Interview de M. Jean-François Copé, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement et porte-parole du gouvernement, à Europe 1 le 13 mai 2002, sur la règle du non-cumul des mandats et les priorités du nouveau gouvernement en matière de sécurité, de baisses d'impôts et de dialogue social. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-François Copé, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement et porte-parole du gouvernement, à Europe 1 le 13 mai 2002, sur la règle du non-cumul des mandats et les priorités du nouveau gouvernement en matière de sécurité, de baisses d'impôts et de dialogue social.

Personnalité, fonction : COPE Jean-François, ELKABBACH JEAN Pierre.

FRANCE. SE aux relations avec le Parlement, porte-parole du Gouvernement

ti : J.-P. Elkabbach.- Chargé des Relations avec le Parlement - c'est pour le mois prochain -, vous êtes aussi porte-parole du gouvernement Raffarin. Vous êtes aussi maire de Meaux. Est-ce que vous appliquez à vous-même la règle de non-cumul des mandats, là, tout de suite ?

- "Oui, naturellement. Cette règle ne supportera pas de dérogation. Le Président a été très clair. Non cumul entre la fonction de membre du Gouvernement et président d'un exécutif local."

Vous quittez alors Meaux, est-ce que vous oubliez vos anciens administrés, vous comme les autres ministres ?

- "Non, évidemment pas, ce serait une erreur. La consigne est de ne pas cumuler la fonction de maire ou de président de conseil général ou régional avec celle de ministre. Pas celle d'abord de siéger dans un conseil municipal, et surtout de garder le contact avec le terrain. C'est ça qui est essentiel. Par exemple, je continuerai de tenir mes permanences hebdomadaires de quartier, pour recevoir mes administrés, parce que c'est un formidable moyen de rester en contact, et Dieu sait s'il y en a besoin dans ce métier. Et puis, deuxièmement, de tester les mesures qu'on va mettre en oeuvre."

Le gouvernement Raffarin s'est mis d'emblée au travail pour préparer les législatives et la suite, s'il les gagne. A partir d'aujourd'hui, dans quels domaines allez-vous lancer l'action du Gouvernement ?

- "Dès le premier jour de notre arrivée, c'est-à-dire mercredi dernier, on a commencé à se mettre au travail sur les engagements du président de la République vis-à-vis des Français et Dieu sait que dans ce domaine si on a une obligation de résultats sur cinq ans - car c'est ça l'objectif pour nous. Alors évidemment, les grands chantiers ont commencé à être ouverts : la sécurité, la baisse des impôts ou le dialogue social. On commence déjà par là."

La sécurité, dans les quartiers, dans les banlieues, qui étaient devenues des zones de non-droit, messieurs Raffarin et Sarkozy vont-ils engager, dès cette semaine, les premières opérations d'ordre ?

- "Sur ce point, dès à présent, le ministre de l'Intérieur est au travail. Jeudi, lors de notre réunion de ministres, il va y avoir un certain nombre de dispositions qui vont commencer à être arbitrées : on va préparer une loi de programmation pour l'été, avec des moyens supplémentaires, et puis les mesures très opérationnelles : le Groupement d'intervention et de soutien, la coordination - car pour ça, il n'y a pas besoin de loi - gendarmes, police, douanes etc., pour commencer à travailler contre ces filières mafieuses. Il y aura des opérations naturellement ciblées sur un certain nombre de quartiers."

Dès cette semaine ?

- "Très rapidement. Je ne peux pas vous en dire plus à ce stade, mais très rapidement."

Parce qu'il y a la liste des zones de non-droit, où il faut rétablir le droit ?

- "Vous savez, il y a bien longtemps qu'on en connaît les localisations, bien longtemps qu'on l'a dit, ici et là. Il est temps de se mettre au travail maintenant."

J'ai noté que P. Devedjian disait hier : "La mode va être au bleu-marine", c'est ça ?

- "Oui, c'est la couleur de l'autorité sous la République."

Oui... C'est pour donner des signes, à la fois, d'action et d'autorité ? Le bleu-marine...

- "Absolument. Je crois que les Français ont besoin d'avoir très vite le signal que les choses vont changer. Je crois d'ailleurs qu'à certains égards, ils ont commencé à le voir depuis ces derniers jours."

Vous, vous êtes venu en gris...

- "Mais vous avez vu que j'avais pris une chemise bleue !"

