Déclaration de M. Jack Lang, ministre de l'éducation nationale, sur la solidarité internationale et la mobilisation contre la faim et la pauvreté dans le monde et les projets de coopération des collèges et lycées français avec des écoles du Sud, le 26 mars 2002. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Jack Lang, ministre de l'éducation nationale, sur la solidarité internationale et la mobilisation contre la faim et la pauvreté dans le monde et les projets de coopération des collèges et lycées français avec des écoles du Sud, le 26 mars 2002.

Personnalité, fonction : LANG Jack.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale

Circonstances : Déclaration commune sur l'école française contre la faim et la pauvreté dans le monde à l'ONU le 26 mars 2002

ti : Mesdames et Messieurs,

C'est avec plaisir que je vous accueille aujourd'hui pour une cérémonie un peu solennelle puisqu'il s'agit de la signature d'une déclaration commune sur la solidarité internationale - qui veut mobiliser l'école française contre la faim et la pauvreté dans le monde -, que je vais signer avec Monsieur Jacques DIOUF, directeur général de l'Organisation internationale pour l'alimentation et l'agriculture, une grande institution spécialisée de l'Organisation des Nations Unies, mieux connue sous le sigle anglo-saxon de FAO.

Vous êtes en effet venus nombreux, journalistes spécialistes du secteur de l'éducation comme de celui du développement, professeurs et élèves d'écoles, de collèges et de lycées, engagés d'ores et déjà dans des projets de coopération avec une école du Sud. Je salue notamment les lycées professionnels qui mènent depuis longtemps en matière d'aide au développement des actions ancrées dans le réel.

Vous êtes venus par ailleurs un certain nombre " parrainer " en quelque sorte le projet. Je salue tout particulièrement Jacques SEGUELA. Il a souhaité participer à la campagne de communication qui sera mise en ¿uvre pour porter notre projet commun et l'aider à grandir. Je salue aussi Messieurs les ambassadeurs qui sont venus assister à cette signature. Tous ces appuis sont les bienvenus. La tâche est immense. Elle met en jeu la raison en même temps que le c¿ur.

Une déclaration commune est un exercice particulier. Ce n'est pas, comme on le dit familièrement, une déclaration d'intentions, des mots jetés à la cantonade sans que personne y tienne vraiment. C'est l'affirmation que nous partageons un certain nombre de certitudes et que, quelque différentes que soient nos responsabilités institutionnelles, vous à la FAO, Monsieur le directeur général, moi au ministère de l'Education nationale, nous souhaitons marcher ensemble dans la même direction.

Au point de départ, il y a cette grande injustice à laquelle sont confrontés les écoliers des pays en développement, dont Jacques DIOUF est venu me parler en janvier dernier. Il vous le dira mieux que moi : c'est la faim au ventre que trop d'entre eux vont à l'école.

Cette réalité dont il s'est fait le porte parole, je ne m'y habitue pas. Pas plus que vous. Il n'est pas besoin de campagne médiatique pour le rappeler à nos sociétés occidentales repues. Les chiffres sont terribles : aujourd'hui encore - ce sont les premières lignes du texte que nous allons signer ensemble - parmi les 800 millions de personnes qui souffrent de la faim, la majorité sont des enfants. S'ils ne meurent pas avant d'atteindre l'âge adulte, ils seront inexorablement marqués dans leur croissance et dans leur développement. Ils ne pourront pas tirer parti de l'école. Ils n'ont pas leur compte d'espoir. Pour eux, dès le départ, alors que l'école, leur école, devrait être l'occasion par excellence d'apprendre, de développer leurs capacités, d'inventer un monde meilleur, les dés sont pipés.

Je ne me livrerai pas ici à une analyse des phénomènes historiques, sociaux, économiques ou politiques qui ont conduit à cette situation. Je ne ferai pas de cette table une tribune pour dénoncer que ce sont le plus souvent des choix humains qui ont créé ces inégalités de développement, qu'elles vont croissant, et que c'est au détriment des plus pauvres. Je vous renvoie là-dessus aux conclusions de la conférence de l'ONU sur le financement du développement qui s'est tenue au Mexique la semaine dernière.

Je ne dirai pas non plus à dire quelles sont les solutions efficaces pour sortir de ces situations de détresse. Trop de théoriciens d'experts s'y sont risqués.

L'expertise de terrain de la FAO sera notre guide en la matière.

Je veux vous parler, en ministre de l'Education nationale de France, de valeurs d'éducation, et redire haut et fort que la formation des jeunes est le pilier du développement de nos sociétés, au Nord comme au Sud.

J'engage les professeurs et les élèves français, qui portent en eux tant de puissance de vie et tant de ferments de générosité, à se mobiliser autour d'actions de solidarité propres à délivrer le monde de demain du fléau de la faim.

