Déclaration de M. Robert Hue, président du PCF et candidat à l'élection présidentielle, sur les enjeux du premier tour de l'élection présidentielle, le bilan de la "gauche plurielle" et sur la nécessité d'aller vers une politique "plus à gauche" en faisant preuve d'audace sociale, Paris le 6 avril 2002.. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Robert Hue, président du PCF et candidat à l'élection présidentielle, sur les enjeux du premier tour de l'élection présidentielle, le bilan de la "gauche plurielle" et sur la nécessité d'aller vers une politique "plus à gauche" en faisant preuve d'audace sociale, Paris le 6 avril 2002..

Personnalité, fonction : HUE Robert.

FRANCE. PCF, président;FRANCE. Candidat à l'élection présidentielle de 2002

Circonstances : Conférence de presse, à Paris le 6 avril 2002.

ti : Mesdames et Messieurs,

Avec l'ouverture de la campagne officielle, nous sommes entrés dans la phase décisive de la campagne pour le premier tour de l'élection présidentielle.

Tous les candidats sont connus. Et - plus important - ils sont aussi, pour l'essentiel, davantage identifiables dans leurs positionnements et leurs propositions.

Cette phase décisive a été précédée d'une longue- trop longue - période d'atermoiements, de " jeux tactiques ", qui a provoqué des ravages considérables dans l'électorat. Des ravages qui, je le crains, feront sentir leurs effets le 21 avril.

Vous vous faites toutes et tous l'écho des propos désabusés d'un grand nombre d'électrices et d'électeurs, de l'état d'esprit de beaucoup d'entre eux, que soulignent toutes les enquêtes d'opinion : " on ne voit pas la différence " ; " tous pareils " ; " voter va-t-il servir à quelque chose ? "

D'où il résulte de fortes tentations - peut-être à un niveau jamais atteint lors d'une présidentielle - de s'abstenir de voter. Qu'on ne s'y trompe pas cette abstention exprimerait non pas du désintérêt pour l'échéance à venir, mais une condamnation du comportement de ceux qui prétendent en être les principaux protagonistes.

Et puis, il y a aussi, ces intentions de votes qu'on dit un peut trop facilement "protestataires". Elles sont plutôt - me semble-t-il - " exaspérées ", voire " désespérées ", en raison des carences de l'Etat - notamment en matière de sécurité -, ou de son indifférence sociale à la pauvreté, l'exclusion, les injustices dont sont victimes des millions de Français.

Tout cela, je le répète, va sans doute laisser des traces. Mais une autre période s'ouvre. Il est encore temps de faire en sorte que la campagne soit à la hauteur des enjeux de cette élection.

Je l'ai dit : les positionnements sont désormais plus clairs.

Ainsi, Lionel Jospin semble vouloir procéder à des ajustements. Il affirme vouloir mettre au premier plan la préoccupation du progrès social. Je souhaite qu'il ne s'agisse pas seulement de " réglages " de communication..

Cela devrait logiquement impliquer une attitude moins " auto satisfaite " par rapport aux dernières années, et plus audacieuse dans les propositions pour l'avenir. Si cela se confirme dans les faits - je le souhaite - je m'en féliciterai.

J'ai vraiment le sentiment d'y avoir été pour quelque chose, tant mieux ! Pour Lionel Jospin, il n'est, et il ne sera jamais trop tard pour entendre Robert Hue sur sa gauche ! ¿ Cela vaut mieux que lorsqu'il entend davantage d'autres, plus proches de lui, sur sa droite !

Mais il n'y a pas que Lionel Jospin. De façon plus générale, les positions des uns et des autres tendent à se clarifier - voire, et c'est tant mieux ! à se radicaliser. Cela crée des conditions nouvelles pour que l'on puisse aborder sérieusement le débat sur les choses sérieuses - plutôt que sur " l'âge du capitaine ", ou les traits de caractère ou les problèmes de santé réels ou supposés des candidats !

Cela devrait permettre de répondre du même coup à des attentes, des impatiences qui traversent l'opinion publique, et sautent aux yeux lorsqu'on lit réellement les sondages au-delà des intentions de vote sur la fragilité desquelles les " sondeurs " ne cessent d'attirer l'attention. Ainsi tous ces gens qui disent n'y rien comprendre, ne pas voir les différences, ne plus avoir de conviction, et pouvoir, jusqu'au dernier moment, changer leur vote. Voire affirment, souvent, leur intention de voter pour tel ou tel, en sachant fort bien qu'ils ne le feront pas, et voteront autrement, ou ne voteront pas, le moment venu.

Oui, on peut modifier du tout au tout la situation dans les quinze jours qui restent, en répondant sérieusement à ces interrogations, à ces désarrois, à ces attentes.

C'est dans cet esprit que j'aborde cette phase décisive de la campagne.

Avec deux objectifs :

Je veux contribuer d'abord, à clarifier les enjeux du premier tour. La vraie question du 21 avril n'est pas " qui, de Jospin ou Chirac sera président ? ". Ça, c'est la question du 5 mai, et on voit qu'elle risque de se trancher davantage par élimination que par choix positif.

