Interview de M. Jean-Luc Mélenchon, ministre délégué à l'enseignement professionnel, dans "France Soir" du 16 avril 2002, sur les enseignements professionnels, le baccalauréat professionnel et les filières techniques pour l'enseignement supérieur. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Luc Mélenchon, ministre délégué à l'enseignement professionnel, dans "France Soir" du 16 avril 2002, sur les enseignements professionnels, le baccalauréat professionnel et les filières techniques pour l'enseignement supérieur.

Personnalité, fonction : MELENCHON Jean-Luc.

FRANCE. Ministre délégué à l'enseignement professionnel

ti : Ministre délégué à l'enseignement professionnel, Jean-Luc Mélenchon est connu pour ses positions tranchées au sein de sa famille politique. Sans langue de bois, il donne son point de vue sur le bac.

Que pensez-vous du rapport remis par Nicole Belloubet-Frier au ministère de l'Education ?

Jean-Luc Mélenchon. Personnellement, je me réjouis des chiffres avancés par le rapport de la rectrice. Il ne s'agit pas d'une baisse mais un véritable bond en avant : en dix ans, les candidats au baccalauréat ont doublé, ce qui constitue une progression identique aux quatre-vingt années précédentes. Dans la voie générale, nous sommes aujourd'hui au plus près de l'objectif fixé en 1989 [loi d'orientation sur l'éducation]. Nous sommes arrivés à un plafond qui explique que le nombre de candidats n'augmente plus. Quant au bac professionnel, où la marge d'augmentation est plus grande puisqu'il a été créé en 1987, il est en progression constante. De plus en plus d'élèves qui suivent la voie professionnelle veulent avoir leur bac. Aujourd'hui, ils sont environ la moitié à passer ce diplôme. C'est un véritable succès.

La situation n'est donc pas alarmante ?

Jean-Luc Mélenchon. En France, les mentalités sont en retard sur la réalité. La force de l'enseignement professionnel est encore sous-évaluée. Enfants de la filière généraliste, la majorité des enseignants ignorent et négligent encore l'étendue des possibilités qu'offre cette voie. Ils ne la promeuvent pas. Pourtant, c'est un succès pédagogique. Arrêtons le raisonnement simpliste qui consiste à penser que le savoir technique doit se dissocier de l'apprentissage des fondamentaux. Pour être adapté au marché du travail, un haut niveau de compétence technique est aussi important que l'acquisition des savoirs plus théoriques. Sinon, comment expliquer une une configuration où il y a toujours des chômeurs parallèlement à une pénurie d'embauches dans certains secteurs par manque de candidats aux qualifications adaptées ? On a tendance à oublier qu'autrefois même la voie généraliste était destinée à former notamment aux métiers de l'administration.

Comment changer les mentalités ?

Jean-Luc Mélenchon. Selon moi, toute formation qui ne débouche pas sur un savoir professionnel est une mystification. Le succès pédagogique vient du fait que cette formation part du concret pour arriver à l'abstrait. Mais ce n'est pas pour ça que l'abstrait est défavorisé. Il est le même pour tout le monde. Pour fabriquer des carlingues d'avions, un chaudronnier doit avoir des connaissances élevées en géométrie qu'on ne soupçonne pas. C'est une méthode qui est valable pour tous. Ainsi, on a le choix entre entrer dans la vie professionnelle ou poursuivre ses études.

Le bac doit-il être réformé ?

Jean-Luc Mélenchon. Tout ce qui permettra de conserver un système égalitaire tout en y introduisant plus de souplesse est selon moi bénéfique. Je suis partisan d'un contrôle continu à condition qu'il n'y ait pas une multitude d'examens. Dans l'enseignement professionnel, nous avons d'ailleurs commencé cette expérience.

Propos recueillis par A.N.D.


(Source http://www.enseignement-professionnel.gouv.fr, le 17 avril 2002)

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