L'école française n'est jamais restée indifférente à la misère qui affecte une grande partie des populations du Sud. Elle est d'autant moins indifférente à l'analphabétisme qui en est le corollaire que les écoles des pays les plus déshérités de la planète sont souvent des écoles où les enfants apprennent à parler, à lire et à compter dans notre langue.

Elle a depuis longtemps intégré dans ses programmes d'enseignement - de l'école primaire jusqu'au lycée, en passant par le collège - le thème du développement et du rapport de l'homme avec son milieu naturel. Je vous renvoie à la fiche du dossier de presse qui décline au fil des programmes les accroches qui permettent aux enseignants, selon l'âge des élèves, d'aborder les réalités économiques, sociales et culturelles des pays du Sud, ainsi que les questions du développement. Les nouveaux programmes de l'école primaire que je viens tout juste de faire paraître leur font une place toute particulière dont je me réjouis. La classe est le lieu privilégié pour découvrir la solidarité internationale.

Par ailleurs, je sais qu'un grand nombre de nos établissements sont impliqués dans des actions concrètes de solidarité, souvent insérées dans des partenariats plus larges, qui impliquent notamment le monde associatif et les collectivités locales. Les élèves et leurs maîtres ici présents sont les témoins de cette capacité de la jeunesse à se mobiliser pour des causes justes et généreuses. Je les félicite pour l'exemple qu'ils donnent d'une école attentive, informée, engagée, solidaire. L'opération que nous montons avec la FAO va les aider, sans remettre en cause leurs engagements antérieurs. Nous le savons tous : le partenariat n'est pas toujours facile quand ceux que l'on veut aider sont si lointains, et qu'ils appartiennent à des cultures si différentes de la nôtre. Nous avons besoin de l'¿il d'un expert pour bien situer notre action et être sûrs qu'elle sert. On ne peut se contenter d'à peu près.

A travers la déclaration commune qui va être signée avec l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture, j'invite les écoles primaires, les collèges et les lycées à ouvrir l'esprit des élèves qu'ils accueillent à l'idée de solidarité internationale. La dimension

Il s'agit d'abord de leur faire comprendre les réalités auxquelles sont confrontés les pays en développement et leur école. C'est là le rôle premier des enseignants : la transmission des connaissances. La plupart des disciplines sont concernées par ces questions complexes du développement et du rapport de l'homme à son milieu, qui favorisent les approches interdisciplinaires. Ces connaissances s'appuieront sur un support direct de communication et d'information, le site internet de la FAO, que Jacques DIOUF met à la disposition des enseignants et des élèves. Cette phase pédagogique est indispensable.

L'engagement dans une action concrète se fait dans un deuxième temps. Elle nécessite un projet, une cible bien définie. Le site de la FAO présente précisément de nombreux micros projets concrets, liées à l'idée de jardins d'école destinés à nourrir les écoliers. C'est là que peut, en toute sécurité, s'orienter la volonté de s'engager dans une action.

Dès lors qu'un projet s'inscrit dans la durée avec des partenaires identifiés, expertisés par la FAO, et qu'il a pris ses marques dans le projet d'école ou dans le projet de l'établissement, une action de solidarité devient possible. Les élèves se feront les porte parole du projet et s'efforceront, sous la conduite de leurs enseignants, de trouver des réponses appropriées à travers une démarche active de résolution de problèmes, en sollicitant des partenaires, collectivités locales, entreprise, etc.

Cette partie de l'opération prend le nom de " Copains contre la faim ", parce qu'elle porte en germe un projet conjoint, avec des jeunes des pays du Sud, incités à améliorer leur alimentation par des activités de production qui contribueront à leur donner la fierté du travail de la terre et à enrayer l'exode rural qui aggrave le déséquilibre dont souffrent les sociétés du Sud.

Le mot " copain ", qui relève aujourd'hui de la langue familière, signifie au sens propre, vous le savez, " celui qui partage avec vous son pain ". Parce qu'il est familier, rapide, sonore, il rendra l'action visible pour nos jeunes de France et d'ailleurs. Je lui souhaite bonne chance. Il est bon de faire, mais tout aussi bon de faire savoir ce que l'on fait. La Journée Mondiale de l'Alimentation, qui a lieu le 16 octobre de chaque année, sera l'occasion de mettre en valeur initiatives et projets.


De nombreux partenaires oeuvrent d'ores et déjà aux côtés des enseignants pour sensibiliser notre jeunesse au sort des autres enfants de la planète et apportent leur aide et leur soutien : organisations non gouvernementales, associations de solidarité, collectivités locales, ces partenaires contribuent depuis longtemps à la mobilisation de la communauté éducative. Je les salue ici tout particulièrement : ils seront sollicités dans leur rôle de médiation et de support à l'occasion de cette action. La partie se joue avec eux.


(Source http://www.education.gouv.fr, le 29 mars 2002)

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