Interview de M. Noël Mamère, candidat des Verts à l'élection présidentielle, à La Chaîne info le 12 avril 2002, sur la fermeture de l'usine AZF à Toulouse, la réouverture du tunnel du Mont Blanc au transport routier, les intentions de vote au premier tour et les relations avec le PS. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Noël Mamère, candidat des Verts à l'élection présidentielle, à La Chaîne info le 12 avril 2002, sur la fermeture de l'usine AZF à Toulouse, la réouverture du tunnel du Mont Blanc au transport routier, les intentions de vote au premier tour et les relations avec le PS.

Personnalité, fonction : MAMERE Nöel, HAUSSER Anita.

FRANCE. Les Verts, député;FRANCE. Candidat à l'élection présidentielle de 2002

ti : A. Hausser - Vous ne cachez pas votre satisfaction à l'annonce de la fermeture définitive de l'usine AZF à Toulouse. Pourtant, il semble que les salariés, eux, ne soient pas très contents. Est-ce que tout a été fait pour eux, d'après vous ?

- "Je ne sais pas si tout a été fait pour eux. En tout cas, c'est une victoire pour la mobilisation des Toulousains et des associations, parce qu'on ne pouvait pas imaginer qu'AZF rouvre, parce que c'était un symbole de l'insécurité industrielle. Je comprends très bien la colère des salariés, mais ils ne doivent pas se tromper d'adversaires. Il faut qu'ils sachent que la société TotalFinaElf, qui est la propriétaire de cette usine AZF, a réalisé un bénéfice de 7,8 milliards d'euros en 2001, c'est-à-dire l'équivalent du produit intérieur brut de l'Afrique de l'Ouest et de l'Afrique centrale réunies. Elle a donc tous les moyens à la fois de reconvertir ses personnels et d'assurer évidemment leurs salaires jusqu'à ce qu'ils retrouvent un travail et jusqu'à ce qu'ils soient employés dans d'autres usines. Le problème aujourd'hui, ce n'est pas tellement AZF, c'est après AZF, tous les autres sites Seveso et tous les autres sites industriels sur l'ensemble du territoire. C'est la raison pour laquelle je propose la mise en place d'un inventaire national, avec une commission pluraliste et indépendante qui nous dise vraiment dans quelles conditions ces usines sont installées."

Cela supposerait la modification complète du tissu industriel de la France...

- "Non, certainement pas, parce qu'il ne s'agit pas de dire qu'on ferme tout et qu'on déplace tout. Il s'agit de savoir quels sont les risques que l'on fait prendre aux populations. Et vous vous apercevez que ces sites industriels à risques, comme par exemple dans le couloir de la chimie à Lyon, sont installés souvent à côté d'HLM, c'est-à-dire de personnes qui sont déjà victimes d'injustice sociale et auxquelles on impose, sans qu'elles puissent choisir quoi que ce soit, des injustices environnementales. Il y a des endroits - j'étais à Niort l'autre jour - où il y a un entreposage de gaz butane qui est à 400 mètres d'habitations. 400 mètres, c'est la zone indiquée par Seveso - cette entreprise est classée Seveso II - comme étant la zone léthale, la zone de la mort. Est-ce que l'on peut accepter qu'il y ait des riverains qui vivent dans ces conditions avec ce risque permanent ? La réponse est "non". Il faut donc appliquer la directive Seveso et modifier les implantations industrielles lorsqu'elles représentent de tels risques, avec une loi qu'est en train de préparer Y. Cochet."

Vous avez gagné la bataille de Toulouse, vous n'êtes pas le seul...

- "Non, mais j'y ai contribué. Je n'en suis pas peu fier".

Celle du Mont-Blanc, en revanche...

- "Elle n'est pas perdue du tout. Nous avons gagné la première manche, puisque messieurs Gayssot et Berlusconi voulaient ouvrir le tunnel du Mont-Blanc tout de suite à l'ensemble des camions. Là, ce sont les camions de moins de 19 tonnes. Tout le monde est d'accord avec cette proposition a minima qui permet une desserte locale et non pas une desserte internationale. Ce que je peux vous dire, c'est que nous allons continuer à nous mobiliser pour empêcher la réouverture du Tunnel du Mont-Blanc à l'ensemble du transport international routier, parce que c'est contraire au Livre Blanc de l'Union européenne qui nous dit que si on continue ainsi à transporter 85 % des marchandises dans des camions, l'Europe sera complètement asphyxiée dans dix ans. Ce qu'il faut, c'est faire comme les Suisses - ils viennent de le décider - : c'est se lancer dans un grand plan européen, une sorte de plan Marshall européen pour le ferroutage."

Il faut creuser des tunnels ferroviaires...

- "Il faut creuser des tunnels ferroviaires, mais il y a déjà des tunnels ferroviaires qui auraient pu être améliorés depuis trois ans, depuis la catastrophe du Mont-Blanc, et cela n'a pas été fait par l'Etat ni par la SNCF [...]."

Elle gagne moins d'argent qu'Elf...

- "La SNCF gagne moins d'argent qu'Elf, mais elle est quand même le premier transporteur routier de France. Il ne faut pas s'étonner qu'elle ne fasse pas autant d'efforts que nous le voudrions pour transporter les camions sur des trains."

