Interview de M. Hubert Védrine, ministre des affaires étrangères, au club de la presse européenne le 30 avril 2002 à Paris, sur l'influence des élections présidentielles françaises sur l'image de la France à l'étranger et son positionnement par rapport à l'élargissement de l'Union européenne. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Hubert Védrine, ministre des affaires étrangères, au club de la presse européenne le 30 avril 2002 à Paris, sur l'influence des élections présidentielles françaises sur l'image de la France à l'étranger et son positionnement par rapport à l'élargissement de l'Union européenne.

Personnalité, fonction : , , VEDRINE Hubert.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères

ti : Q - Pensez-vous que l'image de la France à l'étranger soit durablement pénalisée après les élections présidentielles ?

R - Il faudra aider la France à surmonter cette difficulté et en même temps avoir la volonté de réfléchir parce que c'est quand même un courant européen assez large. C'est un choc un peu hypocrite qui consiste à faire semblant de regretter les problèmes de la France tout en en profitant pour présenter une image de la France acceptable. C'est tout à fait autre chose. Je ne crois pas que le premier tour des élections doit nous amener à considérer que la voix de la France n'est plus légitime sur les sujets du monde et de l'Europe. Il faudra que l'on réagisse à cela.

Q - Est-ce que cela va changer la position de la France par rapport à l'élargissement ?

R - Je pense qu'il n'y a pas de raison que la montée de M. Le Pen retarde l'élargissement. Il a déjà fait plus de 15 % de voix plusieurs fois. Le vote protestataire a déjà été important plusieurs fois. Il n'y a donc pas de raison que cela retarde les choses. C'est la majorité qui compte et le second tour sera très net sur ce plan. Il n'y a donc pas de raison que cela retarde l'élargissement. Il ne faut pas lier les deux choses.

A mon avis, le calendrier de l'élargissement dépend uniquement de la qualité et de l'intensité des négociations. Si les négociations sont bien menées, à ce moment-là on peut apporter des réponses aussi bien à l'impatience des pays candidats qu'à l'inquiétude des citoyens européens. Vous savez qu'il y a une inquiétude dans les pays membres à propos de l'élargissement, et pas uniquement en France. C'est à peu près la même chose partout. La réponse, c'est la négociation et un bon accord sur l'adhésion de ces pays. Si on a un bon accord, on peut l'expliquer, on peut répondre aux craintes. Cela fait peser le poids non pas tellement sur la France mais sur les négociateurs pour qu'ils parviennent à des conclusions crédibles. Il faut que tous les candidats montrent bien qu'ils sont vraiment capables de respecter les engagements qu'ils vont prendre pour être membres de l'Union.

Q - Est-ce que cela aura des conséquences sur la politique étrangère de la France ?

R - Je ne crois pas du tout à l'hypothèse d'une France qui se referme. Après le premier tour, il y a un second tour. L'impression définitive sera celle du second tour qui corrigera en partie celle du premier tour. Naturellement, quel que soit le cas de figure, je ne vois pas de France qui se referme. C'est complètement irréaliste, invraisemblable.

Il ne s'agit pas d'être pour ou contre la globalisation, simplement je vois une France qui sera plus combative pour corriger la globalisation. Il y a des tas d'aspects dans la globalisation qui sont remarquables et des tas d'aspects qui sont insupportables. Il ne suffit pas de faire des discours sur la globalisation en disant que nous allons humaniser la mondialisation, si on ne peut rien faire. Je n'attends pas du tout une France qui se referme mais une France plus offensive. Si les choses continuent ainsi, nous aurons de plus en plus de réactions comme celles du premier tour.


(source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 3 mai 2002)

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