une possibilité d'échange et de réflexion sur les contenus comme sur les pratiques pédagogiques.

Comme pour tous les dossiers de l'éducation et de la formation, je tiens à placer celui de l'enseignement du fait religieux sous le signe de l'exigence.

De ce souci d'exigence et de qualité découlent naturellement les décisions que je souhaite rapidement présenter.

Partir d'une analyse de l'existant : le contenu des programmes, les pratiques pédagogiques actuelles

D'abord, connaître et reconnaître le travail des maîtres.
On ne part pas de rien, loin de là : nombreux sont les professeurs qui ont travaillé, en s'appuyant sur les programmes existants, pour donner à l'histoire des religions, au fait religieux, leur juste place dans l'enseignement de leur discipline, qu'il s'agisse des professeurs d'histoire, de lettres, d'arts plastiques ou de musique, de philosophie bien sûr, mais également d'autres spécialités.

Je confie donc à l'inspection générale de l'éducation nationale la tâche de dresser un bilan précis sur :
- le contenu de cet enseignement du fait religieux,
- les pratiques pédagogiques propres à chaque discipline,
- le travail collectif des enseignants sur ces sujets délicats,
- les difficultés rencontrées : intellectuelles ou pratiques, les réactions des élèves, les gênes, les réticences.

Ce bilan devra être remis pour décembre 2002. Un rapport d'étape sera déposé en juin et constituera l'un des documents de réflexion pour le stage national de juillet 2002.

D'abord former et informer

Je n'ai jamais songé à instaurer un enseignement à part entière doté d'un programme, d'un horaire et donné par un corps professoral spécialisé comme cela se pratique dans d'autres pays d'Europe. Régis Debray ne le suggère pas car il sait que cela s'opposerait à l'esprit laïque français comme à la tradition philosophique sur laquelle s'appuie notre réflexion sur l'éducation.

En revanche, je sais que l'évolution de cet enseignement et de sa place dans l'éducation repose presque exclusivement sur la formation des enseignants, sur la qualité des outils que l'on mettra à leur disposition, et sur la compétence de ce qui les instruisent.

Créer un réseau universitaire capable de valoriser les travaux de recherche et de les rendre accessibles aux enseignants.
La mesure la plus urgente est donc la constitution d'un réseau universitaire qui permette de valoriser et de développer les compétences de :
- la 5ème section de l'école pratique des hautes études qui devra assurer la fonction de tête du réseau,
- des universités,
- des Ecoles Normales Supérieures (lettres et sciences humaines).

A cette fin, j'ai décidé de créer un Institut européen en sciences des religions.
Pourquoi européen ?
- Parce que c'est maintenant l'espace dans lequel nous sommes amenés à vivre (législation, enseignement, financement).
- Parce que c'est dans ce cadre que des universitaires jettent actuellement les bases d'un doctorat européen en science des religions.
- Parce que c'est dans le cadre européen que le modèle laïque français doit faire les preuves de sa validité en se confrontant aux autres pratiques de gestion du religieux et d'enseignement des religions dans le système scolaire.

Où et comment ?
- Il s'installera 27 rue Cassette dans le 6ème arrondissement de Paris.
- Cette structure, dont l'effectif doit demeurer modeste, ne dépassera pas une dizaine d'emplois à terme.
Elle prendra la forme d'un institut fédératif dont la vocation sera :
· de mieux utiliser le potentiel scientifique des laboratoires de recherche ;
· de rendre plus visibles les travaux de recherche évalués et issus de toutes les institutions ;
· de participer à la formation des formateurs des IUFM et des académies ;
· d'inventorier les documents de qualité déjà en circulation (le CRDP de Besançon a, par exemple, publié des brochures particulièrement intéressantes et le CDDP de l'Oise l'ouvrage d'un IEN, Jean-Claude Gilquin intitulé " Enseigner l'histoire des religions ") ;
· de susciter l'édition de travaux, de documents de haute tenue culturelle, à destination des maîtres, des élèves et, plus largement, du public curieux de ces questions.

