Interview de M. Philippe Douste-Blazy, président du groupe parlementaire UDF à l'Assemblée nationale, à RTL le 7 mai 2002, sur la personnalite du nouveau Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, sur la règle du non-cumul des mandats et le choix de M. Douste-Blazy de rester maire de Toulouse et sur l'UMP (Union pour la majorité présidentielle). | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Philippe Douste-Blazy, président du groupe parlementaire UDF à l'Assemblée nationale, à RTL le 7 mai 2002, sur la personnalite du nouveau Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, sur la règle du non-cumul des mandats et le choix de M. Douste-Blazy de rester maire de Toulouse et sur l'UMP (Union pour la majorité présidentielle).

Personnalité, fonction : DOUSTE BLAZY Philippe, ELKRIEF Ruth.

FRANCE. UDF, président du groupe parlementaire à l'Assemblée nationale

ti : R. Elkrief - On a appris, ce matin, que nous n'entreriez pas au gouvernement de J.-P. Raffarin. C'est parce que vous n'êtes ni le Premier ministre ni le ministre des Affaires étrangères et qu'on vous a seulement proposé l'Education ?

- "Non, parce que le Premier ministre et le Président m'ont proposé, en effet, un très important ministère régalien. Je leur en suis très reconnaissant. Mais, dans la mesure où le Premier ministre a souhaité appliquer aux membres de son gouvernement la règle du non-cumul des mandats, j'aurai dû, aujourd'hui même, quitter et abandonner la mairie de Toulouse. Il ne pouvait en être question. J'ai demandé aux Toulousains leur confiance il y a un an. On a vécu un moment terrible le 21 septembre avec l'usine AZF. Je pense que lorsqu'on a partagé une épreuve comme celle-là, on doit réfléchir. En réalité, c'est vrai que j'ai un choix à faire aujourd'hui. Je le fais et je choisis Toulouse. Je ne dis pas que je ferai toujours ce choix d'ailleurs."

Vous êtes disponible pour la suite, pour un nouveau gouvernement, après les législatives, pour une autre situation ?

- "Non. Si j'ai à faire ce choix, c'est après mûre réflexion, en tout cas après une réorganisation de l'équipe, après une explication avec les Toulousains, avec un grand débat. Très franchement, je ne pensais pas d'ailleurs que la règle qui avait été édictée par L. Jospin allait continuer, tout simplement parce qu'on a vu les ministres de L. Jospin qui étaient maires devenir adjoints, garder leurs bureaux, continuer à diriger leur ville et garder pratiquement leurs fonctions. Je ne pensais pas que cela continuerait. Mais je respecte totalement le choix du Premier ministre."

Vous n'en aviez pas parlé avant ? Parce qu'on sait que cela fait des semaines que les gouvernements se font et se défont et qu'on a un peu parlé de tout. En plus, il y a un discours sur la nouvelle gouvernance, la proximité. C'est un peu surprenant...

- "Je respecte totalement ce que le Premier ministre a dit. Non seulement, je le respecte mais je trouve cela tout à fait normal. Quand j'ai vu depuis maintenant à peu près cinq ans, un certain nombre de ministres, certains d'ailleurs restant ministres et maires, d'autres disant qu'ils ne sont plus maires, mais gardant leurs bureaux et leurs missions..."

Vous pensiez faire la même chose ?

- "En tout cas, moi, je partais du principe qu'il était possible de le faire ; mais non seulement possible de le faire, mais aussi, personnellement, souhaitable. Je crois qu'il n'est pas anormal que des ministres puissent aussi rester sur le terrain. Mais c'est le choix du Premier ministre, je le respecte et cela l'honore."

C'est un chapitre clos pour vous le Gouvernement pour le moment, mais cela reste ouvert pour la suite ?

- "Bien sûr, par définition. Il n'y a pas de problème. Il n'y a pas de choses taboues. Mais cela mérite alors pour moi, que je m'y prépare et deuxièmement, une grande discussion avec mon équipe et aussi avec les Toulousains."

Si on vous avait proposé le poste du Premier ministre, vous auriez eu tous ces états d'âmes ?

- "Je pense que non. Je ne pouvais avoir tous ces états d'âme, parce que je savais bien que si j'avais été Premier ministre, là, il est normal évidemment de quitter. Mais pour un poste de ministre, je pense que ce n'est pas possible, dans ma tête, je n'étais pas préparé à cela et, en tout cas, je n'avais pas préparé les Toulousains. Il y a un moment où il faut faire de la politique aussi un peu autrement, puisqu'on nous l'a dit au premier tour. Il faut changer la manière de faire de la politique. Dans la mesure où je n'avais pas prévenu, il me paraît normal de ne pas abandonner Toulouse aujourd'hui."