Je voudrais qu'on en revienne à la campagne. Vos sondages se stabilisent...

- "Je les regarde avec distance, pas avec froideur, parce que c'est psychologiquement toujours plus intéressant et plus dynamique de savoir qu'on a de bons sondages plutôt que de mauvais. Mais il faut les regarder avec une certaine distance et pour moi, ce qui prime, c'est d'abord l'humilité devant ces sondages et la persévérance dans mes idées."

Vous ne craignez pas de devoir retourner au journalisme ? Vous aviez dit que si vous faisiez moins de 5 %, vous redeviendriez journaliste...

- "Ce n'est pas une insulte à ma profession, car mon seul métier, c'est le journalisme. Pour employer un mot qui m'a collé à la peau pendant de longs mois, je suis dans une fonction, et ma fonction est "révocable". C'est aux électeurs de décider de mon destin."

Vous êtes détenteur d'un mandat, c'est vrai. Est-ce que vous comprenez qu'on puisse obtenir un regain de popularité pour une claque ? Je pense à F. Bayrou qui a donné une claque à un gamin qui lui faisait les poches...

- "Je ne sais pas. La différence, c'est que si j'allais dans les banlieues, là où est allé F. Bayrou, on ne me ferait pas les poches."

Qu'en savez-vous ?

- "J'y suis déjà allé et je n'ai pas été reçu comme cela, bien au contraire. Je ne sais pas si cela peut aider F. Bayrou à regagner des voix dans les sondages. Je pense que ce n'est pas sur des gestes symboliques comme ceux-là que l'on avance. C'est sur un discours et sur une manière de favoriser la cohésion sociale. Je n'ai pas entendu F. Bayrou nous parler, comme je le fais déjà depuis le début de la campagne, d'un grand plan de recrutement d'éducateurs de rue, de la revalorisation du travail, de la fonction des travailleurs sociaux. Je ne l'ai pas beaucoup entendu parler de la protection judiciaire de la jeunesse. Je ne l'ai pas entendu dénoncer ces propositions totalement archaïques que font Jospin et Chirac et Chevènement sur la réouverture des maisons de correction qui ont été fermées en 1979 par monsieur Peyrefitte, qui était ministre de la Justice de la droite."

C'est un thème de débat pour le deuxième tour...

- "Non, c'est déjà un des thèmes de débat pour le premier tour. Même si je crois qu'il faut des sanctions et qu'une baffe de temps en temps, cela n'a jamais fait de mal à personne et n'a jamais conduit à la violence ; je pense simplement qu'on ne peut pas se contenter de régler le problème de l'exclusion sociale de cette manière, par la répression."

C'était l'aspect symbolique plus qu'autre chose...

- "Oui, c'est un geste symbolique. On verra comment a été reçu ce geste symbolique. Même si la politique, c'est aussi des symboles, le problème de l'exclusion, de la pauvreté, de la précarité, du chômage, ne peuvent être résolus par une simple baffe."

Vous ne parlez plus des sujets qui fâchent entre L. Jospin et vous : vous ne parlez plus du nucléaire...

- "Je parle tous les jours du nucléaire et je vous répète ici très fermement que s'il n'y a pas de geste significatif du Premier ministre, qui est aussi le candidat socialiste - mais pas encore le candidat de la gauche -, sur la sortie progressive du nucléaire, je demanderai aux Verts - c'est mon point de vue mais je suis sûr qu'il sera partagé par une majorité de Verts - de ne pas participer à un gouvernement qui nous aura fait un bras d'honneur sur un sujet essentiel. De toute façon, si Jospin ne veut pas écouter les Verts, il sera obligé d'appliquer les directives européennes qu'il a signées à Bruxelles. Notamment la montée en puissance de l'électricité verte, l'électricité fabriquée par des éoliennes. L'Union européenne nous demande de produire 3.000 mégawatts, c'est-à-dire l'équivalent de trois à quatre centrales nucléaires d'ici 2010. On n'en est qu'à 79 mégawatts aujourd'hui, tandis que l'Allemagne en est déjà à 8.300."

Quand L. Jospin parle d'une chasse mieux comprise et plus populaire, vous partagez son point de vue ?

- "Il le dit à Bordeaux, dans le fief des chasseurs, pas très loin des Landes. Je suis pour une chasse écologiquement responsable. Je n'ai jamais dit que j'étais contre la chasse. Mais il ne faut pas que les chasseurs de CPNT nous fassent croire qu'ils représentent l'ensemble du monde de la chasse. Je dis même que les chasseurs et les écologistes devraient être des alliés, parce que les chasseurs, dans les fonctions qui sont attribuées à leurs fédérations - c'est une loi qui date de Pétain, qui malheureusement n'a pas été réformée par la loi chasse -, ont des délégations de service public. Les fédérations de chasse doivent participer à l'équilibre cynégétique et à l'entretien de la faune et de la flore. On ne peut pas dire que toutes les fédérations le fassent. Elles préfèrent utiliser leur argent pour aller manifester à Paris et vilipender D. Voynet par exemple."

(source : Premier ministre, Service d'information du gouvernement, le 12 avril 2002)

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