Le Premier ministre reçoit vendredi les syndicats. Est-il demandé à chaque ministre concerné d'en appeler aux syndicats, pour entamer à sa place aussi le dialogue social et traiter par exemple le problème des retraites, très vite, et des 35 heures ?

- "Oui, naturellement. C'est un engagement qui a été pris par le président de la République. Plus aucun texte touchant à l'entreprise, au droit social, au droit du travail ne sera soumis à l'examen du Parlement avant d'avoir fait l'objet d'une concertation approfondie. C'en est terminé de la méthode verticale, où tout venait d'en haut avec des obligations, des contraintes et des sanctions que tout le monde découvrait dans les dépêches AFP..."

Attention à la caricature !

- "Là, il n'y a pas besoin de caricaturer beaucoup. La France est aussi dans cette situation parce qu'on a perdu l'habitude de dialoguer en France depuis des années."

Et donc là, vous promettez le dialogue et de ne prendre aucune décision sans avoir fait de la concertation sociale. Par exemple, vous ne prendriez pas de décisions si elles étaient mal vues par les syndicats ?

- "Il faut voir les choses un peu différemment. Je prends l'exemple des 35 heures : l'idée est que tout salarié qui veut travailler plus pour gagner plus doit pouvoir le faire. C'est de cela dont il faut qu'on parle pour les 35 heures, sans changer la durée légale bien sûr. On ne peut pas le décider d'en haut. Il faut que par branches, entre les partenaires sociaux, selon les secteurs d'activité, on adapte en fonction des situations. Vous dites "les syndicats", je dis aussi les représentants patronaux. C'est l'ensemble de ceux qui font la vie de l'entreprise, la vie économique du pays, qui doivent en discuter ensemble. Et, bien entendu, il appartiendra à F. Fillon de veiller à ce que ce dialogue se mette bien en place."

Il a commencé ?

- "Absolument, il a commencé dès cette semaine. C'est un des grands chantiers qui est ouvert dès à présent."

Ce Gouvernement a choisi de réduire les impôts - pas les déficits. Il veut tenir sa promesse de baisser la fiscalité de 30 milliards d'euros dans les cinq ans ?

- "Oui."

Et d'engager dès septembre la baisse de 5%, comme le confirmait d'ailleurs A. Lambert, dimanche et samedi à D. Souchier. F. Hollande et L. Fabius disaient que c'est une mesure qui va favoriser une minorité et que, par conséquent, elle était injuste...

- "C'est un débat éternel entre le PS et nous sur ce sujet. Nous, notre philosophie, consiste à dire : rendons hommage au travail, faisons en sorte que ceux qui travaillent, que ceux qui appartiennent aux classes moyennes en fait - et non pas, comme on les pointe du doigt, les riches, il y en a assez d'opposer les Français les uns aux autres ! -, les classes moyennes qui produisent la valeur ajoutée de ce pays, puissent voir aussi le produit de leur effort rendu en pouvoir d'achat. Voilà pourquoi on choisit de baisser l'impôt sur le revenu."

Comment allez-vous procéder pour ces 5% ?

- "Ce n'est pas encore complètement arrêté. A. Lambert va le présenter très rapidement à l'ensemble des membres du Gouvernement, et bien entendu, il sera soumis à l'arbitrage du Premier ministre. Mais ce que je peux vous dire, c'est que cet engagement de baisse de 30 milliards d'euros sur cinq ans, et de 5% dès cette année, sera tenu."

Avec les effets sur nos engagements européens... Par exemple, quand allez-vous demander à la Commission Prodi de Bruxelles d'attendre plutôt 2006 ou 2007, plutôt que 2004, pour le retour à l'équilibre du budget ?

- "Regardons les choses en face. Il serait bon qu'on regarde exactement quelle est la situation qui nous est laissée. J'aimerais bien qu'on ait un pays qui soit comme neuf sur quinze, en excédent budgétaire après cinq années de croissance. J'aurais bien aimé que les décisions soient prises en ce sens. Ce n'est pas le cas. Mesurons exactement l'état réel du déficit, ce sera l'objet de l'audit que J.-P. Raffarin va demander, sans polémique d'ailleurs, puisqu'il sera même publié après les résultats des élections législatives, comme ça on pourra même pas nous accuser de polémiquer. Mais au moins, on saura ce qu'il en est. Et il sera, à ce moment-là, le temps venu d'en tirer les enseignements sur la stratégie qu'on va mener. Mais en tout état de cause, il y aura à la clé des réformes de structure."

