Conférence de presse de Mme Michèle Alliot-Marie, ministre de la défense et des anciens combattants, à Karachi le 9 mai et interviews à RTL le 9 et à France-Inter le 12 mai 2002, sur l'attentat de Karachi, le rapatriement des victimes, l'enquête et la poursuite de la cooperation militaire avec le Pakistan. | vie-publique.fr | Discours publics

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Conférence de presse de Mme Michèle Alliot-Marie, ministre de la défense et des anciens combattants, à Karachi le 9 mai et interviews à RTL le 9 et à France-Inter le 12 mai 2002, sur l'attentat de Karachi, le rapatriement des victimes, l'enquête et la poursuite de la cooperation militaire avec le Pakistan.

Personnalité, fonction : ALLIOT MARIE Michèle.

FRANCE. Ministre de la défense et des anciens combattants

Circonstances : Attentat à la voiture piégée à Karachi (Pakistan) le 8 mai 2002 (14 morts dont 11 Français)

ti : Mesdames, Messieurs,

Vous savez qu'un attentat a mortellement atteint le 8 mai, plusieurs membres de DCN qui coopèrent à la construction d'un sous-marin dans votre pays, et en a blessé plusieurs autres.

J'ai souhaité, à cette occasion, à la fois me rendre auprès des blessés et aller rendre hommage aux personnes qui sont décédées. C'est pour moi l'occasion de m'associer à la tristesse des familles ainsi touchées par cet odieux attentat.

Je voudrais à cette occasion remercier le gouvernement, mais également les services et notamment le service hospitalier du Pakistan qui se sont occupés des blessés et qui, avec compétence, dévouement et solidarité, ont ainsi soutenu et aidé les victimes de cet attentat.

Il est bien entendu trop tôt pour avoir des éclaircissements sur l'origine de cet attentat.

Il convient en la matière de faire preuve de la plus grande prudence. Les autorités françaises ont confiance, avec les autorités pakistanaises, pour faire la lumière sur les circonstances de cet attentat. J'ai indiqué au ministre de la communication, ainsi qu'au gouverneur, que la France était prête à collaborer à la recherche des auteurs. J'ai obtenu des autorités pakistanaises que cette coopération soit mise en ¿uvre immédiatement et que l'instruction puisse également faire l'objet d'une telle collaboration.

Un certain nombre des éléments et des personnes qui vont être associés à cette action viennent d'ailleurs d'arriver. Bien entendu, cet attentat s'inscrit aussi dans le terrorisme international contre lequel nous luttons tous.

Dès le lendemain des attentats du 11 septembre, le président Musharaf a fait le choix courageux de rallier son pays à la coalition des pays qui voulaient mener une lutte contre le terrorisme international et particulièrement, contre les réseaux Al Qaïda et leur soutien sur son territoire. La France a salué et soutient ces initiatives courageuses qui doivent être poursuivies.

Cet attentat odieux renforce en effet encore la détermination de la France à prendre toute sa part dans la lutte contre le terrorisme international. Il convient d'éliminer le terrorisme et plus largement de mener une lutte globale contre la menace majeure que constitue le terrorisme de masse. Cette action implique, dans les domaines policier et judiciaire, de renforcer la coopération et d'agir pour le démantèlement des réseaux, également sur le plan financier, de façon à lutter contre le financement de ces réseaux.

En ce qui concerne les relations entre la France et le Pakistan, il est évident que cet acte, cet attentat odieux, ne saurait avoir pour conséquence de rompre les liens de coopération et d'amitié qui ont été noués pendant des années. Les conventions en cours seront bien entendu poursuivies. Bien entendu, la poursuite de cette coopération implique aussi que soit garantie la sécurité de nos ressortissants français.
Ce sont des points dont je me suis entretenue avec les autorités pakistanaises que j'ai rencontrées à l'issue de mes visites, à l'hôpital, puis à l'endroit où se trouvent les corps des onze Français qui ont été tués.

Je vais maintenant, dans quelques minutes, repartir vers la France. Je voudrais vous donner une information, toute récente puisqu'elle date d'une demi-heure. Dans le cadre du suivi médical des blessés, et après les premiers secours dont ils ont bénéficié de la part des médecins pakistanais, que je remercie encore une fois pour leur dévouement et pour leur compétence, les douze blessés viennent de repartir il y a à peine plus d'une demi-heure, dans un Airbus allemand qui agit dans le cadre de la coopération franco-allemande. Deux équipes médicales, française et allemande, assurent leur assistance pendant tout le vol, et ils seront à leur arrivée, envoyés dans des hôpitaux spécialisés, en fonction des problèmes dont ils souffrent.