Les Toulousains auront entendu. Parlons de J.-P. Raffarin, le nouveau Premier ministre. Vous l'avez beaucoup vu, puisque vous avez fait la campagne de J. Chirac à ses côtés. D. Bussereau, qui est un de ses meilleurs amis, dit que c'est "l'anti-Jospin" et certains ont dit aussi que c'était "l'anti-Sarkozy" ?

- "J.-P. Raffarin n'a pas besoin d'être comparé pour être défini. C'est un homme d'écoute. J'ai envie de dire qu'il aime les autres. Je viens de passer trois ou quatre mois en meeting, presque tous les soirs avec lui. C'est un homme de proximité. Il est grand élu local, donc passionné surtout par les sujets de décentralisation, de libertés locales, d'aménagement du territoire : la fameuse "République des proximité" dont il parle souvent, "la République d'en bas". C'est en alliant défenseur des PME et des artisans. Je crois qu'il allie à la fois la philosophie libérale et l'humanisme social. C'est rare dans notre pays."

Mais sous ses côtés "terroir" - parce qu'effectivement cela fait partie de son identité, c'est ce qu'il nous explique -, il est aussi, et peut-être d'abord, un homme de marketing dans son parcours professionnel et dans son talent, dans sa recherche des formules ?

- "Ce serait très injuste de résumer J.-P. Raffarin à un homme de marketing. C'est d'abord un homme d'une grande compétence, d'une grande simplicité. Il ne faut pas prendre les gens qui sont simples, qui ne sont pas mondains, qui ne sont pas snobs, pour des hommes simplets. Ce n'est pas vrai. C'est un homme très compétent, intelligent, malicieux, plein d'humour, jovial. Je l'ai entendu ce matin sur votre antenne et c'est vrai."

Il n'a aucun défaut donc ?

- "Peut-être un seul : ne pas avoir d'ennemis avérés. Mais je pense qu'avec ce poste, cela peut arriver. En tout cas, je lui dit bonne chance. C'est un excellent choix du Président. Bonne chance, Jean-Pierre !"

Comment gérera-t-il son équipe ? Comment est-ce qu'il se conduit avec ses partenaires ? Est-ce qu'il est autoritaire ou, au contraire, fonctionne-t-il à l'autogestion ? Comment cela se passe ?

- "Ni l'un ni l'autre. D'abord, il écoute et puis, c'est vrai qu'il donne toujours l'impression d'écouter et, en même temps, d'aller là où il veut aller. Je pense qu'il va être un chef d'orchestre. Il le vit comme cela. D'ailleurs, nous en avions parlé - car nous étions un certain nombre à pouvoir arriver à ce poste - et aujourd'hui, avec le quinquennat, je crois que le président de la République et son Premier ministre doivent être à côté, juste à côté, et animer surtout en tout cas une équipe. Aujourd'hui, plus que jamais. Il y a une élection législative qui arrive."

Justement, à propos de cette élection législative : il va y avoir ce grand parti - l'UMP - qui doit se constituer. C'est prévu dans quel délai ?

- "Une investiture par circonscription. Au moment où le Front national est élevé, au moment où la gauche se met ensemble pour définir un candidat, il n'y a qu'une seule chose si on veut perdre les élections législatives : c'est d'organiser des primaires. On ne peut pas avoir des primaires. Il faut un candidat de l'Union pour la majorité présidentielle par circonscription. C'est la seule condition pour gagner. Si le temps de l'action est venu, l'inaction a conduit à l'extrémisme. Le temps de l'action est venu, le temps des réformes est venu. Si vous voulez réformer pour avoir plus d'autorité, plus de sécurité, plus de fermeté, mais aussi moins d'impôts, moins de charges sociales, traiter le dossier des retraites, si vous voulez vraiment réformer, il n'y a qu'une seule solution, c'est que ce gouvernement ait une majorité solide et unie. Pas de petites querelles..."

Est-ce que pour donner l'investiture de l'UMP, vous demanderez et exigerez des candidats qui ne fassent aucun accord avec le Front national localement ?

- "Evidemment."

Ce sera formalisé ?

- "Ce n'est plus d'actualité depuis très longtemps."

Y compris dans la région du Midi où le Front national peut faire 30 % ?

- "N'oubliez pas que si J. Chirac n'avait pas été là, il n'y aurait pas eu de République. C'est lui le rempart contre l'extrême droite."

Je parle de l'UMP précisément...

- "Mais comme vous le savez, l'UMP soutient J. Chirac."

(source : Premier ministre, Service d'information du gouvernement, le 10 mai 2002)

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