Interview de M. Jean-Pierre Raffarin, Premier ministre, à France 3 le 8 mai 2002, sur sa nomination en tant que Premier ministre et la formation du gouvernement, l'application de la règle du non-cumul des mandats et sur son attachement à la région Poitou-Charentes. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Pierre Raffarin, Premier ministre, à France 3 le 8 mai 2002, sur sa nomination en tant que Premier ministre et la formation du gouvernement, l'application de la règle du non-cumul des mandats et sur son attachement à la région Poitou-Charentes.

Personnalité, fonction : RAFFARIN Jean-Pierre, LEROY Frank.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Déplacement de M. Jean-Pierre Raffarin, Premier ministre, en Poitou-Charentes et attentat à Karachi (Pakistan) le 8 mai 2002

ti : FRANK LEROY.- Jean-Pierre RAFFARIN, bonsoir, merci d'avoir réservé à FRANCE 3 Poitou-Charentes le privilège de cet entretien lors de votre premier déplacement en Province. Nous allons évoquer évidemment votre nomination mais également les conséquences pour la région Poitou-Charentes mais, avant toute chose, nous pouvons rapidement évoquer, si vous le voulez bien, l'attentat de Karachi ce matin au Pakistan. Onze Français ont été tués, je le rappelle pour nos téléspectateurs, ainsi que de nombreux autres ont été blessés, ils appartenaient à la direction des constructions navales, et l'un d'entre eux travaillait sur le site de Ruelle-sur-Touvre en Charente, une réaction ce soir Monsieur le Premier Ministre.

JEAN-PIERRE RAFFARIN.- C'est un attentat ignoble qui touche des compatriotes expatriés, c'est un attentat qui doit être puni, et ses auteurs doivent être recherchés, donc punis. Nous sommes très attentifs à ce qu'il n'y ait pas de relâchement pour tout ce qui est nécessaire en matière de vigilance contre le terrorisme, la menace reste très présente dans le monde, et donc nous devons être très, très vigilants, j'ai présenté, au nom du gouvernement français, mes condoléances aux familles si cruellement atteintes, et aussi aux personnels de la D.C.N. dans toute la France et en Poitou-Charentes qui sont eux aussi touchés par ce drame.

Lors de votre dernière visite, c'était le 9 février 2002 sur ce plateau lors d'une émission politique, vous faisiez déjà partie de la liste des premiers ministrables. Mais à l'époque, vous n'étiez pas tout à fait prêt, en tout cas, vous disiez pas tout à fait prêt, et la fonction peut-être, vous ne la souhaitiez pas, qu'est ce qui vous a fait changer d'avis ?

- Si vous voulez, les victoires électorales, la mobilisation républicaine qui s'est déployée dans notre pays pour ce second tour des élections présidentielles, a été un sursaut formidable, et donc, on a envie de servir un pays comme ça, qui est capable, après un premier tour de protestation, d'exaspération, beaucoup de reproches sur l'inaction, d'avoir d'un seul coup ce sursaut républicain. Donc on a forcément envie de servir un pays qui peut être aussi grand. Bien évidemment, c'est très difficile, et donc il faut à la fois de l'énergie et de la détermination.

Depuis votre prise de fonction, est-ce que vous êtes un peu surpris que les Français, le grand public, semblent vous découvrir?

- Non, ça, je le savais bien. Je savais qu'il y avait la région Poitou-Charentes qui était le laboratoire de mon action, là où je pouvais travailler, où je connaissais beaucoup de gens, où j'étais connu, et où j'ai beaucoup de partenaires de travail dans les milieux économiques, sociaux, culturels. Au niveau national, les choses sont souvent plus grandes, plus lointaines, plus distantes, en Poitou-Charentes ou dans les régions, partout en France, c'est-à-dire on vit dans la proximité, au niveau national¿

Alors justement, depuis que vous êtes à ce poste, est-ce que vous découvrez de nouvelles, de nouveaux types de pression politique, c'est différent tout de même ?

- D'abord, nous avons constitué un gouvernement de missions, donc la première pression, c'est le devoir d'action, donc c'est déjà en soi une pression très forte. Il faut mettre au travail tout le monde, sachant que nous avons des élections législatives dans maintenant quatre semaines, nous avons donc des sessions parlementaires après, pareil pour le mois de juillet, et donc des textes législatifs à bâtir, à construire, les engagements du président sont clairs, nous avons sur la sécurité des propositions à mettre en forme très rapidement, sur le dialogue social, sur le développement des forces vives de ce pays, donc on a un gros travail à faire. Je veux également faire un audit de la situation du pays, de l'état de la France, je veux aussi faire en sorte qu'un certain nombre de décisions soient prises rapidement pour bien montrer à la fois, l'autorité de l'Etat comme valeur fondamentale de pratiques républicaines, et en même temps, volonté d'ouverture, de dialogues, vous avez vu la composition du gouvernement, ouverture¿

On l'a vu, j'y venais, j'allais y venir justement, changement de monde, mais vous avez su rester fidèle en amitié, puisque vous avez appelé un député de Charente-Maritime Dominique BUSSEREAU, vous l'avez nommé aux Transports.

