Déclaration de M. Jack Lang, ministre de l'éducation nationale, sur l'apprentissage des langues vivantes de l'école à l'université, notamment le développement des langues étrangéres en primaire et les langues régionales, Paris le 16 avril 2002. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Déclaration de M. Jack Lang, ministre de l'éducation nationale, sur l'apprentissage des langues vivantes de l'école à l'université, notamment le développement des langues étrangéres en primaire et les langues régionales, Paris le 16 avril 2002.

Personnalité, fonction : LANG Jack.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale

Circonstances : Création de la "Maison des langues" à Paris le 16 avril 2002

ti : Mesdames, Messieurs,

Je vous ai invités aujourd'hui pour annoncer la création d'une "Maison des langues" au centre de Paris.
Cette "Maison des langues" s'inscrit dans la dynamique du plan pour le développement des langues vivantes de l'école à l'université. Elle contribue à la promotion du plurilinguisme, de la diversification linguistique et de la mobilité, en cohérence avec toutes les mesures mises en ¿uvre depuis deux ans.

Les langues vivantes sont devenues une discipline de l'école primaire

Le chemin parcouru depuis que j'ai annoncé mon ambition de permettre à tous les élèves et étudiants de maîtriser effectivement au moins deux langues vivantes en plus de la langue nationale, est impressionnant.

Le plan pour les langues vivantes à l'école primaire a été mis en oeuvre selon le calendrier annoncé. Les conditions de la réussite de ce plan ont été réunies avec rigueur et méthode.

Je citerai les faits les plus marquants :
Pendant cette année scolaire 94,3% des élèves de CM1 et de CM2 bénéficient de l'enseignement d'une langue vivante.
Les langues vivantes figurent pour la première fois dans les programmes de l'école primaire, avec une indication précise des objectifs, des contenus, des méthodes et du volume horaire consacré à cette nouvelle discipline. Ces programmes sont d'ores et déjà déclinés pour sept langues étrangères différentes.
Les efforts importants de formation initiale et continue des enseignants ont permis que dès maintenant les maîtres du premier degré représentent 58% des personnes chargées de cet enseignement. Ce pourcentage doit s'accroître encore. Je note avec satisfaction que les sortants d'IUFM habilités à enseigner une langue vivante sont en augmentation de 41% par rapport à l'année 2000-2001. La mise en place des formations à dominante "langues vivantes" dès cette année et la décision de rendre obligatoire une compétence en langue vivante pour tous les futurs professeurs des écoles à partir de 2003 devraient accélérer cette évolution au moment où les recrutements d'enseignants connaissent une progression numérique importante.
L'intervention des assistants de langue dans les écoles primaires est accrue grâce à l'augmentation du nombre de postes (6500 postes d'assistants dont 1900 pour l'école primaire), à l'adaptation de la durée de leur mission (9 mois) et à l'amélioration de leur statut qui est en cours.
L'enveloppe financière mise à la disposition des inspections académiques pour le recrutement de contractuels à la prochaine rentrée scolaire sont en augmentation de 68%.
Un site Internet sera ouvert à la prochaine rentrée scolaire pour accompagner l'introduction de cette nouvelle discipline, aider les maîtres et favoriser l'ouverture internationale de cet enseignement à l'école primaire.
Le suivi de cet apprentissage au collège sera facilité par la mise à la disposition des enseignants, à compter de la prochaine rentrée scolaire, d'outils d'évaluation des compétences en langues des élèves à l'entrée en sixième.


Après dix années de tergiversations sur la place et le statut des langues vivantes dans le premier degré, les perspectives sont désormais claires, des repères sont donnés aux maîtres et aux élèves pour construire un apprentissage efficace.
Ma détermination a suscité la mobilisation de l'ensemble du système éducatif dans ce sens et je remercie tous les enseignants, les différents intervenants, les formateurs et les corps d'inspection pour leur engagement personnel.

La rentrée scolaire 2002 verra donc, comme annoncé dans le plan pour les langues vivantes, le début de l'enseignement d'une première langue vivante en classe de CE2 et la mise en oeuvre du programme de cette classe.
La poursuite de l'introduction progressive des langues vivantes dans les autres niveaux visera la mise en application du programme de langue vivante en grande section de maternelle en septembre 2005.


Le rôle et la place des langues vivantes ont été renforcés dans l'enseignement secondaire et supérieur.