Après le traumatisme qu'ils ont subi, au-delà même de leurs blessures, je pense que le fait d'être auprès de leurs familles leur permettra de mieux se rétablir. Ils y seront également aidés par un médecin psychiatre militaire.

En ce qui concerne ceux pour qui, malheureusement, il n'est plus possible de rien faire puisqu'ils sont décédés, nos médecins militaires légistes poursuivent leur travail d'identification des corps puisque, tous n'ont pas été identifiés. Ce travail peut encore durer quelques jours. A l'issue, les corps de nos compatriotes décédés seront rapatriés, dès que possible, dans un C130 venu de France et qui sera à Karachi dès demain.

Enfin, je voudrais dire combien le Pakistan et les Pakistanais ont été proches de nous dans la peine, mais également dans l'épreuve puisque des Pakistanais sont également décédés et ont été blessés, aux côtés de nos compatriotes. J'adresse aux familles qui ont été touchées mes condoléances très sincères, et je présente aux blessés pakistanais tous mes v¿ux de prompt rétablissement.

Si certains ont espéré par cet attentat, ou autour de cet attentat, distendre les liens entre la France et le Pakistan, ils se sont trompés. Je crois que c'est dans les épreuves que ceux qui sont proches, qui sont amis, se retrouvent le plus.

Je vous remercie.


Je voudrais vous demander si vous avez l'intention de continuer votre coopération avec le Pakistan.
Oui bien sûr, puisqu'en ce moment nous sommes effectivement en train de remplir un contrat qui a été signé en 1994, et qui porte sur la construction de trois sous-marins.
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Il y a deux types de personnels de DCN qui résident ici. Il y a une partie de personnels permanents qui demeurent ici et il y a une partie de personnels " tournants " et pour l'instant, le directeur de DCN est en train d'étudier avec eux la situation pour avoir le meilleur ajustement possible entre les besoins et les pratiques. Mais les personnels permanents demeurent de toute façon.


J'ai une question sur la sécurité.
La sécurité en la matière existait déjà, puisque le regroupement des personnels dans le même hôtel et leur transport avaient été choisis en fonction d'une mesure de sécurité qui effectivement s'est peut être révélée inadaptée à la situation. Nous avons parlé avec les Français et avec les autorités pakistanaises des différentes modalités possibles pour renforcer de façon effective la sécurité, en fonction de l'analyse que nous pouvons faire de la situation actuelle : il y a plusieurs possibilités, différentes d'ailleurs, en ce qui concerne les personnels permanents et les personnels temporaires.

Est-ce que la France va envoyer une équipe pour l'enquête ?
Oui, effectivement, en accord avec les autorités pakistanaises, la France va envoyer une équipe¿ qui vient d'arriver.

Est-ce que l'attentat doit être attribué à Al Qaïda ?
Je crois que, aujourd'hui, il est trop tôt pour le dire, nous n'avons pas des éléments d'enquête permettant de répondre, et je crois qu'il faut être prudent quand on n'a pas des choses concrètes. Nous le saurons probablement d'ici quelques jours ou quelques semaines et à ce moment-là nous verrons. Mais aujourd'hui je ne veux pas, moi, parler de choses sans éléments sûrs.

Ma question porte sur l'état physique des blessés
J'ai rencontré tous les blessés ce matin. Je me suis entretenue avec eux tous. Il y a effectivement une grande disparité de situations entre les différentes personnes. Il y en a qui paraissent, encore aujourd'hui extrêmement atteints, mais à partir du moment où les médecins, à la fois médecins militaires et médecins pakistanais, d'un commun accord, ont décidé qu'ils pouvaient être transportables, cette solution leur permet, comme je l'ai dit tout à l'heure aussi, d'être plus près de leurs familles. Et je crois que c'est bien pour eux et que c'est bien aussi pour leurs familles.

Ma question porte sur les raisons pour lesquelles " la France est visée "
Je crois, d'abord, qu'aujourd'hui nous ne pouvons pas dire que c'est la France qui a été touchée. Il faudra attendre la fin de l'enquête. Si c'était le cas, je pense que c'est peut être aussi, parce que la France a une action très déterminée contre le terrorisme, pour éradiquer le terrorisme et les réseaux terroristes. Mais, encore une fois, je crois qu'il est difficile d'avancer des raisons, quand on ne sait pas exactement quelles sont les origines, avant qu'on ait fait la clarté sur les auteurs de cet attentat.

Merci beaucoup.

