Interview de Mme Corinne Lepage, présidente de Cap 21 et candidate à l'élection présidentielle, à Europe 1 le 19 avril 2002, sur le "politiquement correct", l'importance donnée aux problèmes de l'environnement et la préparation des élections législatives. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Corinne Lepage, présidente de Cap 21 et candidate à l'élection présidentielle, à Europe 1 le 19 avril 2002, sur le "politiquement correct", l'importance donnée aux problèmes de l'environnement et la préparation des élections législatives.

Personnalité, fonction : LEPAGE Corinne, ELKABBACH JEAN Pierre.

FRANCE. Cap 21, présidente;FRANCE. Candidate à l'élection présidentielle de 2002

ti : J.-P. Elkabbach - Le titre du Parisien ["La grande hésitation"(ndlr)] résume ce que dit la presse : 30 % des Français ne sont pas certains d'aller voter ; 46 % se disent pas sûrs de leur choix et 47 % sont satisfaits de la campagne.

- "La presse participe à cette espèce d'hésitation générale. On ne sait plus qui a fait l'oeuf et qui a fait la poule. Je crois que dans cette campagne, ce qui a manqué terriblement, c'est un message de vérité."

Tout le monde parle des retraites, des licenciements, et tout le monde dit qu'on n'en parle pas. Est-ce que ce n'est pas une sorte de politiquement correct, de mode ?

- "Je vais vous dire, très franchement : il y en a ras-le-bol de l'ordre moral dans lequel on vit en France ! On n'a pas le droit de parler de violence si on n'est pas Le Pen, on n'a pas le droit de parler d'environnement si on ne s'appelle les Verts, on n'a pas le droit de parler des problèmes de société si on n'est pas à gauche. Cela suffit !"

Cet ordre moral se manifeste comment ? Est-ce que c'est la leçon principale de votre campagne ? Encore une fois, vous avez été courageuse, obstinée. On retrouve aussi le goût du travail que l'on voit, essentiellement, dans votre programme : la relance du travail comme valeur de choix. C'est quoi l'ordre moral ?

- "L'ordre moral, c'est l'interdiction de penser autrement que politiquement correct. Je vous donne un exemple pris dans l'actualité : M. Jospin annonce hier une série de mesures sur les armes à feu. Lorsque j'ai dit, au moment de la tuerie de Nanterre, qu'il y avait un problème de sécurité liée aux armes, je me suis fait traitée de "facho" par une partie de la presse, notamment par Libération. Voilà, c'est une partie de l'ordre moral, on n'a pas le droit de dire quelque chose qui ait du bon sens."

Est-ce que vous croyez avoir fait progresser la cause et la conscience de l'environnement ?

- "J'en suis convaincue. J'ai surtout fait sortir l'écologie du ghetto dans lequel les Verts l'ont mise. J'ai fait comprendre aux Français, avec un vrai mouvement de sympathie - est-ce qu'il se transformera en vote ? On verra dimanche ; je que oui, en partie -, qu'il y avait une autre manière de s'occuper d'environnement que de le mettre sur l'extrême gauche de l'échiquier politique pour n'en faire rien du tout."

Vous avez proposé sept caps dans votre programme, je crois qu'il y a 84 pages dans votre programme. Quand on veut sauver la planète, que doit-on défendre d'abord en priorité ?

- "D'abord lutter contre le changement climatique parce que nous risquons tous d'y passer d'ici à la fin du siècle et s'attaquer à la sécurité alimentaire, parce que nous avons des vrais problèmes de santé publique liés à l'alimentation et à l'environnement."

Est-ce que vous n'avez pas de l'amertume à voir N. Mamère s'imposer davantage que vous, alors que vous ne le prenez pas pour un vrai écologiste ?

- "Non, c'est une logique : les Verts sont là depuis longtemps, ils ont bénéficié d'une médiatisation absolument fabuleuse. Mamère à eu 35 fois plus de temps de parole que moi pendant la pré-campagne. Cela se traduit. Mais il baisse dans les sondages et moi je monte ; on verra bien dimanche."

Les sceptiques sont toujours demandés... Etre une super avocate fait de vous forcément une super élue écologiste ?

- "Je ne sais pas si je suis une super écologiste mais je sais que je suis une femme de conviction. Cela fait 30 ans que je me bats pour la même chose et ce que je disais, il y a 25 ans, se réalise aujourd'hui. Je n'ai jamais changé d'avis sur ces convictions fortes."

Est-ce que la campagne ne vous a pas rendu plus nerveuse et plus tendue ?

- "Peut-être plus nerveuse, plus tendue. Mais, en tout cas, je n'ai jamais été aussi pleine de convictions que je ne le suis aujourd'hui."

Et où, à votre avis, vous aurez plus d'influence et où pouvez-vous agir avec le plus d'efficacité ? A l'intérieur ou à l'extérieur d'un gouvernement ?

- "Je suis partie en politique ; Cap 21 présentera au mois 150 candidats aux législatives. Je travaille à la constitution d'un grand pôle au centre de l'échiquier politique, où puissent se retrouver des gens de droite et de gauche autour de l'écologie, de l'humanisme et de la citoyenneté. C'est cela qui m'intéresse."

Vous vous présenterez aux élections ?

- "Je ne sais pas encore. Pour l'instant, je n'ai eu qu'un combat : celui de la présidentielle."

Mais votre tendance, votre préférence est de rester l'avocate que vous êtes qui défend les grandes causes liées à l'environnement, ou d'aller à l'Assemblée nationale si cela est possible ?

- "Peut-être aller à l'Assemblée nationale. Mais le choix n'est pas encore fait. Très franchement, il n'est pas fait."

De quoi il dépend ?

- "Il dépend un peu des résultats de dimanche, il dépend de la manière dont les choses vont évoluer, il dépend des discussions que je pourrais avoir avec mes amis."

Avec quels amis ? Les chiraquiens ?

- "Non pas du tout. Quand je parle de mes amis, je parle des gens de Cap 21 avec lesquels je travaille et qui m'ont aidé à être dans cette campagne."

J'ai lu que vous vous sentez plus proche de L. Fabius que de B. Pons.

- "C'est vrai, oui."

Mais entre Jospin et Chirac ?

- "Franchement, je trouve que la politique menée par L. Jospin dans les secteurs que je connais a été une catastrophe. Je lisais du reste que P. Juquin disait exactement la même chose que moi pour soutenir R. Hue - que je ne soutiens pas. J'ai beaucoup bataillé quand j'étais au gouvernement avec J. Chirac, cela a été très difficile. Ceci étant, ce n'est pas pour ça que je donnerai une consigne de vote dimanche soir, si c'est la question que vous voulez me poser."

Il y a sept caps dans votre programme ; on peut ajouter ce matin, un huitième cap pour dimanche : le cap de bonne espérance ! Bonne journée, bon vote aux Français et bonne chance pour vous !

(source : Premier ministre, Service d'information du gouvernement, le 19 avril 2002)

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