Les évolutions apportées à l'école de base sont porteuses de modifications profondes pour l'enseignement des langues vivantes dans les classes supérieures :
Elles permettent d'introduire l'apprentissage d'une seconde langue vivante en classe de sixième dès maintenant de façon progressive et en 2005 pour tous les élèves.
Grâce aux acquis linguistiques des élèves à l'entrée au collège, les enseignants de langue pourront proposer à leurs élèves des contenus plus riches et les aider à participer à des projets pluridisciplinaires intégrant les langues vivantes. Au lycée, il va de soi que les compétences des élèves dans au moins deux langues vivantes rendront plus aisées la découverte des cultures des pays concernés, l'utilisation des langues vivantes pour le travail dans d'autres disciplines et la mobilité des élèves.
L'avancement significatif du début de l'étude des langues vivantes donne bien évidemment des perspectives nouvelles au développement de l'apprentissage d'une troisième langue vivante par un plus grand nombre d'élèves.

J'ai créé il y a dix ans les sections européennes. Elles ont connu un très grand succès qui pourra être consolidé par les mesures prises pour le recrutements des personnels et les modifications des textes réglementaires.
La dynamique créée par l'introduction de l'enseignement des langues vivantes à l'école primaire et le développement du travail pluridisciplinaire ouvrent la perspective d'une généralisation d'ici dix ans des sections européennes à l'ensemble des classes de collège et de lycée.

Les décisions prises en faveur des langues vivantes ne se sont pas limitées à l'école primaire et à l'enseignement secondaire.

Des décisions récentes ont été prises pour renforcer ces apprentissages à l'université :
Introduction du niveau II du certificat de compétence en langues de l'enseignement supérieur (CLES) dans les universités à la rentrée 2002. Tous les étudiants doivent continuer à pratiquer les langues vivantes et enrichir leurs compétences pendant leur études universitaires.
Obligation de la pratique d'au moins une langue vivante étrangère pour l'obtention du diplôme de master.
Exigence du niveau II du CLES pour les futurs professeur des écoles à compter de 2003.
Encouragement des IUFM à proposer aux futurs enseignants des premier et second degrés, dans le cadre d'une formation intégrée, des stages à l'étranger, en particulier dans des universités ou des centres de formation des maîtres.

Ce résumé rapide fait apparaître la cohérence des mesures mises en oeuvre pour développer de façon significative les compétences en langues des élèves et des étudiants.


Le rôle de la "Maison des langues"

La création de la "Maison des langues" manifeste d'une autre façon cette cohérence et ma détermination. Elle enrichit les actions menées pour le développement des langues vivantes de l'école à l'université par une attention particulière portée à l'apprentissage des langues tout au long de la vie.

Les missions particulières de la "Maison des langues" sont de trois ordres :
l'accueil du grand public et l'information sur les possibilités d'apprentissage des langues en France, les méthodes d'apprentissage et les séjours à l'étranger. Cette information s'adresse non seulement aux public scolaire et étudiant mais également aux adultes désireux soit à titre personnel, soit dans un projet professionnel d'enrichir leurs compétences en langues. Elle fera connaître les initiatives prises dans le système éducatif en faveur de l'apprentissage des langues vivantes.
l'animation sur les langues vivantes et la promotion du plurilinguisme par l'organisation de réunions d'information, la présentation de matériel didactique et de projets innovants et par des séminaires ;
l'observation de l'évolution du plurilinguisme et de l'utilisation des langues vivantes en France.

Ces missions seront réalisées dans le cadre d'un partenariat étroit avec les directions du ministère de l'éducation nationale, des organismes publics et avec nos partenaires étrangers, notamment les centres culturels, dont certains sont d'ailleurs représentés ici et que je remercie pour leur coopération.
L'action de la "Maison des langues" doit se penser également en relation avec des structures existants dans d'autres lieux sur le territoire national.

La "Maison des langues" est un service du Centre international d'études pédagogiques de Sèvres, établissement public du ministère de l'éducation nationale, chargé de la coopération éducative internationale.
Le CIEP a désigné Madame Catherine LACRONIQUE pour en assurer la direction.
La "Maison des langues" se situe au 173 boulevard Saint Germain, immeuble à vocation internationale puisque l'agence Edufrance y est déjà installée.

Les orientations de l'action de la "Maison des langues" seront définies de pair avec un comité scientifique qui sera constitué prochainement et qui comprendra, en plus d'experts du monde éducatif, des linguistes, des représentants des médias, du monde économique et de nos partenaires étrangers.