(Source http://www.defense.gouv.fr, le 16 mai 2002)
A l'issue des discussions avec les responsables Pakistanais, êtes-vous convaincue de l'implication de l'organisation d'Al-Qaïda dans l'attentat ?

Aujourd'hui, il faut être très prudent, on ne sait pas exactement ce qui s'est passé, l'enquête progresse et jusque là, je crois qu' il faut être discret. Ce que j'ai obtenu des responsables Pakistanais, c'est que la France soit associée à l'enquête et également à l'instruction judiciaire, et viennent d'arriver ici des personnels qui vont participer à cette enquête.

Vous avez été ce matin sur les lieux de l'attentat, c'est là qu'on se rend compte de l'ampleur et de la force de l'explosion ?

C'est absolument stupéfiant. Quand on voit la voiture, qui était bourrée d'explosifs, projetée quasiment à 100 mètres de l'autocar par la force de la déflagration et l'autocar très lourd et plein, rejeté contre l'hôtel, on se demande comment les 12 blessés auxquels j'ai rendu visite ont pu sortir de cet amas de ferrailles.

Comment renforcer la sécurité, qu'est-ce qui va être fait ?

Nous avons décidé avec les autorités pakistanaises deux types de réflexion. La première au niveau d'un Conseil de sécurité pour effectivement renforcer les gardes statiques, mieux protéger un certain nombre d'endroits sensibles et d'autre part, j'ai demandé à l'ambassadeur de constituer une commission interne avec les Français de la ville, pour voir les différentes situations, parce qu'à vrai dire, les situations sont extrêmement différentes. Vous avez des gens qui sont là depuis des années, qui vivent dans des villas séparées dans les quartiers, vous avez des personnels qui sont plus temporaires et qui comme ceux qui ont été tués ou blessés dans cet attentat, ont été regroupés, et à l'époque on pensait que c'était pour des raisons de sécurité, que c'était la meilleure sécurité pour eux que d'être regroupés dans un même hôtel et de voyager ensemble. Donc, on s'aperçoit qu'il y a des adaptations à faire.

Est-ce que pour vous c'est un attentat anti-occidental en général, c'est-à-dire après les événements du 11 septembre, ou spécifiquement anti-Français ?

Il est trop tôt pour le dire, tant que l'enquête ne sera pas avancée nous n'aurons pas de clarté, mais j'espère que d'ici quelque jours, nous en saurons effectivement davantage. Dans l'immédiat, je suis venue à la fois pour réconforter les blessés, pour saluer les morts, pour également discuter avec la communauté française qui est extrêmement traumatisée et pour voir les premières mesures à prendre. Aujourd'hui c'était des mesures sanitaires, de rapatriement sanitaire, les 12 blessés ont décollé il y a une heure, ils seront donc à Paris dans une huitaine d'heures. Ils seront ensuite immédiatement dirigés vers les hôpitaux spécialisés en fonction de leurs blessures. Ce qui leur permettra aussi d'être plus près de leur famille, c'était une de nos préoccupations. Ils sont d'ailleurs accompagnés également psychologiquement, parce qu'en discutant avec eux, je me suis aperçue qu'au-delà des blessures physiques plus ou moins importantes, il y a également chez eux un traumatisme important, que l'on peut comprendre quand on voit sur place quelle a pu être l'importance de la déflagration.

(Source http://www.defense.gouv.fr, le 16 mai 2002)
A peine nommée au ministère de la Défense, où vous êtes la première femme à occuper cette fonction, vous avez dû, juste après le défilé du 8 mai et à la demande expresse de Jacques Chirac, faire votre " paquetage " en toute hâte pour vous envoler vers le Pakistan, direction Karachi, après l'attentat qui a coûté la vie à onze français et qui en a blessé douze autres, des Français travaillant pour la Direction des constructions navales, dépendant de votre nouveau ministère. Alors d'abord Michèle Alliot-Marie, dites-nous, la piste d'une action terroriste commanditée par Al-Qaïda, le mouvement d'Oussama Ben Laden, reste-t-elle aujourd'hui la plus vraisemblable ?

C'est effectivement aujourd'hui la piste privilégiée, sans que nous puissions avoir de certitude en la matière. Un grand nombre de personnes ont été arrêtées, les investigations continuent et comme je l'avais obtenu des autorités pakistanaises, ce sont des investigations à la fois pakistanaises et françaises, puisque nous avons des personnels qui ont rejoint les équipes pakistanaises.