La question du 21 avril c'est : quelle politique après les échéances électorales présidentielle et législatives ; avec quels effets concrets pour chacune et chacun des électrices et des électeurs ?

Et je veux, inséparablement, proposer à celles et ceux qui auront la volonté de se faire entendre, un moyen de peser par leur vote, réellement, efficacement, afin qu'il se passe quelque chose allant dans le sens de leurs aspirations.

Il s'agit pour ces électrices et électeurs de pouvoir intervenir personnellement par leur vote sur la réalité et l'évolution de l'opposition entre droite et gauche.

La réalité, s'agissant de la droite, ce n'est pas seulement, comme on l'a dit, la "régression sociale". C'est, derrière un Chirac, se voulant rassurant, un plan précis, et destructeur, de "revanche anti-sociale".

Dès lors, la gauche doit, pour l'emporter non seulement dénoncer ce plan, mais être d'abord elle-même bien à gauche, et s'engager sur une politique sociale, en annonçant clairement quels moyens elle entend mobiliser pour la mener à bien.

Dans ces conditions, les citoyens - en premier lieu les plus directement intéressés, c'est-à-dire ceux des milieux populaires - doivent impérativement pouvoir intervenir par leur vote. Il faut en être persuadé, même si cela tranche avec l'opinion dominante : rien ne se réglera par les marchandages de couloirs, entre spécialistes, techniciens de la politique, et technocrates de la gestion. C'est l'intervention citoyenne par le vote qui peut faire bouger positivement les choses.

Il faut que puisse se faire entendre clairement la protestation contre ce qui ne va pas, et contre certains projets parfois mis " en sourdine " pour cause électorale, comme ceux accepté au sommet européen de Barcelone par les deux têtes de l'exécutif. En même temps, et avec autant de force, il faut pouvoir faire entendre des exigences nouvelles. Ma candidature à l'ambition de servir à exprimer ensemble cette protestation et ces exigences.

J'ai porté, sans faux-fuyant, un jugement honnête sur le bilan de la gauche plurielle.

J'ai dit mon refus d'une possible évolution de la gauche vers la droite. La pression en ce sens reste dominante autour de Lionel Jospin et hypothèque assez sensiblement les évolutions "plus à gauche" dans sa campagne, que je notais tout à l'heure.

Eh bien j'avance des propositions précises pour une politique plus à gauche non pas dans les mots, mais dans le concret des mesures sur lesquelles on doit s'engager.

Il s'agit, dès maintenant, d'engager non pas des négociations ou des marchandages d'états-majors, mais un vrai débat, devant les électeurs, et avec eux, sur ce que doit être demain une autre politique à gauche. En leur donnant tous les moyens d'intervenir par leur vote au premier tour, le 21 avril.

Je l'ai dit : " la gauche plurielle modèle 1997 a vécu ". On peut et on doit construire une autre perspective mobilisatrice à gauche. Je veux y contribuer. Le vote pour ma candidature doit y contribuer.

Cette autre perspective implique un profond renouvellement dans trois directions.

D'abord il faut une autre politique, menée par une gauche d'audace sociale.

Une gauche ayant le courage de dire non aux diktats des marchés financiers et des puissants de ce monde.

Une gauche ayant le courage de se donner les moyens - notamment financiers - d'une autre politique, fondant le progrès et la croissance sur la satisfaction des besoins sociaux.

Ensuite, il faut une autre configuration politique à gauche : une gauche créative, sans tutelle ni hégémonie. Sachant additionner positivement les apports de toutes ses composantes, en les respectant toutes également, plutôt qu'en les corsetant dans une " synthèse " qu'un " leader " dominant, entouré de technocrates et communicants tout puissants s'arroge seul le pouvoir d'énoncer comme étant " la politique de la gauche ".

Je le dis en pesant bien mes mots : c'est à une véritable révolution de ses m¿urs politiques que la gauche doit procéder si elle veut gagner durablement pour changer vraiment la vie dans notre pays !

Enfin, il faut une autre pratique. Il faut une gauche citoyenne, fondant en permanence son action sur la transparence et la concertation. Avec les syndicats, les associations. Avec les citoyens, le plus directement possible, en sollicitant concrètement l'initiative populaire - par voie de référendum, notamment - et en inventant avec eux des droits et des systèmes de représentation nouveaux pour les syndicats, les associations, les salariés, les citoyennes et citoyens.

Et tout cela, que j'évoque rapidement, vaut pour les rapports de la gauche - des rapports véritablement citoyens - avec le monde du travail et de la création en France, - jusque dans les entreprises - mais également, à mes yeux, pour les liens qu'elle doit nécessairement développer avec les autres forces de contestation du capitalisme et de progrès, en Europe et dans le monde.


Cette citoyenneté ce ne doit pas être une intention louable proclamée pour demain. Elle doit, elle peut s'exprimer dès maintenant, dans le vote du 21 avril.