Elles sont attendues depuis longtemps... Tout le monde salue la réaction de J. Chirac samedi, au Stade de France. Sa colère est jugée par tous légitime contre les chahuteurs corses qui ont sifflé La Marseillaise. D'un coup, il rappelle, à la fois l'autorité et l'Etat. Que peut-on faire pour éviter la reproduction de telles atteintes aux couleurs et aux valeurs de la démocratie et de la France ?

- "Il faut marquer le coup, faire beaucoup de pédagogie. Le signe qu'a donné J. Chirac samedi soir, était très très fort. J'en ai eu pour témoignage, lorsque j'ai rencontré beaucoup de mes habitants à Meaux, qui m'ont dit : "Quel signal ! Quel signal très fort !". Pour la première fois, dans un pays si compliqué où on a perdu l'idée de ce que c'était qu'une nation qui se retrouve derrière ces symboles, il y a le chef de l'Etat qui dit : "Stop ! C'est inacceptable et on refusera l'inacceptable !". Et il y a bien longtemps que ça n'était pas arrivé. C'est aussi une manière de montrer que l'esprit de 1968 a changé, que beaucoup de nos concitoyens en ont assez de cela et qu'il faut rappeler où sont les symboles de la République."

Mais là, c'est pas seulement "l'esprit de 68", c'est en même temps une minorité corse...

- "Non, bien sûr."

... activiste, décidée, qui s'est manifestée. Comment lui répondre d'ailleurs sur le problème corse ? Et est-ce que là vous allez passer au ralenti plutôt qu'au galop ?

- "Non, quand je parle "d'esprit de 68", il y a la notion de respect, il y a des valeurs qui sont valables pour tout le monde. Il n'est aucune cause qui puisse, quelle que soit sa force, qu'on puisse accepter qu'elle soit exprimée à travers le fait de fouler au pied les valeurs de la République, que ce soit l'hymne national ou le drapeau tricolore. Aucune cause ne peut le permettre."

Mais sur la Corse, qui pour certains d'entre eux - une minorité - ne reconnaissent pas La Marseillaise ?

- "Je crois qu'on ferait bien à ne pas aller trop vite, à donner une interprétation strictement politique ou politicienne à ce qui s'est passé samedi au Stade de France. Encore une fois, le problème corse, c'est autre chose. Le moment venu, il sera temps pour le Gouvernement de l'aborder, y compris par voie législatives le cas échéant, car Dieu sait si dans ce domaine, il y a eu des dégâts, de part et d'autre. Mais n'empêche que quelle que soit la situation, rien ne justifie une excuse que l'on siffle La Marseillaise."

Depuis quelque temps, depuis le 6 mai, le président de la République se montre hyperactif, il est en première ligne sur tous les fronts. De quelle marge d'action Matignon disposera-t-il ? Par exemple, avant on disait qu'il y a le domaine réservé à l'Elysée ou, avec la suprématie du président de la République, des "domaines partagés".

- "Mais il ne vous a pas échappé que la cohabitation était terminée depuis quelques semaines, et que nous retrouvons l'esprit originel de la Vème République, avec un président de la République qui incarne l'essentiel et un Premier ministre dont la vocation, selon l'article 20 de la Constitution, est de mettre en oeuvre les orientations fixées par le président de la République. Voilà ce sur quoi nous sommes maintenant clairement engagés. Et compte tenu de la lourdeur de la tâche, de l'importance des enjeux, des attentes gigantesques des Français - parce que le message du 5 mai a été reçu 5 sur 5 -, il y a quelque part, ici et là, comme un esprit de 1958 qui est en train de flotter dans notre pays."

Après le premier Conseil des ministres vous disiez : "Il faut que je trouve un ton qui ne soit pas la Pravda". Ca vient ?

- "Lentement mais sûrement. J'espère que vous allez m'y encourager avec les questions qui sont les vôtres et moi, les réactions qui sont les miennes ! Je crois que dans le métier que l'on fait, métier un peu difficile, il faut essayer de dire franchement les choses, de faire oeuvre de pédagogie, et puis j'essaierai d'éviter la langue de bois."

Mais comment on passe du rôle de celui qui critiquait tout à celui qui justifie et approuve tout ? Drôle d'exercice !

- "C'est un exercice qui est difficile. Mais on croit tellement à ce qu'on fait, on a tellement envie de réussir, on a tellement envie de changer la France. C'est pour cela que je me suis engagé en politique. Cela donne vraiment envie de s'enthousiasmer pour son pays."


(Source :Premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 14 mai 2002)

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