A Karachi, vous avez annoncé que cet attentat ne saurait avoir pour conséquence de rompre les liens de coopération militaire avec le Pakistan. Mais une question tout de même, si par malheur un nouvel attentat avait lieu contre des ressortissants français, franchement est-ce que cette coopération pourrait continuer longtemps ?

Je crois qu'il y a deux points à souligner en la matière. Le premier, c'est que l'Etat, et notamment l'Etat français, doit tenir sa parole. La coopération qui se fait actuellement à Karachi pour la construction d'un sous-marin résulte d'un contrat passé entre l'Etat français et l'Etat pakistanais, il y a plusieurs années. Il me paraît important que l'Etat français tienne sa parole à l'égard des Etats étrangers, de la même façon d'ailleurs que l'Etat français devrait peut-être davantage tenir sa parole à l'égard des Français eux-mêmes, dans un certain nombre de domaines. Le deuxième point, c'est que je crois que le but des terroristes de façon générale est la désorganisation des Etats, des relations internationales. De ce point de vue, ce serait leur donner raison que de céder à la peur qu'ils essaient de susciter.

Les techniciens, les cadres français vont désormais sérieusement renâcler pour partir au Pakistan. Comment comptez-vous assurer et renforcer leur sécurité ?

En ce qui concerne Karachi, il avait été estimé que pour les salariés qui venaient travailler quelque temps, ce n'est pas le cas pour les permanents qui ont des maisons dans la ville, qui sont donc dispersés, mais pour ceux-là, il avait été estimé que la sécurité la plus grande était de les regrouper dans un lieu qui pouvait être surveillé et protégé et de les faire voyager ensemble plutôt qu'autrement. Il y a eu visiblement de la part peut-être des responsables pakistanais en la matière une erreur qui leur est difficilement imputable puisque, encore une fois, ce qu'ils craignaient avant tout au départ, c'étaient des enlèvements individuels et c'était pour protéger les gens contre les enlèvements individuels qu'elles ont été regroupées.

Un mot sur votre nouveau ministère : le fait d'être la première femme à occuper cette fonction dans un univers très masculin, volontiers qualifié de macho et de misogyne, que cela vous inspire-t-il comme commentaires ?

Je ne regarde pas si je suis une femme ou un homme quand j'ai une responsabilité, j'essaie de l'assumer du mieux que je peux.

Et le fait que la Défense n'ait pas été jusqu'ici votre matière favorite, vu les nombreux dossiers qui vous attendent, cela ne vous fait-il pas un peu peur ?

Les problèmes de défense ne me sont pas non plus complètement étrangers. Outre le fait que j'ai été membre de la Commission de la Défense nationale à l'Assemblée, que j'ai eu l'occasion d'être orateur du RPR sur des dossiers concernant notamment les conflits du Kosovo, je suis également membre depuis plus de dix ans de la Commission des Affaires étrangères. Cela me donne une certaine initiation à la situation internationale, aux conflits internationaux, aux tensions internationales.

Vous prenez tout juste vos fonctions et il est donc trop tôt pour en parler dans le détail, mais si vous aviez à dire quel est votre objectif numéro un, quel serait votre premier engagement ? Que diriez-vous ?

Mon premier engagement ou ma première volonté serait de rendre aux armées leur confiance en elles-mêmes, leur fierté et surtout de mieux faire connaître leur valeur, leur efficacité, leur modernité à la Nation française. La France peut être fière de ses armées. Elles portent des valeurs, elles portent une tradition. Elles ont une efficacité formidable que j'ai pu constater lors de ce dramatique attentat au Pakistan, avec une faculté de réaction immédiate pour envoyer des médecins, monter une évacuation sanitaire dans des conditions d'urgence. Elles peuvent même être un modèle pour une bonne part du fonctionnement de l'Etat.

Vous allez disposer d'un allié de poids en la personne de Jacques Chirac qui est, de par la Constitution, le vrai chef des armées ?

Le président Chirac a la volonté de redonner tout leur lustre, toute leur place et toute leur efficacité à nos armées. Effectivement, c'est pour moi celui qui va guider cette politique et je suis heureuse de pouvoir participer à sa mise en ¿uvre.

C'est lui qui vous a personnellement demandé de prendre la Défense et d'abandonner la présidence du RPR ?

C'est lui qui m'a effectivement téléphoné lorsque j'étais à Saint-Jean-de-Luz pour m'indiquer qu'il pensait à moi pour le ministère de la Défense. C'est un ministère tellement passionnant. C'est un grand honneur qu'il me fait, une très grande marque de confiance, mais il m'attribue également une lourde responsabilité.


(Source http://www.defense.gouv.fr, le 16 mai 2002)

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