- Oui, c'est un très bon spécialiste des questions de transports, ça fait une bonne dizaine d'années qu'il est sur ces dossiers. C'est vrai que c'est un ami, mais je ne l'ai pas nommé par amitié, je l'ai nommé par compétence, parce que j'ai beaucoup d'amis qui auraient voulu être au gouvernement et qui n'y sont pas. J'ai vraiment choisi pour proposer au président de la République des équipes qui étaient très très structurées, par exemple l'éducation, un philosophe Luc FERRY qui connaît la jeunesse, un responsable de l'éducation qui a déjà été directeur de cabinet, Xavier DARCOS, un chercheur, François LOOS, une équipe éducation vraiment compétente, une équipe finances/économie avec le président de la commission des finances du Sénat, donc un parlementaire qui connaît bien la politique budgétaire, et un grand chef d'entreprise qui connaît aussi l'économie mondiale, je crois que c'est très important d'avoir ces équipes compétentes. Donc, la règle, ça a été la compétence, l'union, parce que toutes les familles politiques¿

- Vous voulez rassembler, justement, vous avez l'image d'un rassembleur, on se souvient d'ailleurs, même si c'était un adversaire politique, des liens qui étaient extrêmement forts entre vous et Michel CREPEAU. Est-ce que cette image de rassembleur que vous aviez en région, elle est applicable au niveau national ?

- Moi je le crois, parce que je ne me sens pas en charge d'une partie de la France contre une autre, je me sens en charge d'une politique voulue par le président de la République, qui a vocation à être au service de tous les Français, et donc moi, je ne cherche pas la polémique, j'ai un travail à mener au service des citoyens de ce pays, je dois le mener avec une attitude d'efficacité, de proximité, mais aussi d'ouverture, et pas d'esprit partisan.

- Alors lors de la constitution de ce gouvernement, vous avez souhaité avoir proche de vous des ministres qui ne sont, qui ne cumulent pas des mandats avec celui de maire par exemple, qu'en est-il de vous à la région puisque vous êtes président de la région Poitou-Charentes ?

- J'ai décidé de m'appliquer à moi-même la règle que je demande à mes ministres, et donc à l'occasion de la prochaine commission permanente du conseil régional, je donnerai ma démission de la fonction de président. Je resterai conseiller régional, et je donnerai ma démission de président, d'ici là, d'ores et déjà, et dès aujourd'hui, je confie au premier vice-président Dominique DE LA MARTINIERE, avec tous les vice-présidents, le soin de préparer cette période de transition, et de faire en sorte qu'il y ait une bonne continuité du travail régional.

Alors par le passé, beaucoup d'hommes politiques qui étaient appelés à la tête du gouvernement, en ont profité pour ¿uvrer plus encore pour leur région, est-ce que vous continuerez toujours à vanter les mérites de Poitou-Charentes dans les mêmes termes ?

- Ecoutez, je pense que ça fait partie de moi ça, et c'est pour moi l'occasion de dire, à tous les habitants de Poitou-Charentes, ma profonde reconnaissance, parce que j'ai été bâti, j'ai été construit dans cette région, avec le c¿ur de cette région, et forcément je resterai fidèle et attaché toujours à cette région. Mais aujourd'hui, je sers ces trois belles couleurs, le bleu de notre histoire, le blanc de nos espoirs, et le rouge du sang de nos ancêtres, ce drapeau bleu, blanc, rouge, il est aujourd'hui ma mission au sein de l'Europe évidemment, mais j'assumerai cette mission avec mes fidélités mais avec la volonté de servir l'ensemble de mon pays.

Très rapidement Monsieur Le Premier Ministre, parce qu'il ne nous reste plus beaucoup de temps, vous êtes très impliqué en région dans le tissu économique. Vous avez pu entendre ces derniers mois tous les appels, toutes les réclamations, les exigences peut-être même de certains chefs d'entreprise, puisque vous connaissez ce tissu des PME, on va citer par exemple les hôteliers qui réclament une TVA à 5.5%, est-ce qu'aujourd'hui, c'est une mesure qui est applicable ?

- C'est une mesure pour laquelle nous nous sommes engagés avec un processus de négociation pour Bruxelles et avec Bruxelles, donc c'est une orientation qui est celle du gouvernement. Nous travaillons sur un certain nombre de propositions de cette nature, un conseil des ministres vendredi, un séminaire gouvernemental, et l'ensemble du programme gouvernemental va être annoncé prochainement, et nous tenons les engagements du président de la République. Donc je veux rassurer tous ceux qui ont eu des engagements du Président de la République, je suis au gouvernement à la tête du gouvernement pour faire en sorte que ces engagements soient respectés.

Jean-Pierre RAFFARIN, Monsieur le Premier Ministre, merci beaucoup d'avoir accepté notre invitation.

(Source http://www.premier-ministre.gouv.fr, le 8 mai 2002)

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