La promotion du plurilinguisme est en effet l'affaire du pays dans toutes ses composantes. C'est pourquoi je souhaite par exemple que le comité scientifique de la "Maison des langues" se donne comme tâche l'étude des besoins linguistiques en France, l'observation des pratiques linguistiques nécessaires dans les domaines professionnels, économiques, culturels et personnels pour nous informer sur le rôle des différentes langues et les niveaux de compétences souhaitables dans ces langues.


Un manifeste en faveur du plurilinguisme et de l'apprentissage des langues dès le plus jeune âge

Le développement du plurilinguisme est également une priorité pour le développement de l'Europe. C'est le sens du manifeste dont j'ai pris l'initiative et qui a déjà reçu la signature de 350 éminentes personnalités scientifiques, artistiques, culturelles françaises et étrangères ainsi que de personnalités politiques étrangères.

Ce manifeste affirme avec force que l'Europe de demain, c'est deux langues étrangères apprises dès le plus jeune âge.
Pour sauvegarder la diversité linguistique en Europe,
pour préserver l'avenir des langues nationales,
pour faciliter les échanges entre jeunes Européens,
pour offrir à chacun les meilleures chances de réussite professionnelle,
pour développer le sentiment d'appartenance à une culture et à un espace communs,
pour favoriser la mobilité en Europe et dans le monde,
il n'y a pas d'autre voie que de permettre à tous l'apprentissage de deux langues vivantes étrangères dès le plus jeune âge.

En rendant public ce manifeste aujourd'hui, je souhaite que cette contribution aux débats sur les politiques linguistiques en Europe joue un rôle essentiel pour faire de la diversité linguistique et culturelle de nos pays une force et une richesse. Elle a reçu le soutien de personnalités de l'Europe entière. Je suis convaincu que beaucoup d'autres sont prêtes à se joindre à elles.


Une action volontariste en faveur de la diversification des langues enseignées

Par l'action menée depuis deux ans, deux objectifs sont en passe d'être atteints de façon définitive en France : le commencement de l'apprentissage des langues dès 5 ans et l'obligation de l'étude d'au moins deux langues vivantes jusqu'au baccalauréat, avec un suivi à l'université.

Un autre objectif est tout aussi important et nécessite un travail de conviction et d'information de l'opinion publique, des familles et des élèves : l'Ecole doit assurer une plus grande diversification des langues enseignées.

Répétons-le : l'apprentissage de deux langues vivantes dès le début du collège pour les élèves qui entreront en CE2 en septembre 2002 supprime la nécessité qui pouvait être ressentie par de nombreuses familles de commencer par l'étude de l'anglais. Chacun a la garantie de pouvoir étudier cette langue pendant sa scolarité.
Plus même, l'expérience d'autres pays nous montre que le choix de laisser s'installer le "tout anglais" comme première langue vivante a souvent pour conséquence la perte de motivation des élèves pour l'étude d'autres langues étrangères. Une telle évolution est lourde de conséquences négatives pour ces élèves, pour ces pays et pour l'avenir de nos langues et cultures nationales.
Il est indispensable de tirer les conséquences de l'importance de l'accès par tous les élèves à la maîtrise d'au moins deux langues vivantes étrangères. Pour cela, il faut tout faire pour les inciter à commencer leurs parcours d'apprentissages linguistiques par l'étude d'autres langues que l'anglais.
Les programmes de langues vivantes à l'école primaire sont d'ailleurs d'ores et déjà rédigés pour sept langues étrangères, qui seront bientôt rejointes par le chinois et les langues régionales.

La recherche d'une plus grande diversification est l'orientation que j'ai donnée à l'élaboration des cartes de langues dans les académies. Elle a permis quelques avancées importantes. Ainsi, la part des autres langues que l'anglais à l'école primaire est en nette augmentation par rapport à la diversification actuelle en sixième. Elle est de 24% au cours moyen alors que seulement 10% des élèves étudient actuellement une autre langue que l'anglais en sixième. L'apprentissage d'une seconde langue en sixième devrait consolider cette amélioration.

Il est en effet urgent de parvenir à une situation plus conforme aux possibilités et aux besoins de notre pays.

J'ai affirmé à plusieurs reprises, notamment lors d'une rencontre avec le ministre plénipotentiaire allemand Monsieur Kurt BECK, la nécessité pour la France de voir s'inverser rapidement la tendance à la chute du nombre d'élèves étudiant l'allemand.