Un puissant effort de formation à tous les niveaux

Appuyée sur ce travail de recherche et d'édition, une politique vigoureuse de formation doit se mettre en place, qui s'organisera selon trois axes.
- Chaque année, à partir de cet été, un stage national interdisciplinaire réunira les chercheurs, les corps d'inspection, les formateurs des maîtres pour :
· travailler la question de l'enseignement des grandes religions présentes en France dans au moins sept disciplines : la philosophie, les lettres, l'histoire et la géographie, les langues vivantes étrangères, les arts plastiques, la musique,
· permettre l'échange entre chercheurs, entre pédagogues, entre chercheurs et professeurs des écoles, des collèges et des lycées, entre européens,
· susciter des programmes de recherche susceptibles de répondre aux besoins des enseignants, ou des publications qui facilitent la médiation entre recherche et enseignement scolaire.
- Le programme national de pilotage et les plans académiques de formation consacreront désormais, chaque année, un chapitre à la formation sur l'enseignement du fait religieux destinée aux professeurs, aux conseillers principaux d'éducation, aux professeurs documentalistes, aux chefs d'établissement et aux inspecteurs.
- La formation initiale de tous les professeurs des écoles, comme du second degré, comprendra un enseignement de philosophie de la laïcité et d'histoire des religions.
- Le Comité National de réflexion et de propositions sur la laïcité à l'école, développera les axes permettant de préciser les contours et les ambitions du modèle laïque français. Il travaillera en lien étroit avec l'Institut européen en sciences des religions et avec les inspections générales.

Mettre de la cohérence sans bouleverser les programmes

" Sans intervenir dans le domaine des croyances qui relève de la sphère privée, l'école doit, pour des raisons historiques et culturelles, être attentive à l'apparition des grandes religions monothéistes (le judaïsme, le christianisme, l'islam), ainsi qu'aux contestations qu'elles engendrent et aux deux grands livres que sont la Bible et le Coran ".

Si le socle des programmes, de l'école, du collège, du lycée n'a pas lieu d'être bouleversé, je demande cependant au conseil national des programmes de conduire avec les groupes d'experts des disciplines concernées une réflexion sur la cohérence de l'enseignement du fait religieux de l'école au lycée et entre les disciplines. Ce travail devra déboucher sur la rédaction et la diffusion des documents d'application destinés aux professeurs des différents niveaux ainsi que sur une production documentaire sous forme de brochures ou de CD-ROM édités ou co-édités par le CNDP.

J'attire particulièrement l'attention sur quelques points particuliers à l'école, au collège et au lycée.

A l'école élémentaire :
Les nouveaux programmes mentionnent explicitement le passage, dans l'histoire, " de plusieurs dieux à un seul Dieu ". Il est possible de faire référence au fait religieux, non seulement dans le cours d'histoire, mais, concrètement, à l'occasion des principales fêtes religieuses.

A l'école élémentaire également sont abordées les notions d'ouverture, de connaissance et de respect mutuels. L'école est aussi le lieu de l'apprentissage du " vivre ensemble ".

Au collège :
Les nouvelles orientations et particulièrement les itinéraires de découverte, devraient pouvoir faciliter l'évocation dans le cycle central (5ème et 4ème) des questions religieuses sous une forme concrète en rapport avec les programmes déjà modifiés de français et d'histoire. Les domaines " arts et humanités " et " langues et civilisations " sont les mieux à même de fournir une entrée pour ces approches. Un nouveau document d'accompagnement devra en préciser les grandes lignes.

Au lycée :
Il conviendra de privilégier, tant dans le cadre des disciplines que dans celui des Travaux Personnels Encadrés (TPE), les approches transversales et interdisciplinaires, les perspectives comparatistes de nature à permettre aux élèves de replacer les grands faits religieux dans l'évolution des sociétés et des civilisations. Les enseignements artistiques pourront également jouer un rôle névralgique.


(Source http://www.education.gouv.fr, le 20 mars 2002)

Rechercher