C'est dans cet esprit que je me situe par rapport aux autres candidats.

Ceux de droite, et d'extrême droite sont mes adversaires, sans compromis ni concessions possibles.

Quant à ceux qui se réclament de la gauche, ils appartiennent à une gauche, chacun le voit bien, aujourd'hui " dispersée ".

Je ne me résigne ni à une dérive droitière de la gauche française, qui serait lourde de dangers pour l'avenir, ni à un émiettement stérilisant les forces de gauche, et les vouant à l'échec. Je veux de toute ma conviction et de toutes mes forces contribuer à un nouveau rassemblement de ces forces, sur les bases nouvelles que je viens d'évoquer devant vous.

J'ai la conviction que c'est possible et, surtout, utile, pour donner à la gauche une nouvelle chance. Avec, au sein de cette gauche ainsi rassemblée, plus de communisme, et plus, beaucoup plus de respect de toutes ses composantes.

Le vote pour ma candidature sera un vote exigeant que la gauche se rassemble pour une autre politique à gauche, répondant aux attentes populaires.

C'est dans cet esprit que je mène publiquement, en toute transparence, le débat avec Lionel Jospin, avec le parti socialiste.

Ni marchandage, ni surenchère : je n'ai rien à demander. Dieu merci, le Parti communiste n'a pas à quémander des circonscriptions ou des postes ministériels. Les voix de Robert Hue le 21 avril apporteront du souffle et de l'ambition à la gauche. Il conviendra alors de dire si on veut, ou pas, de cet apport.

Je veux aussi être clair quant à la candidature de Jean-Pierre Chevènement. La preuve est faite que le " ni gauche ni droite " n'était pour lui qu'une construction intellectuelle, qui ne tient pas la route. Cela dit, je sais d'où vient Jean-Pierre Chevènement. Je sais aussi que beaucoup de ses amis, venus comme lui de la gauche, s'inquiètent aujourd'hui de savoir où il va. Je les respecte. Je le respecte. Je souhaite que nous nous retrouvions sur la voie d'une gauche résolument à gauche. Nous pouvons encore, les uns et les autres, lui apporter beaucoup.

C'est aussi cet appel-là que dira le vote pour ma candidature. Comme il dira la volonté de retrouver à gauche et de respecter d'autres sensibilités, comme celle qu'exprime Christine Taubira, la candidate du Parti radical.

Et Noël Mamère ? Pour l'heure il y beaucoup d'ambiguïté sur le sens de sa candidature. Vise-t-elle à promouvoir davantage de préoccupation écologiste ou plus prosaïquement à être en position d'obtenir quelques circonscriptions supplémentaires auprès du Parti socialiste ? Quoi qu'il en soit, l'écologie c'est important pour la gauche. Le vote pour ma candidature sera aussi un appel à prendre en compte à gauche tout ce que la sensibilité écologiste peut apporter à un vrai projet transformateur à gauche pour l'avenir.

A l'extrême gauche, il y a cette situation particulière, avec 3 candidats trotskistes¿ dont une a pour originalité que les votes d'extrême gauche sont très minoritaires dans les intentions de vote qu'elle recueille actuellement. Ces trois candidats et moi, nous avons en commun la protestation sociale, et de porter l'aspiration à changer la société, à changer le monde ! Mais moi, je dis qu'il doit s'agir d'une protestation constructive. Je refuse la désespérance du " rien à faire " qui conduit à tout, sauf à la révolution

Un mot à propos d'Arlette Laguiller. Un mot seulement : mon adversaire, c'est la droite, et certainement pas Arlette Laguiller.

Je vais même vous dire plus : si elle poussait dans le même sens que moi, pour que la gauche prenne des mesures radicales en faveur du monde du travail, je m'en réjouirais. Et je le dirais bien fort, car plus on sera nombreux à pousser dans ce sens, mieux ce sera !

Mais, hélas ! ce n'est pas le cas. Au moment où la droite prépare une politique de revanche antisociale brutale dont les travailleuses et les travailleurs seraient les premières et principales victimes, elle répète sur tous les tons que la droite et la gauche, c'est du pareil au même¿ C'est cela qu'en fin de compte, au-delà des effets de mode et des promotions médiatiques, il faudra bien prendre en compte.


Voilà dans quel état d'esprit j'aborde la phase décisive de la campagne.

Rien n'est écrit.

Les Françaises et les Français peuvent " faire quelque chose ", influer sur le cours de leur histoire. Particulièrement ceux qui ne veulent pas de la revanche de la droite, mais qui veulent que la gauche fasse autre chose, et autrement.

C'est le sens de mon combat.

Oui, combat. Je suis plus que jamais combatif et déterminé. Les communistes le sont aussi, partout en France.

Vous le voyez, au moment où commencent les choses sérieuses, c'est vraiment sérieusement que nous les abordons !

(source http://www.roberthue2002.net, le 9 avril 2002)

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