J'ai proposé à plusieurs pays partenaires de transformer progressivement les enseignements de langue et cultures d'origine en séances d'apprentissage de langue vivante ouvertes à tous et poursuivies au collège. L'Italie et le Portugal se sont engagés résolument dans cette voie et je remercie une nouvelle fois les ambassades de ces deux pays pour l'aide qu'elles nous apportent.

J'ai également pris des décisions importantes, notamment en faveur de l'enseignement de l'arabe et du portugais.
Le nombre de postes au concours de recrutement de professeurs certifiés de ces langues a été fortement augmenté (+43% en arabe ; +100% en portugais).
Des séances spécifiques de préparation à l'épreuve facultative d'arabe au baccalauréat ont été mises en place et l'option arabe langue vivante 3 a été étendue en terminale en 2001 et en première en 2002. Il est indispensable de donner à l'étude de cette langue universelle et de grande culture une place plus digne de son rôle dans le monde.
J'ai proposé à toutes les écoles concernées par la présence d'un enseignement de l'ELCO portugais d'expérimenter dès la rentrée 2002 l'apprentissage simultané de cette langue et de l'anglais à l'école primaire. Cette disposition dérogatoire, dans le cadre d'un projet innovant, est une mesure dont je souhaite des effets rapides sur le nombre d'élèves étudiant le portugais à l'école, au collège et au lycée.


Le respect de la diversité des langues et des cultures en France

Toutes ces mesures concernent l'apprentissage des langues étrangères.
Le respect de la diversité impose également des actions déterminées en faveur des langues de France, des langues régionales et de la langue berbère.

La place des langues et cultures régionales a été renforcée.

Des textes récents ont officialisé
la création de conseils académiques des langues régionales,
la mise en place d'un enseignement bilingue en langues régionales soit selon la méthode dite de l'immersion soit selon le principe de parité horaire,
le développement de l'enseignement des langues régionales dans le cadre du plan pour les langues vivantes,
et des dispositions particulières permettant l'apprentissage d'une langue régionale comme seconde langue vivante dès la classe de sixième.

La langue berbère était proposée jusqu'alors parmi les langues facultatives au baccalauréat et est choisie chaque année par près de 2000 candidats ; mais elle ne faisait l'objet d'aucun apprentissage organisé durant la scolarité des élèves.
J'ai décidé qu'à compter de 2002, la langue et la culture berbères bénéficieraient de dispositions particulières : les élèves volontaires pourront participer à des séances de préparation à l'épreuve du baccalauréat, organisées dans les établissements scolaires avec l'aide d'associations berbérophones et d'enseignants titulaires dans diverses disciplines dont la compétence en berbère aura été reconnue. Des matériaux pédagogiques pour l'étude de cette langue sont encours d'élaboration et de diffusion.


Pour la première fois, une campagne d'information des familles et des élèves est organisée

Toutes ces mesures ne suffisent cependant pas pour que les familles saisissent toutes les chances que représente une offre diversifiée de langues. Elles doivent être informées sur les possibilités, les parcours de langues proposés à leurs enfants et sur l'intérêt de compétences dans des langues diversifiées.
J'ai souhaité que cette information des familles et des élèves soit organisée par l'Education nationale. Pour la première fois, les parents et les élèves n'auront pas à décider de leurs apprentissages linguistiques sans connaître les combinaisons de langues qui s'offrent à eux pendant leur parcours scolaire et sans être informés des conséquences de leurs choix.
Cette campagne d'information sera conduite par l'Onisep et la Direction de l'enseignement scolaire pendant le dernier trimestre de l'année scolaire auprès des élèves de CE1.


Mesdames, Messieurs,

La naissance de la "Maison des langues" est à la fois une mesure nouvelle qui vient compléter la mise en place du plan pour le développement des langues vivantes en France et une possibilité supplémentaire pour que la cohérence de toutes ces dispositions apparaissent plus nettement encore.
En mettant l'information du grand public et la promotion du plurilinguisme au c¿ur de ses missions, je souhaite que la "Maison des langues" aide aux évolutions qui sont en cours en France et contribue à les faire connaître chez nos pays partenaires.

La "Maison des langues" sera une vitrine du plurilinguisme et de l'action déterminée de la France pour la diversité linguistique et culturelle en Europe et dans le monde.

http://www.education.gouv.fr, le 17 avril 2002)

Rechercher